2015/12/23

«NBIC Le grand gouroux du transhumanisme»






«La sortie en France du film Transcendance devait permettre d'ouvrir un débat un peu moribond par chez nous, la question (et le terme pose déjà pas mal de problèmes) du transhumanisme. Alors naturellement, la daube qu'est le film ne permet pas grand chose, hormis de poser le constat suivant : y'a encore du boulot pour dire quelque chose d'intelligent sur cette question difficile.

»Le transhumanisme, c'est ce courant de pensée (né dans les années 50, qui prend de l'ampleur dans les années 90 et qui aujourd'hui, parce qu'il y a pas mal de blé qui circule) commence à se structurer) qui vise à améliorer l'humain en utilisant la technologie (pour faire court). Donc, on y trouve la théorie de la singularité (reprise dans le film), la convergence des technologies NBIC (Nanotech, Biotech, Informatique et sciences Cognitives), le post-humain, les interfaces hommes-machines, l'intelligence artificielle, la conscience numérique, bref un joyeux bordel.

»Transcendance imagine un futur proche dans lequel le monde une fameuse "singularité". Ce terme, fondamental pour les transhumanistes (au point d'avoir créer une université de la singularité sur une site de NASA et financée en grande partie par les blaireaux de Google), a été piqué aux mathématiques (et non pas à la physique comme certains le pensent, la physique l'ayant piqué aux maths) et représente un point où un truc chelou arrive (en maths, un point où l'objet mathématique n'est pas défini), un point où cela peut grave partir en couilles. Dans le film, ce point est atteint le jour où une équipe de chercheurs arrive à télécharger dans un ordinateur la... quoi au fait ? la conscience, l'âme, la mémoire ? bref l'intérieur du cerveau d'un prof super intelligent et fan de singularités. Et hop, l'homme-machine devient incontrôlable, tout-puissant, sans coeur et quasiment impossible à arrêter. Sauf que, nous avions trop vite oublier... l'amour, ce fameux sentiment qu'une machine ne peut comprendre et qui va la perdre. Digne d'un scénario des années 50, le film patauge allègrement dans une ambiguïté bien pensante ("Ouais, mais en même temps, quand tu peux sauver la Terre entière, qu'est-ce que tu fais hein ?") et piétine joyeusement les quelques questions relativement compliquées que l'on va bientôt se prendre en pleine face.

»Car, hormis les quelques illuminés de cette nouvelle secte qu'est le transhumanisme (et je pense notamment aux fondateurs de Google qui viennent d'embaucher le grand gourou du transhumanisme, Raymond Kurzweil), la question de la convergence des technologies NBIC (objets d'un rapport remis récemment à Obama) est plutôt carrément importante. Et comme le note un intervenant du passablement mauvais documentaire diffusé sur Arte il y a 4 ans (Un monde sans humains ?, que l'on trouve facilement sur Youtube), la pensée est aujourd'hui carrément en retard sur les avancées technologiques et scientifiques (et ce n'est le philosophe Pierre Dardot, trop axé sur la proximité néfaste du transhumanisme et du néolibéralisme à mon goût). Et ce n'est pas Bruno Latour, Dominique Lecourt ou Michel Serres (et son effroyable "petite poucette") qui vont nous sauver sur ce coup-là. Il existe bien quelques débuts de réflexions comme celle de Lev Manovich (Le langage des nouveaux médias ou Les logiciels prennent les commandes sont deux super bouquins), mais, le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est mou du genou. Tout ce que je peux lire (et si quelqu'un a un truc intéressant, je suis preneur) consiste à rapporter les évolutions technologiques, à s'en réjouir ou à s'en offusquer, sans aucune pensée critique (au sens kantien par exemple, histoire de me la péter un brin).

»Lorsque l'on parle de singularités, ne faudrait-il pas aller jeter un oeil vers le théorie des catastrophes de René Thom (la seule véritable théorie globale des singularités, si puissante que l'on en a pas encore fait le tour) ? Ne faudrait-il pas réfléchir à l'émergence (ou non) d'une nouvelle ontologie (peut-être retourner voir la pensée de Badiou de la mathématique en tant qu'ontologie, car derrière les fameuses NBIC se cachent pas mal de mathématiques) ? Moi, je ne suis pas assez intelligent pour penser cette fameuse singularité, pour savoir si elle est un gros fantasme (ou un gros business) des tenants du transhumanisme (dont Raël hein, le type des Eholim, c'est pas rien !), pour appréhender le monde qui est en train de se mettre en place. Mais j'espère sincèrement que certains vont prendre à bras le corps ces questions importantes et que tout le monde ne va pas continuer à pioncer peinard alors que cette hypothétique singularité émerge tout aussi peinarde.» (Phoenix Anonymous Anti Censure)





Un innovateur

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