2016/06/30

Ahmed Benbitour (@benbitour2014): «Programme de sauvegarde de la nation algérienne» (1re partie, et 2ème partie et fin)




Dr Ahmed Benbitou, ancien chef du gouvernement. «Programme de sauvegarde de la nation algérienne». Radio Idurar. 1re partie. 2ème partie et fin.



«Cette contribution s’adresse à tous ceux qui ont à cœur de sauver l’Algérie.

»Elle propose une méthodologie pour assurer la réussite de la réalisation d’un programme de sauvegarde de la nation algérienne.

»Elle est structurée en trois grandes composantes: une première composante qui pose le diagnostic de la situation interne, les perspectives d’avenir de la nation algérienne et celles de l’environnement international et de ses influences inévitables sur notre société afin de démontrer de façon convaincante la nécessité du changement du système de gouvernance pour pouvoir nous y adapter et en profiter; une deuxième composante qui propose une feuille de route de la mobilisation pacifique pour le changement du système de gouvernance; une troisième composante consacrée à la feuille de route de la mise en œuvre du programme de sauvegarde.



»Situation actuelle et perspectives d’avenir de la nation algérienne

»Pour déterminer les perspectives d’avenir d’un pays, il suffit d’analyser la nature du pouvoir qui le dirige et les conséquences de sa gouvernance sur l’Etat, la situation des populations et la projection dans le futur de son économie et de son environnement international.

»La nature du pouvoir algérien se caractérise par l’autoritarisme, le patrimonialisme et le paternalisme.

»L’autoritarisme, c’est le refus de tout contre-pouvoir. Il consiste à vous dire: «vous êtes avec moi en applaudissant, sinon vous êtes contre moi et je fais tout pour vous faire taire». Alors, et inévitablement, le pouvoir est très peu informé sur la situation réelle du pays, il s’en détache progressivement au point de ne plus en contrôler les ressorts essentiels.

»Le paternalisme, c’est l’omniprésence d’un «chef» qui se comporte comme le père du peuple, avec qui il doit rester en contact direct sans interface aucune. Il considère que les institutions de gouvernance de l’Etat sont des intermédiaires qui gênent sa relation avec son peuple. Alors, il fait tout pour les affaiblir et les cantonner dans un simple rôle de figuration et de trompe-l’œil.

»Un régime patrimonialiste est un régime qui bénéficie d’une rente confortable qui rassemble autour du «chef» une faune de courtisans prêts à se distinguer par leur zèle dans l’allégeance et à s’assurer ainsi toutes sortes de gratifications. Pour sa part, la société dans son ensemble demeure écartée des préoccupations du sommet, ses problèmes n’étant guère pris en considération. D’où l’important gap entre gouvernants et gouvernés. Dans la situation de l’autoritarisme, du patrimonialisme et du paternalisme, qui ont été érigés en système de gouvernance dans notre pays, le pouvoir devient défaillant et sa gestion chaotique, et ruineuse pour la société.

»La rente et la prédation dans l’utilisation des ressources mènent vers la corruption de l’argent.

»La défaillance du pouvoir et la corruption de l’argent mènent vers la déliquescence de l’Etat.

»Un Etat déliquescent se caractérise par: la généralisation de la corruption et la kléptocratie; l’institutionnalisation de l’ignorance et de l’inertie; le culte de la personnalité; la centralisation du pouvoir de décision entre un nombre réduit d’individus au lieu et place des institutions habilitées; l’émiettement du pouvoir entre les différents clans à l’intérieur du système.

»Ces critères de définition d’un Etat déliquescent sont apparents dans le mode d’exercice du pouvoir et dans l’ensemble des activités de l’Etat en Algérie, notamment dans le naufrage de l’école ainsi que celui des universités; les faux diplômes et les notes de complaisance qui donnent accès aux universités mettant sur le marché du travail des cadres inaptes à gérer, à diriger, ni à concevoir ou soigner.

»La kléptocratie se définit comme la caractéristique d’un système politique où la haute hiérarchie du pouvoir utilise la corruption à grande échelle pour son enrichissement illicite, notamment à travers l’accaparement de la rente dégagée des exportations des hydrocarbures.

»Pendant ce temps, la population connaît quant à elle cinq grands maux: la perte de la morale collective; la violence qui devient l’instrument privilégié de règlement des conflits entre les individus, entre les groupes d’individus et entre les groupes d’individus et l’Etat; la généralisation de la corruption; l’indifférence et le fatalisme.

»Le crépuscule de la rente et de la prédation s’annonce à l’horizon. Il est inscrit dans une politique budgétaire très fortement expansionniste et laxiste, au moment même où le pays enregistre une baisse tendancielle de la production et une augmentation notable de la demande nationale de l’énergie, ce qui débouche sur une forte baisse des exportations d’hydrocarbures. Ces exportations en volume qui ont enregistré une baisse de 25,6% entre 2006 et 2011 ont connu une autre baisse de 10% en 2012 par rapport à 2011 et continuent à baisser jusqu’à ce jour. Malgré cela, nous enregistrons une augmentation importante des dépenses budgétaires financées sur la fiscalité pétrolière.

»Effectivement, le prix d’équilibre budgétaire du baril est passé de 34 dollars en 2005 à 115 dollars en 2011 et 130 dollars en 2012.

»Quel a été le comportement des autorités budgétaires après ce renversement de situation dans les recettes ? Ce comportement s’est paradoxalement caractérisé par plus de laxisme, puisque le budget de fonctionnement de 2011 était en augmentation de 47% par rapport à celui de 2010.

»C’était une façon d’élargir le cercle des courtisans après les événements de janvier 2011! Cette augmentation était de 23% en 2012 par rapport à 2011! Ainsi, lorsque les prix des hydrocarbures à l’exportation ne suffisent pas pour couvrir les dépenses budgétaires, on se comporte avec plus de laxisme que lorsqu’ils étaient supérieurs aux prix d’équilibre!

»Après la baisse durable des prix des hydrocarbures à l’exportation survenue dès le deuxième semestre 2014, passant de 115 dollars/baril en juin 2014 à 30 dollars en début 2016, les autorités compétentes ont annoncé dans l’urgence, la fébrilité et la précipitation une politique d’austérité budgétaire.

»Lorsque nous comparons les résultats budgétaires du 1er semestre 2015 par rapport au 1er semestre 2014, nous constatons que la valeur des recettes des exportations a baissé de -47% par l’effet de la baisse des prix et -4,57% par l’effet de la baisse des quantités.

»Nous sommes bien installés dans une longue période de baisse des prix et des quantités. Face à cette baisse des recettes, il a été enregistré durant cette même période une augmentation des dépenses budgétaires de +7,8% avec 158 milliards DA d’augmentation des dépenses de fonctionnement.

»En réalité, la politique d’austérité a été réalisée dans l’augmentation des prix de consommation des produits alimentaires importés du fait de la baisse administrée du taux de change du dinar par rapport au dollar.

»Cette baisse durable de la rente touchera certes les prédateurs, mais elle n’épargnera pas le reste de la population qui devra vivre avec des prix non subventionnés des politiques sociales restrictives à l’école, à l’hôpital, à la retraite… ainsi que des réalisations d’infrastructures en diminution importante. De même, des pénuries de marchandises sur le marché par la baisse des importations et notre dépendance alimentaire.

»Le volume des exportations algériennes d’hydrocarbures continuera à baisser du fait de la forte hausse de la consommation interne d’énergie de source fossile; de la baisse de production à cause du départ notable du personnel qualifié de Sonatrach et du moindre intérêt des compagnies étrangères dans l’exploration, la recherche et le développement. Les prix ne connaîtront pas de hausse notable durant la prochaine décennie à cause du rythme d’augmentation de l’offre mondiale supérieure à celui de la demande. D’où l’offre excédentaire et la pression sur les prix à la baisse.

»La forte augmentation du rythme de croissance de l’offre, conséquence d’une plus grande maîtrise dans l’exploitation des sources non conventionnelles d’énergie, pétrole et gaz de schiste. Le retour de certains pays dans la production de l’énergie conventionnelle, l’Iran notamment, a induit chez les pays producteurs de pétrole membres de l’OPEP l’orientation d’une politique de parts de marché et non de prix.

»La faible augmentation du rythme de croissance de la demande à l’extérieur s’explique par la transition des économies vers les Technologies de l’information et de la communication (TIC) moins gourmandes en énergie; une rationalisation de la consommation des énergies de source fossile dans les pays consommateurs et une faible croissance de l’économie mondiale dont celle principalement de la Chine qui est passée d’un taux à deux chiffres à celui de 6,7%.

»Il faut noter que le prix d’équilibre du Budget de fonctionnement (BF) se situait à 70 dollars le baril en 2011. Cela signifie qu’avec les prix actuels entre 30 et 40 dollars, l’endettement envisagé par le gouvernement irait financer le déficit du Budget de fonctionnement; contrairement à la bonne règle qui consiste à utiliser l’épargne pour le financement des équipements et non le fonctionnement.



»Situation de l’environnement international: relation entre technologie dominante et construction institutionnelle

»A travers l’histoire, chaque fois qu’une nouvelle technologie a dominé l’activité humaine elle a apporté des transformations dans la construction institutionnelle de l’Etat, dans les élites gouvernantes et dans le comportement des populations.

»Quelle est la logique de cette relation: nouvelle technologie – construction institutionnelle ?

»La nouvelle technologie va impliquer une reconfiguration de tout le système productif. Il s’ensuit des changements dans le mode de consommation. D’où une inadéquation fondamentale des modes de gouvernance avec les nouvelles conditions. Alors, tensions politiques et sociales. D’où une crise d’ajustement qui appelle une redéfinition des facteurs de compétitivité. Alors, des changements institutionnels avec une nouvelle structure de l’Etat dans son ensemble, des nouvelles élites au pouvoir et de nouveaux comportements dans la société.

»Sans aller loin dans l’histoire, nous pouvons constater que la domination de la technologie agricole s’est caractérisée par le féodalisme et le tribalisme au niveau de l’Etat, le pouvoir était entre les mains des élites guerrières et le comportement de la population se caractérisait par l’ignorance, le fatalisme et la superstition.

»Avec la technologie industrielle, nous sommes passés, dans les pays du Nord, à l’Etat-nation encouragé par une alliance entre le capital et le syndicat pour affronter le féodalisme contrôlé par les élites guerrières. C’est aussi deux siècles d’une économie protégée à l’intérieur d’un territoire dont les frontières sont reconnues par les Etats voisins. Le pouvoir était entre les mains des élites bureaucratiques et administratives.

»Le comportement de la population se caractérisait par l’attachement aux sciences et au progrès technologique; de même que le concept victorien du progrès, à savoir le suffrage universel, la tolérance religieuse et les libertés individuelles.

»Au Sud, c’était le colonialisme et l’accaparement des richesses naturelles pour l’approvisionnement des usines installées dans le Nord.

»Alors que nous vivons depuis le troisième quart du XXe siècle le passage à la domination des Technologie de l’information et de la communication, il faut s’attendre à des changements au niveau de l’Etat, des élites au pouvoir et du comportement des populations. On parle déjà de la globalisation, de la glocalisation et du village global au niveau de l’Etat. Les élites financières semblent prendre de plus en plus de pouvoir. Le comportement des gens est conditionné par le village global.

»Ainsi, l’environnement international offre des opportunités, mais aussi des menaces.



»Opportunités et menaces du progrès technologique

»Les opportunités du progrès technologique sont inscrites dans l’expansion rapide du capital scientifique mondial. Il double en moins de sept ans. Cela signifie que tout ce que l’humanité a accumulé comme capital scientifique depuis l’arrivée de l’être humain sur Terre jusqu’à 2009, elle accumulera son équivalent entre 2010 et 2016. Les prévisions citent un doublement de ce capital tous les 70 jours en 2035! Sans parler de l’Université de l’Abondance dans la convergence des travaux entre la faculté, les laboratoires de recherche et les entreprises.

»De même, la convergence entre les nanotechnologies, les biotechnologies, les technologies de l’information et de la communication et les sciences cognitives (convergence NBIC), avec pour objectif de produire d’ici 2050 des cellules intelligentes qui surpassent l’intelligence humaine.

»Le monde est entré de plain-pied dans l’économie du savoir, «une économie qui assure une utilisation effective du savoir pour la réalisation du développement économique et social», définition proposée par la Banque mondiale.

»C’est une économie qui s’appuie sur quatre piliers: la promotion économique et la construction institutionnelle, la qualité du système d’enseignement, la place accordée à l’innovation dans la relation, entreprise, université et capital, la Technologie de l’information et de communication en production et en consommation.

»Pendant ce temps, en déphasage total avec ces rapides bouleversements, nos élites et nos responsables des réformes de l’enseignement discutent dans la stérilité du remplacement de l’arabe classique par l’arabe dialectal durant les deux premières années de l’enseignement primaire!

»Cependant, si le progrès technologique offre des opportunités, il comporte également des menaces.

»Il s’agit de la globalisation, de la glocalisation et du village global.

»La globalisation est un grand programme publicitaire lancé partout dans le monde par les occidentaux pour unifier le mode de consommation et de loisirs de tous les habitants de la planète sur le modèle occidental. Il s’agit de faire du monde un marché global pour la production occidentale, américaine, notamment.

»Nous entrons dans les trente prochaines années dans une compétition féroce entre les trois grandes économies que sont la Chine, l’Inde et les Etats-Unis d’Amérique, qui se classent dans les trois premières positions mondiales en 2014 par le PIB en parité de pouvoir d’achat: Chine, Etats-Unis, Inde, dans l’ordre de classement.

»La compétition chinoise se construit sur des coûts de production bas, avec pour conséquence des prix très compétitifs, de même qu’un marché intérieur en très forte expansion. Le revenu par habitant en Chine est passé de 941 dollars US en 2000 à 7589 dollars US en 2014, soit une augmentation de 800%!

»La compétition indienne se construit sur une qualification élevée des ingénieurs dans les secteurs des TIC et des services. Déjà, plus des deux tiers de la création mondiale annuelle de richesse se fait dans les services.

»La compétition américaine se construit sur une demande mondiale élevée pour les produits et services de ce pays grâce au programme publicitaire de la globalisation.

»La glocalisation. Il s’agit de faire disparaître l’Etat national, en le morcelant en petits Etats dans le cadre de réseaux d’alliances régionales. Pour notre région, c’est le Grand Moyen-Orient qui est proposé. Les exemples du Soudan, de l’Irak, de la Syrie, du Yémen sont à méditer à ce sujet. La situation en Libye présente un danger imminent sur la sécurité de nos frontières. Il faut s’en préoccuper sérieusement.

»Le village global. C’est la capacité d’influence sur les individus et les groupes d’individus par les systèmes de communication de masse qu’offrent les réseaux sociaux. On parle déjà de la «dictature scientifique».

»Comme il est aisé de le constater, pour se protéger contre les menaces et profiter des opportunités du progrès technologique, nous avons besoin d’un autre mode de gouvernance et d’un autre profil de dirigeants.

»Si nous n’avons pas pu bénéficier des bienfaits de l’avènement de la Révolution industrielle parce que nous étions sous occupation coloniale, nous ne devons pas rater l’avènement de la Révolution des Technologies de l’information et de la communication.



»La feuille de route pour la mobilisation

»Comme cela a été présenté auparavant, la réalité de l’Algérie d’aujourd’hui et plus encore celle de demain se caractérise par un Etat déliquescent, une société malade et une économie vulnérable, volatile, dépendante, en déficit de moyens de financement. Autrement dit, un pays ouvert à tous les dangers. Cette situation est due au système de gouvernance actuel, obsolète et en déphasage total avec sa société autant qu’avec le monde extérieur, d’où la nécessité du changement du système de gouvernance responsable de cette situation pour parer aux menaces, profiter des opportunités et construire l’Algérie de l’espoir.

»Il faut bien noter que la vraie transition démocratique ne pourra commencer qu’au lendemain de la chute du régime.

»Il faudra, alors, mettre de l’ordre dans l’espace politique, parce que l’on passera de la peur du connu à la peur de l’inconnu.

»D’où l’urgente nécessité de la mobilisation pacifique des masses pour la construction d’une autre culture politique fondée sur le pluralisme, la gestion des conflits par le dialogue et la concertation et la prise en charge des divergences.

»Donc, le travail de mobilisation consiste à préparer la société et les acteurs de la période de transition afin de leur donner les moyens pour s’engager à la réalisation datée avec un système de contrôle à la mise en œuvre d’un programme politique qui pourrait comprendre, à titre indicatif et sans être exhaustif, les actions suivantes:

»1)- s’attaquer aux questions essentielles de construction d’un Etat moderne et fort de ses institutions face au patronage sponsorisé du régime;

»2)- renforcer l’Etat de droit par la promotion d’un véritable pouvoir judiciaire indépendant;

»3)- promouvoir dans un cadre légal les initiatives qui assurent l’opportunité d’indépendance financière des citoyens et des associations par rapport à l’Etat;

»4)- encourager la lutte contre la corruption et le gaspillage des ressources (capital humain et hydrocarbures en premier lieu);

»5)- promouvoir une décentralisation du pouvoir de prise de décision économique et un développement régional intégré;

»6)- encourager la coopération entre les partis politiques de l’opposition et les éléments dynamiques de la société civile;

»7)- réduire sensiblement le gap qui sépare gouvernants et gouvernés grâce à la mise en place d’un vaste programme de bonne gouvernance, à savoir la voix et l’imputabilité (accountability en anglais, mousaala en arabe); la stabilité politique et l’absence de violence; l’efficacité et la capacité du gouvernement dans l’accomplissement de ses missions; la primauté du droit et le contrôle de la cooptation. Les préalables sont: la promotion d’une large mobilisation collective pour assurer le succès aux décisions fondamentales initiées; la mise en place des outils et des mécanismes indispensables à la réalisation de l’objectif défini; la sécurisation du processus de changement contre toute pratique de régression ou de statu quo.


»Pour ce faire, il semble qu’un partenariat politique, à finalité démocratique qui prône la libération de la société du système de gouvernance actuel, est inéluctable. Un partenariat fondé sur une stratégie, un organigramme et des tâches planifiables. Pour arrêter le processus de mise en œuvre de la stratégie, il faudrait intérioriser très fortement la nécessité du changement du système de gouvernance pour s’engager sérieusement et durablement dans une transition démocratique négociée, réussie et sans violence. Le premier pas est d’envisager pour les étudier les différents scénarii possibles du changement.

»A cet effet, quatre d’entre eux sont possibles: le changement mené de l’intérieur du pouvoir en place; le changement négocié par le pouvoir en place avec l’opposition et les parties prenantes à forte influence sur le cours des événements; le changement suite à l’explosion sociale dans la rue; le changement après un coup d’Etat militaire. Le changement mené de l’intérieur du pouvoir n’est pas prévisible du fait de l’émiettement des clans à l’intérieur du pouvoir et de l’absence de stratégie de sortie de crise chez les différents pôles de prise de décision.

»Ces derniers ne sont guidés que par la prédation autour de la rente qui sera en amenuisement continu. Le changement après un coup d’Etat portera sur les personnes et non sur le système de pouvoir. Il est donc à rejeter. Reste le changement négocié ou à la suite d’une explosion sociale. Dans les conditions actuelles et prévisibles à moyen terme, l’explosion de la rue à l’ombre des difficultés matérielles qui s’annoncent, augurant d’un niveau de vie décroissant des populations, demeure le scénario le plus probable.

»D’où la nécessité de travailler pour une mobilisation massive de la population et des parties prenantes pour un changement négocié, dans les meilleurs délais, afin d’éviter l’explosion fatale pour les tenants du pouvoir et pour la population. Il faut bien considérer qu’avec l’explosion de la rue, ce sont les maux actuels dans la société ainsi que l’influence des réseaux sociaux qui définiraient les comportements des émeutiers; d’où la forte probabilité de: l’avènement du communautarisme autour des questions de langues, de religions et de régionalisme; l’avènement du grand banditisme, et donc de l’insécurité généralisée; l’élargissement de la corruption et de la prédation; les méfaits de la perte de la morale collective: vol, alcoolisme, drogues, violence, prostitution; la quasi disparition des institutions de l’Etat et bien d’autres maux, à l’image de ce qui se passe en Syrie, en Irak, en Libye, au Yémen…

»Face à ce scénario catastrophe qui n’est souhaitable par personne, reste l’option du changement négocié, lequel cependant fera apparaître, fatalement, la volonté de s’accaparer du pouvoir par les différentes parties prenantes.

»Il s’agit de divisions, d’oppositions et de données fiables qu’il faut prendre en charge lors de la confection du programme de changement.



»Feuille de route de la mise en œuvre du programme de sauvegarde

»Les tâches prioritaires pour atteindre cet objectif se classent en deux dimensions:

»– la construction des institutions;

»– l’amélioration du comportement individuel et collectif.


»La priorité de la construction des institutions se réalisera en quatre chantiers:

»– la refondation de l’Etat;

»– la refondation de l’école;

»– la refondation de l’économie;

»– la promotion des compétences nationales et la maîtrise de la numérisation.


»La refondation de l’Etat concernera: une restructuration des administrations centrales, locales et aux frontières pour les mettre efficacement et effectivement au service du citoyen. Il s’agit des ministères et agences gouvernementales nationales, des wilayas, daïras et communes, des douanes, polices aux frontières et autres agents. Une administration tournée vers la satisfaction des besoins des citoyens. La fin de la corruption, du clientélisme et du régionalisme.



»La garantie de la sécurité pour tous

»Malgré la complexité de la violence qui dure depuis plus de vingt ans, la situation sécuritaire en Algérie ne relève d’aucun fatalisme et les solutions sont disponibles via un travail d’analyse approfondie et l’engagement de toutes les composantes de la société dans un large débat, sans oublier le travail de mise à niveau de l’Etat, de l’économie et de la société civile.

»Pour faire face à la crise sécuritaire, l’administration restructurée mobilisera les meilleures de ses ressources pour panser les plaies, protéger les populations vulnérables, prévenir les conflits et reconstruire ce qui a été détruit, c’est-à-dire que le programme de sortie de crise sécuritaire doit s’appuyer sur les actions suivantes: panser, protéger, prévenir, reconstruire.

»Une restructuration de l’administration judiciaire pour renforcer le droit de la défense et le principe de la présomption d’innocence; garantir l’indépendance et la protection du juge; mettre en place les moyens nécessaires à la mise en œuvre des décisions de justice. De même, le traitement équitable des citoyens, la protection des biens et des personnes. En un mot, le règne de la loi. Une modernisation de l’armée avec la définition d’une doctrine militaire adaptée à son époque et à ses réalités afin de répondre aux nouvelles exigences de sécurité nationale qui doivent garantir à la nation la protection contre toute atteinte à sa souveraineté, à la sécurité de ses citoyens, à son économie et à son indépendance.

»Cette doctrine, réaliste et qui tiendra compte des capacités intrinsèques nationales qui devront être renforcées, sera basée sur l’élément humain en priorité; ce qui garantira la maîtrise des techniques et des stratégies les plus modernes dans le domaine de la défense nationale. Une industrie militaire capable de donner à notre armée nationale les capacités nécessaires pour remplir ses missions sera également un élément important de cette vision.

»Le choix pour une stratégie de défense et non de l’agressivité constituera un autre pilier de cette doctrine. Ce choix est de nature à mettre à l’abri le pays lorsqu’il sera soutenu par une diplomatie de bon voisinage, d’aide et de coopération avec les pays voisins au nord, à l’ouest, au sud et à l’est.

»La sélection des fonctionnaires et des responsables politiques sera fondée uniquement sur le mérite, la compétence et l’intégrité. Des règles strictes et transparentes seront mises en place et une surveillance constante sera exercée sur les recrutements, les promotions et la signature des contrats et marchés publics. Des mécanismes permanents d’audit et de contrôle des différents agents de l’Etat et des institutions seront mis en place.

»Faire de la presse un partenaire effectif dans la construction de l’Etat et la lutte contre la corruption. Assurer sa liberté, sans contrôle a priori, sauf le contrôle de la conscience professionnelle et la loi. Les objectifs de la refondation de l’école sont: une population bien formée et professionnellement compétitive; une population avec un sens civique élevé et ouverte sur le monde; une forte intégration avec le monde professionnel; une infrastructure de recherche et d’innovation adaptée aux besoins du pays; un espace de formation continue et de seconde chance; un corps professoral performant et jouissant d’une pleine reconnaissance sociale; une population totalement alphabétisée avec un socle de formation de base de qualité; un haut niveau de qualification; une capacité d’innovation permanente.


* * *


La majorité des récents succès économiques du continent a été enclenché par des multinationales étrangères.

»La refondation de l’économie, c’est le passage d’une économie de rente atteinte de la malédiction des ressources à une économie compétitive qui assure la protection des individus et un développement individuel et collectif harmonieux.

»Ce passage se réalisera par un programme complet pour mettre en place cette économie de développement qui s’appuiera sur une politique rigoureuse et efficace de transformation du capital naturel non renouvelable (les hydrocarbures) en un capital humain générateur de flux de revenus stables et durables.

»Cette politique comprend notamment la réallocation d’une partie significative des investissements excessifs actuels dans les infrastructures vers des investissements ciblés dans le secteur productif de biens et de services (agriculture, industries, TIC, services, tourisme…), mais surtout des investissements de plusieurs milliards de dinars dans les ressources humaines (éducation, savoir, compétences…), afin de promouvoir une génération d’entrepreneurs possédant la capacité de leadership, la moralité, l’intelligence et le jugement, et de former des cadres gestionnaires à tous les niveaux dans les entreprises et l’administration. La relève des cadres dirigeants partant à la retraite doit être assurée en urgence par le biais d’ambitieux programmes de formation et de promotion de la relève, pour compenser la trêve remarquée pendant deux décennies dans la formation des cadres.

»La décentralisation de la décision d’investissement sera assurée par le lancement de quinze pôles régionaux d’investissement et de développement, avec la mise en place de tous les instruments nécessaires à l’investissement: fonds d’investissement, banques d’affaires, bureaux d’études… Le tout démarrera par une monographie de chaque région pour y définir les secteurs prioritaires.

»Cette stratégie de développement économique sera complétée par la mise en place d’une véritable politique sociale moderne à même de mobiliser tous les citoyens autour d’une approche axée sur la lutte contre la pauvreté, la préservation de l’environnement et la justice sociale. Cette politique sociale n’est pas la charité. Elle consiste en une stratégie globale contre la marginalisation en encourageant la participation des couches actuellement défavorisées à l’essor économique.

»Elle passe par un investissement massif dans la santé, l’éducation, les autres services sociaux, afin de libérer le gisement de créativité et de participation économique de nos concitoyens complètement marginalisés aujourd’hui. Le dialogue économique et social avec tous les partenaires dans le secteur économique, les syndicats des travailleurs, de professions et des agriculteurs, les associations concernées, jouera un rôle primordial dans la définition d’un programme complet de politique sociale moderne et tournée vers l’avenir, avec une redéfinition des priorités dans la part du revenu national redistribué et des mécanismes actifs de partage équitable des bénéfices du développement économique et social.

»Cette stratégie débouchera sur l’assurance pour tous les Algériens d’un niveau de vie de bonne facture, fruit d’un pouvoir d’achat conséquent grâce à une rémunération salariale en adéquation avec le coût de la vie d’une part, et l’effort de chacun d’autre part.

»La promotion des compétences nationales, c’est la sortie impérative de la situation actuelle où les compétences, notamment le million et demi d’universitaires, quittent en masse le pays, se détournent de leur vocation première pour se lancer dans l’enrichissement par tous les moyens, ou se désintéressent de la gestion de leur pays.

»Ce programme ouvrira l’espoir de mobilisation durable pour leur permettre de prendre toute la place qui leur revient dans l’élaboration des lois, la gestion et la contribution au développement du pays.

»La maîtrise de la numérisation concerne l’utilisation de façon organisée et planifiée des Technologies de l’information et des communications (TIC) pour la maitrise de la vitesse nécessaire pour réaliser toutes les opérations ayant rapport avec la gestion des projets de développement. Notre siècle est sans conteste celui de la révolution numérique au même titre que le siècle passé a été celui de la révolution industrielle que notre pays a ratée du fait de la colonisation qui l’a empêché d’y prendre part. En outre et en sus d’être le siècle de la numérisation, celui-ci sera celui de la communication. La maîtrise par nos citoyens de l’outil numérique permettra à notre nation d’être au diapason de ce qui se fait dans le village planétaire qu’est devenu le monde.

»La priorité de l’amélioration des comportements individuels et collectifs concerne tous les maux sociaux allant de la lutte contre la corruption, les passe-droits, la lutte contre le gaspillage, l’absentéisme, le népotisme, l’opportunisme, le laisser-aller, l’incivisme, le manque d’éducation citoyenne… Autrement dit, la construction d’une société qui repose sur les valeurs, les lois et les règles saines, où les individus se font confiance lorsqu’ils interagissent, où la bonne éducation et le travail sont des atouts de la réussite sociale et individuelle, où la justice prévaut, où la malhonnêteté, le vice et la brutalité sont proscrits comme mode de progression dans la sphère publique et combattues et dénoncées dans la sphère privée.

»De même, l’installation d’un nouveau système de transparence dans la gestion des affaires publiques. Ce système sera mis en place graduellement avec le souci maximum de pédagogie pour permettre à tous de s’y adapter progressivement et à s’y conformer au-delà d’une période de grâce suffisante.

»Ce n’est qu’après la période de grâce, clairement affichée, que des institutions performantes et non des individus quel que soit leur niveau dans la hiérarchie de la nouvelle gouvernance, mettront un terme aux défaillances de ceux qui refusent de se conformer aux nouvelles règles de transparence dans la gestion des affaires. La garantie du traitement équitable sera assurée pour tous, dans le seul respect de la loi.

»Les composantes de la personnalité algérienne seront des facteurs de renforcement de l’unité nationale, où la société sera fière de son histoire et de son attachement à sa civilisation et son appartenance. De même, l’ouverture sur les vérités de l’heure, prenant en compte les moyens du progrès et de la prospérité. Aussi, rendre visible et vivant le socle culturel et identitaire algérien dans les programmes de formation; créer un environnement culturel dans toutes les villes et villages algériens.

»Les politiques sectorielles de développement: l’agriculture, l’industrie, l’économie des services, le tourisme, les infrastructures, l’énergie. Elles auront pour socle et conditions nécessaires:

»Premièrement, la libération des initiatives et des énergies des entrepreneurs algériens par la mise en place d’un ensemble de textes juridiques codifiant les droits et les devoirs de chacun envers la société et ce que le pays attend d’eux en matière de contribution à l’épanouissement et au bien-être de ses citoyens.

»Deuxièmement, des mécanismes plus réalistes, moins contraignants, moins décourageants, moins propices aux manœuvres frauduleuses qui ont cours de nos jours en matière d’accès aux financements.

»Troisièmement, l’interaction complémentaire, la collaboration nécessaire entre les laboratoires d’universités, avec tous les secteurs de l’économie, ouvrant ainsi le champ aux innovations et aux inventions.


»La politique de soutien à l’agriculture se fera en direction de l’augmentation des surfaces agricoles, sylvicoles et des surfaces de pâturage selon une approche différenciée par région.

»Au Nord, il s’agit surtout de protection des parcelles agricoles contre le développement urbain anarchique. Par ailleurs, un reboisement massif sera entrepris, notamment à l’intérieur des grandes agglomérations, le long des axes routiers, dans la plantation de ceintures vertes autour des villes et sur les pentes des collines et des montagnes.

»Dans les hautes plaines, un effort majeur sera fait en termes de reboisement (notamment en arbres fruitiers) et de replantation des cultures traditionnelles protectrices des sols et faiblement consommatrice en eau (alfa, tabac, oliviers, vigne sur les coteaux dans une moindre mesure). Les surfaces agricoles perdues face à l’avancée du désert seront revitalisées.

»Enfin, dans le sud du pays, la surface agricole utile sera étendue de manière raisonnable dans deux directions.

»D’abord, un soutien de l’Etat sera apporté aux exploitations familiales dans les oasis afin de préserver les périmètres agricoles, puis les augmenter.

»En priorité, ces parcelles seront allouées aux populations rurales de la région, mais de nouveaux agriculteurs auront également l’occasion de s’installer dans les oasis élargies.

»Ensuite, des exploitations de taille moyenne ou grande seront lancées dans des terres à défricher et à valoriser. Cela permettra à une nouvelle génération d’agriculteurs mieux formés, de s’installer à leur compte avec des perspectives de revenus intéressantes et de participer à la politique agricole d’ensemble du pays. De même, des sociétés agro-industrielles pourront se développer en se lançant dans la production d’agrumes ou de fruits pour le marché national ou l’exportation.

»Dans les régions montagneuses du nord et dans les oasis du sud, il y aura des encouragements à la mise en place de coopératives afin de regrouper les moyens et d’agrandir les surfaces cultivées donc les rendements.

»Dans les hautes plaines et les terres agricoles données en concession sur les nouvelles terres, il y aura des propriétés individuelles ou des propriétés d’entreprises agricoles ou agro-industrielles intégrées propices à des investissements plus lourds.

»Pour le reste, le modèle restera celui de la propriété individuelle, qui devra atteindre une taille minimale pour procurer suffisamment de revenus à ses exploitants.

»L’augmentation des rendements et la disparition de la jachère reposent sur l’amélioration du niveau technique des agriculteurs (via la formation de tous les agriculteurs, notamment ceux de moins de 50 ans et une aide à effectuer des projections raisonnables sur les besoins et les cours des marchés) et l’utilisation de méthodes plus scientifiques de travail: parcours techniques adaptés à la réalité du terrain, une intensification de l’usage des engrais et des pesticides en utilisant des produits respectueux de l’environnement, une mécanisation accrue grâce à la mise en place de coopératives et de sociétés spécialisées dans la location des machines agricoles et le leasing bancaire, des fermes où se pratiquent la sélection génétique, une alimentation optimisée et une intensification de la production et une utilisation généralisée de l’imagerie satellitaire afin de déterminer les zones et les quantités d’eau et d’engrais à utiliser partout sur les terrains agricoles.

»Les techniques traditionnelles de culture et de mise en jachère seront abandonnées avec l’amélioration du niveau technique des agriculteurs.

»Le premier axe de la réorientation de la production agricole et animale sera un programme de sécurité alimentaire pour quelques produits stratégiques (blé, lait, viande blanche, œufs, agrumes) qui sera mis en place dans les régions les plus favorables en termes de terres, de surfaces et de disponibilité de l’eau.

»Cette réorientation vers les cultures et les productions animales à forte valeur ajoutée avec l’assistance des spécialistes algériens et internationaux se fera ainsi: au nord, les terres seront spécialisées dans des productions compatibles avec des surfaces modestes (plantations d’agrumes, légumes, vignobles, élevage de volaille), la proximité avec les agglomérations (produits frais, laiteries de bovins) et des productions spécifiques à forte valeur ajoutée sur les terres qui s’y prêtent (fleurs, plantes médicinales, essences de parfum); dans les hautes plaines, en dehors des surfaces consacrées aux céréales dans les zones à fort rendement, l’accent sera mis sur les agrumes, la viticulture, les oliviers, le tabac, l’alpha et les productions caprine et ovine; dans le sud, il faudra revivifier les cultures variées en palmeraies, les oliviers, productions camelines et les productions sous serres dans les nouvelles parcelles; enfin, dans les zones montagneuses, l’agriculture sera recentrée sur l’exploitation des essences de bois précieux d’Afrique du Nord, les plantes médicinales, la culture d’olive et d’huile, les fruits secs, le miel, les volailles, les chèvres et quelques fermes de bovins (lait et fromage).

»En parallèle, des campagnes et mesures seront prises pour changer les habitudes alimentaires de notre pays (diminuer la consommation de céréales pour les humains et les animaux, passage au lait de chèvre, de brebis ou de chamelle plutôt que le lait de vache, viande d’agneau plutôt que viande de bœuf).

»Il s’agit de rendre l’Algérie moins dépendante de l’étranger et de trouver des substituts à ces produits qui reviennent globalement très cher à la collectivité et qui peuvent être aisément remplacés afin d’assurer nos besoins nutritifs.

»La politique de soutien à l’industrie a pour objectif premier le développement des secteurs où l’Algérie peut exploiter des avantages comparatifs et assurer une large intégration de la valeur ajoutée en Algérie.

»Les premières filières à favoriser par une politique économique de soutien direct et indirect seront celles disposant d’avantages comparatifs naturels et de dotations factorielles importantes pour l’Algérie: énergie grâce aux hydrocarbures, soleil et vent pour l’énergie renouvelable, métaux (fer, charbon, phosphates, métaux précieux et rares), alfa, agrumes, dattes, oliviers, quelques essences de bois et pêche. La vision de politique industrielle déployée dans les années 60’ et 70’, notamment dans les industries lourdes, doit être reprise et adaptée aux nouvelles réalités du monde (ouverture des marchés, attraction des investissements et de la technologie étrangère pour assurer le décollage).

»Ainsi, une large palette d’industries consommatrices d’énergie en aval des hydrocarbures bénéficiera d’une véritable politique industrielle. Les premiers secteurs identifiés sont les suivants: pétrochimie jusqu’à la pharmacie, chimie lourde et fine et les engrais; papier, carton, emballage; sidérurgie et transformation des métaux lourds (aluminium et dérivés, sidérurgie) jusqu’à la production de composants automobiles, aéronautiques et les industries de défense, industries navales, etc; bâtiment (agrégats, béton, ciment).

»De même, des segments d’industrie agroalimentaires seront développés. La stratégie industrielle consistera d’abord à structurer ces secteurs en canalisant des investissements de long terme importants: ces industries comporteront des grandes sociétés nationales et leurs filiales, des joint-ventures avec des sociétés étrangères de renom et de gros groupes privés algériens ayant une capacité d’investissement importante et en mesure de développer le savoir-faire technologique indispensable. L’objectif spécifique des entreprises algériennes existantes ou à créer sera d’atteindre une large intégration de la valeur ajoutée en Algérie, de reconquérir des parts de marché national et, pour les sociétés algériennes les plus importantes, d’entamer une internationalisation, une vraie stratégie de long terme de conquête raisonnable de marchés extérieurs, notamment dans la région.

»Les entreprises algériennes, publiques ou privées, actives de la production de ressources naturelles jusqu’à celles de produits finaux transformés à forte valeur ajoutée seront restructurées en des groupes puissants, dotés d’une stratégie ambitieuse, avec des départements d’engineering et d’une capacité de recherche et développement afin de maintenir une certaine capacité d’innovation. Ces entreprises déploieront également des partenariats avec des firmes internationales.

»Au cours des premières années, l’Etat aidera les entreprises algériennes existantes dans les branches de la pharmacie, des biotechnologies et de l’industrie médicale à se développer et à élargir leur gamme de produits et à couvrir une partie plus importante des besoins nationaux ainsi que d’augmenter la part de la valeur ajoutée produite en Algérie.

»Une politique incitative en matière de production de médicaments génériques sera également mise en place par des partenariats avec des entreprises internationales à la recherche de nouveaux partenaires.

»Avec le renforcement de nos universités et la présence d’un fort contingent de biologistes et chimistes travaillant à l’étranger et dans le pays, nous espérons voir également éclore une capacité nationale dans les biotechnologies.

»Dans le secteur de la production de pétrole, de gaz et d’électricité autour de Sonatrach et de ses filiales, seront créés ou renforcés les services pétroliers de pointe (recherche sismique, forages, maintenance de puits) et d’une chaîne complète allant de l’engineering à la production d’équipements, à la construction de centrales et à la maintenance dans les domaines des centrales électriques, du dessalement d’eau de mer, des gazoducs et oléoducs.

»Le développement d’une économie de services s’appuiera sur le potentiel économique majeur de l’Algérie dans ce domaine du fait des changements de mode de vie (urbanisation, vieillissement de la population, nouveaux modèles de consommation et aspirations des individus), de la proximité avec l’Europe, des besoins en services de soutien de nos entreprises et du formidable potentiel inexploité de nos universités.

»Le potentiel des services est à développer à la fois en termes de contribution au revenu national, mais surtout en termes de création d’emplois. L’approche consistera à développer tous azimuts les différents types de services pour assurer un haut niveau de tous les secteurs. L’Algérie deviendra, ainsi, un gros producteur de services aux entreprises en misant sur des entreprises spécialisées multiservices de qualité et très professionnelles. Des plateformes seront créées à proximité des universités dans les deux domaines suivants: principalement les services informatiques, les call-centers, les services de back-office comme la comptabilité ou les traitements de factures. De même la sous-traitance (études de marché, engineering, marketing, ressources humaines, services juridiques, analyses biologiques, traitement des images).

»Pour y parvenir, l’Etat a un grand rôle à jouer en facilitant la mise en place d’entreprises nationales en partenariat avec des entreprises étrangères afin de proposer des services de qualité et bon marché, en mettant en place une législation favorable au recours à ces services par les entreprises algériennes (ce qui permettra à la fois d’améliorer le niveau de prestation de service pour ces entreprises et d’alimenter une demande importante), en encourageant fortement les jeunes diplômés à se lancer dans ces secteurs en début de carrière.

»L’Algérie doit également prendre sa place dans l’industrie du savoir, notamment dans des segments encore relativement peu concurrentiels et des niches adaptées à la situation de notre pays (traduction de livres en arabe, littérature enfantine, livres électroniques, services de numérisation et de bases de données).

»Le secteur de la gestion immobilière représente un potentiel très important. Il se développera grâce à une restructuration de la chaîne de l’immobilier qui définira les différents rôles que peuvent jouer des entreprises ainsi que leurs obligations.

»Un potentiel important en matière d’emplois et d’amélioration de la qualité de vie se trouve dans les services aux personnes. Dans ce domaine, l’Etat a un grand rôle à jouer afin de structurer le secteur: il s’agit de rendre solvable la demande (incitations fiscales), de créer un réseau d’entreprises, de coopératives, de crèches et d’associations efficaces (utilisation de portails internet, soutien à la formation professionnelle permanente, accès aux financements bancaires, subventions des collectivités territoriales) et de protection des travailleurs (salaire décent, protection sociale, formation professionnelle et académique en parallèle de leur travail pour leur assurer une promotion sociale, plans personnalisés ou collectifs d’épargne, logements sociaux pour favoriser la mobilité géographique).

»Des programmes spécifiques seront mis en place avec les ministères concernés pour favoriser les métiers de garde d’enfants, de femmes de ménage pour les foyers dont les femmes travaillent, d’infirmiers à domicile, de personnels dans les crèches, notamment dans les grandes entreprises.

»L’Algérie doit devenir une puissance régionale dans le domaine de l’éducation, c’est-à-dire faire en sorte que le secteur, au-delà de sa mission de service public, joue un rôle important dans l’économie marchande du pays.

»L’Algérie a les moyens de développer le secteur des arts et de l’artisanat, notamment à travers l’extraordinaire patrimoine gastronomique, architectural, en bijoux, vêtements, en objets de décoration que nous possédons dans nos villes et nos musées. Ce secteur deviendra un important pourvoyeur de revenus de valeur ajoutée et d’emplois pour le pays.

»Avec la libéralisation des médias, une véritable industrie de l’information pourra être créée.

»La structuration sera cruciale pour permettre aux médias de prospérer et de rester indépendants et neutres des pouvoirs économique, politique ou des puissances étrangères en remplissant leur devoir vis-à-vis de la collectivité en matière d’éducation et d’information.

»L’Algérie avec son histoire, sa culture et ses paysages a également un gros potentiel en matière cinématographique.

»Au-delà de la satisfaction des besoins nationaux dans ces domaines, cette politique en direction de la production médiatique de qualité permettra également de vendre l’image de marque du pays à l’étranger et de participer ainsi à en faire un pays attractif pour le tourisme et les investissements étrangers. Avec sa population jeune et l’importance de la famille, l’Algérie dispose d’un grand potentiel dans le secteur des loisirs et du sport.

»Pour cela, il faut combiner une action publique forte en termes d’accès aux sports de masse et de gestion des sites culturels, et l’émergence d’entreprises composées de professionnels pour gérer des installations sportives (salles de sport, pistes de ski, sports nautiques) ou des sites de loisirs (parcs d’attractions, complexes cinématographiques, jeux d’arcades).

»A nouveau, l’Etat à tous les niveaux (administration centrale, collectivités territoriales) déploiera une politique cohérente pour favoriser l’émergence de cette industrie: formations, partenariat international pour faire venir des entreprises qualifiées au niveau international, notamment pour les parcs à thème, financement et incitation économique et protection de la propriété intellectuelle.



»1- Le développement du tourisme

»Le tourisme est la résultante des activités de différents secteurs. Son développement passe par la refondation de l’économie, la refondation de l’Etat, l’amélioration du fonctionnement des institutions et des comportements des gens. Le tourisme a besoin d’une administration publique qui possède la capacité de protéger les biens et les personnes à tout instant et en tous points du territoire national pour le pays le plus vaste d’Afrique. Le tourisme a besoin de sécurité routière, ce qui signifie des infrastructures de qualité, mais aussi un code de la route respecté et respectable. Le tourisme peut être motivé par des besoins d’émancipation culturelle. L’Algérie possède plus de quinze musées de dimension nationale et dix parcs nationaux. Le tourisme peut être motivé par des attraits de l’artisanat. Il peut être motivé par des besoins de santé: tourisme thermal et d’ensablement dans les dunes de sable au sud du pays. Il peut être motivé par des considérations de loisirs.



»2- Le développement des infrastructures

»Le secteur de la construction et des travaux publics sera un des fers de lance de l’industrie algérienne compte tenu de la croissance démographique algérienne et la résorption du déficit en logements, ainsi que les besoins en infrastructures nouvelles et en maintenance des infrastructures existantes.

»La production algérienne bénéficie d’avantages compétitifs significatifs dans ce domaine du fait de la forte consommation en énergie dans le secteur de la construction (cimenteries, production d’aluminium, de fer) et de la présence des matières premières en abondance (fer et minéraux comme l’argile, le marbre, les pierres de taille).

»La relance du secteur de la construction touchera à la fois les entreprises publiques et les entreprises privées. Les quelques constructeurs existants auront un rôle clé à jouer au cours des premières années. L’Etat les renforcera par un soutien à leur restructuration sur les plans humain et organisationnel (bureaux d’études, capacités de gestion de projets en organisant les différents corps de métiers, laboratoires internes).

»Ensuite, ils seront aidés à franchir des paliers en termes de taille et de complexité des projets mis en œuvre par le biais de la commande publique, de l’association avec des partenaires étrangers et d’une politique de prix incitative et réaliste. Très vite, des réseaux de sous-traitants s’établiront sur tout le territoire et d’autres entreprises verront le jour et qu’il faudra accompagner dans leur développement.

»Un potentiel important dans des petites sociétés spécialisées à haut niveau technique (maçonnerie, ferronnerie, carrelage) sera développé avec la formation professionnelle, des partenaires étrangers, des financements appropriés et la commande publique. De même, la nécessité de faire face à la pénurie prévisible d’énergie.

»L’énergie est un levier principal de développement et un facteur de bien- être social.

»L’exploitation irresponsable des sources d’énergie non renouvelable (consommation intérieure et exportation des hydrocarbures) est en voie de mener le pays vers la pénurie énergétique.

»L’impasse est là, prévisible et même visible: une augmentation accélérée de la demande intérieure d’énergie, des exportations élevées par rapport à notre potentiel d’exploitation, une production en baisse et une utilisation irrationnelle des revenus financiers générés par les exportations.

»L’Algérie est parmi les pays qui disposent du taux d’ensoleillement le plus élevé dans le monde, ce qui lui permet de construire une compétence distinctive dans l’exploitation des sources d’énergies renouvelables.

»Cette exploitation concernera la production de masse centralisée et la production décentralisée de proximité.

»Pour la production de masse centralisée, dans le sud du pays, la technologie des centrales thermodynamiques est retenue.

»Pour la production décentralisée, c’est le photovoltaïque qui est retenu. Les équipements seront produits par le secteur privé en petites et moyennes entreprises pour la création d’emplois, la maîtrise et le développement de cette technologie et la démocratisation de l’utilisation des panneaux voltaïques.

»Par exemple, dans le sud, les consommateurs seront encouragés à utiliser les panneaux pour les besoins de la climatisation grâce à un soutien approprié de l’Etat. Ainsi sera réduite la consommation d’électricité avec un plus grand confort et autonomie des consommateurs et moins de dépenses.

»De même, la maîtrise des autres technologies, l’éolien, la géothermie et la conversion d’hydrogène.

»L’Algérie développera ainsi une avancée technologique dans les énergies renouvelables.»





Une innovation

2016/06/29

«France et Québec accentuent leurs efforts sur la recherche scientifique»




Journal de Montréal



«La France et le Québec multiplient les efforts dans la recherche appliquée entre les universités et les centres scientifiques dans de nombreux domaines comme les nanotechnologies, les éco-matériaux ou l’environnement, a-t-on appris mardi auprès des autorités consulaires.

»Six nouveaux Laboratoires internationaux associés ont été créés entre le CNRS français (Centre national de la recherche scientifique) et sept établissements d’enseignement supérieur.

»La ministre québécoise de l’Économie Dominique Anglade et le président du CNRS Alain Fuchs vont formaliser ces accords de recherche jeudi à Montréal, a indiqué le consulat de France.

»Les partenariats dans le domaine scientifique et universitaire entre la province canadienne francophone et les chercheurs français vont porter sur «la recherche de pointe liée à des enjeux fondamentaux» comme les nanotechnologies, les mathématiques, l’environnement et les climats nordiques.

»Un laboratoire international va associer l’Université de Sherbrooke et l’Institut français des sciences et technologies des transports de l’aménagement et des réseaux (IFSTTAR) pour développer «l’innovation dans le domaine des éco-matériaux pour la construction», selon la même source.

»L’Institut national québécois de la recherche scientifique (INRS) passe aussi des accords avec l’Université de Bordeaux dans les domaines de la santé publique, la recherche et de la formation dans les domaines des lasers, des nanotechnologies et de l’eau. Cet institut s’associe aussi avec l’Université de Rennes-1 «pour favoriser l’accueil des étudiants dans le domaine de la biologie et de la santé.»





Un innovateur

2016/06/28

«L’Université de Sherbrooke renforce ses liens avec le CNRS et la France»






«Le Laboratoire international associé sur les circuits et matériaux quantiques voit le jour, tandis que l'UMI-Laboratoire nanotechnologies et nanosystèmes est reconduite.

»L’Unité mixte internationale — Laboratoire nanotechnologies et nanosystèmes (UMI-LN2) —, compte notamment des chercheurs au 3IT de Sherbrooke et au C2MI de Bromont.

»Deux ententes viennent d’être signées afin de consolider, d’ici 2020, la collaboration franco-québécoise dans deux domaines de recherche de pointe: les matériaux quantiques, et les nanotechnologies. Ces ententes posent de nouveaux jalons, alors que l’Université de Sherbrooke (UdeS), le Centre national de la recherche scientifique (France) et des universités françaises unissent leur expertise dans deux entités de recherche internationales.

»D’une part, le nouveau Laboratoire international associé – Laboratoire circuits et matériaux quantiques (LIA LCMQ), regroupera des chercheurs issus du CNRS — Laboratoire National des Champs Magnétiques Intenses (LCNMI), de l’Université Paris-Sud — Laboratoire de Physique des Solides (LPS), ainsi que de l’Université de Sherbrooke — Institut quantique.

»D’autre part, un Laboratoire créé en 2012 voit son mandat renouvelé: il s’agit de l’Unité mixte internationale — Laboratoire nanotechnologies et nanosystèmes (UMI-LN2). Les partenaires sont, outre le CNRS et l’UdeS, l’Université de Lyon, incluant l’École Centrale de Lyon, l’Institut National des Sciences Appliquées de Lyon, l’École Supérieure de Chimie Physique électronique de Lyon ainsi que l’Université Grenoble Alpes.


Deux ententes viennent d’être signées afin de consolider, d’ici 2020, la collaboration franco-québécoise dans deux domaines de recherche de pointe: les matériaux quantiques, et les nanotechnologies.

»Circuits et matériaux quantiques

»Les quatre axes de recherches au cœur du LIA LCMQ sont principalement en physique fondamentale. L’Institut Quantique de l'UdeS sera au coeur des échanges.

»La création du LIA LCMQ n’est pas le fruit du hasard. Au cours des 10 dernières années, 43 articles impliquant au moins un chercheur de Sherbrooke et un chercheur français du nouveau LIA ont été publiés dans les domaines ciblés par le laboratoire, incluant plusieurs travaux à très fort impact telle la découverte des oscillations quantiques dans les cuprates supraconducteurs à haute température critique. À Sherbrooke, il y a présentement 7 étudiants français dont 3 en cotutelle, et un directeur de recherche au CNRS en détachement. L’organisation régulière d’écoles d’été à Sherbrooke se fait aussi conjointement avec des chercheurs français. La direction du LIA LCMQ est confiée à deux codirecteurs, le professeur Bertrand Reulet (Institut quantique) et Cyril Proust (LCNMI), tandis que le bureau exécutif est composé du professeur Louis Taillefer (Institut quantique) et Marco Aprili (LPS).

»“Les quatre axes de recherches au cœur du LIA LCMQ sont principalement en physique fondamentale. L’accent sera mis sur l’échange d’idées, d’expertises et sur le partage de ressources expérimentales complémentaires. Nous souhaitons renforcer les collaborations à la fois sur des sujets scientifiques clairement identifiés et discutés plus bas, mais également par l’échange d’étudiants, l’organisation de workshops, d’écoles d’été ainsi que par des séjours de courte durée en France et au Canada”, explique le professeur Bertrand Reulet, co-directeur du LIA LCMQ.


»Nanotechnologies et nanosystèmes

»Construite sur une collaboration établie avec la région Rhône-Alpes depuis plus de 15 années, l’UMI-LN2 est la première unité de recherche CNRS bilatérale entre la France et le Canada. L’objectif du laboratoire est de renforcer les coopérations scientifiques et technologiques dans le domaine des micro-nanotechnologies, à travers des échanges d’étudiants et des projets de recherches bilatéraux en partenariat étroit avec l’industrie. À ce titre, le laboratoire joue un rôle de point de contact Europe/Amérique du Nord dans le domaine des micro-nanotechnologies avec plus de 50 thèses de doctorat dont 30 en cotutelle, 95 publications, 172 présentations en conférence (dont 56 invitations) depuis 2012. L’UMI-LN2 est dirigée par Michael Canva, directeur de recherche CNRS et professeur associé à l’UdeS, et son directeur adjoint est le professeur Vincent Aimez de l’UdeS.

»“Les activités de recherche de l’UMI-LN2 sont organisées selon 4 axes technologiques en étroite collaboration avec l’industrie: Intégration électronique 3D; BioMEMs; Gestion d’énergie sur puce et Packaging/encapsulation. Un axe de recherche transversal ‘Innovations en nanotechnologies: Éthique, Usages et Sociétés’ est également conduit en étroite collaboration avec les sciences humaines et sociales”, explique le professeur Vincent Aimez.»





Administration Publique et innovation

2016/06/27

Newsletter L&I, n.º 110 (2016-06-27)




n.º 110 (2016-06-27)

TAGS: # nanotecnologia # nanotecnología # nanotechnologie
# nanotechnology


Administração Pública e inovação | Administración Pública e innovación |
Administration Publique et innovation | Public Administration and innovation

Um inovador | Un innovador | Un innovateur | An innovator

Uma inovação | Una innovación | Une innovation | An innovation

A execução da inovaçao | La ejecución de la innovación | L’exécution de l’innovation |
The innovation execution



Index


Liderar Inovando (BR)

«Nanotecnologia: o futuro da inovação científica no Brasil» ( ► )
«Pesquisador fala da nanotecnologia em veículos robustos durante simpósio da SAE BRASIL» ( ► )
«Aedes: pesquisadores do RS anunciam parceria para
desenvolver tecnologias» ( ► )
«Livro sobre nanossegurança é lançado no Simpósio SAE BRASIL de Novos Materiais e Nanotecnologia» ( ► )

Liderar Inovando (PT)

«Centro da UMinho vai usar Nanotecnologia para criar alimentos funcionais mais eficientes» ( ► )
«Investigadores portugueses em destaque na Europa» ( ► )
António Lúcio Baptista: «Saúde e reformas: o que falta resolver» ( ► )
«Startup do futuro são “minúsculas”. Em Braga, são Startup.Nano» ( ► )

Liderar Innovando (ES)

«El centro de nanociencia vasco nanoGUNE usará el modelo de la Fundación Barrié para rentabilizar la investigación» ( ► )
«Nanotech, la vanguardia en nanotecnología en México» ( ► )
«Con biosensor de glucosa ganan Premio Santander» ( ► )
«BeAble, un fondo para convertir la ciencia en empresa» ( ► )

Mener avec Innovation (FR)

Laurent Alexandre, Thierry Berthier et Bruno Teboul: «Le prochain président devra faire face à la révolution NBIC!» ( ► )
Nouria Hernandez: «La science est une force qui avance toute seule» ( ► )
«Luc Ferry, philosophe de l’ère des nanotechnologies, des biotechnologies et de la cognitique» ( ► )
«Corée du Sud / innovation: Séoul et Paris veulent s’entendre pour peser au niveau mondial» ( ► )

Leadership and Innovation (EN)

a
Markus J. Beyrer: «No risk, no innovation: Europe needs an
Innovation Principle» ( ► )
Edward Greenspon: «A true 'innovation agenda' requires government to think differently» ( ► )
Todd Hirsch: «Canada should take advantage of a new power innovation» ( ► )
«How to pitch your business idea: Insight from the Ci2016
innovation scholarship» ( ► )

Licencia Creative Commons Licencia Creative Commons
Atribución-NoComercial 4.0 Internacional








2016/06/24

«Corée du Sud / innovation: Séoul et Paris veulent s’entendre pour peser au niveau mondial»




François Pargny. Le Moci.



«Pris en tenaille entre la Chine et le Japon, la Corée du Sud compte sur la France pour peser en matière d’innovation. Si elle ne peut espérer rejoindre le volume d’excellence des États-Unis et de l’Europe, elle est, néanmoins, “le premier pays de l’OCDE à investir dans la recherche et développement (R & D) relativement à son produit intérieur brut (PIB), avec un taux de 4,3 %”, a souligné Pierre Gattaz, le président du Medef, qui organisait avec son homologue, la Fédération des industries coréennes (FKI), le Forum économique France-Corée, à Paris, le 2 juin.


»Le pays du Matin calme, point d’ancrage en Asie

»Organisé à l’occasion du 130e anniversaire des relations diplomatiques bilatérales et de la visite officielle dans l’Hexagone de la présidente Park Geun-hye (sur notre photo, lors du forum), cet évènement s'inscrit dans toute une série de rendez-vous, comme en 2015 le déplacement de François Hollande à Séoul, le 4 novembre, et le Forum franco-coréen d’innovation industrielle, le 26 du même mois à Bercy. A l’occasion de cette dernière manifestation, le ministre de l’Économie, de l’industrie et du numérique, Emmanuel Macron, s’était félicité des trois secteurs de coopération bilatérale déjà ciblés: e-santé, nanotechnologies et véhicule du futur.

»Il est vrai que Paris a tout intérêt à s’entendre avec Séoul, la Corée du Sud étant en Asie un point d’ancrage de l’Hexagone, qui en est le deuxième fournisseur européen, avec 4,8 milliards d’exportations en 2015, et le quatrième investisseur européen.

»Pour ses échanges, elle a su utiliser l’accord de libre échange, conclu en 2011 entre la nation asiatique et l’Union européenne (UE), et le label French Tech Hub, dévolu en avril à l’écosystème français d’innovation à Séoul, devrait encore “favoriser les échanges en matière d’économie créative”, s’est réjoui Cho Yang-Ho, coprésident, côté coréen, du club d’affaires de haut niveau France-Corée et président de Korean Air.


»Une mission du Medef à la mi-novembre

»Le Forum économique France-Corée a accueilli “plus de 250 représentants du monde de l’innovation”, dont “plus de 90 chefs d’entreprises coréens et une centaine de Français”, selon Marwan Lahoud, coprésident, côté français, du club d’affaires de haut niveau France-Corée. Pendant cette manifestation, le président d’Airbus France s'est réjoui de la mise en place d’un programme d’échanges de cinq startups françaises et coréennes et a annoncé la conduite d’une mission du Medef en Corée à la mi-novembre prochain.

»“La Chine, la Corée et le Japon veulent développer une politique de l’offre et la France a tout intérêt à intervenir dans des industries où l’offre est encore faible en Corée”, insistait le vice-président de la FKI, Lee Seungcheol, qui a cité notamment:

»_ l’agroalimentaire – “les produits japonais ne sont pas populaires chez nous en raison des craintes de contamination”, a-t-il précisé;

»_ le marché des seniors – “la croissance est ici la plus élevée de l’OCDE et en 2030, selon Lee Seungcheol, le nombre de seniors en Chine sera équivalent à celui de toute l’Europe et donc il y a des opportunités de coopération avec la Corée”;

»_ et encore les loisirs, la plaisance et la montagne, les biotechnologies, les semi-conducteurs, etc.

A l’occasion de cette dernière manifestation, le ministre de l’Économie, de l’industrie et du numérique, Emmanuel Macron, s’était félicité des trois secteurs de coopération bilatérale déjà ciblés: e-santé, nanotechnologies et véhicule du futur.

»“La Corée du Sud a peu d’influence au niveau mondial par rapport à l’Europe et aux États-Unis, notamment dans l’Internet des objets et les fabrications intelligentes. Les États-Unis et l’Allemagne dominent”, estimait Park Sang Jin, président de Samsung Electronics, qui développe notamment un partenariat avec Sigfox, spécialiste français de la communication des objets.

»D’après lui, Paris et Séoul ont intérêt à coopérer pour créer de l’emploi, ce qui leur est “indispensable”, et parce qu’ils “manquent d’un écosystème vertueux par rapport à la Silicon Valley”. Le Coréen a ainsi lancé une gamme de puces destinées à l'Internet des objets.


»Trois secteurs à développer: énergies renouvelables, TIC, pharmacie

»Pour sa part, Park Geun-hye a appelé à des échanges en matière d’information et d’hommes et à des coopérations entre la recherche fondamentale française et appliquée coréenne pour parvenir à des “partenariats gagnant-gagnant”. Et de citer trois grands secteurs: les énergies nouvelles, avec, par exemple, Air Liquide impliqué dans la liquéfaction de l’hydrogène, les technologies de l’information et la communication (TIC), où des “synergies” peuvent être trouvées entre le savoir-faire de l’Hexagone en matière de robot ou d’intelligence artificielle et celui de la Corée dans les infrastructures et les télécommunications, et, enfin, la pharmacie, le chef d’État du pays du matin calme saluant, en particulier, le travail de Sanofi.

»Implanté en Corée depuis 1957, le groupe pharmaceutique français y a conclu “des partenariats locaux ou globaux pour la R & D, la fabrication et les activités commerciales”, a indiqué un de ses vice-présidents, Loïc Haméon. En particulier, Sanofi et le coréen Hanmi exploitent un portefeuille d’antidiabétiques. “Si nous avons apporté à notre partenaire notre connaissance en matière de recherche ou de règlementation, lui en retour, a encore expliqué Loïc Haméon, nous a donné accès à une technologie très attractive au niveau mondial, puisqu’il n’est plus nécessaire de procéder à des injections quotidiennes pour traiter le diabète, mais hebdomadaires”.

»Preuve de la volonté de Paris et Séoul de renforcer leur partenariat en matière d’innovation, neuf accords ont été signés à l’issue du forum entre des organismes et des entreprises des deux pays (voir fichier pdf MOUSs).»





L’exécution de l’innovation

2016/06/23

«Luc Ferry, philosophe de l’ère des nanotechnologies, des biotechnologies et de la cognitique»




Laurent Alexandre. L’Opinion



«Laurent Alexandre: “Le transhumanisme n’est pas une science-fiction: l’homme va rapidement disposer d’un pouvoir démiurgique sur sa nature biologique. Il est urgent d’agir en n’oubliant jamais que les NBIC génèrent des oppositions philosophiques et politiques parfaitement légitimes qui n’opposent pas les bons et les salauds”.

»Luc Ferry est le premier philosophe à se pencher sur les bouleversements que les NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et Cognitique) vont induire. L’originalité de sa démarche tient à sa vision résolument prospective. La révolution transhumaniste est le livre le plus abouti sur le XXIe siècle vertigineux que nous promettent les NBIC. Évitant à la fois la naïveté technologique de la Silicon Valley et la technophobie des élites françaises, le philosophe offre une réflexion profonde sur la régulation du tsunami technologique qui déferle sur notre civilisation judéo-chrétienne.


»Génétique et Uberisation, même combat

»La révolution transhumaniste résume parfaitement les trois objectifs démiurgiques de la Silicon Valley: allonger nos existences, augmenter nos capacités — eventuellement en nous hybridant avec des automates intelligents — et choisir les caractéristiques de nos enfants en supprimant la loterie génétique. Nous subissons une irrésistible révolution industrielle qui bouleverse le monde avec, d’un côté, la naissance d’une technomédecine fondée sur les NBIC; de l’autre, celle d’une économie collaborative menée par des applications à la croissance foudroyante comme Uber, Airbnb ou BlaBlaCar. Luc Ferry affirme que les liens entre transhumanisme et ubérisation sont étroits, même s’ils sont “souterrains”; il se propose donc d’analyser ces deux révolutions simultanément.

»Selon lui, les deux révolutions, NBIC et économique, s’appuient sur la même infrastructure technique: l’Internet, le big data, l’intelligence artificielle, les imprimantes 3D, la robotique, les nanotechnologies… Elles ont le même fondement philosophique: il s’agit de donner aux individus la maîtrise de leur destin “dans des pans entiers du réel, qui appartenaient encore naguère à l’ordre de la fatalité”. Elles sont sous-tendues par la même idéologie politique – l’ultralibéralisme anglo-saxon et le techno-capitalisme futuriste, qui veulent en finir avec le poids de l’héritage judéo-chrétien.

»Ces deux révolutions sont organisées par les géants de la Silicon Valley, notamment Google, qui s’intéresse à toutes les formes de big data, y compris le patrimoine génétique de l’Humanité. Ainsi, le transhumanisme et la Net-économie ont une patrie, l’Amérique, et plus précisement la Californie. Il rejette les thèses des utopistes de l’Internet, selon lesquels l’économie collaborative va détruire le capitalisme et instaurer une société équitable et solidaire. Il ne croit pas, contrairement à Jeremy Rifkin, à la fin du capitalisme au profit d’un monde de gratuité, de bienveillance et de souci de l’autre. Luc Ferry craint au contraire que les entreprises comme Uber ou Airbnb soient en train de créer un “hypercapitalisme” prédateur, “sauvagement concurrentiel, mercantile et dérégulateur”, qui n’apportera ni bonheur ni prospérité.


les deux révolutions, NBIC et économique, s’appuient sur la même infrastructure technique: l’Internet, le big data, l’intelligence artificielle, les imprimantes 3D, la robotique, les nanotechnologies… Elles ont le même fondement philosophique: il s’agit de donner aux individus la maîtrise de leur destin dans des pans entiers du réel, qui appartenaient encore naguère à l’ordre de la fatalité.

»Transhumanisme oui, Posthumanisme non!

»Luc Ferry n’est pas contemplatif: c’est un homme d’action qui propose une grille de lecture et un plan pour bâtir une philosophie des NBIC. Leur croissance exponentielle pourrait rendre la démocratie technologiquement obsolète et certaines des perspectives ouvertes par les NBIC sont enthousiasmantes, d’autres effrayantes. On ne pourra ni tout interdire ni tout autoriser, il faut donc repenser la notion de régulation au niveau national et mondial. Luc Ferry positionne le transhumanisme face aux deux grandes traditions humanistes. L’humanisme chrétien qui, avec Saint Thomas, privilégie l’idée de loi naturelle. L’humanisme laïc, de Pic de La Mirandole et Condorcet, qui définit l’humain par sa liberté, sa faculté de transgresser la nature, pour accèder à une une perfection biologique illimitée. Le philosophe décrypte la complexité politique du transhumanisme qui associe utilitarisme, libertarisme, néo-liberalisme et social-démocratie. Beaucoup pensent à tort que le transhumaniste est élitiste alors qu’il milite pour l’immortalité et l’augmentation pour tous, ce qui le rendra difficile à combattre par la gauche.

»Luc Ferry défend un point de vue d’humaniste laïc: la nature est aveugle, injuste, elle ne connaît que la force brute et la vertu morale consiste à lutter contre elle. La grandeur de l’être humain réside dans sa liberté, son travail et ses efforts et non sa nature. Il n’y a donc aucune raison de ne pas vouloir la corriger ou l’améliorer. “Si on pouvait accroître de vingt ans la vie de ma mère, je serais preneur. La vraie question pour moi est bien plus complexe et c’est celle-ci: à quel prix?” explique le philosophe des NBIC. Luc Ferry a une conviction “L’Homme doit toujours être une fin en soi”. Mais il n’est pas naïf: le projet transhumaniste qui prétend donner plus d’autonomie à l’Homme sera très difficile à encadrer et à réguler. Il pense que l’idéal de l’autonomie qui anime les démocraties depuis la Révolution française rendra la régulation des NBIC bien complexe. Du reste, c’est par ce biais que le transhumanisme rejoint l’économie collaborative, qui vise aussi à plus d’autonomie en court-circuitant les intermédiaires pour s’organiser entre particuliers. Il craint la dérive vers des pratiques extrêmes sans même que les pouvoirs politiques ni l’opinion ne s’en aperçoivent.

»Il fait une distinction entre deux courants. Un transhumanisme “à visage humain”, qu’il accepte et qualifie “hyperhumanisme”, héritier des Lumières. Un “posthumanisme”, qui envisage froidement “une hybridation homme-machine”, combinant la biologie, la robotique et l’intelligence artificielle – pour engendrer “une autre espèce”, bien éloignée de notre Humanité 1.0 et auquel il s’oppose. Pour Luc Ferry, le posthumanisme est “inquiétant”, “absurdement réductionniste” et surtout “matérialiste”, c’est-à-dire à la fois déterministe et athée. Il reproche au transhumanisme de ne faire aucune place à l’héritage religieux européen. Le désir d’immortalité passerait ainsi de la religion à la science. Or, philosopher c’est apprendre à mourir. Que devient la philosophie si on ne meurt plus?


»Un Etat fort pour encadrer l’Homme 2.0

»Luc Ferry confesse être excédé par les idéologies dépressives et les nostalgies de la IIIe République. Il pense le monde nouveau dans lequel vont vivre ses enfants, et refuse de pleurer sur la disparition du monde de ses ancêtres. Le transhumanisme n’est pas une science-fiction: l’homme va rapidement disposer d’un pouvoir démiurgique sur sa nature biologique. Il est urgent d’agir en n’oubliant jamais que les NBIC génèrent des oppositions philosophiques et politiques parfaitement légitimes qui n’opposent pas les bons et les salauds.

»Ce livre cherche à réhabiliter l’idéal philosophique de la régulation, tant du côté de la médecine que de l’économie. La question de la régulation deviendra cruciale, voire vitale. Tout autoriser serait effrayant; néanmoins, tout interdire n’aurait aucun sens, du moment qu’il ne s’agit pas de fabriquer des monstres, mais bel et bien d’améliorer l’humanité, par exemple d’augmenter sa longévité en bonne santé. Le jour où nous pourrons éradiquer dans l’embryon la mucoviscidose ou la chorée de Huntington, non seulement nous le ferons, mais, dans le cas contraire, nos enfants nous reprocheraient de ne pas l’avoir fait. Plutôt que de créer des ministères aux intitulés stériles, “l’habitat durable” ou “l’égalité réelle”, il faut dès maintenant que les politiques se réveillent sur ces questions. Luc Ferry défend la beauté du compromis politique démocratique: toute autre forme de régulation des NBIC lui semble dangereuse et inefficace.

»Seule une régulation européenne, voire mondiale, peut avoir un sens. La Commission et le Parlement européens se sont déjà saisis du problème, dans deux grands rapports consacrés au transhumanisme, mais, sans connexion avec les Etats nationaux, rien ne sera possible. A l’échelle de la France, il faudrait placer la réflexion sur l’innovation au coeur de la question politique. Pour le moment, les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) sont tous américains. C’est toujours avec un temps de retard que l’Europe découvre les problèmes posés par la troisième révolution industrielle. Il préconise, sans surprise, le retour d’un Etat à la fois éclairé et fort qui sera capable de réguler ces révolutions en trouvant le juste milieu entre l’interdiction brutale et le laisser-faire intégral. Il sait que la partie n’est pas gagnée. L’ignorance et l’immobilisme des élites françaises, totalement désarmées face à ces immenses bouleversements, sont de sérieux freins. Luc Ferry est le prototype des élites du 21 ème siècle, mais il est encore bien seul.


»Le transhumanisme pour les nuls

»Laurent Alexandre est urologue, énarque et diplômé d’HEC. Ce chirurgien est aussi entrepreneur : fondateur du site Doctissimo (revendu), il dirige DNAVision, une startup belge spécialisée dans le séquençage d’ADN. Il est, en France, un des pédagogues du transhumanisme. Dernier ouvrage paru : La défaite du cancer (JC Lattès). Pour l’Opinion, il chronique le dernier ouvrage de Luc Ferry La révolution transhumaniste (Plon).»





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