2016/05/31

«Le montage de la filière n’est pas une utopie. Aquaculture et pêche continentale à l’EST du pays»




Karim Dadci. El watan



«La pêche et l’aquaculture continentale n’arrivent toujours pas à s’affirmer en tant que filière.

»Un état des lieux à moitié avoué sous la tutelle de l’ex-ministère de la Pêche et des Ressources halieutiques, rattaché aujourd’hui à celui de l’Agriculture et du Développement rural, à telle enseigne qu’après quatre décennies de tentatives mitigées, il est question aujourd’hui de faire rapprocher des compétences scientifiques, administration, associations et professionnels concernés par le développement de la filière aquacole.

»C’est sous la forme d’un réseau national interdisciplinaire dont la charte a été adoptée samedi, à l’université du 8 Mai 1945 de Guelma, que ce vote est intervenu à l’issue d’un atelier national de travail, dont le thème a porté sur la stratégie de développement de l’aquaculture d’eau douce et géothermale. Il a été conduit en présence de Farid Harouadi, coordinateur du réseau aquaculture maritime et d’eau douce (AQUAMAED), et sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

»En effet, lors de cet atelier, les responsables des directions de la pêche des wilayas de Jijel, Skikda, Annaba, El Tarf, Sétif, et la direction régionale de Guelma, englobant également les wilayas de Souk Ahras, Oum El Bouaghi, Tébessa et Khenchela, ainsi que les présidents des Chambres de la pêche des wilayas mentionnées ont présenté, tour à tour, les potentialités de leurs wilayas respectives en matière d’aquaculture et de pêche continentale.

»“Les ressources existent, mais demeurent sous exploitées”, s’accordent à dire les intervenants.

»Une vision partagée par les nombreux chercheurs en poste, notamment, au niveau du CNRDPA (Centre national de recherche et de développement pour la pêche et l’aquaculture), chercheurs universitaires et surtout, pour le cas de Guelma en qualité de futur pôle en aquaculture dans les eaux géothermales, la position des scientifiques du centre de développement des énergies renouvelables (CDER).

»Ainsi la wilaya pourrait, à entendre les nombreux scientifiques présents à cet atelier, accueillir un pôle, notamment à Hammam Debagh et Hammam Ouled Ali: “Les ressources géothermiques à basse température (20-40°C) sont très utiles pour l’aquaculture. Les espèces se développent rapidement dans ce type d’eau. Les espèces principales sont le poisson-chat, la truite, le tilapia, l’esturgeon, la crevette rose d’eau douce géante et les poissons tropicaux.”

Les ressources géothermiques à basse température (20-40°C) sont très utiles pour l’aquaculture. Les espèces se développent rapidement dans ce type d’eau. Les espèces principales sont le poisson-chat, la truite, le tilapia, l’esturgeon, la crevette rose d’eau douce géante et les poissons tropicaux.

»Utopie pour les uns, véritable projet de développement à prospecter pour d’autres, la pêche et l’aquaculture continentale “ne trouvent pas preneurs, ou du moins peu d’investisseurs s’y intéresseraient!”. Le cas de la wilaya de Annaba, contrairement aux idées préconçues, est une wilaya exempte de pêche continentale, “pour la simple raison que depuis l’indépendance du pays pas un seul barrage n’y a été construit”, dira le représentant de la direction de la pêche de la wilaya de Annaba, et de conclure lors de la présentation de son secteur qu’“il existe des retenues colinéaires mais inadaptées aux normes, car en terre.

»La seule qui ait été construite en 2012 a été asséchée à plusieurs reprises par les agriculteurs”. Un léger mieux à El Tarf. “La wilaya dispose de potentialités hydriques naturelles et artificielles appréciables : lac Mellah, lac Oubeira, lac Tonga, le Mafragh, le barrage Cheffia, Mexna et Bougous, des oueds et des retenues collinaires, soit des milliers d’hectares”, dira le directeur du secteur.

»Et de conclure : “Sauf que ce type de pêche demeure rudimentaire, voire traditionnel, notamment pour l’anguille. Nous proposons la réouverture de l’exploitation des lacs (Tonga,Obeira) et la création des activités nouvelles autour desdits lacs, ainsi que la promotion en région d’El Bettah, par la création d’une zone d’activité aquacole (ZAA), très favorable à ce créneau d’investissement. Mais encore la promotion de la pisciculture en cages flottantes dans les barrages et cours d’eau en exploitation.”


»RIEN N’EST ENCORE GAGNÉ

»Au terme des exposés des différentes directions, c’est un goût d’inachevé et de ratage malgré les potentialités, que les auditeurs ont très vite retenu: “On nous parle de pêche de poissons d’eau douce, de dégustation, de valorisation et surtout de sécurité alimentaire. Mais ce qui manque c’est la mise en place de cette filière. Pêcheur-transformateur-distributeur, production d’aliments pour poissons et médicaments, chose pratiquement inexistante sous une forme élaborée et respectueuse du consommateur. Le poisson arrive dans des cageots à 100 DA le kilogramme, rare sont ceux qui le consomment à Guelma”.

»Dans ce contexte, un autre son de cloche vient atténuer ce sentiment d’échec. “Notre sentiment, au ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche est plutôt optimiste. Nous maîtrisons grâce à nos compétences le cycle de reproduction des poissons d’eau douce.

»Nous n’avons plus recours à l’importation d’alevins depuis plusieurs années”, déclare Farid Harouabi, et de conclure : “Les compétences (scientifiques et porteurs de projets) ont l’opportunité aujourd’hui de s’unir et de présenter leur dossier. Après acceptation, nous les prenons en charge financièrement. Mais dans un domaine purement scientifique. L’accompagnement des projets dans leur phase économique, est quant à lui pris en charge par d’autres dispositifs”.»





Administration Publique et innovation

2016/05/30

Newsletter L&I, n.º 106 (2016-05-30)




n.º 106 (2016-05-30)

TAGS: # visão de futuro # visión de futuro # vision du futur # future vision


Administração Pública e inovação | Administración Pública e innovación |
Administration Publique et innovation | Public Administration and innovation

Um inovador | Un innovador | Un innovateur | An innovator

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«Evrnu™ e Levi Strauss & Co. criam o primeiro tecido jeans produzido com resíduo pós-consumo de vestuário de algodão» ( ► )
Elaine Pinheiro: «Da inclusão ao empoderamento digital: pelo uso consciente da tecnologia para impacto social» ( ► )
«CES Asia 2016: Duas visões diferentes de futuro» ( ► )

Liderar Inovando (PT)

«Arte urbana em malas? Por Angola é possível» ( ► )
Mário Lopes: «Portugal terá competitividade condicionada pelos transportes e mobilidade» ( ► )
«Porque Lisboa não é Berlim, há um movimento para definir Lisboa» ( ► )
«Schindler parceira do Projeto Solar Impulse» ( ► )

Liderar Innovando (ES)

«Crearemos un gobierno innovador con visión de futuro: Chacho Barraza» ( ► )
Ferrán Adriá: «Tengo miles de defectos, pero tengo una virtud, que es ver el futuro» ( ► )
Pau García-Milà: «La innovación es un proceso normal que se debe pasar para salir de la zona de confort» ( ► )
Eythor Bender: «Hay que acabar con los Gobiernos que luchan contra
el progreso» ( ► )

Mener avec Innovation (FR)

«Côte d'Ivoire: en route vers la IIIe République» ( ► )
«France, Suisse et Allemagne: à chacun sa vision de l'industrie du futur» ( ► )
Fougier Eddy: «L'alimentation du futur entre décroissance et technologies propres» ( ► )
«Kuang-Chi lance un fonds international pour l’innovation basé en Israël» ( ► )

Leadership and Innovation (EN)

Bard Papegaaij: «Successfully leading change in government» ( ► )
Mushtak Parker: «EPF's syariah scheme a game-changer» ( ► )
«Industry bodies welcome new IPR policy» ( ► )
«Igniting Young Minds to Become Change Makers» ( ► )

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2016/05/27

«Kuang-Chi lance un fonds international pour l’innovation basé en Israël»




The Times of Israël Français. Image: Kuang-Chi Institute of Advanced Technology



«Le fonds mondial s’élèvera à 300 millions de dollars et inclut un incubateur d’entreprises.

»Kuang-Chi, un conglomérat technologique basé à Shenzhen, lance un fonds international pour l’innovation basé en Israël, pour investir dans des sociétés du monde entier, selon un communiqué de l’entreprise.

»Le “fonds et incubateur d’entreprises GCI de Kuang-Chi” sera le premier fonds chinois de ce type, qui alliera des investissements dans des entreprises israéliennes et mondiales en plein démarrage ou au stade intermédiaire avec la vision d’incubation de Kuang-Chi. Ce fonds récemment créé a un mandat initial de 50 millions de dollars, et devrait passer à 300 millions de dollars dans les trois ans à venir.

»GCI fait référence à “Global Community of Innovation” – communauté mondiale pour l’innovation – lancée par Kuang-Chi. Elle rassemble des innovateurs du monde entier et fait de la science-fiction et des rêves de l’être humain une réalité en mettant “le futur” à la portée du monde. Kuang-Chi va mettre à disposition des sociétés dans lesquelles il investit toutes ses ressources d’entreprise, des ventes et du marketing à la collaboration technologique et au développement conjoint.

»Fondé en 2010 par cinq éminents scientifiques chinois qui sont retournés en Chine après avoir obtenu de grands diplômes universitaires à Duke, Oxford et Cambridge, Kuang-Chi est désormais un groupe mondial centré sur l’innovation qui exerce ses activités de la Chine à l’Amérique du Nord, en passant par l’Europe, l’Afrique et l’Océanie.

»Kuang-Chi a déposé plus de 3 000 demandes de brevets portant sur les métamatériaux, la photonique, la technologie satellitaire, l’aviation et la robotique, dans les cinq dernières années.

»Détenant des participations, le groupe est l’actionnaire principal de KuangChi Science Limited (00439.HK), Solar Ship Inc., Martin Aircraft Company (ASX: MJP), du pionnier de la biométrique Zwipe et du groupe de communications HyalRoute. Opérant à travers des entreprises publiques, des sociétés de participation privées et des instituts de recherche, le groupe a une valeur de plus de 10 milliards de dollars.

»Kuang-Chi va également annoncer des investissements dans des entreprises technologiques israéliennes qui rejoignent GCI, notamment un investissement important dans une entreprise technologique israélienne de premier plan.

Kuang-Chi n’est pas qu’un simple investisseur financier, se caractérisant par les immenses ressources technologiques, les réseaux de distribution et les capacités de conception et de développement des produits dont bénéficient les entreprises choisies par cet accélérateur basé en Chine.

»“Israël a des capacités exceptionnelles à offrir au monde. Le pays partage la mentalité et la vision particulières de Kuang-Chi. Nous voulons investir dans les meilleures entreprises locales qui œuvrent dans la biométrique, les communications, la robotique et l’AR, et les faire passer à un niveau supérieur, sur le plan commercial et le plan technologique,” a déclaré le Dr Ruopeng Liu, président du groupe.

»Partenaire de longue date de Kuang-Chi en Israël, Indigo Global va représenter et gérer les activités du fonds et de l’incubateur GCI.

»“Kuang-Chi est actuellement l’une des plus grandes entreprises de technologie au monde, et associe le meilleur de l’écosystème technologique de Shenzhen avec l’envergure et les perspectives de développement de la Chine. Le Dr Liu et son équipe ont développé un modèle unique et réussi pour s’associer avec les plus grands innovateurs dans une gamme de secteurs, modèle qui offre des ressources colossales aux entreprises dans lesquelles ils investissent. Kuang-Chi n’est pas qu’un simple investisseur financier, se caractérisant par les immenses ressources technologiques, les réseaux de distribution et les capacités de conception et de développement des produits dont bénéficient les entreprises choisies par cet accélérateur basé en Chine. Chez Indigo, nous sommes ravis de gérer la plateforme israélienne dans l’optique d’élargir le modèle à l’échelle du globe,” a déclaré Dorian Barak, associé directeur d’Indigo Global.

»Une délégation de hauts responsables de Kuang-Chi, conduite par le Dr Liu et comptant des représentants d’organes de presse chinois et des dirigeants d’entreprises, se rendra en Israël début mai pour annoncer officiellement le lancement du fonds et rencontrer des hauts membres du gouvernement et des grands industriels.

»Les discussions se termineront par une cérémonie de lancement dans les bureaux du grand cabinet d’avocats israélien, ERM Law. “Nous sommes très heureux d’accueillir une entreprise technologique chinoise aussi importante, et nous avons hâte de poursuivre la collaboration avec Kuang-Chi en Israël,” a commenté l’associé principal d’ERM, Amnon Epstein.»





L’exécution de l’innovation

2016/05/26

Fougier Eddy: «L'alimentation du futur entre décroissance et technologies propres»




Wikiagri



«Deux conférences organisées à Paris en avril sur l’avenir de l’alimentation ont montré qu’il existe une sorte d’agriscepticisme et que deux grandes solutions semblent se dessiner pour répondre aux défis du système agricole et alimentaire actuel: la décroissance et les technologies propres. Et sur fond d'agriscepticisme.

»La thématique de l’alimentation du futur semble être très à la mode. Elle fait souvent la “une” des magazines, ceux-ci mettant généralement l’accent sur les innovations les plus spectaculaires et les plus déroutantes, comme par exemple les insectes comestibles ou les poudres nutritives.


»Deux conférences pour penser le futur de l’alimentation

»L’alimentation du futur était au programme de deux conférences qui se sont déroulées à Paris en avril 2016. La première, sur le thème de “l’avenir de l’alimentation”, était organisée le 12 avril par SoScience, une structure spécialisée dans l’innovation responsable. Cette conférence s’adressait plutôt à des professionnels. Parmi les intervenants figuraient notamment Mark Post, le célèbre créateur de la viande “in vitro”, mais aussi les cofondateurs de deux des principales starts up françaises fers de lance de l’alimentation du futur, Mathieu Gonçalves pour Algama et Cédric Auriol pour Micronutris.

»La seconde conférence, ouverte au grand public, était organisée le 21 avril par le groupe SOS, qui rassemble de nombreuses entreprises et associations à but non lucratif dans le secteur de l’économie sociale et solidaire, dans le cadre des Up conférences, en collaboration avec l’agence et le magazine en ligne Alimentation générale. Son thème était “Demain, dans vos assiettes”. Les intervenants faisaient également partie des acteurs à la pointe de l’innovation alimentaire – avec Clément Scellier, le co-fondateur de Jimini’s, start up spécialisée dans les insectes, ou François Colomban, le R&D Food Discovery Director de Danone – ou de l’alternative – avec Armonia Pierantozzi, la fondatrice de Sitopia, un projet d’espace consacré à la nourriture de demain à Nanterre, ou Maxime de Rostolan, le coordinateur du projet Fermes d’avenir.


»Que doit-on retenir de ces conférences?

»Elles ont tenté d’identifier les principaux défis auxquels le système alimentaire va devoir faire face, ainsi que les solutions envisageables. Elles partent d’un même constat autour d’une sorte de triangle d’incompatibilité, comme le disent les économistes, qui est maintenant bien connu: (1) il va falloir nourrir quelque 9,7 milliards de personnes à l’horizon 2050, (2) des personnes qui mangent de plus en plus de viandes, tout particulièrement dans les pays émergents, (3) sans nuire pour autant à l’environnement.

»Cela implique, d’après la plupart des intervenants de ces deux conférences, de repenser le système alimentaire actuel et, pour reprendre le texte de présentation de la conférence du 21 avril, d’”imaginer une alimentation respectueuse de l’homme et de la planète tout au long de la chaîne”. La solution consisterait ainsi, d’après ce même texte, à “trouver l’équilibre le plus pertinent entre nos besoins et nos ressources” à travers des “modèles sains et résilients” en faisant référence à la “foodtech”, à l’agriculture urbaine ou aux substituts de la viande que sont les steaks in vitro ou les insectes.


»Un consensus agrisceptique

»Ce qui ressort de ces deux conférences, c’est que la plupart des intervenants ont une vision critique du système agricole et alimentaire dominant actuel. Mélanie Marcel, la directrice de SoScience, dans son introduction générale le 12 avril, a rappelé quelques-unes des critiques émises à l’encontre de ce système: une utilisation considérable de ressources (terres, eau), d’importantes pertes et gaspillages, des résultats mitigés en termes de sous-alimentation et de malnutrition, un impact notable sur la santé et l’environnement, etc.

»De son côté, l’universitaire Gilles Fumey a également dressé un bilan très négatif lors de la conférence du 21 avril en expliquant que “ce modèle agricole ne peut pas durer”. Il estime, sur la base de données de la FAO, que 4,3 milliards de personnes dans le monde seraient “malades de l’alimentation”, soit parce qu’elles ne sont pas assez nourries, soit parce qu’elles le sont trop. Il en conclut qu’il faut “contraindre les politiques à bâtir un modèle que nous voulons et qui nous ressemblent”. Sa vision n’est pas vraiment surprenante puisqu'il est à l’origine d’une tribune publiée le 28 février dernier dans Libération (co-écrite avec Olivier Assouly) qui était tout simplement intitulée: “Crise agricole: traduire la FNSEA en justice?”.

»C’est ce que l’on peut appeler l’agriscepticisme, un peu comme on parle d’euroscepticisme à propos de la construction européenne. Il semble exister, en effet, un consensus entre différentes catégories – une partie des consommateurs, de la société civile, des médias, mais aussi des starts up de la food, comme on le dit désormais communément – autour de trois grandes critiques.


»Les trois grandes critiques formulées à l'encontre du “modèle agricole dominant”

»La première réside dans l’idée que le “modèle agricole dominant”, qualifié d’intensif ou de productiviste, est préjudiciable pour la santé des consommateurs, l’environnement (il est notamment vu comme un important facteur de changement climatique) ou le bien-être animal et que, quoi qu’il en soit, il n’est pas durable. L’un des éléments-clefs de ce consensus est d’ailleurs de considérer que l’on mange trop de viande et qu’il faut donc diminuer sa consommation pour des raisons à la fois environnementales et de santé et/ou développer les substituts sous la forme de viande sans animal ou de protéines animales “alternatives” (insectes).

»Une seconde forme de critique qui paraît faire l’objet d’un consensus porte sur le rôle des grandes entreprises, de l’industrialisation de l’agriculture et de la production de nourriture (de la ferme des “1 000 vaches” aux groupes de la grande distribution en passant par les géants de l’industrie agroalimentaire ou des entreprises comme Monsanto ou Bayer), et des circuits longs (et donc de la globalisation de la production et de la distribution symbolisée par les “food miles” ou le kilométrage alimentaire, soit le nombre de km qu’un produit alimentaire a dû parcourir entre le champ et l’assiette).

»Enfin, la troisième a trait à l’implication de la science et de la technologie dans l’agriculture et l’alimentation, notamment à travers les produits phytosanitaires (pesticides) et les OGM.


»Solution décroissante vs clean tech

»Sur la base d’un tel constat, les intervenants de ces conférences semblent privilégier deux types de solutions: la décroissance ou les technologies propres (clean tech). En fait, il semble bien que l’on retrouve pour les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation les mêmes débats que pour le reste de l’économie. L’agriscepticisme correspond tout simplement à la critique actuelle d'un système économique qui se caractérise par un mode de production et de consommation jugé non durable, du rôle des grandes entreprises et de la mondialisation. Jusqu’à présent, on le sait, le développement économique s’est traduit par une importante émission de gaz à effet de serre car il s’appuie sur une importante combustion d’énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel). Or, cette combustion est la principale cause d’émissions de dioxyde de carbone. Par conséquent, si l’on veut limiter, voire réduire, les émissions de gaz à effet de serre, deux solutions paraissent envisageables.

Les intervenants de ces conférences semblent privilégier deux types de solutions: la décroissance ou les technologies propres (clean tech). En fait, il semble bien que l’on retrouve pour les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation les mêmes débats que pour le reste de l’économie.

»La première est tout simplement de renoncer au développement économique puisque celui-ci serait directement à l’origine du changement climatique. C’est l’option décroissante. Dans les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation, cette option tend donc à privilégier, du côté de l’offre, les petites exploitations familiales, une agroécologie ou une agriculture écologique, une agriculture biologique, voire une permaculture, ou encore les jardins partagés; du côté de la demande, une réduction de la consommation de viande ou même une orientation vegan pour les plus radicaux, et du côté des modes de distribution, les circuits courts ou de type AMAP. C’est donc la tentation du tout-bio, du tout-local et du tout-vegan.

»Maxime de Rostolan, qui est à l’origine de l’association Fermes d’avenir et qui est intervenu le 21 avril, est le symbole de cette approche. Il estime que “le modèle dominant est à bout de souffle”: il produit de la malbouffe, il est un facteur d’émissions de gaz à effet de serre, il détruit des emplois, etc. Son projet vise ainsi à démontrer que “le modèle économique de la permaculture” fonctionne contrairement à celui de “l’agriculture chimique” qui, d’après lui ne marche pas malgré un million d’euros de subventions chaque heure. Le projet de Fermes d’avenir a, selon lui, trois objectifs: (1) prouver que ce mode de production alternatif est plus rentable en se donnant l’ambition d’atteindre un équilibre économique dès la quatrième année, (2) fournir une boîte à outil concernant la permaculture, (3) avoir une action de lobbying pour “arrêter de subventionner une agriculture mortifère”. Il rêve ainsi de créer 50 000 micro-fermes avec 200 000 emplois à la clef. Un plaidoyer de 150 pages en faveur de ce mode de culture devrait être publié en novembre 2016.

»La seconde option est celle des technologies propres (clean tech) et de la croissance verte. Cela ne consiste pas à renoncer au développement économique, mais à le “verdir”, d’où la notion de croissance verte, en faisant en sorte que celui-ci ne soit plus un facteur d’accroissement des émissions de gaz à effet de serre grâce au recours à des technologies propres. Dans les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation, cela correspond par conséquent à l’engouement actuel autour des AgTech et des foodtech, de l’agriculture de précision jusqu’aux entreprises de production de substituts de viande.

»En clair, les décroissants souhaitent que l’on mange de moins en moins de viandes, voire plus du tout, tandis que les adeptes des technologies propres “fabriquent” de la viande sans animal de sorte à ce que l’on puisse continuer à en manger, mais sans nuire pour autant à l’environnement.


»Les grandes inconnues de la viande “in vitro”

»Ce sont bien entendu les starts up spécialisées dans les protéines du futur qui incarnent le mieux cette option clean tech. Ses principaux représentants français étaient présents lors de ces deux conférences, ainsi que sa figure européenne sans doute la plus connue, Mark Post, qui est intervenu le 12 avril lors de la conférence de SoScience.

»Pour lui, la production de viande est actuellement très inefficace, notamment parce qu’elle utilise énormément de ressources et repose sur des technologies qu’il juge obsolètes. En outre, il estime que, compte tenu de l’accroissement prévisible de la consommation de viande dans les pays émergents, en particulier en Chine et en Inde, il n’y aura pas suffisamment de terres pour satisfaire cette demande.

»Il est à l’origine du premier steak “in vitro” élaboré avec des chercheurs de l’université de Maastricht aux Pays-Bas qui a été présenté pour la première fois en 2013. Il s’agit d’une viande de synthèse conçue dans un laboratoire à partir de cellules souches prélevées dans les muscles de bovins. Celles-ci se développent et prolifèrent dans un incubateur pour former un tissu musculaire solide. La viande a été conçue en l’espace de trois mois. D’après Mark Post, “c’était de la viande”. Il en conclut que “cela peut être fait et cela doit être fait”.

»Cette viande de synthèse à partir de cellules souches permettrait de réduire la consommation d’énergie de 45% par rapport à l’élevage traditionnel, celle d’eau de 96% et celle de surface agricole de 99%. Les émissions de de gaz à effet de serre seraient réduites de quelque 96%. Mark Post estime qu’il sera bientôt possible d’avoir une viande à un prix de dix euros le kilogramme.

»Il est intéressant de noter que l’assistance ne semblait pas être très convaincue par les explications de Mark Post. Certains ont mentionné une étude de l’INRA publiée en 2013 plutôt sceptique par rapport à ce mode de production. Les auteurs de cette étude estiment, en effet, que “La viande artificielle présenterait […] un intérêt modéré pour réduire les gaz à effet de serre et la pollution par les nitrates, un intérêt limité quant à l’utilisation des énergies fossiles, voire très limité pour limiter les besoins en eau”. Ils considèrent par ailleurs que “Bien que la culture de cellules soit couramment pratiquée en laboratoire, il existe des verrous techniques importants à lever pour une production à grande échelle, tels que le coût rédhibitoire des technologies actuelles et le manque de ressemblance du produit obtenu à de la viande issue d’animaux”. Enfin, de leur point de vue, l’acceptation de cette production par les consommateurs risque d’être faible: “Sur le plan nutritionnel, la viande artificielle ne présente pas d’avantage particulier par rapport à un autre aliment élaboré à partir de l’ensemble des nutriments nécessaires à sa production. Les critères d’acceptabilité de la viande artificielle renvoient, d’une part, à des questions d’ordre moral ou éthique concernant la technologie et les inquiétudes qu’elle soulève, et d’autre part, à des considérations classiques relatives aux produits alimentaires (prix, qualité, naturalité…). Par le passé, les expériences de substitution des protéines animales par des produits analogues ont échoué en raison, notamment, de contraintes économiques, du temps nécessaire pour l’éventuelle acceptation des produits par les consommateurs et pour la délivrance des autorisations de mise sur le marché.”

»D’autres personnes présentes le 12 avril ont aussi mis en évidence l’un des principaux points faibles de l’innovation de Mark Post, à savoir le risque de concentration extrême de la production à partir du moment où seules quelques sociétés seront en mesure de produire de la viande selon ce procédé, même s’il affirme avoir créé une société et souhaite que le processus de production de cette viande de synthèse soit en open source (et donc ne fasse pas l’objet d’un brevet); et bien entendu l’impact potentiel considérable que cette innovation pourrait avoir sur les éleveurs.


»Des starts up françaises misent sur les insectes et les micro-algues

»Il existe en France d’autres exemples intéressants de cette option clean tech autour des insectes et des micro-algues.

»Les arguments en faveur de la consommation d’insectes comestibles (qu’ils soient entiers, visibles ou non, ou bien plutôt sous la forme de poudres) sont bien connus maintenant. Le premier argument est que les insectes concentrent des taux de protéines élevés, notamment par rapport à la viande traditionnelle, alors que quelque deux milliards d’individus dans le monde en consomment déjà couramment. Clément Scellier (Jimini’s) indique ainsi que ce taux est trois fois supérieur chez les grillons que chez le poulet. Le second réside dans le fait que la production d’insectes a un bien moindre impact environnemental que celle de l’élevage traditionnel, en particulier de viandes bovines. Les insectes n’émettent quasiment pas de gaz à effet de serre en termes de rejet direct. Cédric Auriol (Micronutris) parle à propos des insectes de “protéine animale avec un faible impact environnemental”. Ils consomment beaucoup moins de nourritures, peu d’eau et d’espace. Leur rendement de transformation énergétique est également très élevé: il faut 10 kg de nourriture pour obtenir seulement 1 kg de bœuf, alors que l’on peut obtenir dans le même temps 7 kg d’insectes. Le troisième argument est celui de la diversification des sources de protéines animales pour les humains. Ainsi que l’affirme Clément Scellier (Jimini’s), “cela fait des milliers d’années que l’on mange les mêmes bêtes”. Il donne le chiffre de 14 espèces domestiquées pour obtenir des protéines animales. Pour Cédric Auriol (Micronutris), les insectes visent non pas les vegans, mais bien une population qui entend réduire sa consommation de viande.

»L’ambition de Jimini’s, créée en 2012, est ainsi de “faire entrer durablement les insectes dans l’alimentation” (C. Scellier) en misant dans un premier temps sur les produits apéritifs qui sont apparus pour la première fois sur le marché fin 2013, puis sur les barres énergétiques enrichies à la farine de grillons. Clément Scellier estime que l’avenir sera un “mix de protéines: un peu de viande, d’insectes, de protéines végétales et d’algues”.

»Micronutris, de son côté, une société de la région toulousaine créée en 2011, présente la particularité d’être un éleveur d’insectes et d’être la première entreprise du secteur à avoir obtenu une certification ISO 22 000 (sur le management de la sécurité des denrées alimentaires). L’entreprise a plutôt misé sur la visibilité de l’insecte, sur le produit et sur l’emballage, pour des consommateurs en quête de nouveautés. Cédric Auriol estime que la consommation d’insectes devrait se démocratiser à l’avenir un peu sur le modèle de ce qui s’est produit avec le soja et compte tenu d’une baisse prévisible du prix de revient.

»La troisième protéine du futur présentée lors de ces conférences est celle des micro-algues dont la société Algama, entreprise créée en 2014, est l’un des principaux fers de lance en France. Les micro-algues, en particulier la spiruline, sont maintenant très courantes dans les compléments alimentaires, compte tenu de ses caractéristiques: elle contient 70% de protéines, des vitamines, des acides aminés, des minéraux, et elle a des propriétés antioxydantes et détoxifiantes.

»L’ambition d’Algama est de faire des micro-algues un ingrédient pour des produits de consommation courante. L’entreprise a ainsi créé une eau gazeuse (Springwave) qui présente la particularité d’être naturellement bleue. Elle va également commercialiser à la fin de l’année une mayonnaise sans œufs (Mamapoule), un peu à la manière de ce que fait une société comme Hampton Creek aux Etats-Unis, mais cette fois à base de micro-algues.

»Algama compte commercialiser d’autres produits dans les années à venir et au-delà, si l’on suit ce que dit Mathieu Gonçalves, “changer les choses au niveau de l’alimentation humaine”. Cela semble être en tout cas l’ambition plus ou moins commune de ces starts up de la food créées par des jeunes qui entendent révolutionner l’alimentation du futur.



»En savoir plus: www.soscience.org (site de SoScience); www.maastrichtuniversity.nl/web/profile/m.post.htm (biographie de Mark Post); http://algama.fr (site de l’entreprise Algama spécialisée dans les micro-algues); www.micronutris.com/fr/accueil (site de l’entreprise Micronutris spécialisée dans les insectes comestibles); www.groupe-sos.org (site du groupe SOS); http://alimentation-generale.fr (site de l’agence et du magazine en ligne Alimentation générale); www.jiminis.com (site de l’entreprise Jimini’s spécialisée dans les insectes comestibles); http://sitopia.strikingly.com (site de Sitopia); www.fermesdavenir.org (site de l’association Fermes d’avenir); www.liberation.fr/debats/2016/02/28/crise-agricole-traduire-la-fnsea-en-justice_1436310 (tribune de Giles Fumey et d’Olivier Assouly publiée le 28 février dernier dans Libération, “Crise agricole: traduire la FNSEA en justice?”); www6.inra.fr/productions-animales/2013-Volume-26/Numero-4-pp.-301-384/La-viande-du-futur-sera-t-elle-produite-in-vitro (étude de l’INRA sur la viande in vitro publiée en 2013, “La viande du futur sera-t-elle produite in vitro?”).»





Une innovation

2016/05/25

«France, Suisse et Allemagne: à chacun sa vision de l'industrie du futur»




Didier Bonnet. L'Usine Digitale



«140 représentants français, suisses et allemands de l’usine du futur se sont retrouvés mardi 19 avril à l’EuroAirport Bâle-Mulhouse dans le cadre du campus Industrie du futur, initié par la CCI d’Alsace et le Pôle Rhénatic. Au programme, des échanges autour de 3 expériences illustrant les variétés d’approche d’un même sujet par des entreprises de chaque pays.

»En France, on parle d’Industrie du futur. En Suisse, c’est “Industrie 2025” et en Allemagne “Industrie 4.0”. Au-delà des divergences de dénomination, l’évolution de l’industrie vers le numérique progresse aussi de façon différente entre voisins européens. Tel est le constat effectué par les participants – à parité pour chaque pays – invités par Rhénatic, le pôle chargé du développement du numérique en Alsace, ainsi que la CCI d’Alsace, à l’issue de la conférence qui s’est déroulée dans le seul aéroport trinational du monde, l’EuroAirport.


»Rapidement opérationnel

»Pour la France, c’est Corinne Spilios, directrice de PSA Mulhouse qui a décrit la plateforme collaborative Novatech que le constructeur automobile développe à l’intention de start up, TPE et PME qu’il sélectionne en vue de développer l’innovation en sa faveur, ainsi que de ses partenaires Clemessy et Alstom. “Il s’agit d’une initiative émanant d’un géant de l’industrie, qui recherche des compétences extérieures en vue de déployer des expérimentations rapidement opérationnelles”, commente Jean-Christophe Gay, de Rhénatic.


»Un casque intelligent pour piloter la production

»Du côté helvétique, les modalités de passage vers l’usine de 2025 ont été présentées par Actemium, réseau créé par Vinci spécialement chargé du futur dans l’industrie, qui développe des casques intelligents, intégrant des fonctions de réalité augmentée. “Le modèle présenté est destiné à des brasseries et permet à son porteur de disposer d’informations quant aux flux de production, la maintenance, le planning, la qualité, etc. Il doit mener à la virtualisation d’infrastructures informatiques dans le monde de l’automation”, décrit Jean-Christophe Gay.


Au-delà des divergences de dénomination, l’évolution de l’industrie vers le numérique progresse aussi de façon différente entre voisins européens. Tel est le constat effectué par les participants – à parité pour chaque pays – invités par Rhénatic, le pôle chargé du développement du numérique en Alsac, ainsi que la CCI d’Alsace.

»Le Mittelstand, modèle préféré des Allemands

»Les Allemands s’appuient sans surprise sur leur potentiel de grosses PME voire d’ETI, que l’on appelle le Mittelstand. L’exemple présenté le 19 avril est celui de Rota Yokogawa, PME de 220 salariés à capitaux japonais spécialisée dans les débimètres. “L’entreprise est labellisée “100 vitrines”, modèle choisi en Allemagne pour faire progresser l’industrie 4.0. L’intégration du numérique est destinée à optimiser les flux de façon très minutieuse, intelligente et connectée, développée dans le cadre de partenariats public-privé”.

»L’une des leçons de cette séance est d’observer que les modèles mis en application dans chaque pays sont très différents. La France joue la carte de consortium et de filières, la Suisse privilégie de mode projets sur des objectifs très précis, et l’Allemagne s’appuie sur le Mittelstand et les pratiques collaboratives très ancrées entre l’industrie et la recherche.


»Réduire les coûts

»“Difficile de mesure l’efficacité d’une telle rencontre sur le court terme. Ce qui est sûr, c’est que j’ai très rarement connu un buffet post colloque durer aussi longtemps que la conférence”, observe un dirigeant présent ce soir là. Qui confirme être reparti avec des contacts précis, émanant des trois pays. “S’il est possible de réduire nos coûts de développement en mutualisant certaines recherches sans faire entrer le loup de l’espionnage dans la bergerie, je suis très preneur. Au pire, nous avons appris mutuellement des pratiques de chacun”, confirme-t-il.»





Un innovateur

2016/05/24

«Côte d'Ivoire: en route vers la IIIe République»




Baudelaire Mieu et Cécile Manciaux. Jeune Afrique. Photo: Ibrahim Cissé Bacongo. © DR



«Le chef de l'État a chargé Ibrahim Cissé Bacongo de préparer le projet de Constitution sur lequel les Ivoiriens se prononceront par référendum avant la fin de l'année. Comment voit-il sa mission?

»Sa tribune publiée le 6 janvier par la presse ivoirienne, intitulée “Révision de la Constitution, promesse d’espérance”, a suscité la polémique. Dans cet exercice de style en forme de déclaration d’intention, Ibrahim Cissé Bacongo, alors ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, évoquait, entre autres, la suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels.

»Sa nomination en tant que conseiller spécial à la présidence, chargé de la réforme constitutionnelle, a remis de l’huile sur le feu. Aujourd’hui, il tente de rassurer: “J’ai lancé une réflexion, c’est là le rôle d’un intellectuel. Cela étant, la suppression de la limitation des mandats ne fera pas partie de mes propositions”, confie-t-il.


»Marques de considération

»L’ancien avocat d’affaires du cabinet C2A (ex-Gante et Associés) n’aura pas chômé entre sa sortie du gouvernement, le 12 janvier, et sa nouvelle affectation, annoncée en Conseil des ministres le 17 février par Alassane Ouattara lui-même.

»Une marque de considération qui ne s’arrête pas là: alors que la majorité des conseillers du chef de l’État a dû déménager vers l’immeuble EECI (à dix minutes de la présidence), Cissé Bacongo s’est installé dans des bureaux spécialement aménagés pour lui, au deuxième étage du palais présidentiel, au Plateau, dans la même aile que ceux de Birahima Téné Ouattara, le ministre chargé des Affaires présidentielles, et d’Amadou Gon Coulibaly, le secrétaire général de la présidence.

»Depuis, ce docteur en droit, qui a fait toutes ses classes au sein du Rassemblement des républicains (RDR, le parti d’Alassane Ouattara), s’active avec ses équipes pour préparer le projet de nouvelle Constitution. Une mission qui ne lui est pas inconnue puisque, pendant la transition militaire du général Robert Gueï (janvier-octobre 2000), Cissé Bacongo était membre de la sous-commission consultative chargée de la rédaction de l’actuelle loi fondamentale, adoptée par référendum en août 2000.

»Aujourd’hui, plusieurs textes lui servent de référence (notamment les Constitutions des États-Unis, du Ghana, du Nigeria et de l’Afrique du Sud), mais rien n’est arrêté. “Il ne s’agit pas d’une simple révision, mais d’une vraie réforme, d’une nouvelle Constitution, qui va donner naissance à la IIIe République”, explique Cissé Bacongo. Au-delà des ajustements rendus nécessaires par les “germes de conflits” contenus dans l’actuelle Constitution [selon les termes d’Alassane Ouattara et du Conseil constitutionnel, en référence à l’article 35, selon lequel tout candidat à la présidence doit être ivoirien né de père et de mère eux-mêmes ivoiriens], la vision du chef de l’État implique que la plus suprême des lois, sur laquelle se fonde la République, soit aussi en harmonie avec la vision du futur.

Il ne s’agit pas d’une simple révision, mais d’une vraie réforme, d’une nouvelle Constitution, qui va donner naissance à la IIIe République.

»On peut donc supposer que le projet comportera des dispositions relatives à une meilleure représentation des femmes et des jeunes au sein des assemblées élues et des institutions (quotas, règles de parité, etc.).

»Et l’âge minimal requis pour être candidat à la présidentielle devrait être abaissé de 40 ans actuellement à 30 ou 35 ans. Autres innovations envisagées: la création d’un Sénat et celle d’un poste de vice-président, qui assurerait notamment l’intérim du président en cas de vacance (attribution échouant au président de l’Assemblée nationale dans l’actuelle Constitution).

»Le projet de texte doit être transmis avant le mois de juin au chef de l’État, qui pourra alors le soumettre à des experts étrangers, avant que le gouvernement le dépose à l’Assemblée nationale. Concernant l’organisation du scrutin référendaire, la machine législative s’est mise en marche le 6 avril, avec l’adoption par les députés de la modification du code électoral, qui ne prévoyait pas l’organisation d’un référendum constitutionnel.

»Dès le lendemain, la Commission électorale indépendante (CEI) a lancé le processus d’organisation du scrutin, qui devra donc se tenir avant la fin de l’année.»





Administration Publique et innovation

2016/05/23

Newsletter L&I, n.º 105 (2016-05-23)




n.º 105 (2016-05-23)

TAGS: # convivência # convivencia # convivialité # coexistence


Administração Pública e inovação | Administración Pública e innovación |
Administration Publique et innovation | Public Administration and innovation

Um inovador | Un innovador | Un innovateur | An innovator

Uma inovação | Una innovación | Une innovation | An innovation

A execução da inovaçao | La ejecución de la innovación | L’exécution de l’innovation |
The innovation execution



Index


Liderar Inovando (BR)

«Conheça a programação cultural dos Jogos Rio 2016. A cultura brasileira será a porta de entrada para a Olimpíada e Paralimpíada» ( ► )
«Ed Lee, de São Francisco: a diversidade é nossa força» ( ► )
Celaine Refosco: «Sonhos coletivos: empreendedorismo e ação» ( ► )
«Prefeito acompanha construção da Praça da Juventude» ( ► )

Liderar Inovando (PT)

«“Trabalhamos para um património riquíssimo comum: a Língua Portuguesa e a cultura da CPLP”» ( ► )
Mário Lúcio Sousa: «O nosso único passado é a nossa cultura, o nosso único futuro também» ( ► )
Christiana Martins e Joana Pereira Bastos: «A cor da pele conta para os resultados dos alunos» ( ► )
«Crianças têm de estar mais com os pais» ( ► )

Liderar Innovando (ES)

«El Ayuntamiento de Albacete ha participado en el Consejo de la Red por la Transparencia y la Participación Ciudadana» ( ► )
«'Future Nature', la naturaleza del futuro imaginada por
Bernardo Rivavelarde» ( ► )
«Con exposición colectiva El eco de la Tierra celebran segundo aniversario de galería Chopin» ( ► )
«ONG impulsa plataforma de convivencia civil para niños» ( ► )

Mener avec Innovation (FR)

Christophe Noisette, Pauline Verrière: «France – OGM, HCB et société civile : la coexistence est-elle possible ?» ( ► )
«Samsung Business cible les réseaux constructeurs» ( ► )
«“Chief Millennials Officer”, une nouvelle profession hôtelière ?» ( ► )
Lucile Berland: «Les nouveaux écolos ont tué l'écologie anxiogène» ( ► )

Leadership and Innovation (EN)

Renaud Thillaye: «Beyond Brexit: can the EU operate as a platform?» ( ► )
Waqas Younus: «Fairy tale of a city» ( ► )
Piero Formica: «The Innovative Coworking Spaces of 15th-Century Italy» ( ► )
Gary Rosenblatt: «Make-a-thons pair techies and people with disabilities to turn tikkun olam into action (Repairing The World In 72 Hours)» ( ► )

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Atribución-NoComercial 4.0 Internacional








2016/05/20

Lucile Berland: «Les nouveaux écolos ont tué l'écologie anxiogène»




Slate.fr



«Fini l’écologie catastrophiste, normative et illisible dans le débat politique. Les nouveaux écolos ont le sourire, de l’humour, des smartphones et des milliers d’idées concrètes qu’ils mettent en œuvre en cassant tous les modèles.

»Avril 2012. Journal télévisé de France 2, 20-Heures. Cela fait plus de dix ans que Nicolas Hulot, visage de l’écologie militante, tire la sonnette d’alarme sur le plateau de Laurent Delahousse. La majorité des gens ne cerne ni l’ampleur, ni l’urgence de sa cause:

»“On s’habitue au tic-tac des bombes à retardement. Le changement climatique c’est la mère de toutes les menaces!

»—On sent comme un parfum d’apocalypse [dans vos propos]...

»—L’apocalypse ne viendra que si l’on reste le nez sur nos ordinateurs à regarder le monde se défaire!”

»Ceux qui ont 20 ans et regardent ces images voient très bien de quoi Nicolas Hulot veut parler. À l’école primaire, ils ont appris la liste des animaux en voie de disparition et ont compris le phénomène d’effet de serre. Au collège, ils ont frémi devant le documentaire d’Al Gore Une vérité qui dérange (2006), en découvrant la terre souillée par les excès de leurs parents et grands-parents. Ils ont vu leur courbe de taille et de poids grimper au rythme de celle des températures et du niveau de la mer. Les baby-boomers ont du mal à abandonner du jour au lendemain le confort acquis durant les Trente Glorieuses; leurs enfants façonneront le monde de demain.

»Contre toute attente, cette génération, dite Y, va “lever les yeux de son ordinateur”. Du fainéant au geek asocial, les clichés collent encore à la peau de cette génération, née dans les années 1980-1990. Avec des revenus inférieurs de 20% à la moyenne nationale et un taux de chômage deux à trois fois plus élevé que ses aînés, elle partait pourtant avec quelques atouts en moins que ses parents au même âge. Ces 18-30 ans sont nés avec un smartphone dans une main, mais ils ont une fleur dans l’autre et esquissent –lentement mais sûrement– le visage moderne de la cause écolo. Jeune, drôle, pragmatique, optimiste, elle est en train de ringardiser, sans en avoir toujours conscience, l’écologie politique héritée des années 1970, institutionnelle, souvent catastrophiste et inaudible du grand public, tant elle effraie et paralyse.

»Difficile de dire quel pourcentage de la génération Y représentent ces “néo-écolos”. Mais on peut les décrire. Grâce à internet et aux nouvelles technologies, ils cogitent, évaluent, questionnent en permanence l’impact de leurs faits et gestes sur leur environnement ou leur santé. Ils se regroupent en réseau, participent à des actions éphémères, crient de faux slogans dans les manifs, manient à merveille l’humour et les supports de com’ décalés. Ils achètent malin, consomment collaboratif et seconde main, ils partagent, troquent, recyclent, se prêtent, réemploient... Entre prise de conscience écolo et baisse du pouvoir d’achat, ils ont opté pour une forme de “frugalité choisie” qui pourrait se résumer à cette maxime: “Consommer moins mais consommer mieux”.

»Leurs parents devaient “réussir leur vie”. Eux penchent pour l’esprit du colibri de Pierre Rabhi. “Faire sa part”, se rendre utile, pour être pleinement heureux. Confiants, ils savent que, partout autour du globe, des solutions s’inventent déjà pour vivre autrement. Pour eux, l’écologie n’est plus une contrainte, ni un combat perdu d’avance. C’est un réflexe, une opportunité, un désir. Et, de plus en plus, un plaisir. La nouvelle génération d’écolos jongle avec un langage plus simple et plus fun. La consigne: éviter le jargon scientifique et les données alarmistes; ne pas noyer les discussions sous une marée de règles trop contraignantes ou impossibles à appliquer; parler “bénéfices” et pas “sacrifices”…


»Sensibilisation humoristique

»Le mouvement Générations Cobayes en a fait sa devise: “Se faire plaisir sans se faire de mal”. Sur la toile, le mouvement a lancé plusieurs campagnes de sensibilisation aux titres provocateurs et décalés comme “Qu’est-ce que tu glandes?” –sur les dérèglements du système hormonal– ou “Comment le pétrole a niqué notre libido?” sur les dangers du plastique au lit. Sa dernière campagne, lancée mi-avril, concerne les additifs alimentaire et s’appelle “Comment j’ai chopé grâce à un brownie”.

»Pour attirer les jeunes, il faut savoir avant tout comment leur parler. Entre septembre 2014 et mai 2015, Carmille Marguin, 26 ans, a piloté une camionnette blanche à pois roses pour effectuer un “tour de France de l’éco-orgasme” dans les campus. Entendez: “comment se faire plaisir au lit sans nuire à sa santé”, entre préservatifs, lubrifiants et autres sex-toys issus de l’industrie chimique.

»L’ex-présidente du Réseau français des étudiants pour le développement durable (REFEDD), engagée au sein de Générations Cobayes depuis 2011, témoigne. “J’ai rencontré des milliers de jeunes intéressés, pleins d’idées et d’enthousiasme, qui ne demandaient qu’à s’informer et s’engager”, écrit-elle dans Et notre santé, alors? (Jouvence Éditions, 2015). Et ça marche. Depuis fin 2013, le nombre de sympathisants de l’association est passé de 2.000 à 40.000. “La plupart de ces jeunes n’agissent pas, pas parce qu’ils sont égoïstes ou feignants, mais parce qu’ils ne savent pas par où commencer, ajoute celle qui a fait son mémoire de fin d’études sur le “déclic à l’engagement” des jeunes. Il faut leur parler de ce qui les intéresse et leur proposer des solutions concrètes et simples à appliquer!”


ȃcolos 2.0

»Bien des magazines ont fleuri dans les kiosques ces dernières années, sur le mode de l’écologie souriante. Loin du “changement par la peur”, ils espèrent faire bouger les lignes en montrant l’exemple –la fameuse théorie de la contagion. Parmi eux, on trouve par exemple Socialter, “le magazine de l’économie nouvelle génération”; le magazine Kaizen, qui tire son nom de deux mots japonais (“kai”, changement, et “zen”, le meilleur), pour “changer le monde pas à pas”; We Demain, site en ligne et revue trimestrielle qui se demande si la crise n’est pas l’occasion de “réinventer les modèles du XXe siècle”; ou Féminin Bio, un pure player depuis huit ans qui vient de se lancer dans l’aventure papier, dont le dernier numéro est estampillé “engagé, lifestyle, positif”. Tous font le pari de parler des solutions plus que des problèmes. La carotte plus que le bâton.

»Et ce tour de force se retrouve à pas mal d’endroits sur la nouvelle planète écolo. Au cinéma, le documentaire Demain! et sa punchline “un nouveau monde est en marche”, en est un exemple flagrant. “Les gens ne veulent plus qu’on leur dise que les choses vont mal, car elles vont déjà trop mal, murmure Cyril Dion dans la bande-annonce. Or partout des hommes et des femmes inventent un autre monde qui respecte les hommes et les humains… Ces personnes écrivent une nouvelle histoire et nous disent qu’il n’est pas trop tard, qu’il faut nous bouger, maintenant!” Quatre mois après sa sortie, le film recevait le César du meilleur documentaire et comptabilisait près de 900.000 entrées au box-office.

»Le web est la vitrine des écolos 2.0. En 2012-2013, trois copains, la vingtaine, ont effectué leur tour du monde des solutions. Un projet intitulé “Worlds’Ideas for the Future” (WIFU) qui s’est concrétisé par un webdoc et un bouquin, Le monde entre nos mains, paru en octobre 2015. Plus récemment, en mars 2016, trois autres jeunes, Florian, Boris et Malo, ont lancé leur plateforme, après un an de vadrouille sur le vieux continent. Leur site Europe Tomorrow, the continent of social innovation, renvoie à près de “2.500 solutions citoyennes, entrepreneuriales et institutionnelles” déjà en place dans une vingtaine de pays voisins. Ambitieux et optimistes, ils comptent eux aussi sortir un livre à l’automne 2016 et espèrent monter le même type de “plateforme de solutions” au Brésil et au Canada dans les années à venir.

»Si ces plateformes ont une visibilité réduite pour l’instant, elles ont vocation à être des “viviers de solutions” dans lesquels les citoyens, associations, collectivités territoriales ou même entreprises, pourraient venir piocher pour s’en inspirer. À l’instar des Discosoupes, un concept importé de Berlin en 2012, pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Au lieu de sanctionner ceux qui jettent trop, l’idée est d’encourager à faire de la récup’ de légumes invendus. On réunit des dizaines de bénévoles sur la place du village ou dans une salle des fêtes, en musique, pour fabriquer une soupe géante. Avec une “boîte à outils” et une charte de valeurs –les “Disco-mmandements”–, la plateforme Discosoupe.org a réussi le pari de diffuser un peu partout en France ce concept, des patelins isolés du Cotentin, à Marseille en passant par Reims, Angers, Chambéry, Rennes ou l’île de la Réunion.


Le web est la vitrine des écolos 2.0. Si ces plateformes ont une visibilité réduite pour l’instant, elles ont vocation à être des “viviers de solutions” dans lesquels les citoyens, associations, collectivités territoriales ou même entreprises, pourraient venir piocher pour s’en inspirer.

»À l’horizontale

»Face à tant de vouloir-vivre, l’indépendance vis-à-vis du pouvoir politique est un principe-clef. La nouvelle écologie fuit les polémiques stériles, les récupérations partisanes, les déclarations de posture et les histoires de gros sous. Comme tous les jeunes, elle fait de moins en moins confiance aux élus (42% des 18-25 ans avaient une image “négative voire très négative” des hommes politiques en 2012, selon le rapport de 2014 “Les jeunes et le vote”) et aux institutions (les 18-29 ans ne sont que 3% à adhérer à un syndicat et 4% à un parti politique, selon l’enquête du Credoc 2009-2010 “Conditions de vie et aspirations des Français”).

»Internet lui permet aisément de contourner les circuits traditionnels. Groupes Facebook, blogs, chats, pétitions en lignes, campagnes de crowdfunding… Les nouvelles formes d’engagement des jeunes sont “plus souples, plus éphémères, moins hiérarchisées qu’elles ont pu l’être par le passé”, comme le disait Jean Pisani-Ferry dans un rapport de France Stratégie en juin 2015. Un engagement qui se réinvente en marge des structures traditionnelles –syndicats ou partis; loin des “temps forts électoraux” imposés par l’agenda politique et hors du maillage territorial imposé par l’État.

»Internet permet également une mobilisation plus flexible et plus variée, pour ces jeunes dont la situation (études, travail, vie personnelle) est plus instable que le reste de la population. Combien de communautés éphémères se créent et meurent chaque jour dans la jungle de Facebook pour préparer un événement comme la COP21, réagir aux révélations d’une émission ou organiser une opération-nettoyage dans une forêt ou sur une plage? La réponse importe peu: le net permet de s’organiser en quelques clics et de répartir les rôles, sans adopter la sacro-sainte “hiérarchie pyramidale” du monde de la politique ou de l’entreprise.

»À Générations Cobayes comme ailleurs, la disponibilité, la motivation et les compétences des bénévoles comptent plus que leur “statut” au sein du groupe. On appelle ça la gouvernance “ouverte” ou “à l’horizontale”. “La seule chose qui différencie les “cobayes”, c’est leur niveau d’engagement, résume Camille Marguin. Le mouvement compte environ 40.000 cobayes “informés”, qui suivent notre actu; 900 cobayes dits “engagés”, actifs sur le terrain; et une vingtaine de cobayes dits “obsédés”, qui font tourner l’association au siège.” Le vocabulaire est informel et décalé. Encore une fois, le fond jamais sans la forme.

»Cette lame de fond a commencé au début des années 2010. En 2011, le premier festival de “dessin et d’humour écolo (ir)responsable”, parrainé par Cabu, voyait le jour grâce à l’association RirEnVert. L’année d’après, le Réseau français des étudiants pour le développement durable (Refedd) organisait des fausses manifs anti-écolo où fusaient les slogans au second degré tels que: “CO2, j’en veux!”, “Monsanto Président”, “Les engrais, c’est le progrès!” ou “Sauvons la bourse, pas les ours!”. À l’époque, la première blogueuse à l’humour vert, Bridget Kyoto, publiait des vidéos totalement décalées sur YouTube. “Ma solution? Le vin bio! Parce qu’au bout d’une bouteille, sauver la planète, on n’en a plus rien à branler! Et puis de toute façon on va tous mourir alors autant boire des coups!” ironisait-elle dans “Comment rester écolo sans devenir dépressif?”.

»La même année, l’émission “Cash Investigation” sur France 2 prenait le pari de traiter de sujets graves, liés à l’industrie, l’environnement ou la santé, avec une impertinence qui séduit toujours quatre ans plus tard. Un article du Monde voyait poindre la naissance d’une tendance, face au fatalisme et à l’immobilisme général: “Et s’il ne restait que l’humour? N’est-ce pas la seule arme qui subsiste aujourd’hui pour défendre la cause écologique? Car franchement, le reste, on a tout essayé…”


»“Vivre des expériences”

»“Pourquoi tant de gens se lancent-ils dans l’entrepreneuriat aujourd’hui? Pourquoi tant de succès pour les blogs sur les modes de vie alternatifs, devenir freelance, monter son business, la semaine de quatre heures, le nomadisme digital et j’en passe?” interrogeait la journaliste Anne-Laure Fréant dans une tribune publiée sur Medium intitulée “Autopsie de la Génération Burn-Out”. Parce que le système (métro-boulot-McDo-dodo) tel qu’il est fait est “épuisant et pas toujours gratifiant”, répondait-elle, avant d’ajouter: “Il va falloir inventer d’autres modèles.” C’est justement ce que sont en train de faire les nouveaux écolos. En fuyant le rythme effréné des économies libérales et la règle du “profit à tout prix”, en revenant peu à peu à des valeurs moins consuméristes, ils interrogent le système économique dans ses fondements et obligent les entreprises à s’adapter à leur nouveau mode de vie.

»Une étude du site américain Bloomberg sur 600 entreprises européennes a d’ailleurs de montré en février 2016 que les jeunes étaient en train de bouleverser le secteur des services et des loisirs. Ils auraient progressivement abandonné le désir de “posséder” de leurs parents contre celui de “vivre des expériences”. Ils estiment avoir déjà assez de choses en leur possession, explique le site, et préfèrent multiplier les dîners, les sorties dans les bars, les concerts, les défis sportifs ou les voyages que mettre de l’argent de côté. Or, vivre des expériences, c’est justement ce que propose l’écologie 2.0. En remettant l’humour, le partage, la musique et la convivialité au cœur de l’engagement, elle répond à une double quête des jeunes: celle de l’expérience et celle du sens.

»“Quand on se demande quelle Terre on laissera à nos enfants, le bilan est assez sombre, juge Jacques Maire, le directeur des Éditions Jouvence qui publie les ouvrages de Génération Cobayes. Mais si on retourne la question et que l’on se demande, quels enfants laisserons-nous à notre terre? Alors là, la réponse est plutôt optimiste!”»





L’exécution de l’innovation

2016/05/19

«“Chief Millennials Officer”, une nouvelle profession hôtelière ?»




Hospitality ON Fr



«C’est en tout cas le pari entrepris par l’hôtel St. Regis de Mexico, qui vient tout juste de nommer une première responsable à ce poste. Dans l’hôtellerie comme ailleurs, la génération des “Millennials” a des attentes parfois bien différentes de la clientèle classique ; pour y répondre, une profession spécifique doit-elle pour autant être créée dans les hôtels ?

»Pour conquérir cette génération qui a plus que toute autre contribué à l’essor de l’hébergement collaboratif, les groupes hôteliers ont rivalisé d’imagination ces dernières années afin de créer des marques hôtelières répondant spécifiquement aux besoins de la clientèle des “Millenials”. Moxy Hotels et Aloft Hotels pour Marriott et Starwood, Mama Shelter chez AccorHotels, Tru by Hilton, Radisson Red... les exemples ne manquent pas, démontrant le souhait de convaincre les jeunes voyageurs à travers des concepts hôteliers inspirés en partie de la convivialité des auberges de jeunesses, et mettant à la disposition de leurs clients les dernières innovations technologiques en vogue.

Quelles nouvelles obligations implique ce nouveau poste de CMO ? D’après les services concernés, Alejandra Ramirez sera chargée de définir les actions de l’hôtel afin de répondre aux attentes des millennials. Elle sera aussi responsable d’organiser des réunions mensuelles avec le personnel de l’hôtel faisant partie de de cette classe d’âge.

»L’hôtel St. Regis Mexico City est allé plus loin, suite à la décision de son Directeur Général Bernard de Villèle de nommer un “Chief Millennials Officer” — ou CMO. Cette innovation répond à un constat simple : le tiers des clients de l’hôtel a entre 18 et 33 ans, tandis que 57,5% de ses employés sont eux-mêmes membres de la Génération Y. Âgée de 26 ans seulement, Alejandra Ramirez a été choisie pour assumer cette fonction pionnière au sein de l’établissement. Diplômée en Management Hôtelier de Cessa Universidad, elle travaillait depuis trois ans au sein du département des ressources humaines de l’hôtel.

»Quelles nouvelles obligations implique ce nouveau poste de CMO ? D’après les services concernés, Alejandra Ramirez sera chargée de définir les actions de l’hôtel afin de répondre aux attentes des millennials, en “identifiant les approches et services” propres à séduire cette clientèle. Elle sera aussi responsable d’organiser des réunions mensuelles avec le personnel de l’hôtel faisant partie de de cette classe d’âge, en vue de répondre à de potentiels “défis générationnels”, de favoriser les échanges de bonnes pratiques, et de créer un environnement encourageant l’épanouissement professionnel des jeunes employés de l’établissement.

»Au-delà du lancement de nouveaux concepts hôteliers et de la création de marques spécifiques, cette nouveauté devrait conduire les professionnels de l’hôtellerie à s’interroger quant à la nécessité d’adaptations à l’intérieur même des établissements hôteliers. Un changement complet de paradigme est-il véritablement nécessaire pour répondre aux demandes de la Génération Y, ou une simple évolution des pratiques peut-elle s’avérer suffisante au sein de n’importe quel établissement ? La création d’un poste de “Chief Millennials Officer” n’est pas une nouveauté dans certaines domaines — la technologie et les Web services par exemple. Alors, pourquoi l’hôtellerie ne se prêterait-elle pas à son tour à l’expérimentation d’une telle initiative ?»





Une innovation

2016/05/18

«Samsung Business cible les réseaux constructeurs»




Frédéric Marty. Auto Infos



«La division professionnelle de la firme coréenne veut se développer au sein des entreprises et notamment auprès des réseaux constructeurs. Dans le cadre de la deuxième édition de son Innovation Week, Samsung Business présente toutes les solutions dédiées aux professionnels sur un espace spécifique éphémère installé dans le 3e arrondissement de Paris.

»Le géant coréen a recréé sur place plusieurs types d’entreprises dans lesquelles ses solutions prennent place. Cependant, Samsung est allé plus loin en accueillant une soixantaine de partenaires afin de présenter des solutions innovantes qui vont bien au-delà de ses propres produits. Ainsi, tablettes, smartphones, ordinateurs portables, écrans tactiles et lunettes de réalité virtuelle intègrent des logiciels et systèmes novateurs pour améliorer la productivité et faciliter le parcours client. Dans le cadre du secteur de la distribution, Samsung présente ainsi plusieurs produits qui devraient bientôt se retrouver dans les showrooms et les ateliers.

»Si les tablettes ont fait leur apparition depuis quelques temps dans les concessions, il ne s’agit que d’un début. Plusieurs types d’écrans peuvent communiquer avec le client par l’intermédiaire de son smartphone pour lui apporter des informations ou lui permettre de récupérer instantanément de la documentation sur un produit particulier grâce à un QR code, un envoi d’e-mail ou une impression directe effectuée sur place grâce à la technologie NFC.

»D’autres types d’écrans permettent également d’afficher des informations qui peuvent être pilotées de manière nationale. Une manière rapide et efficace de procéder à des mises à jour de tarifs, par exemple. Certains écrans permettent aussi d’acheter directement des produits ou des services présentés à l’image grâce au système de paiement mobile Samsung Pay.

»Plusieurs types de tables incorporant des écrans de grandes dimensions ouvrent également la possibilité de configurer un véhicule confortablement installé avec un vendeur, par exemple. Ces produits améliorent la convivialité du processus d’achat, qui reste l’un des objectifs majeurs de nombreux constructeurs. Samsung est déjà présent à travers ses tablettes dans le réseau Citroën sous la forme d’Express Pad. La marque détient déjà plus de 2 000 produits de ce type en réception atelier. L’ensemble permet de faciliter l’accueil du client mais le système n’en est qu’à ses premiers pas et devrait évoluer progressivement pour intégrer d’autres fonctions.»





Un innovateur