2016/05/05

Caroline De Malet: «L’innovation “low tech” gagne du terrain»




Caroline De Malet. En partenariat avec l’Association des Centraliens. Série “low tech” 1/5. Le Figaro. Tech & Web.



«“Low tech”, vous avez dit “low tech”? L’expression synonyme de “basses technologies” a tout d’un oxymore. Pourtant, cette idée fait son chemin, notamment dans certains cercles d’ingénieurs. À l’instar du groupement “Ingénieurs et Développement durable” de l’Association des Centraliens, qui organise ce mercredi 13 avril une conférence sur le thème: “Quels choix technologiques pour une société durable?”. Ce dernier, qui publie un hors-série sur le sujet, invite à repenser l’innovation pour développer des produits plus sobres en matières premières, notamment en métaux, augmenter la durée de vie des produits, voire à se demander comment se passer du produit par une innovation sociétale ou organisationnelle.

»Philippe Bihouix, auteur du livre L’Age des low tech, Vers une civilisation techniquement soutenable (Seuil), résume les enjeux de cette question: “si nous n’avions qu’un problème d’énergie et de climat, il “suffirait” de tartiner le monde de panneaux solaires, d’éoliennes et de smart grids. Si nous n’avions qu’un problème de métaux, mais accès à une énergie concentrée et abondante, nous pourrions continuer à exploiter la croûte terrestre à des concentrations toujours plus faibles. Mais nous faisons face à ces deux problèmes au même moment, et ils se renforcent mutuellement”...


Si nous n’avions qu’un problème de métaux, mais accès à une énergie concentrée et abondante, nous pourrions continuer à exploiter la croûte terrestre à des concentrations toujours plus faibles. Mais nous faisons face à ces deux problèmes au même moment, et ils se renforcent mutuellement.

»La croissance verte: la panacée?

»La croissance verte risque donc d’aggraver les problèmes, estime Jacques Millery, vice-président du groupement “Ingénieur et développement durable” de l’Association des Centraliens. Car les fabricants de voitures électriques ou d’éoliennes utilisent la plupart du temps des terres rares, telles que le dysprosium et le néodyme.

»Alors, allons-nous dans le mur? Pour le mathématicien et philosophe Olivier Rey, un des intervenants de la conférence du 13 avril, il est important de réfléchir aux conditions de la résilience, notamment à la taille des systèmes que nous construisons. Ce dernier fustige par exemple la “folie des grandeurs” de certains data centers, très gourmands en énergie.


»“Nomade des mers” et son tour du monde des “low tech”

»Cette démarche commence à être intégrée par les associations, citoyens et pouvoirs publics. Le jeune navigateur Corentin de Chatelperron est parti en février pour un tour du monde de trois ans à bord de son catamaran “Nomade des Mers”. Entièrement autonome en production d’eau, d’alimentation et d’énergie, il part à la rencontre des innovations “low tech” pour les recenser sur la plate-forme “Low tech lab”.

»Les entreprises commencent à s’y mettre aussi, notamment dans le bâtiment ou l’automobile. L’hôtel Ibis Budget (groupe Accor) de Toulouse Blagnac est chauffé et climatisé par géothermie, ce qui permet une réduction des émissions de CO2 de 80%. Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, a d’ailleurs utilisé l’expression d’ “ingénierie frugale” dès 2006, peu après le lancement de la Logan à cinq mille euros, pour inciter les équipes recherche et développement du constructeur à penser “low cost”.

»Mais attention, l’innovation “low tech”, absolument pas antinomique avec le progrès, n’est en aucun cas synonyme de décroissance ou de retour à l’âge de pierre. Mais bien d’innovation résolument tournée vers l’avenir.»





Une innovation

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