2016/09/19

«Les modèles ’innovation en résumé. Une lecture comparative des modèles»




Millénaire 3 - Le centre de Ressources Prospectives du Grand Lyon (@millenaire3): Quels modèles d'innovation aujourd'hui?. Métropole de Lyon: Direction de la prospective et du dialogue public.






«LES MODÈLES D’INNOVATION EN RÉSUMÉ


»Innovation frugale

»L’innovation frugale est une stratégie d’innovation fondée sur le principe “faire plus avec moins” en réponse à des besoins essentiels non satisfaits. Elle prend le contre-pied de l’innovation issue de dispositifs de R&D souvent longs et coûteux en remettant au goût du jour les principes d’ingéniosité, d’accessibilité et de diffusion de l’innovation au plus grand nombre (dont les marchés peu solvables). Stimulée par les pratiques observées dans les pays émergents, elle tend aujourd’hui à faire partie intégrante des stratégies ou des cultures d’innovation des entreprises occidentales.


»Innovation par intrapreneuriat

»L’intrapreneuriat désigne «l’ensemble des démarches de management entrepreneurial visant à instaurer l’esprit d’entreprise au sein d’une organisation déjà existante». Pour l’entreprise, c'est un moyen d’explorer les risques qui accompagnent l’évolution du métier de l’entreprise et de régénérer la culture interne de celle-ci. Symétriquement, pour l'intrapreneur, c'est un moyen de conduire un projet innovant sans prendre l'intégralité des risques inhérents à la création d'entreprise.


»Innovation par optimisation algorithmique

»L’innovation par optimisation consiste à remplacer autant que possible les actions réalisées via des agents humains par des algorithmes informatiques. La rapidité d’exécution de ceux-ci, de même que leur robustesse et leur possibilité d’agir en continu et sans ruptures font qu’ils permettent des gains de productivité et des possibilités de marge sans précédent. Et ce, en particulier dans le secteur de la finance (transactions à haute-fréquence, Bitcoin), ou dans l’analyse de données (Big Data).


»Innovation par la recherche et développement

»La R&D (recherche et développement) correspond au modèle standard d’innovation dans les grands groupes. Celui-ci consiste en la réalisation systématique de travaux de création en vue d’accroître la somme des connaissances disponibles et de pouvoir les employer pour de nouvelles applications. Cette stratégie est donc basée sur l’idée d’un nécessaire préalable: celui de la production de savoirs et de procédés.


»Innovation ouverte par l’usage

»L’innovation par l’usage est une stratégie d’innovation ouverte qui consiste à s’appuyer sur une compréhension fine des pratiques des individus. Deux modalités s’imposent:

»le design centré-utilisateur (user-centered design) qui consiste à partir de l’observation des pratiques des usagers pour imaginer des produits ou services adaptés, en fonction de problèmes rencontrés par ceux-ci lors de l’utilisation de produits déjà sur le marché;

»[et] l’observation des produits ou services qui sont créés par des utilisateurs avancés et qui se diffusent à travers des réseaux d’échanges entre usagers (innovation ascendante).


»Innovation open source

»Née dans le contexte de la création logicielle et du Web, la notion d’open source est un mouvement favorable à l’accès, au partage, et à la modification en vue de créer des produits dérivés de programmes informatiques. Le terme renvoie également à l’effort d’amélioration collaboratif d’un produit au sein de communautés où chacun peut contribuer.

»Cette démarche qui a donné lieu au Web ou au système d’exploitation Linux est une approche d’innovation dans le sens où elle se construit sur le partage et la collaboration. Une telle approche est sortie du domaine du numérique pour se retrouver dans le monde industriel, pharmaceutique ou agro-alimentaire.


»Innovation par crowdsourcing

»Le crowdsourcing – ou externalisation par les foules – est un modèle d’innovation ouverte. Il correspond à l’obtention de services, de contenus ou d’idées en sollicitant la contribution d’une grande quantité d’individus, en particulier via une plateforme en ligne.

»Par une ouverture en dehors du périmètre de l’organisation, il se différencie des approches standards mobilisant les employés ou les fournisseurs d’une structure donnée.


»Innovation par le business model

»Un modèle économique (ou business model) décrit les principes selon lesquels une organisation créé, délivre et capture de la valeur. L’innovation par le business model consiste, pour l’entreprise, à ajuster un ou des paramètres de son modèle économique jusqu’à trouver la bonne combinaison lui permettant de se développer.

»Elle peut donner lieu à des nouvelles formes de marché (ex: la longue traine), de consommation (ex: consommation collaborative) et à de nouvelles formes d’organisation (ex: les plateformes).


»Innovation sociale

»L'innovation sociale consiste à élaborer des réponses nouvelles à des besoins sociaux nouveaux ou mal satisfaits dans les conditions actuelles du marché et des politiques sociales, en impliquant la participation et la coopération des acteurs concernés, notamment des utilisateurs et des usagers. Ces innovations concernent aussi bien le produit ou le service, que le mode d'organisation, de distribution, dans des domaines comme le vieillissement, la petite enfance, le logement, la santé, la lutte contre la pauvreté, l'exclusion, les discriminations... (définition du Conseil supérieur de l'économie sociale et solidaire, CSESS).


»UNE LECTURE COMPARATIVE DES MODÈLES […]


»L’innovation technologique par la R&D

»L’innovation technologique par la R&D donne naissance à des produits ou services à forte intensité technologique. Pour ce faire, elle s’appuie sur des ressources scientifiques et techniques de premier plan qu’elle peut puiser en interne mais de plus en plus à l’extérieur de l’organisation à la faveur de partenariats avec des laboratoires de recherche scientifique ou des dispositifs territoriaux de recherche collaborative (type pôle de compétitivité).

»Aussi, les territoires qui présentent des laboratoires d’excellence et des financements avantageux de la recherche sont souvent bien placés sur ce type d’innovation. Dans une logique techno- push, ce modèle d’innovation n’intègre pas ou peu l’utilisateur final dans son processus. Il s’inscrit aussi souvent dans un processus long de recherche et développement avant d’aboutir.

»Face à sa complexité et aux risques auxquels il expose, de nombreuses entreprises procèdent à de la contractualisation avec des start-up technologiques, voire à leur rachat.

»Dans une logique de recherche et développement classique, les parties prenantes sont en général des groupes d’une taille critique, des PME, ou des laboratoires scientifiques leur permettant de développer ce type de projet, avec des ressources humaines et une temporalité adaptées. Ce qui rend difficilement accessible ce type de modèle à des petites PME ou startup, sauf dans le cas où celles-ci émanent de laboratoires académiques ou de spin-off de centres de R&D privés. Notons aussi le poids important de la collectivité finançant des projets de R&D.


»L’innovation par optimisation algorithmique

»L’innovation par optimisation algorithmique, en tant que processus automatique de traitement de données et production de services, est essentiellement tirée par la technologie. Au service de la productivité de l’entreprise, elle n’intègre pas les utilisateurs finaux comme donnée d’entrée. Elle se limite aux domaines dans lesquels les tâches sont répétitives et automatisables sur la base d’une banque de données numériques. Étant donné la croissance massive de la génération de données, via les objets connectés notamment, il faut souligner l’importance de ce modèle d’innovation dans des domaines multiples (transport, santé, énergie).

»La dimension territoriale de ce modèle d’innovation est quasiment absente si ce n’est à travers la présence ou non d’infrastructure de type data centers sur le territoire, ou leur potentiel d’utilisation (par exemple pour le monitoring urbain).


»L’innovation sociale

»L’innovation sociale est une innovation très collaborative et au sein de laquelle l’usager ou client est considérée au centre de la démarche. Par nature très contextualisée (les besoins sociaux non satisfaits sont appréhendés à des échelles locales), elle mobilise un ensemble important d’acteurs locaux (financeurs spécialisés, acteurs de l’ESS, citoyens bénévoles, entreprises sociales partenaires, mécènes, etc.) même si elle s’inscrit aussi dans des réseaux internationaux d’échanges de bonnes pratiques.

»Si la valeur qu’elle propose ne repose pas en premier lieu sur la technologie, une innovation sociale peut tout de même allier technologie et réponse à un besoin social (ex: websourd). L’innovation sociale peut être un processus long lorsque le modèle économique se heurte à la question de la solvabilité des bénéficiaires ou à une gouvernance trop complexe (ex: les monnaies locales et complémentaires).


»L’innovation de business model

»La force de ce type d’innovation est d’être capable d’inventer ou de reconsidérer une vision du marché, une proposition de valeur de son offre ou la structure de ses coûts. C’est une logique très centrée sur l’entrepreneur qui appelle de nombreux ajustements auprès de diverses parties prenantes (fournisseurs, distributeurs, financeurs, etc.) pour composer un modèle économique tenable. La technologie n’est pas déterminante dans cette stratégie d’innovation, même si elle peut être un point fort du modèle économique.

»Les ressources territoriales mobilisées ici sont avant tout la culture entrepreneuriale (réseaux, esprit créatif, etc.) mais aussi certains dispositifs tels les accélérateurs qui permettent aux entrepreneurs d’éprouver plus rapidement leur modèle économique sur le marché. Ce type d’innovation donne le plus souvent lieu à des innovations de rupture qui bousculent les entreprises établies (moins aptes à remettre en question leur modèle économique) en favorisant l’arrivée de nouveaux entrants (Blablacar bouscule le chemin de fer, Amazon bouscule le secteur de la librairie, Easyjet bouscule le secteur aérien, etc.), et ce dans tous les secteurs économiques.


»L’innovation ouverte par l’usage

»L’innovation par l’usage place par définition les utilisateurs au centre du processus. Dans certains dispositifs, l’utilisateur devient même coconcepteur de l’innovation. La porosité entre l’organisation et les usagers est donc essentielle. Elle prend la forme de collaborations avec des associations d’usagers, ou des panels d’usagers ad hoc.

»La présence sur le territoire de compétences en design, sociologie, ethnologie, marketing et de bureaux d’étude spécialisés dans l’approche par les usages sont des ressources importantes pour ancrer ce mode d’innovation (comme recensé par l’ARDI récemment dans leur catalogue d’experts et PME disponibles sur ce secteur). En outre, le living lab en est un prolongement, encore marginal.

»L’innovation par l’usage a déjà investi un grand nombre d’entreprises et de secteurs industriels bien que les grandes entreprises soient les mieux placées pour entreprendre ce type de démarche. C’est une démarche qui demande donc à être plus répandue auprès des PME/TPE.


»L’innovation frugale

»Centrée avant tout sur la diffusion des innovations au plus grand nombre d’une part et sur la satisfaction des besoins essentiels des utilisateurs d’autre part, elle repose fondamentalement sur une bonne compréhension de ces derniers (études d’usage, partenariats avec les ONG, etc.). Elle se caractérise par son aspect ingénieux et n’emploie pas de dispositif ou de processus très lourds pour aboutir.

»C’est un type d’innovation qui se démarque également par une vision inclusive de la technologie ou un usage très raisonnée de celle-ci (principe de sobriété mais qui ne se confond pas forcément avec le low tech). Ses principaux ressorts territoriaux combinent souvent des situations de contrainte (problèmes d’accessibilité, de pollution, de logement, etc.) avec des initiatives individuelles aptes à trouver des solutions peu coûteuses et ingénieuses à ces contraintes.


»L’innovation open source

»En tant que nouveau modèle d’innovation qui déroge au principe de la propriété intellectuelle, il repose fondamentalement sur une forte culture du partage et de la collaboration (souvent structurée au sein de réseaux) avec des pairs (qui peuvent dans certains cas être des concurrents). Les produits/services issus de ce type d’innovation ont pour la plupart une composante technologique assez marquée puisqu’il s’agit aussi bien de logiciels, d’électronique mais aussi de connaissances scientifiques (Wikipedia, Science commons).

»Les innovations générées dans ce type de modèle sont bien souvent le fruit de développeurs-utilisateurs. Des exemples récents montrent que le libre est applicable au-delà du logiciel et peut être porté par des leaders industriels (exemples de Tesla, Toyota, GE, Ford). Cependant, pour se diffuser à d'autres secteurs, l’open source reste confronté à deux problèmes de taille qui sont le financement d’une part (d’où sa complémentarité avec le nonlibre) et l’industrialisation d’autre part (dans le cas de l’open hardware en particulier).

»Si ce modèle repose sur des collaborations qui s’exercent à l’échelle des réseaux numériques qui s’affranchissent du territoire, on note tout de même que la création de certaines communautés open source actionne le levier territorial et de la proximité géographique (exemple de La Paillasse Saône) pour se fédérer autour des valeurs du libre. Enfin, l’un des principaux objectifs de l’open source est aussi d’accélérer le processus d’innovation dans un contexte où la propriété intellectuelle tend à devenir un frein à l’innovation (bureaucratie, procédures judiciaires, etc.). Pour les tenants de l’open source, c’est plus la capacité à innover rapidement qui devient un levier de « protection » de l’innovation (et non plus la posture défensive de dépôt de brevets).


»L’innovation par le crowdsourcing

»Par définition, l’innovation par crowdsourcing est un modèle d’innovation très ouvert qui fait appel “à la foule” mais de manière ponctuelle et à la faveur de règles participatives très précises. Cette modalité d’innovation permet d'accélérer le processus d’innovation en amont (en s’assurant que la compétence ou la technologie n’existent pas déjà), même si bien souvent elle ne donne pas forme à un niveau très avancé d’innovation (rarement un prototype).

»Les expériences en la matière tendent à démontrer que c’est avant tout le crowdsourcing de compétences qui fonctionne (en se connectant à des chercheurs et des centres technologiques du monde entier), et non pas tant auprès d’utilisateurs (même si les tentatives existent comme le montre l’exemple de la Fiat Mio). Ce modèle d’innovation a déjà cours dans divers secteurs économiques mais selon des modalités qui peuvent varier (toutes ne reposent pas sur le recours à une plateforme). Le crowdsourcing mobilise très peu de ressources territoriales, au contraire, il cherche même à s’en affranchir.


»L’innovation intrapreneuriale

»Elle est le fruit d’une politique managériale spécifique qui vise à réintroduire la culture “startup” au sein d’une entreprise installée. Cette stratégie peut être relativement délicate à mettre en oeuvre car elle bouscule l’organisation, voire la culture de l’entreprise.

»C’est une stratégie qui repose sur l’indépendance plus ou moins forte d’une équipe interne à l'entreprise pour mener un projet innovant. De fait, cette équipe a toute latitude pour puiser, dans le territoire, les ressources dont elle a besoin, et peut engager des démarches collaboratives avec d’autres parties prenantes sur le territoire. Sa participation à des pôles de compétitivité ou à des tiers-lieux peut être un moyen intéressant lui permettant de s’extraire des procédures et de la culture de l’entreprise d’appartenance. Par exemple, la Cordée à Lyon accueille des petites PME qui y font travailler un tiers de leurs salariés pour y trouver “un environnement fertile”.»





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