2016/01/29

«Bertrand Duperrin: “Les entreprises aveugles face à la concurrence digitale”»




Frenchweb



«La plus grande inquiétude des dirigeants d’entreprise face au digital est la transformation de leur environnement concurrentiel qui leur impose de changer leurs pratiques sous peine d’être incapables de réagir face à des menaces qu’elles sont incapables de voir venir avec leurs approches traditionnelles. C’est, en gros, la conclusion majeure de l’édition 2015 de la toujours très intéressante “IBM C-Suite Study” sortie il y a quelques semaines.


»On n’identifie ses concurrents qu’une fois qu’il est trop tard

»On est en train de sortir d’un monde de concurrence sectorielle pour rentrer dans un monde de concurrence intersectorielle. Avant il était simple de surveiller ses concurrents: ils étaient connus et on les «fréquentait» au quotidien. Aujourd’hui la concurrence peut venir d’un secteur d’activité voisin ou d’un pure-player digital.

»La convergence des secteurs est donc la grande tendance qu’identifient les dirigeants pour les années à venir.

»Le digital permet à des concurrents nouveaux d’arriver avec des produits et services moins chers et une expérience améliorée mais également à des acteurs d’autres secteurs d’enrichir leur offre existante et ainsi de marcher sur les plate-bandes de secteurs “complémentaires”.

»De mon point de vue on ne peut dissocier cette tendance de ce qu’on appelle l’avènement de l’économie de l’expérience. Auparavant, le client se construisait son expérience en mettant bout à bout des produits et des services d’acteurs de différents secteurs.

»Aujourd’hui un de ces acteurs peut intégrer facilement des services tiers dans son offre simplement en partageant et faisant circuler de la donnée. Résultat, ils ne se positionnent plus sur des verticales mais par rapport à des chaines d’expérience client globales.

»Si vous n’êtes pas une expérience vous ne serez plus une marque si vous n’êtes pas une plateforme vous ne serez pas une expérience.

»Revenant à l’idée de convergence des secteurs, on entend souvent “quel que soit votre secteur, demain vous serez dans le business de la technologie ou de la donnée ou vous serez morts”. Le digital permet de délivrer des expériences à grande échelle et à coût marginal quasi nul grâce à des logiques de plateformes lesquelles reposent sur de la technologie et de la donnée, peu importe le produit ou service délivré.

»Sur le sujet je vous invite à regarder ce Platform Manifesto ainsi que de lire le PWC CEO Survey 2015 qui faisait la part belle à la question de la concurrence intersectorielle.

»Mais les faits sont là quand les concurrents peuvent surgir de n’importe où et principalement d’ailleurs que dans leur radar il faut des approches nouvelles de la concurrence. Avec le digital vos clients sont partout vos concurrents également. Et la peur de l’ubérisation règne donc en maitre.


»Il faut affronter les pure-players digitaux sur le terrain de l’engagement et des écosystèmes

»Plutôt que réagir, il s’agit désormais d’anticiper et prendre les devants. Une des directions identifiées par les directions générales est celle de l’engagement client, terrain sur lequel les “disrupteurs” s’empressent de leur couper l’herbe sous le pied en priorité. L’étude cite d’ailleurs un chiffre intéressant: les entreprises disent être aujourd’hui capables de comprendre 90% de leur client. Un chiffre plutôt positif mais qui a une autre signification: on est loin de la compréhension individuelle des “markets of one”, des segments d’une personne. Ce qui confirme que si la connaissance client est un facteur de réussite essentielle, la plupart des entreprises en sont encore loin (d’autant plus qu’elles surestiment systématiquement leur niveau de connaissance de leurs clients, loin des attentes de ces derniers).

»Un autre axe de réponse est d’aller chercher l’innovation où elle est, notamment en dehors de l’entreprise. Les parteneriats et autres “joint-ventures” ont ainsi le vent en poupe. Mais cela ne suffit pas sans une structure de décision et d’exécution adaptée et, sur ce point, l’étude montre à quel point il est difficile pour les entreprises de sortir des sentiers battus.


Si la connaissance client est un facteur de réussite essentielle, la plupart des entreprises en sont encore loin (d’autant plus qu’elles surestiment systématiquement leur niveau de connaissance de leurs clients, loin des attentes de ces derniers).

»Une vision panoramique pour anticiper

»Plus le monde extérieur change rapidement et de manière imprévisible, plus il faut en avoir une vision large et profonde à la fois.

»Aucune surprise dans les sujet technologiques identifiés même si je considère qu’une approche purement technologique de la prospective est dangereuse: c’est le cas d’usage qui compte, pas la technologie utilisée. Les grandes entreprises ont d’ailleurs une tendance récurrente à partir de la technologie pour lui trouver un besoin au lieu de faire l’inverse. Avec les sorties de route que l’on connait.

»Je note avec intérêt que l’informatique cognitive commence à pointer le bout de son nez dans le radar des décideurs. Il s’agit à mon sens d’un sujet qui sera porteur d’une vraie révolution, encore davantage que ceux qui le précèdent dans la liste.

»Quoiqu’il en soit les entreprises semblent prises entre deux feux. Elles savent qu’elle doivent anticiper et donc “essayer”, “tester” tout en étant conscientes qu’elles ont du mal de distinguer l’effet de mode de la tendance de fonds. Le tout en connaissant l’impact business d’une mauvaise orientation stratégique à un moment donné ou de l’attentisme.

»Je suis convaincu que – et les faits le prouvent – la solution passe par des modèles d’innovation permettant de vite partir d’un besoin, tester et faire évoluer la solution, décider d’industrialiser ou non en fonction de l’impact constaté. La tendance forte que l’on constate dans le design thinking, le fast prototyting, les méthodes agiles et le recours à un écosystème de partenaires s’inscrit clairement dans ce sens.


»Soyez les premiers, les meilleurs ou nulle part

»Tendance confirmée plus loin dans l’étude. Pour se mouvoir dans un tel contexte, les directions générales voient une ouverture intéressante dans des “laboratoires vivants” (ou living laboratories) qui leurs permettent de rapidement tester des initiatives. Une approche indispensable de mon point de vue mais qui a une limite dont il faut avoir conscience.

»En effet, si les directions générales sont consciences qu’elles vont devoir réinventer leurs business model, leur portfolio produit, leurs modes opératoires, etc. Un tel laboratoire remplit totalement cette fonction sauf qu’il ne permet en rien de présumer de l’impact d’une industrialisation sur les hommes et l’organisation. C’est le seul domaine où on ne peut pas expérimenter à une échelle significative mais il faut le prendre en compte.

»Aucune surprise, l’étude recommande aux entreprises d’innover hors des sentiers battus et des terrains connus, de se donner le temps et les moyens d’expérimenter l’impact et l’acceptation par les gens et de se préparer à faire grandir l’initiative très vite en cas de succès pour saisir un moment dont on ne sait combien de temps il va durer.

»Une étude relativement en phase avec tout ce qu’on peut lire et observer sur le terrain et qui pose (chiffres, insights et verbatims à l’appui) une excellente base de réflexion pour les directions générales. J’aimerais toutefois y ajouter encore un point issu de ma propre réflexion.


»Dans la concurrence digitale, l’ennemi est autant à l’intérieur qu’à l’extérieur

»Il y a déjà deux ans, je constatais que les entreprises avaient tendance à beaucoup mettre leurs difficultés sur le compte de l’externe, du marché et de la concurrence. On voit chaque jour, et cette étude le confirme, que le sujet est réel. Pour autant, se contenter de cette approche serait à mon avis aller un peu vite en besogne.

»Comme je le disais à l’époque, le vrai probème n’est pas tant externe qu’interne. Peu importe la vitesse à laquelle bouge l’externe, tout va bien tant que l’interne n’est pas rigidifié à l’extrême et incapable d’agilité. Je vous renvoie également au plus récent propos d’Yves Morieux sur le sujet. Il est à mon avis illusoire de croire qu’une vision nouvelle et une meilleure appropriation des technologies régleront le problème tant que l’entreprise ne fera pas un effort de simplification interne. Tant qu’on ne parlera pas organisation, management, reporting. La technologie ne sera jamais un facteur d’accélération mais permettra seulement de limiter le ralentissement.»





L’exécution de l’innovation

2016/01/28

«Pascal Samama: “Cybersécurité, une menace pour l’innovation en 2016?”»




BFMTV



«Le monde numérique est en route, mais il n’en a pas fini de perturber les activités traditionnelles. Car si en 2015 les technologies ont ébranlé plusieurs secteurs, notamment le transport ou le commerce, elles vont poursuivre ce que les économistes nomment la "shumpeterisation" de l’économie pour qualifier ce que l’innovation détruit pour émerger selon la théorie de l'économiste autrichien Joseph Shumpeter.

»Dans son étude “Global Technology Innovation Survey” (PDF), le cabinet KPMG a interrogé dans le monde entier 832 dirigeants d’entreprises technologies sur ce qu’ils attendent ou ce qu’ils craignent de l’année qui démarre.

»Tous s’accordent sur le fait que le Cloud, cette technologie de stockage en ligne, n’en est qu’à ses prémisses. Selon le cabinet, c’est la technologie qui aura le plus d’impact dans le monde lors des trois prochaines années. Il note ensuite les orientations par régions du monde. Les États-Unis s’orientent vers la santé connectée, la Chine dans l’intelligence artificielle, tandis que l’Europe et le Moyen-Orient ciblent l’impression 3D. Mais, KPMG prévient que la cybersécurité pourrait être un frein au développement de ces technologies.


Tous s’accordent sur le fait que le Cloud, cette technologie de stockage en ligne, n’en est qu’à ses prémisses. Selon le cabinet, c’est la technologie qui aura le plus d’impact dans le monde lors des trois prochaines années.

»Des réglementations encore balbutiantes

»"Ces contraintes sont des préoccupations majeures pour les entreprises et avec les récentes affaires de piratages, le public a conscience qu’aucun secteur ne peut se sentir hors de danger", constate Marie Guillemot, responsable des technologies, média et télécommunication chez KPMG. "L’accès aux réseaux explose et nous ne sommes plus seulement dans la confidentialité des données, mais de plus en plus dans leur sécurité. Avec l’émergence de la santé connectée, de la robotique ou des véhicules autonomes, cet enjeu devient hautement sensible."

»Et pour cette spécialiste, la complexité des enjeux n’est pas seulement technique. Elle met aussi en jeu la réputation des entreprises et plus encore. "Leur responsabilité est engagée", indique Marie Guillemot qui signale que la difficulté est que dans de nombreux usages, les environnements ne sont pas réglementés.

»"C’est ce que l’on constate entre autres dans les voitures connectées dont la réglementation est loin d’être définie. Pour les entreprises qui travaillent dans ce secteur, c'est un véritable défi".

»Et pour faire face à ces enjeux, elle explique qu’il ne s’agit pas seulement d’intégrer et maitriser des techniques. "Il faut aussi recruter des compétences et les entreprises qui seront les premières à donner confiance au public auront un véritable avantage sur les autres."

»Mais si la cybersécurité est en tête des freins à l’innovation, ce n’est pas le seul élément à pénaliser les entreprises. Dans l’étude KPMG, la complexité des technologies est le second élément à être pointée par les responsables interrogées. Un point sur lequel ils pourront faire face en recrutant les compétences nécessaires. L'heure du CDO (chief digital officer) sonnera-t-elle en 2016?»





Une innovation

2016/01/27

«Marion Rousset: “Climat, pesticides, OGM... Les scientifiques font le buzz”»




Telerama. Illustration: Josh McKenna



«Les relevés météorologiques et la COP21 sont formels: n'en déplaise à Claude Allègre, la planète se réchauffe. Pour autant, le débat n'est pas clos sur la responsabilité humaine dans le changement climatique, la gravité des menaces qui pèsent sur les populations, les mesures à prendre ou l'urgence à intervenir.

»Et ces questions, aujourd'hui, sont autant d'épines dans le pied des chercheurs qui s'écharpent entre eux et avec les politiques, les industriels et les citoyens. Un cas d'école? Autrefois confinées dans l'enceinte fermée des laboratoires, les controverses scientifiques s'exposent désormais au regard de tous. Les spécialistes n'hésitent plus à descendre dans l'arène pour se frotter au réel. Et ça fait du bruit.


»1981, première cacophonnie médiatique

»L'interminable zizanie qui oppose les tenants du réchauffement aux climatosceptiques avait pourtant commencé par une découverte dans les règles de l'art. Dans les années 1980, un glaciologue grenoblois rapporte des confins de l'Antarctique de précieuses carottes de glace qui attestent le changement climatique, peut-on lire dans Les Dessous de la cacophonie climatique, de Sylvain Huet. Des mois d'études en laboratoire et trois articles dans la prestigieuse revue Nature mettent le feu aux poudres au sein de la communauté scientifique. Bientôt, c'est toute la société qui s'en mêle: un lanceur d'alerte de la Nasa, des industriels déterminés à semer le doute, des médias accros au clash, des complotistes en tous genres et d'autres acteurs aux intérêts divers — militants écologistes ou tenants de l'électronucléaire notamment... Le cocktail parfait pour créer une onde de choc à grande échelle.

»Depuis, quantité d'innovations technologiques et de recherches scientifiques sont sur la sellette. Le glyphosate présent dans le Roundup est-il dangereux pour la santé ou inoffensif? Le gaz de schiste constitue-t-il une alternative aux énergies polluantes ou une ressource pire que le charbon? Face à l'hécatombe des abeilles, faut-il accuser coléoptères, frelons et fourmis? Ou plutôt l'usage agricole d'une nouvelle famille d'insecticides, les néonicotinoïdes? Pêle-mêle, experts et profanes s'empoignent sur Internet et dans les médias au sujet des cellules souches, des OGM, des nanotechnologies, des particules fines de diesel ou des perturbateurs endocriniens... Ouvrage collectif et transdisciplinaire, Au coeur des controverses. Des sciences à l'action braque le projecteur sur cette agitation tous azimuts: l'heure est aux débats qui rebondissent sans fin, des colonnes des journaux aux réseaux sociaux, pour atterrir finalement dans des assemblées politiques chargées de trancher.

»Pourquoi ce tohu-bohu? D'abord, parce que la science n'est plus intouchable. Elle admet même ses propres limites. “Les scientifiques ont cessé d'être des maîtres à penser, ils sont devenus plus modestes. Le physicien Bernard d'Espagnat, par exemple, n'hésite pas à dire que le réel est voilé”, avance Jean-Michel Besnier, professeur de philosophie à la Sorbonne. Ainsi, depuis le XVIIe siècle, la lumière est pour les uns un flot de corpuscules (Newton); pour les autres, sa principale caractéristique est d'être ondulatoire (Huygens). Surtout, “on a découvert qu'il n'existait pas d'expérience cruciale permettant de départager ces deux théories”, poursuit le philosophe.

»Le XXe siècle a fait voler en éclat l'ambition positiviste d'atteindre la vérité absolue. Désormais, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se discute! Y compris... la science. D'autant plus que l'image du scientifique sage et reclus a vécu. Le voilà mouillé jusqu'au cou depuis l'une des plus grandes catastrophes de l'histoire récente — le projet Manhattan, avec ses premières bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki. Les 200 000 morts provoquées par ces bombardements ont eu raison de la vision naïve du doux rêveur qui comprend les lois de la gravité en observant les pommes tomber...

»Mathématiciens, physiciens et biologistes ont désormais une responsabilité sociopolitique. Mieux, une mission consolatrice: “La science est devenue un objet de consommation qui doit nous rendre le service qu'on en attend. C'est-à-dire nous guérir, nous empêcher de vieillir et de mourir, nous permettre de faire naître des enfants correctement”, explique Jean-Michel Besnier. Et les chercheurs doivent rendre des comptes. Certains troquent leur blouse blanche contre le costume-cravate, échangent éprouvettes et pipettes contre des piles de dossiers à éplucher, délivrent des avis et... étalent leurs différends.

“La science est devenue un objet de consommation qui doit nous rendre le service qu'on en attend. C'est-à-dire nous guérir, nous empêcher de vieillir et de mourir, nous permettre de faire naître des enfants correctement”, explique Jean-Michel Besnier. Et les chercheurs doivent rendre des comptes.

»Prenez le glyphosate. Ce pesticide (le plus utilisé au monde) est un tueur en série capable de détruire la végétation la plus coriace. Il n'épargne que les cultures transgéniques conçues pour lui résister. En 2014, l'Institut fédéral allemand d'évaluation du risque (le Bundesinstitut für Risikobewertung) rend son expertise à l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Sa conclusion: “Les données disponibles ne montrent pas de propriétés cancérogènes ou mutagènes du glyphosate.”

»Autrement dit, cette substance chimique est inoffensive pour l'homme. “Il est improbable que le glyphosate présente un danger cancérogène pour l'homme”, abonde l'EFSA.

»Pourtant, à peu près au même moment, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence respectée de l'Organisation mondiale de la santé, classe le désherbant parmi les cancérogènes probables. “La fragilité de l'évaluation du risque est ici incarnée de manière admirable, relève le journaliste Stéphane Foucart: deux groupes peuvent avoir des conclusions radicalement différentes à partir de la même littérature.” Pour avoir le dernier mot, les experts se livrent des guerres fratricides. Et ces guerres sont parfois fabriquées de toutes pièces. Ainsi, les rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) n'ont-ils jamais cessé d'être attaqués par de grosses entreprises pétrolières américaines cherchant à les décrédibiliser.

»Et les médias prennent le relais. Rien de tel qu'une bonne controverse pour pimenter des sujets réputés techniques et arides! “Les affrontements scientifiques ont toujours existé, mais ils bénéficient aujourd'hui d'une capacité de médiatisation sans précédent, liée au grand essor de la presse écrite et de la télévision”, souligne le philosophe - Mathias Girel. En 1925, aux Etats-Unis, le procès Scopes (du nom d'un professeur américain qui avait osé enseigner la théorie de l'évolution à ses élèves), très largement suivi à la radio, fut pionnier en la matière. Plus près de nous, on a accusé la presse de souffler sur les braises en hissant de pseudo-experts du climat, “anticonformistes” ou assimilés comme tels, au rang d'interlocuteurs crédibles. Ou comment inventer un débat qui n'existait pas dans la communauté scientifique... et faire sortir la revue Nature de sa réserve.

»En 2010, abandonnant son ton mesuré, elle publiait un éditorial cinglant intitulé “Climat de peur”: “La plupart des chercheurs n'ont aucun repère dans ce type de bataille car il ne s'agit que superficiellement de science. L'objectif réel est d'attiser le feu de la radio, du câble, de la blogosphère, lesquels se nourrissent de scoops et prennent rarement le temps de vérifier les faits et de peser l'évidence. La politesse, l'honnêteté, les faits et la relativisation ne sont pas de mise.”

»Effet boule de neige garanti. Du coup, lorsque des scientifiques contournent la case “revue à comité de lecture” et diffusent leurs conclusions avant qu'elles n'aient été validées, leurs pairs ne tardent plus à réagir, parfois très violemment.

»Mais pour que la controverse éclate bruyamment, il reste encore une condition: que le public se sente visé dans sa chair. “Le risque technologique est devenu le moteur de toutes les collusions actuelles. Au XIXe siècle, les gens se déchiraient à propos des travaux de Darwin, et se demandaient si les hommes pouvaient réellement être les cousins des grands singes... Ce type de controverse n'existe désormais quasiment plus dans la société. Qui se soucie aujourd'hui de savoir si la matière noire présente dans l'univers est une chimère ou une réalité?”, demande Stéphane Foucart. Pour être concernés, les citoyens doivent avoir le sentiment qu'un danger invisible les guette. Leurs angoisses se déploient alors sur les réseaux sociaux, obligeant la communauté scientifique à sortir du bois.


»Les réseaux sociaux, lieu de stimulation pour la recherche...

»Côté positif, Internet permet à des individus lambda d'échanger sur des sujets qui peinent à circuler sur les médias traditionnels. Sur les fameux “Facebook des malades”, des patients échangent des informations, questionnent les possibilités thérapeutiques... et peuvent même faire avancer la recherche. Inscrits sur le site Patientslikeme.com, 348 internautes atteints de sclérose latérale amyotrophique se sont ainsi mis d'accord pour se soigner avec du carbonate de lithium. Sans succès: au bout de quelques mois, aucun effet bénéfique n'a été constaté et les labos pouvaient se tourner vers d'autres pistes.


»...et de polémiques stériles

»De l'amélioration de la vie quotidienne à la quête de nouveaux traitements, les réseaux sociaux viennent donc titiller la routine médicale. Mais le Web a aussi un côté négatif: il est le lieu des polémiques stériles — “flame wars” pour les Anglo- Saxons —, souvent hérissées d'attaques ad hominem: “Quand une controverse atterrit sur Internet, autour des causes de l'autisme ou du caractère cancérogène de la viande par exemple, très vite elle dégénère et cesse d'être scientifique”, rappelle Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste. Les internautes montent au créneau sur les forums pour discuter un point litigieux sans se préoccuper des arguments qui précèdent. En outre, beaucoup interviennent sous couvert de l'anonymat, un paravent qui lève les inhibitions. “Internet est un marché au conflit d'opinions où tout un chacun prétend pouvoir avancer des idées qui ne sont pas forcément argumentées”, résume Jean-Michel Besnier.

»Faut-il prendre le risque que des profanes se mêlent de questions “sacrées”? Qu'on le veuille ou non, la recherche de la vérité prend désormais des sentiers buissonniers, elle n'est plus l'apanage d'un cercle fermé. Et on imagine mal comment faire machine arrière. Les scientifiques n'ont pas fini de composer avec la société...»





Un innovateur

2016/01/26

«Laetitia Van Eeckhout: “Le gouvernement crée un Institut de la ville durable”»




Le Monde



«La France fourbit ses armes sur la ville durable. Déjà munie d’une marque à l’international, Vivapolis, créée en 2013 pour promouvoir son savoir-faire en matière d’urbanisme, elle se dote d’un Institut de la ville durable (IVD). Lors du conseil des ministres, mercredi 23 décembre, Laurent Fabius pour les affaires étrangères, Ségolène Royal pour l’écologie, Sylvia Pinel pour le logement et Patrick Kanner pour la ville ont annoncé le lancement de cette instance destinée à structurer une politique de la ville durable et en être le levier.

»L’Institut de la ville durable ne se veut pas une énième structure étatique ou sectorielle. Il sera avant tout un réseau mettant en synergie l’ensemble des acteurs travaillant sur la ville: Etat, collectivités territoriales, entreprises, organismes de recherche et associations citoyennes. “L’Institut de la ville durable est par essence interministériel et partenarial”, explique Valérie Lasek, qui a piloté sa mission de configuration.

»Car l’urbanisme du XXI siècle appelle une approche, non plus décloisonnée par métier, mais globale de la ville, intégrant toutes ses dimensions, énergie, eau, déchets, transports, espaces verts... La conception et la gestion des projets urbains reposent nécessairement sur un travail partenarial entre les acteurs de l’ensemble des métiers du secteur et les collectivités locales.

»La première mission de l’Institut sera d’accompagner le développement de sites pilotes, donnant à voir des solutions intégrant toutes les fonctions urbaines et répondant aux défis actuels de sobriété énergétique et de cohésion urbaine et sociale. Ont ainsi été annoncés en conseil des ministres onze premiers lauréats de l’appel à projet “Démonstrateurs industriels pour la ville durable”, lancé par Sylvia Pinel et Ségolène Royal le 8 octobre.

»Parmi les projets retenus, on compte notamment la mise en place, dans le quartier de la Confluence à Lyon, d’une plate-forme numérique permettant une optimisation de toutes les ressources (énergie, eau, transport...), la rénovation d’un quartier visant l’autonomie énergétique à Mouvaux (Nord) ou encore la création d’une écocité à Marseille.

»Déjà bien engagé, ce projet dans les quartiers nord de la cité phocéenne, baptisé Smartseille, repose sur un copilotage réunissant les autorités publiques (Etat, ville de Marseille, société d’aménagement Euroméditerranée), des grands groupes (Eiffage, EDF, Orange, Lafarge), des PME et start-up innovantes, et même des associations environnementales. Un large partenariat qui a permis d’imaginer et de concevoir un ensemble d’innovations: solidarité énergétique entre les immeubles de logements et de bureaux ; dépollution du site par des champignons permettant de diminuer les terres à évacuer ; thalassothermie avec une boucle à eau de mer pour rafraîchir les espaces l’été ; parking mutualisé entre bureaux et logements...


Ce projet dans les quartiers nord de la cité phocéenne, baptisé Smartseille, repose sur un copilotage réunissant les autorités publiques, des grands groupes, des PME et start-up innovantes, et même des associations environnementales.

»“Evolution de la législation”

»Des innovations qui peuvent parfois amener à dépasser certaines barrières administratives, voire réglementaires. “Nous voulons installer dans l’écocité une ferme urbaine, mais les dispositions du plan local d’urbanisme ne le permettent pas toujours”, donne en exemple Hervé Gatineau, directeur grands projets d’Eiffage Immobilier. Même l’idée de mutualisation des parkings, qui repose sur un droit au stationnement et non plus une place attitrée, n’a pas coulé de source. Pour les bailleurs sociaux, à un logement doit être attribuée une place de parking.

»“L’idée est que l’Institut de la ville durable encadre à titre expérimental ou dérogatoire ces initiatives, et en assure le suivi et l’évaluation, pour proposer une évolution de la législation”, explique Valérie Lasek. “Avec l’IVD, l’expérimentation s’inscrira dans un cadre déterminé, c’est là tout son intérêt”, appuie Paul Colombani, directeur général adjoint d’Euroméditerranée, qui souligne l’urgence qu’il y a à faire évoluer le code des marchés publics.

»De fait, il existe encore peu, voire pas, en France, d’appels d’offres globaux de la commande publique, portant sur un bout de ville, un îlot, un quartier. “Les Suédois, les Allemands, les Danois ont déjà intégré cette logique. Pourquoi cela ne serait-il pas possible en France ?” interpelle Valérie David, directrice du développement durable d’Eiffage, groupe qui a dû se porter acquéreur du site pour que le projet partenarial Smartseille puisse être développé.

»L’ambition est de faire des sites pilotes de véritables vitrines du savoir-faire français. Vitrines que l’Institut est appelé à valoriser et promouvoir en France et à l’international. Selon une étude du ministère français de l’économie, le potentiel du marché du développement urbain est estimé à 50 milliards d’euros d’ici à 2017. Une opportunité dont la France entend se saisir.»





Administration Publique et innovation

2016/01/25

Newsletter L&I, n.º 88 (2016-01-25)




n.º 88 (2016-01-25)


Administração Pública e inovação | Administración Pública e innovación |
Administration Publique et innovation | Public Administration and innovation

Um inovador | Un innovador | Un innovateur | An innovator

Uma inovação | Una innovación | Une innovation | An innovation

A execução da inovaçao | La ejecución de la innovación | L’exécution de l’innovation |
The innovation execution



Index


Liderar Inovando (BR)

«Primeira reunião dos coordenadores da Cúpula do G20 em 2016 inaugurada
em Beijing» ( ► )
«Laércio Cosentino: “A transformação do usuário de software”» ( ► )
«João Baptista Vilhena: “Liderar para servir ou ser servido?”» ( ► )
«Game Online da Ford ganha prêmio de inovação» ( ► )

Liderar Inovando (PT)

«Capacidade de inovação» ( ► )
«Adriano Campos: “Os filantrocapitalistas vão salvar o mundo?”» ( ► )
«Ehang 184. O drone com lugar para um passageiro» ( ► )
«Coral Luísa Todi elege hoje órgãos sociais para o próximo triénio» ( ► )

Liderar Innovando (ES)

«El gobernador Domingo Peppo apoyó el desarrollo de un “drone” para fumigaciones en campos» ( ► )
«Francesco Paolo Fulci: “Michelle Ferrero dejó como legado cientos de productos para desarrollar”» ( ► )
«José Rivera Mejía (Instituto Tecnológico de Chihuahua): “La llave que falta es el impulso a la educación e innovación”» ( ► )
«El parón político frena el avance de la economía colaborativa» ( ► )

Mener avec Innovation (FR)

«Thibaut de Jaegher: “L'ordre et le déviant”» ( ► )
«TimeOne, le nouveau géant français des marketing services» ( ► )
«Pourquoi le Mirage 2000 garde toute sa place dans l'armée de l'air» ( ► )
«Une nouvelle thérapie pour vaincre la leucémie myéloïde chronique» ( ► )

Leadership and Innovation (EN)

«Mehlville moves to open innovative project-based elementary school» ( ► )
«Department of the Australian Prime Minister and Cabinet (PM&C):Turnbull announces Heather Smith will lead communications department» ( ► )
«Banks face recruitment challenges as fintech startups snag talent» ( ► )
«Top city universities falling behind on indigenous enrolment» ( ► )

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2016/01/22

«Une nouvelle thérapie pour vaincre la leucémie myéloïde chronique»




Richard Werly. Techno-Science.net. Posté par Isabelle.



«Une nouvelle thérapie ciblant les cellules souches à l'origine de la leucémie myéloïde chronique (LMC) a été mise au point par des chercheurs de l'institut des Maladies Emergentes et des Thérapies Innovantes (iMETI-CEA/Université Paris-Sud) de Fontenay-aux- Roses, en collaboration avec le service d'Hématologie et d'Oncologie de l'hôpital Mignot de Versailles. Les premiers patients traités ne présentent plus de maladie détectable plus de 5 ans après l'arrêt de ce nouveau traitement, qui représente aujourd'hui un solide espoir de guérison définitive pour les personnes atteintes de cette maladie.

»La leucémie myéloïde chronique (LMC) est un cancer du sang qui atteint environ 600 nouvelles personnes par an en France. Ce cancer représente 15 à 20 % de tous les cas de leucémies. Il affecte les cellules souches du sang qui constituent les cellules de base, ou cellules "mères" de la moelle osseuse. Ce sont ces dernières qui donnent naissance aux multiples cellules qui constituent notre sang.

»Pour la première fois, des chercheurs de l'institut des Maladies Emergentes et des Thérapies Innovantes (iMETI-CEA/Université Paris-Sud) à Fontenay-aux-Roses, en collaboration avec le service d'Hématologie et d'Oncologie de l'hôpital Mignot de Versailles, ont mis au point une nouvelle thérapie contre la leucémie myéloïde chronique (LMC). Le traitement standard actuel de la LMC utilise la molécule "imatinib", performante pour éliminer la masse tumorale mais qui n'a que peu d'effet sur les cellules souches leucémiques (CSL).

»Or ces dernières sont à l'origine de la maladie et des rechutes. Aussi, la LMC ne se résorbet- elle jamais vraiment, obligeant le patient à suivre ce traitement à vie. Le Dr. Stéphane Prost au sein du laboratoire dirigé par le Pr. Philippe Leboulch, directeur de l'institut iMETI, a découvert de manière inédite comment cibler spécifiquement les cellules souches leucémiques (CSL).

»S. Prost a ensuite approfondi les bases moléculaires de cette découverte avec P. Leboulch et son collaborateur S. Chrétien tout en développant un essai clinique chez des patients atteints de LMC en collaboration avec le Pr. Philippe Rousselot, chef du service d'Hématologie et d'Oncologie de l'Hôpital Mignot de Versailles et Professeur d'université, et praticien hospitalier, à l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines dans le laboratoire Biomarqueurs en cancérologie et onco-hématologie (BCOH, équipe d'accueil 4340).

»Cette étude de preuve de concept nommée "ACTIM" a été coordonnée par le Pr Philippe Rousselot et a été soutenue par la Délégation à la Recherche Clinique et à l'Innovation de l'hôpital de Versailles.


»Comment les chercheurs ont-ils procédé?

»Les chercheurs de l'iMETI se sont inspirés d'une de leurs études sur le VIH publiée en 2008. A l'époque, les scientifiques recherchent pourquoi les personnes séropositives présentent une fréquence élevée d'anémies, atteignant 75 à 90 % au stade "sida déclaré". Le VIH, qui détruit les lymphocytes, affecterait-il aussi la production de globules rouges? Peut-être agit-il en amont, en ciblant les cellules souches hématopoïétiques (CSH) qui sont celles qui génèrent en continu par différenciation toutes les nouvelles cellules sanguines matures (globules rouges, lymphocytes...).

»Les chercheurs du CEA ont en effet découvert qu'une protéine spécifique du VIH activait le récepteur PPAR? au sein des CSH, entrainant alors la baisse d'expression de la protéine STAT5 qui est essentielle à la viabilité des CSH. De plus, ils ont trouvé que cette action pouvait être mimée par un simple médicament nouvellement utilisé pour traiter le diabète de type II, la pioglitazone.


Après des premiers résultats encourageants, un essai clinique de phase 2 a pu être lancé, et 24 patients en maladie résiduelle de la LMC ont pris un traitement combiné (imatinib + pioglitazone) pendant 12 mois.

»Au cours de cette étude, il est apparu que certaines lignées cellulaires leucémiques, et en particulier celles dérivant de patients atteints de LMC, étaient particulièrement sensibles à des doses, même très faibles, de pioglitazone.

»"Forts de ces connaissances, nous avons donc posé la question de savoir si la pioglitazone et les molécules apparentées pourraient éliminer les CSL de la LMC à des doses qui seraient très peu toxiques sur les CSH normales", explique S. Prost. Après des études cellulaires précliniques confirmant cette hypothèse, le fait que la pioglitazone bénéficiait d'une autorisation de mise sur le marché dans le cadre du traitement du diabète de type II a alors permis aux chercheurs de tester la thérapie directement sur l'Homme, soit chez des patients diabétiques atteints de LMC avec maladie résiduelle stable malgré le traitement classique par "imatinib". Cette approche s'est avérée essentielle car les modèles animaux de CSL de la LMC n'existent pas.

»Après des premiers résultats encourageants, un essai clinique de phase 2 a pu être lancé, et 24 patients en maladie résiduelle de la LMC ont pris un traitement combiné (imatinib + pioglitazone) pendant 12 mois. A l'issue de l'essai, 57 % des patients sont en rémission complète avec le traitement combiné, contre seulement 27 % pour le groupe traité par "imatinib" seul.

»De plus, les 3 premiers patients traités pour lesquels le recul dans le temps est important demeurent tous sans CML résiduelle détectable près de 5 ans après l'arrêt de la pioglitazone. "La possibilité de cibler les cellules souches responsables de la rechute doit permettre d'espérer à terme une guérison des patients qui se traduira par un arrêt définitif de tout traitement", indique le Pr Rousselot. Une efficacité avérée qui représente un solide espoir de guérison définitive pour les malades.

»Actuellement, cette stratégie est évaluée par l'équipe de scientifiques sur d'autres pathologies cancéreuses récidivantes.

»Ces résultats sont publiés dans la revue Nature, le 02 septembre 2015.

»Note:

»*Soutiens: iMETI, Association Laurette Fugain, Fondation ARC, appel à projet "Soutien à la Recherche Thérapeutique Innovante en Cancérologie.»





L’exécution de l’innovation

2016/01/21

«Pourquoi le Mirage 2000 garde toute sa place dans l'armée de l'air»




Michel Cabirol (@MCABIROL). La Tribune



«C'est un sujet qui aurait pu fâcher. Le ministère de la Défense a d'ailleurs réduit la pression en annonçant le lancement du programme de rénovation des Mirage 2000D. Pour autant, le dossier n'est pas encore tout à fait tranché, notamment sur le périmètre de la rénovation. C'est l'un des sujets prioritaires de l'état-major des armées (EMA) et plus précisément de l'armée de l'air. C'était d'ailleurs un des projets qui tenait "à coeur" l'ancien chef d'état-major de l'armée de l'air, le général Denis Mercier, comme il l'avait expliqué aux députés en mai dernier.

»Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a pris en compte cette demande de l'armée de l'air. Il lance la réalisation de la rénovation à mi-vie du Mirage 2000D dès la fin 2015 pour de premières livraisons en 2019 (6 appareils?). En outre, le projet de loi du budget de la mission défense prévoit l'industrialisation du programme de rénovation du Mirage 2000D. Il "permettra de mettre en cohérence le potentiel de ces avions avec leur date de retrait de service prévue à l'horizon 2030, et selon le principe de différenciation, de préserver le potentiel opérationnel des Rafale", explique le ministère. A coût d'exploitation sensiblement inférieur, le Mirage 2000D rénové pourra remplir des missions pour lesquelles l'ensemble des capacités du Rafale ne sont pas requises.


»Quelles rénovations?

»Quel périmètre de rénovation? Ce dossier fait partie des sujets qui pourraient fâcher. L'armée de l'air ne veut pas d'une rénovation a minima tandis que la direction générale de l'armement et Dassault Aviation y seraient plutôt favorables. Ce que l'on sait aujourd'hui c'est que le rénovation à mi-vie des Mirage 2000D traitera, selon le ministère de la Défense, des obsolescences techniques et confèrera au Mirage 2000D la capacité de tir canon air-sol et la possibilité d'emporter des missiles air-air d'autoprotection Mica infrarouge. La simulation sera également mise à niveau.

»A l'horizon 2025, les forces aériennes disposeront, pour tenir leur contrat opérationnel, d'un parc de 225 avions de chasse fixé par le format du livre blanc de de la défense comprenant des Rafale (air et marine), des Mirage 2000D rénovés et des M2000-5 prolongés. Fin 2019, la France devrait disposer d'un parc de 247 avions de combat, contre 320 appareils, dont 110 Rafale (35 marine), 160 Mirage 2000 de tout type, 25 Mirage F1 et 25 Super- Etendard Marine (SEM) fin 2013.


A l'horizon 2025, les forces aériennes disposeront, pour tenir leur contrat opérationnel, d'un parc de 225 avions de chasse fixé par le format du livre blanc de de la défense comprenant des Rafale (air et marine), des Mirage 2000D rénovés et des M2000-5 prolongés.

»Pourquoi cette rénovation est importante?

»"La rénovation des Mirage 2000D est cruciale pour continuer à garantir le respect des contrats opérationnels, alors que les spécialistes Rafale seront très sollicités par ailleurs", avait expliqué le 15 avril dernier à l'Assemblée nationale le général Denis Mercier. Et de marteler "ma cible, pour tenir dans la durée, est bien de 55 Mirage 2000D modernisés". D'une façon générale, la prolongation de Mirage 2000 supplémentaires (2000-5) permettra de faire face aux nouvelles sollicitations opérationnelles et aux perspectives d'export du Rafale. C'est pourquoi l'armée de l'air étudie l'utilisation optimale des flottes en cours de retrait pour respecter les objectifs des contrats opérationnels.

»D'ailleurs l'armée de l'air "bricole" un peu dans un contexte opérationnel chargé. "Nous mettons en place des solutions palliatives, a expliqué le Général Mercier. Nous nous efforçons notamment de répartir la charge sur la totalité de l'armée de l'air pour tenir dans la durée. Par exemple, nous étudions l'utilisation de Mirage 2000C et 2000N en OPEX (opération extérieure, ndlr) afin d'alléger la charge des escadrons de Mirage 2000D. Nous ferons ainsi voler des patrouilles composées de Mirage 2000D - qui disposent d'un pod permettant de guider les bombes - et de Mirage 2000C ou 2000N - qui ne peuvent pas emporter de pod, mais peuvent larguer des bombes".

»En outre, le 26 mai à nouveau auditionné par la commission de la défense de l'Assemblée nationale, le général Mercier soulignait que pour le Mirage 2000D, "il n'y a plus vraiment de polyvalence: la modernisation est un traitement d'obsolescences, en plus de l'ajout d'un canon et de missiles Mica. De même, la mise au même standard de tous les avions est absolument essentielle.

»Moins de 30% de mes Mirage 2000D sont aujourd'hui capables de faire toutes les missions opérationnelles, car les autres n'ont pas tous les câblages nécessaires pour emporter tous les équipements nécessaires aux missions opérationnelles. Quand ces avions, engagés en Afrique et en Irak, rentrent en France, nous les utilisons pour redonner du potentiel aux autres. C'est une sur-maintenance difficile à imaginer".»





Une innovation

2016/01/20

«TimeOne, le nouveau géant français des marketing services»




Viuz



«Public-Idées et Place des Leads / Khing, spécialistes du marketing à la performance et du mobile, annoncent leur rapprochement et la création d’un nouveau groupe: TimeOne. Nouveau géant français du marketing en ligne, TimeOne se positionne sur le contenu, la data et une nouvelle forme de marketing dit prescriptif, laissant une place importante à l’innovation et à la recherche scientifique.

»Les équipes fondatrices restent majoritaires au capital du groupe accompagnées par Ardian, leader mondial de l’investissement avec 50 milliards de dollars sous gestion.

»Dès janvier, TimeOne se renforcera sur le contenu via l’intégration de VariousAD, société spécialisée dans l’édition de sites à forte valeur ajoutée. D’autres rapprochements suivront dans les prochaines semaines.

»Retour sur ce nouveau groupe français innovant, qui crée de la valeur en imbriquant contenus, données et technologies.


»Rapprochement et acquisition

»Cette opération, motivée par la complémentarité des activités des deux entreprises, permet de former un groupe français avec un chiffre d’affaires consolidé de près de 50 millions d’euros.

»Ce nouveau groupe marque l’évolution d’une vision métier à une vision pluridisciplinaire. En associant leurs différentes compétences, TimeOne couvre un scope très large dans le marketing en ligne avec une couverture déployée sur mobile, programmatique, native, place de marché et performance.

»TimeOne acquiert également VariousAD, société créée en 2008 et spécialisée dans l’édition de sites à forte valeur ajoutée. Julien Vottero, son dirigeant, rejoint la direction de TimeOne en tant que Chief Content Officer et sera en charge de TimeOne – Publishing.

»TimeOne – Publishing, la Business Unit édition du Groupe, se renforce et intègre des sites étant positionnés dans les dernières “touchs” avant la conversion. Grâce à une offre spécialisée, le Groupe se veut référent sectoriel sur des secteurs tels que l’automobile, l’assurance et la finance.


»Six Métiers, une vision

»Les approches des cinq autres métiers mettent ainsi à disposition un éventail complet de solutions pour les clients, à savoir:

»- TimeOne – Native qui produit du contenu pour les marques tout en les scénarisant selon une logique conversationnelle. Via une approche Content Discovery, TimeOne valorise un modèle de communication plus respectueux où l’internaute devient acteur de sa relation avec la marque.

»- TimeOne – Performance, au carrefour de la data, entre éditeurs et annonceurs. Le Groupe propose ainsi des prestations inédites en acquisition, génération de chiffre d’affaires, réactivation de dormants et engagement de l’internaute.

»- TimeOne – Market Place, agrège, analyse, vérifie et score des profils mis à disposition sur une Place de Marché.

»- TimeOne – Programmatic, le guichet programmatique du Groupe a la capacité d’opérer le média et de donner accès à une audience qualifiée sur différents canaux (Display, Vidéo, Social, etc.). C’est la raison pour laquelle le programmatique est incorporé de manière transverse dans les différents métiers de TimeOne.

»- TimeOne – Mobile, le spécialiste mobile qui agrège programmatique et performance afin de couvrir l’intégralité du tunnel de conversion mobile.


Le guichet programmatique du Groupe a la capacité d’opérer le média et de donner accès à une audience qualifiée sur différents canaux (Display, Vidéo, Social, etc.). C’est la raison pour laquelle le programmatique est incorporé de manière transverse dans les différents métiers de TimeOne.

»Programmatique, approche scientifique et technologies permettent au Groupe de donner à l’ensemble de ses dispositifs sur mesure une dimension industrielle. Sylvain Gross, co-chairman de TimeOne, explique “nous créons avec TimeOne une entité forte offrant aux clients une vision renouvelée du marketing en ligne. Nous nous inscrivons dans la construction d’un groupe majeur positionné sur contenu, data et marketing prescriptif.”


»La science au service du marketing

»Au travers d’un socle technologique (Data Management Platform) commun aux différents métiers du Groupe, TimeOne a pour objectif de rendre exploitable des données brutes par les différentes Business Units du Groupe. Cette DMP, nommée “T1”, collecte et traite de grandes masses d’informations en transversal. Cette dernière est alimentée de nombreuses sources de données qualitatives, récentes et exclusives.

»Datas Scientists et Mathématiciens appliquent à T1 des couches de Marketing Automation et de Marketing Prescriptif. Cette combinaison de traitement permet, notamment, de qualifier l’internaute afin de prendre des décisions “business”. Les données sont ainsi traitées, clustérisées et accessibles pour être le socle de la stratégie média.

»TimeOne met au centre de sa stratégie l’innovation et développe une activité importante de Recherche et Développement. En partenariat avec des laboratoires de recherche et des grandes écoles, comme Centrale Paris, un comité scientifique pilote l’équipe dédiée du Groupe.

»En additionnant expertises de création de contenus, de machine learning, de marketing prescriptif, de performance et d’activation en temps réel, TimeOne donne au média une nouvelle valeur ajoutée et crée un nouvel écosystème de Marketing Services.

»Ralph Ruimy, co-chairman de TimeOne, déclare “notre approche, centrée sur la donnée, va redéfinir l’interaction entre les annonceurs et les internautes. Nous croyons à une démarche de marketing conversationnel capable de définir un nouvel échange avec le consommateur.”»





Un innovateur

2016/01/19

«Thibaut de Jaegher: “L'ordre et le déviant”»




L’Usine Nouvelle



«“L’innovation! L’innovation! L’innovation! Il ne suffit pas de sauter comme un cabri sur sa chaise pour que ce concept prenne vie!”. Si Charles de Gaulle était encore de ce monde, nul doute qu’il nous servirait cette saillie (faite à l’origine sur l’Europe) pour fustiger les "parleurs" de l’innovation. Pas une chronique (à commencer par cet édito), pas une présentation d’entreprise qui ne fasse l’impasse sur cette notion. Elle est même devenue une authentique "tarte à la crème".

»La moindre nouveauté est qualifiée d’innovante. La moindre évolution d’un produit également. C’est un peu comme si ce mot suffisait à parer l’objet ou le service concerné de vertus magiques. Le croire serait évidemment une vue de l’esprit. Mais cette place qu’occupe l’innovation au sein de notre société pose question. À mesure qu’elle s’impose comme un mantra incontournable, elle se vide finalement de sa substance.

»Mais alors de quoi l’innovation est-elle le nom? Est-ce une valeur? Un état d’esprit? Est-ce forcément une rupture technologique? Est-ce une invention ou un changement d’usage? Est-ce une discipline ou un mouvement spontané?

»Le questionnaire de Proust de l’innovation, que publie notre confrère “Industrie & Technologies” chaque week-end sur son site, nous apporte quelques clés.

»Mouvement, croissance, créativité, imagination, observation, démarche artistique, progrès, prospérité, différence, diversité, compétitivité, pragmatisme, produit, amélioration industrielle, adaptation, expérience… Voilà les mots que les personnalités qui répondent à ce questionnaire associent spontanément à l’innovation.


Le “déviant” d’aujourd’hui, c’est clairement la start-up car elle menace l’ordre établi.

»De cet inventaire à la Prévert, quatre idées émergent:

»1. L’innovation est un élan: elle met en mouvement, change la donne.

»2. L’innovation est palpable: elle se mesure, se voit, se sent.

»3. L’innovation est une performance, au sens artistique, car c’est forcément une première.

»4. L’innovation est un progrès: social, environnemental, technologique...


»Un dernier mot sur l’innovation. Quand on lit les travaux de Benoît Godin, auteur d’une “Histoire intellectuelle de l’innovation”, on découvre que le roi Édouard VI d’Angleterre a interdit, en 1548, l’innovation, alors perçue “comme l’introduction d’un changement dans l’ordre établi”. Donc déviante. Une définition qui fait étrangement écho à la guerre que se sont livrée Uber et les taxis.

»Le “déviant” d’aujourd’hui, c’est clairement la start-up car elle menace l’ordre établi. À vous de deviner qui joue le rôle d’Édouard VI...»





Administration Publique et innovation

2016/01/18

Newsletter L&I, n.º 86-87 (2016-01-18)




n.º 86-87 (2016-01-18)


Administração Pública e inovação | Administración Pública e innovación |
Administration Publique et innovation | Public Administration and innovation

Um inovador | Un innovador | Un innovateur | An innovator

Uma inovação | Una innovación | Une innovation | An innovation

A execução da inovaçao | La ejecución de la innovación | L’exécution de l’innovation |
The innovation execution



Index


Liderar Inovando (BR)

«Sergio Luiz Gargioni: “Nova lei vai acelerar a inovação e a pesquisa
no Brasil”» ( ► )
«A Próxima Grande Revolução Não Será Tecnológica...» ( ► )
«A tecnologia que vai mudar a sua vida em 2016» ( ► )
«Inovação em serviços» ( ► )

Liderar Inovando (PT)

«China elaborará mais esquemas de reforma financeira regional» ( ► )
«Bosch Portugal recebe Prémio Produto-Inovação COTEC-NORS» ( ► )
«Inovação farmacêutica e a oportunidade de saber gerir» ( ► )
«Repovoamento do peixe carapau» ( ► )

Liderar Innovando (ES)

«Luis Sanz Menéndez: “La Agencia Estatal de Investigación: ¿Son galgos o podencos?”» ( ► )
«Cellex, el secreto mejor guardado de la ciencia catalana» ( ► )
«Apps para pacientes y plataformas, entre las apuestas de Murcia
por la e-Health» ( ► )
«Las instituciones vascas invertirán 446 millones de euros en actividades de I+D+i en 2016» ( ► )

Mener avec Innovation (FR)

«Web-radio, robot: les profs innovent et le montrent à Paris» ( ► )
«Trois manières de piloter l’innovation» ( ► )
«Pour entreprendre à l'étranger, la Silicon Valley reste le Graal
pour le high-tech» ( ► )
«Séverine Leboucher: “Entrepreneuriat social: sept façons de trouver
des financements”» ( ► )

Leadership and Innovation (EN)

«Driving Innovation through Diversity & Inclusion – Panel Discussion» ( ► )
«One venture capitalist's predictions for 2016» ( ► )
«Five key trends driving 2016 technology for older adults» ( ► )
«CES 2016: Expect smart homes, smart cars and a Volkswagen
electric vehicle» ( ► )

Licencia Creative Commons Licencia Creative Commons
Atribución-NoComercial 4.0 Internacional








2016/01/15

«Web-radio, robot: les profs innovent et le montrent à Paris»




Richard Werly. Le Nouvel Observateur



«Un robot programmé par des décrocheurs pour aider des personnes âgées, une web-radio en espagnol réalisée par des élèves handicapés: 80 projets étaient dévoilés vendredi et samedi au Forum des enseignants innovants à Paris.

»C’est la 8e édition de cette manifestation, initiée par le site spécialisé le Café pédagogique en partenariat avec une quinzaine d’associations disciplinaires. Ici, pas de thème directeur mais “un mélange, du primaire et du secondaire, différentes disciplines, du numérique et du pas numérique”, souligne François Jarraud, rédacteur en chef du Café pédagogique.

»Une dizaine de prix sont remis, pour partie décernés par les enseignants de terrain, pour partie par un jury. Mais pour les enseignants “le vrai prix, c’est d’être invité”, c’est-à-dire sélectionné parmi plus de 230 dossiers. Il s’agit d’avoir “des gens qui leur disent: +c’est bien ce que vous faites+, ce qui ne va pas de soi dans leur quotidien”.

»Laura Navarro, professeur d’espagnol, peut témoigner de la difficulté d’être prise au sérieux. Pour sa troisième année d’enseignement, elle a été affectée au EREA (Etablissement régional d’enseignement adapté) Jean Isoard à Montgeron (Essonne), avec des élèves dyslexiques, dyspraxiques ou dysphasiques. Pour que “chacun trouve sa place”, elle a décidé de lancer une web-radio en espagnol, démarrant avec “un micro acheté deux euros dans une brocante” et s’autoformant.

» “On s’est moqué de moi parce que j’étais nouvelle, parce que webradio, ça fait un peu exotique, surtout avec des élèves en difficulté”, explique l’enseignante. Finalement, “on a gagné un concours, et la directrice a acheté pour 5.000 euros de matériel”.

»“Estime de soi”

»Ses cours d’espagnol “servent à réaliser une émission” où les élèves “prennent tout en charge”: certains écrivent, parlent, filment, gèrent la table de montage... “Ils ont des capacités à l’oral, mais énormément de difficulté à l’écrit. Je voulais que leur production soit valorisée, diffusée, qu’ils gagnent en estime de soi”.

»Le Forum des enseignants innovants “permet de voir ce que les collègues font et d’avoir espoir en l’école de demain”, dit-elle.

Le Forum des enseignants innovants “permet de voir ce que les collègues font et d’avoir espoir en l’école de demain”.

»Monique Argoualc’h, elle, n’a rien d’une débutante: elle prend sa retraite à la fin de l’année. “Quand on fait différemment, sur son terrain, ce n’est pas facile tous les jours. On doit souvent justifier ce qu’on fait et pas l’expliquer”, indique cette enseignante qui a participé à presque toutes les éditions du Forum.

»Cette fois, elle est venue présenter “Nao et Louise”, du nom du fameux petit robot humanoïde programmable. Avec ses élèves décrocheurs, scolarisés pour partie avec elle en “classe relais”, ils ont programmé le robot pour aider les personnes âgées à garder le contact avec leurs proches. Une mamie peut ainsi demander à Nao de se “mettre en mode relationnel”. Le robot lui demande de lui montrer une photo, qu’il identifiera avec un code-barres. Faut-il lui envoyer un mail? “Si c’est oui, touchez-moi la tête, si c’est non, touchez-moi la main”, répond le robot, qui proposera plusieurs types de courriers écrits par les élèves.

»Un prof innovant “déplace des choses”, mais il “se heurte à des obstacles”, martèle François Jarraud, qui cite le cas d’une enseignante d’une autre édition autorisée à participer... si elle taisait le nom de son lycée. Si le discours officiel de l’institution loue l’innovation pédagogique, “on n’est pas dans une structure qui encourage, mais dans une structure extrêmement hiérarchisée”. Le ministère cherche à “piloter” l’innovation, or l’innovation “a besoin de liberté”, plaide M. Jarraud.»





L’exécution de l’innovation

2016/01/14

«Trois manières de piloter l’innovation»




Michaël Haddad. ParisTech Review



«Il y a autant de définitions de l’innovation que d’articles sur le sujet. Néanmoins, tout le monde s’accorde pour dire que pour être innovant, un produit ou un service doit être nouveau dans un segment de marché ou sur un territoire donné et qu’il doit proposer une valeur perceptible pour ses usagers, que cette valeur soit monétaire ou non. On distingue souvent différentes intensités: innovation incrémentale, de rupture, fulgurante. On peut aussi adopter le point de vue du manager qui se demandera en quoi consiste la dynamique de l’innovation: est-elle poussée par le progrès technologique ou tirée par les usages?

»Partir de la technologie?

»Progrès technologique et innovation ont longtemps été intimement associés. Une innovation pouvait par exemple surgir de l’arrivée d’une nouvelle technologie, ou de la rencontre entre deux ou trois technologies. Le déploiement des autoroutes de l’information doit ainsi son origine à deux inventions stratégiques, la fibre optique et le laser, dont le principe scientifique était connu mais qui nécessitaient d’être couplées et améliorées pour produire une innovation: transporter un signal avec le moins de pertes et de distorsions possibles sur une longue distance.

»Piloter l’innovation en s’appuyant sur le développement technologique est donc une approche raisonnable, qui se révèle souvent efficace. Ainsi, dans l’industrie pharmaceutique où le marché est assez bien connu (nombre de malades, prix, conditions de remboursement...) tout un processus de développement technologique en partie externalisé vers les laboratoires publics et les startups est en place et parfaitement jalonné par des phases critiques (essais in vitro, essais cliniques...).

»L’innovation est ici organisée autour de la R&D et animée par des équipes de chercheurs et d’ingénieurs. Cela n’exclut pas des changements de direction imprévus. Mais quand bien même la cible thérapeutique viendrait à changer, un effet non connu devenant plus intéressant que l’effet principal, comme dans le cas du Viagra développé initialement par Pfizer pour traiter les angines de poitrine, le pilotage du projet par la technologie reste valable.

»C’est le cas dans de nombreux secteurs, notamment ceux qui ont besoin de plusieurs années, parfois plusieurs décennies pour développer un produit. Le plus emblématique est bien sûr le spatial, dont les méthodes se sont diffusées dans d’autres industries. À la suite de l’aéronautique, de nombreuses entreprises industrielles ont ainsi adopté l’échelle TRL (Technology Readiness Level) imaginée par la NASA pour piloter ses projets. Dans un monde d’ingénieurs, l’énorme avantage réside dans la lisibilité et la simplicité du management qui ne laisse que peu de place à l’incertitude, avec des jalons GO/NO GO clairs avant les investissements et des livrables bien identifiés.

»Par ailleurs, un projet d’innovation technologique débouche souvent sur des inventions que l’on peut protéger par des brevets. Ceux-ci permettent de mettre en place des barrières sur le marché face à des nouveaux entrants éventuels qui ne peuvent copier l’innovation. La firme qui en est l’auteur a ainsi le temps d’amortir son effort de R&D et de se constituer une position solide sur le marché.

»On comprend dans ces conditions que l’innovation soit aussi souvent associée au progrès technologique. Il est amusant de remarquer par exemple que dans le jeu Civilization de Sid Meier, qui tente de simuler l’évolution d’un peuple de l’Antiquité jusqu’au monde moderne, innover revient souvent à embaucher plus de chercheurs ou à augmenter le budget R&D. Dans la vraie vie, on pourra aussi constater que le ratio budget de R&D / chiffre d’affaires est souvent le critère retenu pour qualifier le caractère plus ou moins innovant d’une firme. C’est ainsi l’un des objectifs identifiés par l’Union Européenne dans son traité de Lisbonne qui cherche à promouvoir l’innovation, ou par l’Etat français dans sa définition de la Jeune Entreprise Innovante (JEI).

»Outre la simplicité du calcul permis par ce raccourci, la question du pilotage de l’innovation se trouve elle aussi simplifiée, en privilégiant une approche d’ingénieur. Une telle approche est sans doute la meilleure dans une économie planifiée, tirée par la commande publique et faiblement concurrentielle, comme c’était encore le cas comme dans les années 1960, 1970, 1980. Aux Etats-Unis et en URSS, c’est l’époque de la conquête spatiale et l’essor de l’énergie nucléaire. En France, c’est l’époque des grands plans: TGV, Concorde, A320, Minitel... Autant de succès, qui marquent un âge d’or des ingénieurs. Le livre The Innovators, de Walter Isaacson, rappelle par ailleurs l’importance des technologies développées dans de grandes structures, à commencer par la NASA, dans la vague d’innovation qui a conduit à Internet et à la révolution numérique. Mais les décennies suivantes ont fait apparaître les limites d’une approche “ingénieuse” de l’innovation. Non seulement parce que les secteurs les plus innovants étaient animés, comme nous allons le voir, par d’autres logiques, mais parce que le progrès technologique ne se convertit pas toujours en innovation. Nous voyons ainsi tous les dix ans arriver une nouvelle “super technologie carbone”: le fullerène (footballène) dans les années 90, les nanotubes de carbone en 2000, qui ne débouchent finalement sur rien. Aujourd’hui, c’est le graphène... dont les applications restent à prouver. Les nano-carbones ne sont pas nécessairement une voie sans issue mais faute d’une application rentable clairement identifiée, ils ne trouveront pas leur voie.

»Le laser, aujourd’hui incontournable, a lui aussi longtemps cherché une application, et il a fallu tuer ou laisser mourir de nombreux projets de “lasers à couper le beurre” avant de trouver le problème pour lequel le laser apportait une solution compétitive. L’échelle TRL fut imaginée par la NASA pour le pilotage technique de projets d’envergure, sans enjeux de marché. Mais le “technology push” est tout simplement insuffisant aujourd’hui pour garantir le succès d’une innovation.

»Partir des usages?

»La tentation est alors forte de prendre le problème par l’autre bout et de s’assurer d’abord qu’il y aura des clients avant de concevoir un nouveau produit ou service, sans présumer de la technologie utilisée. On entre dans le domaine du marketing: si je demande à mon client ce qu’il veut, que je le conçois, que j’estime un prix juste, que je sais en faire la promotion et le distribuer, alors le succès sera au rendez-vous.

»C’est évidemment une méthode qui a porté ses fruits. Elle a ses limites: bien souvent, en négligeant le rôle du créatif et en le délégant au client, elle produit surtout des innovations incrémentales. En effet, l’utilisateur “lambda” demandera facilement un produit plus beau, plus léger, plus économe ou un service plus rapide, à domicile... Mais sans connaissances des contraintes réglementaires ou industrielles, la boîte à idées des clients est souvent pleine de projets infaisables. Ou, à l’inverse, ne pouvant connaître les technologies émergentes, ils ne peuvent proposer la rupture. Le cas de l’iPhone est emblématique de ce biais. À une époque où personne n’imaginait un téléphone sans touches physiques calqué sur les modèles des leaders mondiaux comme Nokia ou Blackberry, la démocratisation de l’usage d’un écran tactile supprimant le clavier pour offrir un écran beaucoup plus grand, une expérience multimédia enrichie, ne pouvait provenir que de designers et d’ingénieurs cherchant à concevoir un produit décalé. L’innovation de rupture est une affaire de “professionnels”.

»Il existe cependant d’autres problématiques, moins fondamentales, liées à notre quotidien ou à une pratique particulière, à un moment de notre vie, qui cherchent aussi des solutions et sont autant de sources d’inspiration pour l’innovation. Il s’agit de servir le sommet de la pyramide de Maslow (qui représente la hiérarchie des besoins humains). Prenons un exemple. En 2001, Nick Woodman, un jeune Californien au chômage, souhaite se mettre en scène dans le cadre de sa passion: le surf. Il décide alors de réaliser luimême une caméra antichoc et étanche qu’il se fixera autour de la tête ou du corps avec des sangles. En 2005 est créée Woodman Labs, qui deviendra GoPro. Dix ans plus tard, elle réalise près d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires. Cette aventure est un cas typique d’innovation par l’usage, qui naît au plus proche du besoin, dans un écosystème favorable, la Californie, sur un marché de niche. Vraisemblablement ni la technologie, ni le business model, ni même la présence de barrières à l’entrée ne semblent avoir été à l’origine du phénomène “GoPro”. C’est la conjonction d’un produit bien conçu, répondant à un usage bien précis, une stratégie de type “guerilla marketing” associant des utilisateurs (sportifs extrêmes) leaders d’opinions qui a créé le phénomène et démocratisé l’usage.

»La volonté de modifier un usage peut aussi jouer le rôle de déclencheur. C’est le cas du “vapotage” et de la cigarette électronique qui, pour certains médecins et de nombreux vapoteurs, représente un moyen efficace de sevrage tabagique. L’usage d’un produit toxique laisse la place à un produit jugé moins nocif pour la santé et l’environnement du fumeur.

»Les living labs ou laboratoires d’usage, l’innovation participative avec ses clients comme peut la pratiquer la marque Lego ou encore l’utilisation des réseaux sociaux sont autant de nouveaux outils, souvent numériques, pour évaluer une idée. La société Corning fit sensation avec sa vidéo “A day made of glass”, vue par plus de 25 millions de personnes sur Youtube et réalisée pour tester auprès du grand public l’intérêt d’innovations non encore abouties autour du verre.

»Le rôle de designer et la créativité, la capacité d’une organisation à proposer des produits ou services personnalisés, à cibler des marchés de niche (selon le modèle “long tail” popularisé par Chris Anderson) sont autant de facteurs clés de succès dans l’innovation par l’usage, dans laquelle la technologie passe au second plan.

»La révolution numérique est une excellente illustration de cette logique. Comme le notait Henri Verdier dans une interview à ParisTech Review, “les technologies du numérique datent des années 1950, avec l’informatique et les télécoms, et la première version d’Internet apparaît en 1971. Nous voyons bien que la vraie révolution a eu lieu bien plus tard: elle touche aux interfaces, à l’ergonomie, elle se joue dans l’accès du grand public à ces technologies. Prenez Apple ou Facebook, qui ont changé le monde: les innovateurs qui sont au coeur de ces aventures ne travaillent pas sur la technologie en tant que telle. Ce sont des visionnaires, capables d’imaginer et de mettre en oeuvre de nouveaux usages, de nouvelles formes d’échange.”

»Cette vision d’une innovation mue par les usages est aujourd’hui centrale. L’Europe même repense ses politiques et commence à faire la promotion d’un modèle en quadruple hélice: à côté de l’entreprise, du monde académique, des pouvoirs publics apparaît l’individu...

»Partir des enjeux sociétaux?

»Existe-t-il d’autres leviers? Pour aller plus loin en matière de prospective, on va regarder au-delà des usages individuels afin de servir une grande cause. En effet, pourquoi ne pas voir grand et essayer de servir le monde entier en cherchant à résoudre les enjeux majeurs que l’humanité doit ou devra affronter?

»On trouve des enjeux sociétaux qui touchent tous les secteurs et acteurs économiques. Certains répondent à des besoins primaires mondiaux comme l’épuisement des ressources lié à l’augmentation de la population, le réchauffement climatique et la nécessité de produire une énergie décarbonée, la production de protéines pour nourrir la planète. D’autres enjeux sociétaux ciblent les pays riches où la demande est solvable comme la silver économy ou la personnalisation (estime de soi, reconnaissance sociale). L’identification de ces enjeux inscrit le porteur de l’innovation dans le long terme et séduit les investisseurs qui y voient un marché de masse, mondial. C’est aussi très souvent “politiquement correct” et source de consensus notamment lorsqu’il s’agit de mobiliser des soutiens publics. Néanmoins, l’histoire est pavée d’échecs retentissants. On citera par exemple, le dégroupage de la boucle locale téléphonique en Europe et la bulle internet dans les années 2000: beaucoup d’argent, beaucoup d’opérateurs pour des clients plus nombreux... mais un effondrement en 2002.

On trouve des enjeux sociétaux qui touchent tous les secteurs et acteurs économiques. Certains répondent à des besoins primaires mondiaux comme l’épuisement des ressources lié à l’augmentation de la population, le réchauffement climatique et la nécessité de produire une énergie décarbonée, la production de protéines pour nourrir la planète. D’autres enjeux sociétaux ciblent les pays riches où la demande est solvable comme la silver économy ou la personnalisation (estime de soi, reconnaissance sociale). L’identification de ces enjeux inscrit le porteur de l’innovation dans le long terme et séduit les investisseurs qui y voient un marché de masse, mondial.

»Autre exemple, la crise actuelle en France des opticiens lunetiers qui devraient pourtant être tirés par le vieillissement de la population (presbytie). Si le marché dans lequel ils évoluent est globalement en croissance de 3% par an depuis ces dix dernières années, le nombre de magasins croît lui de 5% par an et donc l’intensité concurrentielle, faute de barrières à l’entrée, est terrible entraînant une baisse du chiffre d’affaires par magasin et une guerre des prix malgré la bonne santé économique du secteur. Ceci est lourd de conséquences pour les acteurs en amont comme les équipementiers du fait du recul des investissements. Pour répondre à un enjeu sociétal, une analyse stratégique externe type “5+1 Forces de Porter” est donc indispensable.

»On pourrait citer aussi l’échec des fonds d’investissements “Green Tech” aux États- Unis qui n’ont jamais eu les retours escomptés. Pour comprendre le point faible de l’approche “enjeu sociétal” il faut adopter une attitude stratégique. Si un marché potentiel existe, il est largement partagé et ce gâteau qui grossit risque de se partager entre un nombre d’acteurs qui croît plus vite que lui (cas des opticiens et de la bulle Internet) ou qui n’est pas solvable ou maintenu sur fonds publics (Green Tech). Parfois aussi, comme c’est le cas des Big Data, le business model reste à trouver et le travail d’innovation à faire... Si tout le monde a en tête le modèle Google, qui est une formidable innovation dans le domaine de la régie publicitaire, il faut essayer d’en proposer un autre, celui-ci étant pris!

»Idem pour l’Internet des Objets (IoT) qui est avant tout, pour une entreprise, un bon moyen de dépenser de l’argent pour équiper un produit d’éléments (Wifi, 3G/4G, BLE...) difficilement facturables au client, développer un logiciel distribué souvent gratuitement sur une App Store, générer du débit de data qui est de toute façon forfaitisé chez l’opérateur... En somme, on ne voit pas le flux financier entrant: l’IoT est un incontournable de la relation client mais aussi et d’abord un centre de coût.

»Les enjeux sociétaux sont donc un eldorado dont tout le monde connaît l’emplacement. S’y diriger implique qu’il faut s’attendre à une intensité concurrentielle extrêmement farouche. Lors de la ruée vers l’or, justement, ce sont les quincaillers qui ont fait fortune, pas les prospecteurs. Depuis, la parution du Business Model Canvas (voir bibliographie), l’innovation par le business model connaît un fort regain d’intérêt. En effet, bien comprendre la chaîne de valeur permet de se positionner au mieux pour en capturer le maximum. Avec l’innovation par les enjeux sociétaux, la notion de pilotage de l’innovation reprend tout son sens, car les écueils sont nombreux.

»Ainsi, outre la proposition de valeur pour le client, il s’agit aussi de s’intéresser au retour sur investissement pour l’organisation qui va prendre les risques et investir dans le projet d’innovation. Parfois une innovation organisationnelle ou un changement de business model peut très rapidement porter ses fruits. Historiquement, Xerox a été l’un des premiers à faire évoluer son modèle d’affaire pour capturer de nouveaux clients. En passant de la vente à la location de ses copieurs, la firme a changé sa proposition de valeur mais aussi son business plan, ce qui implique plus de fonds propres mais lisse ses revenus et sa gestion de trésorerie. Certaines PME, comme Charlotte lingerie, en s’inspirant du modèle “Tupperware”, de démonstration-vente à domicile, ont pu considérablement améliorer leur marge en réduisant les frais commerciaux fixes et les stocks.

»Via une réflexion sur le business model, s’appuyer sur des partenaires stratégiques et s’interroger sur ses clients ouvre aussi le champ d’une innovation à vocation sociale. De nombreuses firmes, comme Renault, Danone ou Essilor, sur les pas de Navi Radjou et Muhammad Yunus poussent la notion d’innovation frugale, cherchent à séduire des non consommateurs en mettant en place des business models inclusifs autour d’une offre large et non plus élitiste et réservée aux CSP+. Il s’agit de servir le “bas de la pyramide”, le maître mot devient un peu moins de marge mais beaucoup plus de clients pour un chiffre d’affaires en croissance. Cette innovation est rendue possible par des intermédiaires (ONG) qui participent à la distribution et la promotion de biens à des fins humanitaires sans se rémunérer. C’est aussi par la mise en place de circuits courts que l’on peut, en optimisant la logistique, parvenir à un équilibre rentable.

»La valeur de ces innovations sociales n’est pas seulement monétaire, et de nombreux établissements d’enseignement supérieur prestigieux l’ont compris. En proposant le contenu de leurs cours, mais pas le diplôme, gratuitement en ligne via les MOOC (Massive Online Open Courses) elles “donnent” une grande valeur mais acquièrent une réputation rapidement mondiale. L’Ecole Polytechnique touche ainsi, via Coursera, une population francophone africaine qu’elle n’aurait de toute façon pas attirée dans ses salles de cours à Palaiseau.



»Comme on l’a vu dans cette présentation, les différents moteurs de l’innovation – la technologie, les usages, les enjeux sociétaux – définissent différentes approches, différents régimes plus ou moins pertinents en fonction des situations.

»Piloter l’innovation, dans ces conditions, est un défi qui ne doit pas être sous-estimé. Le champ du management de l’innovation devient formidablement complexe et exige de nombreuses compétences transversales. On voit émerger des profils particuliers comme le Chief Innovation Officer qui n’est le patron ni de la R&D, ni du marketing, ni en charge de la prospective, ni même lié à la propriété intellectuelle... et est ainsi le plus souvent un cas à part dans l’organisation. Ce type de poste, à l’instar du responsable développement durable il y a quelques années, n’est pas forcément voué à rester indéfiniment dans l’organigramme: créés pour évangéliser, ils sont destinés à disparaître une fois que le concept s’est diffusé chez tous les salariés et dans tous les process de l’entreprise. On peut imaginer que la fonction du Chief Innovation Officer sera rattachée à terme à la direction de la stratégie.

»Au-delà des fonctions spécialisées, transverses ou pas, c’est l’ensemble de l’entreprise qui doit s’approprier l’esprit d’innovation de façon à pouvoir contribuer à l’élaboration de biens ou de services innovants. L’ouvrage très pédagogique d’Albert Meige introduit la notion d’“innovation intelligence” et montre que toute entreprise qui n’innove pas, en s’appuyant sur un marché de la connaissance, prend le risque de voir ses produits et services considérés comme de simples commodités, sans avantage concurrentiel distinctif et à faible marge.»





Une innovation