2016/02/10

«L'industrie du futur en test à Fos»




Éric Goubert. La Provence



«Sur la zone Caban Tonkin sont testés des projets qui pourraient déboucher sur des innovations majeures.

»Cette suite de slogans, les industriels y sont habitués. Pas le grand public, encore peu au fait de ce qui se cache derrière l'appellation "Piicto". Un terme qui recouvre un territoire de 1 200 hectares, dont 700 disponibles, dans la zone industrialo-portuaire de Fos, entre le Caban et le Tonkin (voir le plan ci-contre). Cette "plateforme industrielle et d'innovation Caban-Tonkin" existe sous forme d'association depuis septembre 2014, et est destinée à recevoir plusieurs projets novateurs. Point commun: tous ont trait à l'industrie, sont au stade de la recherche et du développement, mais avec de tels partenaires et de tels montants qu'ils pourraient aboutir à plusieurs innovations majeures.

»Le but premier de Piicto, c'est d'abord de mutualiser les atouts des industriels présents. La première matérialisation de cette entente conerne la création d'un réseau vapeur commun, qui permettra aux industriels d'utiliser la chaleur produite par les incinérateurs pour économiser sur leurs consommations de gaz naturel. Sa construction débutera cette année. Au coeur de Piicto, on trouve aussi "Innovex". Un autre acronyme qui désigne un "incubateur", un espace qui sera un terrain d'expérimentations à ciel ouvert dédié à la mise en oeuvre de solutions industrielles écologistes, comme Vasco² (lire ci-dessous). 3 millions d'euros viennent d'être débloqués par plusieurs partenaires pour aménager la première tranche, de 14 hectares.


»Le projet "EOOS"/ Les éoliennes évoluent

»Les éoliennes, on peut déjà en voir dans la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, à côté des usines existantes, ou au bord du canal menant au bac de Barcarin. Toutes sont pour l'heure bien implantées sur la terre ferme, et sont visibles, de par leur taille, à des kilomètres à la ronde. Celles qui sont en projet aujourd'hui diffèrent largement, puisqu'elles seront implantées en mer, à plusieurs kilomètres de la côte dans des "fermes" aux dimensions bien précises, de plusieurs hectares. Elles auront une allure totalement nouvelle (voir l'image de synthèse ci-dessous). Ces "Éoliennes off-shore à axe vertical" (Projet "EOOS" pour "Éoliennes offshore flottantes") auront des mâts moins élevés, et un centre de gravité plus bas, ce qui permettra non seulement de les rendre plus "discrètes" dans le paysage, mais aussi, puisqu'elles sont de dimension plus réduite, d'en abaisser le coût.

»Depuis deux ans, le projet "Nenuphar" a également pour ambition de développer un nouveau type d'éolienne. Porté par EDF énergies nouvelles, il est soutenu par l'Europe, la Région et Ouest Provence. L'Ademe a également lancé un appel à projets pour développer cette forme d'énergie sur deux nouvelles zones, au large de Fos-sur-Mer. Le résultat sera connu en avril, et devrait s'accompagner de l'arrivée de nouveaux industriels sur place. "L'enjeu sera non seulement de profiter des atouts naturels de la région, naturellement ventée, mais aussi de mettre nos atouts en valeur pour accueillir la production industrielle de ces éoliennes, note Emmanuel Thomas (Ouest Provence). Leur maintenance et leur sécurisation entraîneront aussi la création d'emplois". La validation de ces projets est attendue dans les prochains mois.


»Le projet "Jupiter 1000"/ Stocker l'électricité

»GRT Gaz et un consortium d'entreprises nationales ont décidé d'investir trente millions d'euros dans le projet "Jupiter 1 000". Son but : stocker l'énergie, ce qui est impossible jusqu'à aujourd'hui, et freiner l'utilisation des énergies renouvelables, celles-ci étant par nature intermittentes, puisque dépendant de l'ensoleillement ou de la force du vent. Stocker l'électricité se ferait alors grâce au gaz, et au vecteur hydrogène-méthane.

»En concurrence avec Saint-Nazaire et Lyon, la ZIP de Fos vient d'enlever le morceau, et les études vont pouvoir commencer d'ici quelques mois dans l'espace Innovex. Pour produire du méthane de synthèse, un équivalent du gaz naturel, des électrolyses de l'eau "nouvelle génération", supportant les à-coups de production, vont être installées. Elles produiront de l'hydrogène, qui, couplé à du CO2, permettront de fabriquer le gaz recherché.

Pour produire du méthane de synthèse, un équivalent du gaz naturel, des électrolyses de l'eau "nouvelle génération", supportant les à-coups de production, vont être installées. Elles produiront de l'hydrogène, qui, couplé à du CO2, permettront de fabriquer le gaz recherché.

»Fos sera ainsi le seul site en France spécialisé dans cette production, alors qu'une cinquantaine d'autres sont situés dans le monde, dont 25 pour l'Allemagne, très en avance pour l'utilisation industrielle des énergies renouvelables.


»Du raté d'Hexcel à la Métropole

»Un échec qui a agi comme un électrochoc. Hexcel, usine américaine, souhaitait investir 400M€ en France. Un temps évoquée à Fos, elle a finalement abouti en Isère. Le défaut local? Le manque de concertations entre les différents acteurs pour proposer des facilités au nouvel arrivant. De cet échec est né un diagnostic complet, et "Piicto", cette association permettant de proposer une offre globale, et aussi de travailler à l'avenir de la zone de Fos. Un atout pour le maire, René Raimondi: "Tous ces projets contribuent à la diversification économique de la zone tout en permettant le renforcement des acteurs industriels déjà présents, dit-il. Et ils constituent avant tout les éléments fondateurs concrets d'une organisation circulaire souhaitée par beaucoup mais qui, jusqu'à maintenant, en était restée au stade conceptuel." Un nouvel écueil se concrétise désormais, la fin de Ouest Provence simultanément à l'arrivée de la Métropole. "Je souhaite que cette dynamique puisse se renforcer dans la future organisation territoriale. Il en va de l'avenir de ces projets et de notre crédibilité visà- vis des industriels et investisseurs potentiels français et étrangers".

»Christine Cabau Woehrel, présidente du directoire du port de Marseille Fos, indique que le Port a eu un "rôle majeur dans l'émergence de ces projets." Ils permettront de renforcer l'attractivité de la zone portuaire en matière d'implantations industrielles, de pérenniser les industriels existants et de développer les trafics maritimes qui vont avec", souligne-t-elle. Elle-aussi évoque "une nouvelle phase dans le développement de la ZIP": "Nous devons, dès aujourd'hui, préparer les implantations de demain en tablant sur la recherche, l'innovation technologique et le développement de filières.

»Nous inventons aussi un nouveau modèle en développant sur la ZIP le concept d'économie circulaire où les produits non utilisés ou déchets des uns peuvent devenir matière première ou source d'énergie des autres".


»Le projet VASCO2 / Nutrition, cosmétiques...

»En apparence, c'est simple: prenez des micro-algues, et injectez-y du CO2 produit par les cheminées des usines. Vous obtiendrez une biomasse qui aura ensuite de multiples applications : la cosmétique, la nutrition animale (surtout celle des poissons) et, à plus long terme, une nouvelle génération de biocarburants. Séduisant, forcément.

»Mais avant que tout cela n'entre en production, trois ans de tests vont être nécessaires, de 2016 à 2019. Ceux-ci réunissent pas moins de onze partenaires, des institutionnels comme Ouest Provence et le Grand Port, mais aussi Ifremer, et le CEA de Cadarache. La particularité du programme, c'est qu'il pourrait déboucher sur une valorisation des fumées d'usine. Le procédé est évidemment plus complexe qu'il n'y paraît. Via une start-up, des solutions sont en cours de développement pour récupérer le CO2 sorti des industries, qui viendrait ensuite "nourrir" les micro-algues. Durant la période de test, celles-ci vont être installées dans des bassins, qui vont "tourner" dans les différents sites industriels sélectionnés.

»Et les applications sont donc étonnantes. Non seulement celle qui, en aboutissant à la fabrication de carotène, intéresse l'industrie cosmétique, mais aussi celle qui pourrait permettre de nourrir les poissons en production dans les fermes aquacoles. Au lieu d'être alimentés avec des compléments comprenant, pour nombre d'entre eux de la viande ( !), les poissons pourraient donc être nourris avec un produit se rapprochant plus de leur vraie nature. Plus lointaine, la fabrication d'un biocarburant est-elle aussi pleine de promesses.

»"Les procédés existent, et vont être testés à l'échelle préindustrielle, indique Emmanuel Thomas, directeur du service développement économique de l'ex-SAN Ouest Provence. L'enjeu sera surtout d'arriver à construire un modèle économique". Qui sera le garant du développement de ces nouveautés, dès après la phase de tests.»





Un innovateur

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire