2016/09/29

«Des liens existent entre les typologies d’innovations de produit et processus et la notion de “dominant design”»




Adrien Lecossier, Pascal Crubleau, Fabienne Goux-Baudiment, and Simon Richir. «Innovation managériale... ou pas? Design d’une méthodologie d’analyse critique des objets de management». XXV Conférence Internationale de Management Stratégique. AIMS (Association Internationale de Management Strategique). Voir les références dans la publication originale de ce texte.




«Des liens existent entre les typologies d’innovations de produit et processus et la notion de “dominant design”


»Typologie d’innovation de processus

»L’innovation de processus est considérée comme l’introduction d’une nouvelle méthode de production et, plus précisément, comme l’introduction de nouveaux éléments au sein du système de production d’une organisation.

»Le manuel d’Oslo présente un cas particulier d’innovation de processus qui est l’innovation technologique de procédé. Cette innovation arrive dans le cas de “l'adoption de méthodes de production technologiquement nouvelles ou sensiblement améliorées, qui peuvent impliquer des modifications portant sur l'équipement ou l'organisation de la production, ou une combinaison de ces modifications [...]. Ces méthodes peuvent viser à produire ou à livrer des produits technologiquement nouveaux ou améliorés, qu'il est impossible de produire ou de livrer à l'aide de méthodes classiques, ou essentiellement à augmenter le rendement de production ou l'efficacité de la livraison de produits existants [5].”

»Sémantiquement et d’après les caractéristiques d’innovation de Garcia et Calantone, une innovation de processus ne peut être qu’incrémentale. En effet, elle intervient au sein même d’une organisation ce qui ne lui permet de se diffuser qu’au micro-niveau. Le Fordisme n’est pas un contre-exemple. Le processus créé par Ford a, avec le temps, su trouver un marché externe à son organisation et devenir en quelque sorte “commercialisable”. Le processus de Ford est alors devenu un véritable produit – une innovation de produit et même plus tard, une innovation à l’échelle des sociétés; l’innovation de processus a évolué (muté) en innovations de produit puis de société grâce au succès de la méthodologie de production. Ce constat fait d’une innovation de processus une innovation incrémentale, capable de muter et d’évoluer en intensité en cas de conjonction.

»Passons maintenant aux typologies de l’innovation de Damanpour et Gopalakrishnan [9] pour quiles innovations administratives impliquent les structures organisationnelles et les processus administratifs. C’est pourquoi les auteurs les qualifient plutôt comme l’adoption d’un nouveau moyen de recruter du personnel, allouer des ressources, récompenser et structurer des tâches ou des unités. Considérant les innovations administratives comme plus directement associées aux activités de management, les auteurs précisent qu’elles se composent en majorité d’innovations de processus [18], [19].

»Birkinshaw, Hamel et Mol complètent cette vision en parlant d’innovation de management qui correspond selon eux à l’introduction d’une nouveauté dans une organisation structurée. Ils la définissent comme l’invention et l’implémentation de pratiques managériales, processus, structures ou techniques, nouveaux pour l’état de l’art et destinés à accomplir l’ensemble des objectifs d’une organisation [20]. Selon les caractéristiques d’innovation de Damanpour et Gopalakrishnan et de Garcia et Calantone, les innovations administratives, structurelles ou de management sont des innovations organisationnelles et plus précisément des innovations de processus qui peuvent favoriser l’accomplissement d’innovations de produit et augmenter leurs performances.



»Typologie d’innovation de produit

»Une innovation de produit est caractérisée par Rolstadas, Henriksen et O’Sullivan comme l’introduction d’un nouveau bien ou d’une nouvelle qualité de bien [21]. Avec plus de précisions, Damanpour et Gopalakrishnan la définissent comme l’introduction de nouveaux produits ou services qui rencontrent le besoin d’un utilisateur externe ou d’un marché [9]. Le manuel d’Oslo, complète cette vision en considérant qu’une “innovation Technologique de Produit et de Procédé (TPP)»peut prendre deux grandes formes:

»_ Innovations technologiques de produits technologiquement nouveaux, qui sont des innovations qui peuvent faire intervenir des technologies radicalement nouvelles, ou reposer sur l'association de technologies existantes dans de nouvelles applications, ou découler de la mise à profit de nouvelles connaissances.

»_ Innovations technologiques de produits technologiquement améliorés, qui sont des innovations qui améliorent un produit grâce à l'utilisation de composants ou de matériaux plus performants ou à la réalisation de modifications partielles apportées à l'un des sous-systèmes du produit [5]. Assez proche de l’analyse de discontinuité de Garcia et Calantone, le manuel d’Oslo rapporte aussi le phénomène de diffusion des innovations TPP indiquant notamment qu’il y a “innovation TPP à l'échelle mondiale lorsqu'un produit ou un procédé nouveau ou amélioré est accompli pour la toute première fois. L'innovation TPP au niveau “de la firme seulement” intervient lorsqu'une firme réalise un produit ou un procédé technologiquement nouveau ou amélioré, nouveaupour elle, mais qui a déjà été réalisé dans d'autres firmes et industries”.

»Le manuel propose aussi 3 intensités d’innovation: l’intensité Maximale équivalente à Radicale, Intermédiaire pour Réellement Nouvelle et Minimale qui correspond à l’intensité Incrémentale [5]. Par conséquent, l’innovation technologique de produit du manuel d’Oslo est une sous-typologie de la typologie plus générale d’innovation de produit. N’oublions pas qu’une innovation de produit peut être supportée par le développementsatellite d’innovations de processus. Dans le cas d’une grande entreprise, cela consistera à alléger l’organisation de sorte à la rendre plus fluide. De nouvelles méthodes de production peuvent aussi encourager l’apparition de nouveaux produits, même si le plus souvent, ce sont les nouveaux produits qui encouragent l’apparition de nouveaux procédés.

»Ce constat nous permet de compléter la classification technologique du manuel d’Oslo. Nous proposons en complément de Garcia et Calantone de caractériser une innovation de produit selon sa typologie etles discontinuités qu’elle provoque (Tableau 1).




»Liens entre “dominant design” et innovations de produit et processus

»Pour établir des liens entre les typologies d’innovation de produit et de processus nous nous intéressons aux travaux de Damanpour [19] qui abordent notamment les innovations administratives et techniques. La partie administrative comprend les innovations organisationnelles tandis que les innovations techniques rassemblent les innovations technologiques de produits, processus et procédés.

»Plus en détail, Damanpour et Gopalakrishnan [9] décrivent notamment à l’aide des travaux deDaft [18]que les innovations techniques se rapportent aux produits, services et aux processus de production technologique. Selon eux, les innovations techniques peuvent être l’adoption d’une idée pour un nouveau produit ou un nouveau service, ou l’introduction d’un nouvel élément dans l’organisation d’un processus de production. Les innovations techniques touchent ainsi la phase d’adaptation d’une organisation et peuvent par conséquent être des innovations de produit ou de processus. Les auteurs complètent leur point de vue en citant les travaux d’Abernathy et Utterback [22] qui considèrent que les innovations technologiques sont similaires aux innovations techniques et se construisent en une succession temporelle de développement d’innovations de produits et de processus qui suit 3 phases à l’échelle de l’industrie (Figure 3):

»_ La phase fluide“fluid phase” (1),

»_ La phase de transition “transitional phase” (2),

»_ La phase spécifique "specific phase” (3).



»Utterback [23], explique que la première phase se caractérise par le fait que le nombre d’innovation de produits est plus grand que le nombre d’innovation de processus. Il précise que le foisonnement d’innovations de produits prend éventuellement fin avec l’émergence d’un modèle dominant couramment appelé “dominant design” notammentdans la théorie C-K d’Hatchuel [24], [25], [26]. La seconde phase nommée phase de transition, se distingue par la régression du nombre d’innovations de produits et par la croissance de celui des innovations de processus. C’est à l’entrée de cette phase que l’émergence d’un “dominant design” vient réduire la variété d’innovation de produits et que les efforts de développement vont progressivement se concentrer à produire le “dominant design” plus efficacement. Pendant la troisième phase, que les auteurs nomment “specific phase”, le nombre des deux types d’innovations ralentit et tend à se stabiliser [22].

»En citant les mêmes auteurs, Brockhoff, Hauschildt et Chakrabarti [25]ajoutent que les deux premières phases sont des périodes de changements radicaux où les innovations de produits et de processus immergent et s’introduisent respectivement dans un environnement émergeant. La phase spécifique est d’après les auteurs une période de changements incrémentaux où moins d’innovations fondamentales de produits et de processus sont introduites dans un ensemble cependant plus harmonieux.

»Plus récemment, dans le quinzième chapitre de leur ouvrage, Rolstadås, Henriksen et O’Sullivan [21] décrivent que les innovations de processus sont étroitement associées aux innovations de produits. Aussi, ils présentent(Figure 4) sans lui faire référence, comme une superposition des deux courbes proposées par Utterback(Figure 3). D’après eux, la majorité des innovations de produits surviennent au début du cycle de vie d’une technologie et tout commeAbernathy et Utterback [22] les auteurs rapportent que le nombre d’innovations de produits tend à chuter suite à l’apparition d’un modèle “stable” (dominant design). En revanche, les auteurs apportent un supplémenten soulignantque suite à la parution de l’invention, le nombre d’innovation de produits progresse en exploitant l’invention puis tend à chuter à partir de l’apparition du “dominant design” qui subit des améliorations par l’apparition d’innovations satellites de processus.



»Afin d’approfondir et caractériser la notion de “dominant design”, les chercheurs de l’école des Mines ParisTech ont défini l’identité d’un objet à l’aide de caractéristiques énumérées dans l’Encadré 1 [26].



»Ils justifient que le “dominant design” est révisé lorsque l’identité de l’objet à concevoir est incertaine. Cela signifie que l’objet observera une modification de son identité à travers l’évolution d’au moins une de ses caractéristiques (Encadré 1).

»En complément, nous constatons sans difficulté que des liens existent entre les notions d’identité d’un objet et celle des discontinuités de marché et de technologie de Garcia et Calantone (Figure 2). Une discontinuité de technologie se produit lorsque la description fonctionnelle de l’objet, la performance ou la nature de la performance technologique et les technologies mises en oeuvre évoluent. De même, une discontinuité de marché est issue d’une évolution du business model et de l’écosystème de vente ainsi que des usages et de la valeur pour le client.Si ces évolutions sont nouvelles pour le monde, l’industrie ou le marché, alors elles provoqueront des innovations d’intensité radicale. Au contraire, si la nouveauté se limite à l’entreprise ou à un client, les évolutions ne causeront que des innovations d’intensité incrémentale.

»Toutefois, il faut noter que les modèles d’Utterback [23] et deRolstadås, Henriksen et O’Sullivan [21], indiquent que les innovations de processus surviennent pour accompagner ou rendre plus performantes des innovations de produit antérieures. C’est pourquoi, il est nécessaire de dissocier les caractéristiques des discontinuités selon la typologie de l’innovation. Ainsi, nous admettrons que par définition, une innovation de produit provoque une discontinuité liée à l’objet tandis qu’une innovation de processusinduit une discontinuité associée à la performance de l’objet.

»Par conséquent, il est cohérent de considérer les caractéristiques des discontinuités comme équivalente aux caractéristiques de l’identité d’un objeten prenant soin de les différencier selon la typologie d’innovation. Le Tableau 2et le Tableau 3 résument nos proposet permettent de reconnaître les types d’innovations en fonction des caractéristiques des discontinuités.»








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