2016/09/27

«Les relations entre activités technologiques, innovation et croissance dans les PME algériennes: une étude empirique basée sur un échantillon d’entreprises»




Bernard Haudeville and Rédha Younes Bouacida. Université Paul Cézanne - Aix Marseille III. Paper. 2006. Voir les références bibliographiques dans la publication originale du texte.




«Conclusion

»Il ressort de l’enquête que nous avons effectuée que l’innovation dans les petites et moyennes entreprises algériennes est faible. Ce constat suscite une interrogation: pourquoi dans un contexte de mondialisation caractérisé par l’accélération du rythme de l’évolution sur les marchés de produits et de services, les PME algériennes ne modifient-elles pas leur comportement?

»Il semble qu’en Algérie il n’existe pas encore une “culture d’innovation” dans les entreprises de petite dimension. Pourtant, l’innovation revêt une importance cruciale pour la réussite de chaque entreprise, mais aussi pour l’amélioration des performances du pays dans une économie devenue mondiale.

»Les PME algériennes sont souvent concentrées dans des secteurs d’activités à faible valeur ajoutée. Elles se focalisent dans la production de biens de consommation afin de satisfaire la demande locale, sans se soucier de l’amélioration de la qualité des produits commercialisés à cause de l’absence de la concurrence des entreprises étrangères. Donc, le langage “innovation-compétitivité” est absent chez les entrepreneurs algériens. Cela est dû (le plus souvent) au faible niveau de formation des chefs d’entreprises.

»En effet, le niveau de formation influe sur l’environnement de l’entrepreneur, environnement qui favorisera ou non la démarche d’innovation. En Algérie, on trouve souvent à la tête d’une entreprise de petite taille un dirigeant qui ne possède pas de diplômes, ou au moins un certain niveau d’étude qui lui permet d’assumer son rôle, un rôle fondamental dans une PME.

»De ce fait, on trouve des petites et moyennes entreprises dirigées par des personnes ne possédant pas les valeurs requises pour modifier les processus productifs, mobiliser les ressources internes et externes, établir des stratégies à terme, en particulier des stratégies d’innovation pour promouvoir le développement et la compétitivité de leur entreprise ainsi que l’ouverture sur des marchés internationaux.

»Une grande partie des PME algériennes ne possède pas de compétences techniques pour conduire des projets d’innovation. C’est parce qu’elles manquent souvent d’un personnel technique (chercheurs, ingénieurs, techniciens, etc.) que ces entreprises ne font pas assez d’activités de R-D. Lors de l’acquisition de machines modernes, un potentiel humain qualifié est indispensable pour maîtriser les nouvelles technologies.

»Les compétences technologiques sont nécessaires aussi pour les entreprises afin qu’elles puissent entretenir des relations avec les organismes de recherche et les réseaux pour absorber les nouveaux savoirs et soutenir le processus d’innovation. Ainsi, le manque des compétences technologiques et des compétences en conception, commercialisation, etc. influe de manière négative sur l’aptitude de ces entreprises à s’engager dans des projets d’innovation.

»Il existe en Algérie des PME non innovantes mais qui ont une volonté certaine d’évolution. Ces entreprises rencontrent des obstacles pour mener des activités de R-D, obstacles liés essentiellement à la contrainte des coûts lourds engendrés par ce type d’activité.

»En effet, compte tenu de l’importance des activités de recherche et développement pour l’innovation et les ressources limitées que les PME algériennes peuvent consacrer à la R-D, les chefs d’entreprises déplorent le problème d’accès au financement. Les dirigeants de PME qu’on a rencontrés au cours de la réalisation de cette enquête nous ont déclaré que les pouvoirs publics n’accordent pas d’ aides financières pour soutenir des projets d’innovation.

»Les chefs d’entreprises nous ont déclaré aussi que l’État ne fait pas assez d’efforts en matière d’accompagnement, d’appui et de facilitation d’accès à l’information pertinente (technique et commerciale, etc.) pour stimuler l’innovation. Ainsi, il y a absence d’un système algérien de soutien à l’innovation pour les petites et moyennes entreprises.

»Toutefois, l’innovation est présente dans certaines PME algériennes. Ces entreprises intègrent dans leur démarche l’innovation comme facteur de compétitivité, surtout lorsqu’elles exportent leurs produits à l’étranger (particulièrement en Afrique du nord et en Europe). Malgré la contrainte de financement qui pèse sur l’innovation, ces PME utilisent leurs fonds propres pour financer les travaux de R-D et réaliser les investissements liés à l’innovation. Ces entreprises possèdent les compétences requises, et leurs dirigeants utilisent (le plus souvent) les réseaux à signaux faibles pour organiser une veille technologique et concurrentielle et soutenir le processus d’innovation.


»Enseignements sur le processus d’innovation dans les PME Algériennes

»L’enquête a démontré que la présence d’un laboratoire de R-D au sein des PME n’est pas corrélée à l’innovation de produit. Nous pouvons donc affirmer que l’implication des PME algériennes dans le processus de l’innovation ne dépend pas des travaux de recherche et développement: hypothèse n° 1 non acceptée. Ce résultat s’explique en partie par la faiblesse des activités de recherche au sein des entreprises de l’échantillon et montre qu il n’y a pas de coïncidence entre les firmes qui ont une activité de recherche et celles qui innovent.

»Ceci donne quelques indications sur la nature des innovations dans la mesure où on se trouve en présence de firmes dont la technologie est largement dépendante des fournisseurs de biens d’équipement, du type “supplier dominated” dans la typologie de Pavitt (1984).

»Nous avons aussi souhaité faire un calcul du rendement des investissements en innovation, mais aucune entreprise échantillonnée n’a donné un chiffre des coûts de ses activités de recherche et développement. L’influence de l’activité d’achat de brevets d’innovation (qui est pourtant un moyen d’accès aux savoirs et aux connaissances techniques) sur le processus de l’innovation, n’a pas pu être démontrée, hypothèse n° 2 non vérifiée.

»Les résultats de l’enquête ont démontré que l’innovation de produit et l’acquisition des équipements neufs sont plutôt le fait de petites entreprises. Dans un autre registre, il a été mis en évidence l’implication des équipements neufs sur les activités liées à l’amélioration des produits et à l’innovation de produits. L’acquisition des équipements d’occasion n’a pas d’effet sur l’amélioration des produits. L’effet de l’introduction des nouvelles technologies au sein des PME sur les activités d’innovation n’a pas pu être démontré. Ce résultat est assez inattendu dans la mesure où c’est l’adoption des nouvelles technologies et leur intégration dans le processus de production qui permet aux entreprises d’améliorer les techniques de production et de développer de nouveaux processus pour innover. Nous pouvons donc affirmer que les nouveaux équipements influent sur l’aptitude des PME à innover, mais pas les équipements incorporant les nouvelles technologies: hypothèse n° 3 partiellement validée.

»Il faut savoir qu’en Algérie, très peu de PME acquièrent de nouveaux équipements et de machines modernes de production. L’effet direct du financement interne sur les activités d’innovation n’a pas pu être démontré. En ce qui concerne le financement des équipements neufs, il a été montré que les PME utilisent leurs ressources internes.

»L’ explication des résultats est la suivantes: la faible concurrence du marché local ne motive pas les entreprises à adopter des équipements modernes pour soutenir des projets d’innovation. Une autre explication qui nous semble pertinente est que les PME algériennes n’ont pas de facilités ou de moyens pour accéder à l’information sur les nouvelles technologies.

»Aussi, le financement des équipements modernes et des activités de R-D est difficile dans la mesure où les fonds propres de ces entreprises sont faibles et l’accès au financement externe soulève beaucoup d’obstacles.

»En Algérie les pouvoirs publics n’accordent pas d’aides financières aux PME pour qu’elles puissent acquérir les nouvelles technologies ou pour s’engager dans des projets d’innovation. On note aussi l’absence des fonds provenant d’entreprises apparentées ou organismes internationaux, ou encore de sociétés de capital-risque pour financer les activités d’innovation. Face à ce constat, ces entreprises puisent dans leurs ressources internes afin de réaliser leurs projets.

»En ce qui concerne les relations extérieures qui permettent aux PME algériennes de bénéficier des évolutions technologiques et acquérir les nouveaux savoirs nécessaires aux activités d’innovation, les résultats ont démontré que les relations des entreprises avec les centres de recherche n’ont pas d’effet sur l’innovation de produit. Pour le reste, aucun effet entre les variables RELSA, RELUNI, RELLYC, AUT et le processus d’innovation n’a pu être démontré: hypothèse n° 4 non vérifiée.

»Une explication simple à cela pourrait être qu’en Algérie il n’existe pas de véritables relais et structures d’appui pour les PME. Aussi, il n’existe pas de coopérations en matière d’innovation entre les organismes de recherche et les entreprises.

»Dans cette enquête, nous n’avons pas pu vérifier si l’innovation est favorisée par l’implication du personnel technique (ingénieurs et techniciens): hypothèse n° 5 non vérifiée.

»Cependant, les tests ont permis de vérifier que l’acquisition des équipements neufs n’est pas favorisée par la présence de techniciens et ingénieurs au sein des PME. Ces résultats sont assez inattendus dans la mesure où ce sont les entreprises possédant des compétences techniques qui adoptent le plus de nouvelles machines et développent des activités d’innovation. Ainsi, on pourrait conclure que les PME algériennes ne possèdent pas les compétences techniques pour acquérir et maîtriser les nouvelles machines de production et soutenir les activités innovatrices. Ceci semble expliquer les faibles capacités technologiques de ces entreprises.

»Enfin, le modèle n’a pas permis de mesurer le dynamisme technologique des PME algériennes. Les tests effectués sur l’activité de dépôt de brevet, et sur la part des produits de moins de cinq ans (des variables considérées comme des indicateurs de l’innovation) n’ont pas donné de résultats. La cause est l’insuffisance des réponses des entreprises échantillonnées dans les questionnaires. En Algérie, l’activité de dépôt de brevet d’innovation concerne souvent les grandes entreprises.

»Les entreprises de petite dimension qui font de l’innovation ne possèdent pas encore de motivations pour déposer des brevets. Pourtant, pour les PME le brevet est un moyen de se protéger de la contre façon, mais aussi un moyen de tirer des revenus financiers soit en concédant des licences, ou encore en attirant de nouveaux investisseurs.»





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