2015/10/30

«Digital Inc. Vagues passées, présentes et futures de la digitalisation galopante du monde»




Edouard Laugier. Le nouvel Economiste



«Le tsunami numérique n’en finit pas d’impacter l’univers des entreprises. Vagues après vagues, les organisations sont confrontées à des enjeux d’une ampleur inédite. Pour survivre, elles doivent se transformer. Appuyé par de nouveaux outils technologiques adoptés à grande échelle, le premier défi des entreprises a été de transformer la relation avec ses clients. Internet, réseaux sociaux, smartphones, voilà les principaux chocs encaissés en un peu plus d’une décennie. Une nouvelle vague frappe l’entreprise aujourd’hui: le big data. Le digital devient un outil de performance industrielle. Il contraint surtout les organisations à se transformer de l’intérieur, ce qui est particulièrement difficile car il touche à l’humain. Adapter leur fonctionnement et leurs processus au digital, voilà donc le défi actuel des entreprises. Et ce n’est pas terminé, car le numérique nous prépare déjà d’autres évolutions autour de l’Internet des objets, de la robotique et de l’informatique cognitive notamment.

»“Partout dans le monde, la transformation numérique représente une nouvelle étape de la profonde réorganisation économique et sociale engagée depuis plusieurs décennies sous l’effet des technologies de l’information, attaque Philippe Lemoine dans son désormais célèbre rapport au gouvernement sur le sujet*. À chaque étape, on a parlé de révolution. Mais avec le numérique, la transformation s’accélère et se radicalise.” “Radicalise”, le mot est lâché. L’univers des entreprises ne peut pas échapper au phénomène. Difficile de retrouver dans l’histoire des bouleversements aussi brutaux que ceux portés par cette économie digitale. La valeur des sociétés dépend de plus en plus du digital. En témoigne la valorisation de BlablaCar, la nouvelle coqueluche tricolore du numérique, entre 1,5 et 2 milliards d’euros, presque autant que le fleuron du ciel Air France! De fait, des marchés et des modèles économiques peuvent être renversés par les technologies, les innovations et leurs usages.

»Les exemples de secteurs “disruptés”, c’est-à-dire littéralement bouleversés, ne manquent pas. Les premières vagues ont vu l’industrie de la musique réinventée par Apple et iTunes, puis Spotify et Deezer avec le streaming. La centrale de réservation Booking.com a révolutionné le tourisme. Que dire d’Amazon qui a apporté une nouvelle dimension à la distribution par le commerce électronique? Plus récemment, des entreprises comme Uber dans le transport de personnes, AirBnB dans l’hôtellerie ou Lending club dans le crédit, ajoutent une nouvelle dimension à cette économie digitale, celle du partage et du consommateur-producteur. Mais nous n’avons encore rien vu, car d’autres changements se préparent déjà.

»On devine leur puissance et leur force à travers les ambitions de Google dans la santé et la robotique, d’Apple dans l’automobile, ou d’IBM dans l’intelligence artificielle. “Finalement, parler de révolution digitale est sans doute un terme impropre. Le changement est continu. Nous sommes sur des cycles d’innovations qui vont encore durer une bonne quinzaine d’années”, estime Stéphane Régnier, directeur associé chez Capgemini Consulting France.


»Les trois vagues successives

»Entre le milieu des années 90 et la fin de la première décennie du nouveau siècle, les entreprises vont traverser trois grandes vagues de transformation. La première a lieu au tournant du millénaire: Internet est avant tout considéré comme un canal de vente supplémentaire. Les sujets tournent autour de la distribution et des transactions. C’est le boom des ventes en ligne avec Amazon et eBay, et leurs compétiteurs locaux comme Alapage, PriceMinister ou iBazar en France. Le marché se pose aussi de nombreuses questions sur les paiements en ligne et la confiance sur Internet.

»Une seconde vague démarre après l’éclatement de la bulle Internet. Elle est marquée par l’essor du web social, des premiers blogs et l’arrivée de Facebook en avril 2004. La troisième et dernière étape de cette période signe la déferlante des smartphones. “En 2008, la mise sur le marché de l’iPhone 3G marque une vraie rupture, car l’outil crée de l’interaction en disposant de capteurs, notamment GPS, constate Pascal Delorme, directeur d’Accenture Digital France. Cet appareil ouvre la voie à la production de data par les individus. C’est une vraie disruption sur laquelle reposent de nombreuses innovations actuelles.”

»Historiquement, ces premières vagues de transformation digitale concernent surtout la relation client. La raison? “Les individus se sont emparés du numérique avant même les organisations. Il a donc été plus facile pour les entreprises de commencer leur transformation numérique par la révolution de l’expérience client”, explique Stéphane Régnier de Capgemini Consulting France. Exemple dans l’univers bancaire, où les banques ont très vite compris qu’elles pouvaient être désintermédiées. Elles ont donc vite répondu en menant des projets de banque digitale avec sites web et applications mobiles à l’usage des clients.


»L’entreprise au centre de la vague actuelle

»“Aujourd’hui, toutes les entreprises considèrent le digital comme un élément de transformation susceptible de changer la donne dans son secteur d’activité”, assure Philippe Mallet, directeur chez Cognizant Business Consulting. Les organisations vivent un vrai tournant. Pas une semaine ne se passe sans communications institutionnelles sur le sujet de la transformation digitale. Les projets deviennent plus nombreux. Fin 2014, IBM travaillait sur 7 000 projets de transformation digitale avec ses clients. Début 2013, il n’y en avait que 1 200... Les projets changent aussi de nature: le numérique a largement transformé la relation client, il est désormais en train de changer les entreprises elles-mêmes. Les réflexions tournent autour du fonctionnement et des processus en place dans les organisations.

»“Nous sommes passés de stratégies orientées ‘digital customer’ à des stratégies de transformation ‘digital entreprise’ ”, résume Pascal Delorme. Cette accélération en profondeur, jusqu’au centre nerveux des entreprises, s’explique par le fabuleux essor de la data et les incroyables possibilités qu’offre son exploitation. Grâce à la donnée qui est partout – le fameux big data –, le digital devient un outil de la performance industrielle. Dès lors, il devient évident qu’aucun marché n’échappe à ce phénomène. Tous les secteurs sont concernés. Même les plus inattendus, comme l’exploitation de matières premières. Un opérateur minier creuse la montagne à la recherche de filon. En connectant tous les camions et leur conducteur, il peut orienter leur tâche en temps réel pour améliorer leur efficacité et leur productivité.


»La menace d’ubérisation comme accélérateur

»Les entreprises sont peu à peu passées de la tétanie à la réaction, et donc à des investissements et des projets. La raison numéro 1? “Quand il est très bien fait, le digital peut faire très mal”, schématise Pascal Delorme d’Accenture. Tout le monde ne va pas disparaître comme Kodak, mais la concurrence de nouveaux entrants est prise très au sérieux. Uber a marqué les esprits tant le business du taxi paraissait intouchable. Le digital peut donc renverser des rentes sur des marchés régulés. En termes d’innovation, les grands groupes ont perdu le monopole des inventions grâce à l’accélération des capacités technologiques: bande passante, puissance informatique, stockage des données.

»AirBnB n’a que 6 ans d’âge, mais réalise déjà 2 fois plus de nuitées qu’Accor par jour, alors que le service de location CtoC n’a jamais investi dans un quelconque hôtel. Autre secteur, l’assurance , où le risque de désintermédiation, là aussi, est très élevé. Des acteurs comme Google, expert dans le traitement et l’exploitation des données, s’intéressent de très près à cette activité. Les FinTech – contraction de “finance” et “technologie” – ont le vent en poupe, à l’image de Friendsurance.com qui propose aux internautes de s’assurer entre amis. La menace ne provient pas que des start-up ou des ambitieux Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple).

»À cause du digital, il est possible d’être “disrupté” par un acteur qui ne vient pas de son secteur. Avec ses outils de maintenance prédictive, une entreprise comme IBM marche sur les plates-bandes d’industriels comme Safran ou GE dans la réduction des coûts de maintenance des moteurs. “La pression concurrentielle pousse les entreprises à une transformation en profondeur, constate Philippe Mallet. Elles considèrent aussi ces occasions comme des opportunités de croissance.” Les entreprises traditionnelles passent en mode offensif par l’émergence de nouveaux services, métiers et positionnements. “On assiste à un changement de rythme dans les grands groupes: beaucoup de test&learn, du jetable, des cycles courts, une approche transverse des problématiques”, énumère Pascal Delorme.


À cause du digital, il est possible d’être “disrupté” par un acteur qui ne vient pas de son secteur. Avec ses outils de maintenance prédictive, une entreprise comme IBM marche sur les plates-bandes d’industriels comme Safran ou GE dans la réduction des coûts de maintenance des moteurs.

»Transversalité, gestion humaine et culture du risque

»Une fois passée l’étape du jargon technologique ou des messages un peu trop commerciaux, la transformation digitale en profondeur s’avère un sujet compliqué. D’abord, le numérique est transverse à l’entreprise. Chaque projet implique nécessairement plusieurs directions: RH, marketing, commerce, DSI... “Les entreprises n’ont pas encore appréhendé ce que signifie ‘être une entreprise digitalisée’ en termes de management, leadership ou contrat social. À tort. Pour la plupart, le digital est ‘un’ plan stratégique mais n’est pas ‘le’ plan stratégique”, pointe Stéphane Régnier. La transformation digitale nécessite d’adapter l’ensemble de l’organisation de l’entreprise.

»Il faut s’affranchir de certaines contraintes opérationnelles ou réglementaires, travailler dans des délais relativement courts. La vitesse, voilà bien la deuxième difficulté. Les technologies vont plus vite que l’humain. Il est compliqué de faire évoluer les méthodes des équipes au même rythme que l’innovation. Sans compter qu’il y a un faux ami habituel avec le digital: croire que cela peut être facile. Or la bonne exécution de l’innovation à grande échelle est très complexe.

»La conduite du changement devient dès lors un facteur clé dans l’excellence opérationnelle de la transformation. “On touche à l’humain, ce n’est pas simple”, résume Pascal Delorme. “Pour que cela marche, l’entreprise a besoin de bottom-up avec des collaborateurs qui se réalisent, et en même temps d’un management top-down puissant qui impose une vision. C’est un peu paradoxal...”, ajoute Stéphane Régnier.

»Dernier point, l’absence préjudiciable de culture du risque dans la plupart des entreprises. Or, l’économie digitale favorise des approches d’investissement compatibles avec la culture de l’échec. En ce sens, les Gafa peuvent être considérés comme des modèles: ils n’hésitent pas à lancer 5 projets pour que 1 réussisse.


»Les vagues à venir

»Au fur et à mesure, le numérique va se fondre dans l’entreprise. Les nouvelles générations de manager, les fameux digital natives, apporteront une vision numérique de la stratégie et du leadership. Dans certains secteurs, le changement est déjà palpable: “arrêter de parler de marketing digital, nous faisons juste du marketing”, a coutume de faire savoir Jacques-Antoine Granjon, le fondateur du site Vente-privée.com.

»Demain, les objets connectés devraient être au centre des transformations numériques à venir. Sur le marché comme dans les métiers, un véritable raz de marée est attendu: en 2020, 38,5 milliards d’objets connectés nous entourerons, selon Juniper Research. Aucun secteur ne devrait échapper à cette vague: agriculture, construction, énergie, distribution, médias, etc., les objets connectés s’installeront partout. Ce qui n’est pas sans poser des défis en termes de sécurité des informations et de confidentialité des données.

»Dans l’entreprise, la prochaine vague tournera autour de l’automatisation de certaines tâches et actions grâce aux algorithmes et à la data. Pour Silvano Sansoni, vice-président entreprises d’IBM France, “la prochaine transformation s’appuiera sur l’informatique cognitive. Elle permettra d’anticiper les besoins en langage naturel en fonction des attentes des clients ou des besoins des collaborateurs”. Cette automatisation – certains prédisent l’avènement de l’ère des robots – sera un levier d’accroissement de performance des facteurs de production de l’entreprise. Quel que soit le secteur d’activité, les entreprises n’ont pas fini d’être impactées par le numérique. Cela ne fait même que commencer.


»*La nouvelle grammaire du succès. La transformation numérique de l’économie française. Philippe Lemoine, novembre 2014.»





L’exécution de l’innovation

2015/10/29

«Daniel Schneidermann: “Twitter est un instrument d’appauvrissement du débat”»




Kevin Poireault. Les Inrocks



«Chaque semaine, nous interrogeons une personnalité sur son rapport au web. Chroniqueur à “Libération”, Daniel Schneidermann est surtout rédacteur-en-chef d'”@rrêt sur images”, un site de décryptage du discours médiatique qui a commencé comme une émission de télé. Très enthousiaste lors de l’arrivée d’Internet, il est aujourd’hui déçu que le fonctionnement des médias traditionnels ait “avalé” les innovations de la presse en ligne.


»Les Inrocks – Quel est votre premier rapport à Internet?

»Daniel Schneidermann – J’ai découvert AOL en vacances aux Etats-Unis en 1994. J’avais fait un échange de maisons avec une famille américaine qui avait un micro-ordinateur. Je pense qu’ils n’avaient pas grand-chose d’autre que les boîtes mails dessus mais ça m’avait beaucoup impressionné.

»Mon deuxième souvenir fort, c’est quand les forums de discussion sont arrivés. “Arrêt sur images” – à l’époque on était sur La Cinquième (ancien nom de France 5, ndlr) – a été la première émission à créer un forum. Tout de suite, je me suis dit: “Il y a un truc extraordinaire dans le fait d’avoir les réactions des téléspectateurs aussi rapidement, qu’ils puissent débattre entre eux comme ça, en public”. Je me souviens que les premières années, toute l’équipe de l’émission y allait beaucoup, à commencer par moi d’ailleurs.


»C’était quoi votre utilisation de ces forums?

»On a créé un poste qu’on a appelé la “forumancière”, parce que dans “forumancière”, il y avait à la fois forum et romancière. Le mélange me plaisait beaucoup. On n’avait pas encore inventé le terme de community manager mais c’était ça. C’était quelqu’un qui était présent dans le forum, discutait avec les internautes, impulsait des discussions, les calmait quand ça s’énervait un peu trop et qui, une fois par mois, venait sur le plateau pour nous porter les points de vue du forum. A ce poste, il y a eu successivement Laurence Lacour, qui est une journaliste, et Chloé Delaume, qui est une romancière.


»Commenciez-vous, dès les années 2000, à déconstruire les récits médiatiques qui commençaient à apparaître sur Internet?

»Oui, on avait commencé une rubrique que s’appelait “Le cyber-voyage”. On demandait à un journaliste d’enquêter sur des liens qui étaient en rapport avec le sujet de l’émission. C’était déjà la même chose que les enquête de la presse en ligne aujourd’hui.


»Aviez-vous dans l’idée de passer sur Internet avant de vous faire virer de France 5?

»J’avais dans l’idée de m’engager sur Internet mais je n’arrivais pas à résoudre la difficulté qui était que si on fondait un site indépendant, il ne pouvait qu’être financé par la pub. Le financement par abonnement, je ne l’envisageais pas sérieusement. Et être financé par la pub, je ne voulais pas parce que je savais qu’il allait se passer ce qui s’est ensuite produit, c’est-à-dire la course aux clics, la course aux sujets débiles... Je ne prévoyais pas encore tout à fait la course au référencement et l’importance que prendrait Google, mais la course aux clics, oui. Ce qui fait que même si j’y avais pensé, je n’avais pas vraiment trouvé le truc.

»Et puis quand nous avons été virés de la télé, il se trouve qu’il y a des internautes dans le Gard qui ont initié une pétition en ligne pour nous soutenir. Au début, je n’y croyais pas beaucoup, et puis quand j’ai vu qu’elle atteignait les 180 000 signatures, ce qui voulait dire 180 000 adresses mails, je me suis dit: s’il y a tant de gens que ça pour nous soutenir, on peut peut-être tenter le coup de l’abonnement. Et ça a marché. C’est le seul modèle qui garantisse véritablement l’indépendance pour un média aujourd’hui. C’est le modèle Mediapart, c’est le nôtre. La pub, je vous ai dit toutes les dérives que ça entraîne, et après, si vous vous reposez sur un propriétaire, un actionnaire, vous êtes dans ses mains. On peut le tourner de toutes les manières qu’on veut, vous êtes dans ses mains.


»Pour autant, les success stories de ce modèle – @rrêt sur images et Mediapart en tête – étaient incarnés dès le début par des journalistes qui avaient déjà un certain bagage. Ce ne serait pas forcément aussi simple pour des jeunes journalistes de se lancer avec ce modèle...

»Je suis d’accord avec vous. Je ne dis pas que c’est facile: la preuve, c’est qu’il y a très peu de sites qui se sont lancés par abonnements. A part Mediapart et nous, il y en a quelques uns, mais vraiment très peu et avec des succès variables. Oui, il faut avoir un capital de notoriété au départ, c’est malheureusement vrai.

»Cela dit, il y a bien des journalistes qui ont le même capital de notoriété voire bien davantage que moi ou même qu’Edwy Plenel. Donc il y aurait sans doute eu plus d’aventures possibles, à mon avis. Toujours est-il qu’elles n’ont pas été tentées.


»Le fait d’avoir des spectateurs qui payent pour avoir accès aux contenus d’@rrêt sur images a-t-il changé quelque chose dans le ton ou dans l’émission elle-même?

»Non, pas vraiment. Pas le nôtre en tout cas. Dans les forums, de temps en temps, certaines personnes ont un peu tendance à se prendre pour les patrons, dans la mesure où ce sont eux qui payent. Mais c’était surtout au début, maintenant les choses se sont tassées. Au début, on a eu certains échanges un peu désagréables dans les forums, avec des gens qui nous disaient: “Si vous pensez que je paye pour voir cette émission de merde!”... On leur répondait: “Désolé, on fait ce qu’on peut.” Aucun des deux systèmes n’est absolument parfait mais, tant qu’à faire, j’aime mieux avoir 25 000 patrons qu’un seul.


»Au moment où “Arrêt sur images” est passé de France 5 à Internet, c’était le début des pure players, notamment Rue89, qui est arrivé en mai 2007. Pour vous, quel a été l’impact de ces sites sur le paysage et le discours médiatique?

»Au début, j’y ai cru énormément. Je pensais que le média Internet lui-même, sa rapidité, sa souplesse, la possibilité de mettre des liens et, surtout, son interactivité – le fait que les lecteurs puissent interagir, réagir, compléter, corriger – allaient avoir un effet radical sur le journalisme mainstream et sur les médias traditionnels. Aujourd’hui, je suis bien obligé de constater que ceux-ci ont plutôt avalé le journalisme web que l’inverse. Les médias en ligne ont donné un coup de jeune au journalisme traditionnel, mais globalement, c’est lui qui a gagné la bataille. J’en veux pour preuve la sagesse des comptes Twitter et des pages Facebook des journalistes, qui sont par ailleurs dans des organes de presse traditionnels.

»Au début, on pouvait se dire: ils vont profiter de leur Facebook ou de leur Twitter pour se lâcher un peu, donner leurs opinions personnelles, s’affranchir de la discipline d’écriture d’un journal ou d’une chaîne de télé. Or, ce n’est pas ça. La plupart des journalistes qui sont sur Facebook ou sur Twitter font uniquement la promotion des papiers qu’ils publient dans leur média – de temps en temps un peu le making-of, ils racontent leurs difficultés, mais il n’y a pas la liberté de ton qu’on aurait pu attendre et espérer.


»Et en termes de formats, Internet a-t-il pu débrider le journalisme, apporter des innovations?

»Non, un journal est toujours prisonnier de sa pagination, une émission de télé est toujours prisonnière de sa case. C’est vrai, le journalisme web a inventé ses propres formats. Mais la presse traditionnelle les a déformatés elle-même. Et les tentatives d’introduction, c’est plutôt de la rigolade: toutes les émissions qui passent des tweets pendant l’émission pour donner la réaction des spectateurs et des internautes, c’est de la blague. C’est un truc qui n’est pas exploité comme il pourrait l’être.


»Comment pourrait-il être mieux exploité selon vous?

»Avec un fact-checking en direct beaucoup plus musclé! Quand “Des paroles et des actes” dit: on va passer des tweets et puis on va faire du fact-checking si on nous signale un truc, c’est une plaisanterie. On pourrait donner beaucoup plus de place aux réactions des internautes.

»Il faut quand même voir qu’il s’agit de deux logiques totalement contradictoires. La logique d’un média traditionnel, c’est une logique verticale et de contrôle. Internet, c’est l’absence absolue de contrôle, a priori. Donc les deux sont contradictoires. On se donne un petit air de jeunesse en se disant “On va mettre des tweets”, mais bon, la logique verticale est restée maîtresse chez elle, si j’ose dire.


La logique d’un média traditionnel, c’est une logique verticale et de contrôle. Internet, c’est l’absence absolue de contrôle, a priori. Donc les deux sont contradictoires. On se donne un petit air de jeunesse en se disant “On va mettre des tweets”, mais bon, la logique verticale est restée maîtresse chez elle, si j’ose dire.

»Et alors le fact-checking automatique par un algorithme, comme le projet “Truth Teller” du Washington Post, géré par la journaliste Cory Haik? Une des critiques qui a été faite sur ce projet est que la machine ne parvenait pas à déceler l’ironie et le second degré...

»Ils vont arriver à améliorer ce genre de défauts, ce n’est pas un problème. Quand vous voyez ce que fait Google en traduction simultanée, par exemple, c’est quand même prodigieux. Je suis sûr qu’ils vont réussir à introduire du second degré dans les algorithmes.


»Vous croyez en ce genre d’innovations pour le journalisme?

»Je ne crois à rien parce que dans ces matières-là, il ne faut pas croire, il faut constater. Quand on a commencé @rrêt sur images, Facebook était balbutiant, Twitter n’existait pas encore. Donc si on m’avait dit un jour que Twitter serait mon fil d’alerte, j’aurais éclaté de rire.

»Les smartphones balbutiaient à peine, il n’y avait pas de tablette, je n’aurais jamais cru qu’il y aurait de plus en plus de gens qui s’informeront sur portables et sur tablettes et de moins en moins sur ordinateurs. Les innovations qui feront fureur dans quelques années sont totalement imprévisibles aujourd’hui. Il y a des inventions auxquelles on croit dur comme fer et puis finalement elles se dégonflent et il d’autres qu’on ne voit pas venir et finalement elles deviennent super importantes... Il faut être très humble.


»Justement, vous êtes assez discret sur Twitter...

»C’est parce que je n’y arrive pas en 140 signes. Twitter est vraiment mon fil d’alerte, je suis toute la journée sur Twitter et on a configuré le compte d’@rrêt sur images de façon à avoir vraiment une vue d’ensemble de toute l’actu qui peut nous intéresser. C’est vraiment le fil d’alerte de toute l’équipe. Trois ou quatre journalistes d’@rrêt sur images ont un compte Twitter et ils s’en servent très bien. Moi, 140 signes, je n’y arrive pas, ce n’est pas ma longueur. J’ai besoin de place, d’espace. Par exemple, j’ai sauté sur les blogs quand ils sont arrivés. En 2005, on avait fondé un blog commun avec deux chroniqueurs d'”Arrêt sur images”, David Abiker et Judith Bernard qui s’appelait le “Big Bang Blog”. C’était super rigolo. Ca, ça me convenait bien mais pas les 140 signes comme format d’expression.

»Et puis je trouve hyper paradoxal de dire “Formidable, grâce à Internet l’information est déformatée, on peut s’étaler, etc.” et de se précipiter sur un mode d’expression hyper formaté qu’est Twitter. Il y en a qui y arrive très bien, mais c’est tout de même un terrible instrument d’appauvrissement du débat. Il est réduit aux interjections, aux engueulades. Donc pour ce qui est de l’information, c’est un outil génial, mais pour ce qui est du débat, c’est tragique.


»Il y a un outil qui existe aujourd’hui qui a plus grâce à vos yeux en termes de débats?

»Un plateau de télé, les blogs, les livres, les journaux sont de bons outils de débat!


»Vous êtes d’ailleurs restés dans un format “télé” avec des vidéos d’environ une heure. Pourquoi?

»Sans doute par inertie intellectuelle. Je pense que c’est le format que nos premiers abonnés demandaient. C’était majoritairement des gens qui étaient habitués à regarder l’émission à la télé donc ils voulaient ce format d’environ une heure de débat de plateau. Bon, on est quand même sortis du cadre, parfois on fait 45 minutes et parfois, quand ça part, on peut aller jusqu’à deux heures et demi. Donc on a quand même profité des possibilités de déformatage.

»Mais, globalement, c’est vrai que nous sommes restés autour de ce format d’une heure. Aujourd’hui, nous sommes sérieusement en train de se dire qu’il faudrait en tester d’autres. Nous avons recommencé à faire des “classes télé” comme on en faisait sur France 5, c’est-à-dire qu’on va dans une classe et on décortique une séquence télé ou un contenu Internet avec des collégiens ou des lycéens.

»Il faudrait tester le format-type Internet aussi, le format habituel des YouTubeurs, qui est la vidéo de dix minutes – un truc qui est vraiment né sur Internet. Une dizaine de minutes, un truc très monté, c’est le format qui se dégage sur le net. Il y a deux semaines, on a fait une petite interview d’Eugénie Bastié, une journaliste qui vient de lancer une revue qui s’appelle Limite. On en a fait une vidéo de dix minutes. Et on va multiplier ce genre de trucs.


»Vous disiez que la recherche se faisait de plus en plus sur smartphones et tablettes. Avez-vous ceci en tête quand vous produisez le contenu du site?

»Bien sûr, quelque part on y pense. Un exemple très simple: l’an dernier, on a fait passer le site sur “Responsive Design”. Donc maintenant on a un site en responsive, ce qui veut dire que le site peut être consulté à la fois sur tablette, sur smartphone et sur écran d’ordi. C’a été un gros investissement en temps, notre webmastrice de l’époque y a passé un an. On a dépensé l’énergie qu’il fallait et fait l’investissement de temps qu’il fallait pour faire ça.

»Sur les émissions elles-mêmes, non. On ne les produit pas en se disant: on va être regardés sur tablette. Pour l’instant, je ne vois pas bien quel changement spécifique ça nous amènerait à faire.


»Et pourquoi pas d’émission consacrée uniquement aux réseaux sociaux?

»Parce que Twitter ce n’est pas très image. Pour une émission de plateau, vous êtes obligé, quand même, de l’illustrer avec des séquences vidéo et avec des photos, sinon ce n’est pas la peine de faire une émission de plateau, autant faire un podcast. On choisit quand même nos sujets en fonction de “Sont-ils illustrables ou pas?”. Parfois, on galère parce que certains sujets ne sont pas très illustrables. Typiquement, l’émission sur le bombardement de l’hôpital en Afghanistan était difficile à illustrer car il n’y avait pas beaucoup d’images, par définition.

»Et puis c’est @rrêt sur images, donc on reste sur la tradition d'”Arrêt sur images”, c’est-à-dire on prend des images de télé et on les décortique. Twitter, c’est quand même beaucoup des échanges, des mots. Cela dit, on se rattrape dans nos papiers. Dans les papiers, on parle énormément de Twitter – trop, peut-être, d’ailleurs.


»Trop, vous diriez?

»Trop, parce que parfois je me dis: il y a un tweet-clash entre Jean Quatremer et je ne sais pas qui, on va faire un papier, mais est-ce que ça le mérite vraiment? Parfois, je me demande si on ne se laisse pas un tout petit peu trop hypnotiser par l’importance de Twitter. Au début, dès qu’il y avait un tweet-clash, on faisait un papier. Je caricature, mais à peine. Aujourd’hui, on essaie de réduire un peu parce qu’à force d’avoir le nez collé dessus, on pourrait avoir tendance à en surestimer l’importance.


»Hors du travail, comment utilisez-vous Internet?

»Du matin au soir. Je me réveille, je regarde ce qui s’est passé sur Twitter, je me fais ma revue de presse, en général très tôt le matin puisque je fais un billet tous les matins à 9h15 pétantes. Après deux heure de surf, j’écoute quand même un peu les radios entre 7h45 et 8h15. Je pense que c’est à peu près les proportions que ça mérite: aujourd’hui, les sources d’information intéressantes sont sur Internet. Il faut aller lire un peu la presse américaine, il faut lire la presse spécialisée, voir les vidéos qui buzzent. Ma revue de presse aujourd’hui c’est ça, beaucoup plus que de lire Le Monde, Libé ou d’écouter Patrick Cohen.

»Et après, dans la mesure où je suis rédacteur-en-chef d’un site de presse, je passe ma journée sur Internet, à relire des papiers dans le back-office du site, à les publier, etc. Et j’ai fait de ma boîte mail mon instrument de travail: j’essaie d’éviter les coups de fil, tout ce que je peux, j’essaie de le régler par mail.


»Et dans la vie privée, qu’est-ce qui vous intéresse?

»Ah, si j’avais une vie privée… Qu’est-ce que ça serait bien! (Rires). Chez moi, je fais des locations sur Airbnb, je vais vérifier sur Google Earth et sur Google Maps l’itinéraire de mes randonnées quand j’arrive à en faire. Si je nourris le projet fou d’aller au ski, je vais voir la webcam de la station pour voir s’il neige ou pas, comment sont les pistes...


»Vous semblez utiliser Internet de manière très “fonctionnelle”. Pas de place pour la sérendipité ou pour les vidéos qui ne servent à rien, par exemple?

»J’ai une espèce de pathologie, c’est que tout ce que je trouve intéressant, j’ai envie de le convertir en contenu pour le site. Dès que je tombe sur un truc qui peut être intéressant, je me demande quelle émission, quel papier ou quelle chronique on peut faire là-dessus. Là, par exemple, il y a un site culturel adossé à @rrêt dur images qui s’appelle Hors-série. Une de leurs derniers invités est une humoriste qui s’appelle Océane Rose Marie, une fille qui fait du stand-up. Je ne la connaissais pas du tout. Donc le lendemain j’ai passé une partie de ma journée à aller voir ses vidéos pour voir quel type de travail elle fait. Bon, c’était à la fois du plaisir mais en même temps, je suis déjà en train de me dire: “Qu’est-ce qu’on va pouvoir en faire? Est-ce qu’on l’invite? Plutôt sur tel thème ou sur tel autre?” Je ne dois pas être le seul à vous dire ça, mais on vit maintenant des vies dans lesquelles les intérêts personnels, le plaisir et le travail sont étroitement mêlés.»





Une innovation

2015/10/28

«Les patrons se projettent en “champions du changement”»




Les Echos



«Le Medef veut réunir autour du changement. Cinquante premiers dirigeants d’entreprises de diverses tailles ont participé ce matin autour de Pierre Gattaz au lancement du mouvement des “Patrons, champions du changement”. L’initiative créée à l’initiative du Medef veut “faire de l’innovation sociale et managériale un levier de performance durable pour l’entreprise”.

»Une démarche “engageante mais non contraignante” pour les patrons et qui compte sur la capacité d’influence de ces dirigeants “à faire bouger les choses au sein de leur entreprise mais aussi au sein de leur écosystème”. “Mon engagement au mouvement des “patrons champions du changement” (...) témoigne de mon engagement à promouvoir l’innovation sociale et managériale comme facteur de performance, au sein de mon organisation, et au-delà, au sein de tous les cercles où j’ai de l’influence”, pose la charte du mouvement à l’attention de l’adhérent(e).

»Au programme dans un premier temps,

»- la mixité femme-homme: l’objectif de ce mouvement est de développer la présence des femmes dans le paysage économique français et faire en sorte qu’elles accèdent à plus de responsabilités visibles. “La méthode retenue est celle de l’engagement volontaire de chacun et repose sur la capacité à convaincre ses pairs” sachant qu’au rythme où vont les choses, il a été évalué par différents cabinets en stratégie, qu’il faudra attendre quelque 30 ans pour atteindre la parité...

La méthode retenue est celle de l’engagement volontaire de chacun et repose sur la capacité à convaincre ses pairs.

»Quoi qu’il en soit, le Medef tente là de peser de son poids pour faire de la question, “un sujet stratégique” dont le patron s’occupera “personnellement”. A cet effet, l’organisation patronale, qui invite à  “montrer l’exemple”, recommande notamment d’agir en trois temps:

»- créer et rendre visible la stratégie mixité, et être attentif à l’alignement des managers en termes de style de leadership,

»- poser le principe en interne “un recrutement ou une promo = une candidature féminine”, en externe, prendre position pour/ou suggérer une candidature féminine pour un poste à responsabilité,

»- et communiquer sur les bénéfices de cet engagement, pour le dirigeant, son entreprise et la société.

»L’innovation, a expliqué le président de l’organisation patronale Pierre Gattaz: “n’est pas uniquement technique ou technologique, elle s’appuie aussi sur des pratiques managériales renouvelées parmi lesquelles la gestion de la mixité entre les femmes et les hommes qui doit devenir un vraie priorité”.

»Le Medef organisera la mise à disposition de formations mixité et égalité professionnelle organisées par les grands groupes pour les TPE et les PME.

»Ce lancement intervient une semaine après la présentation au Women’s forum de Deauville d’une étude mondiale réalisée par McKinsey faisant état d’unréservoir de 12.000 milliards de dollars pour le PIB mondial à l’horizon 2025 grâce à l’égalité hommes-femmes.»





Un innovateur

2015/10/27

«Interview d'Éric Piolle : Grenoble en marche pour sa "troisième révolution"»




Joseph Bamat. France 24



«Lors des municipales de mars 2014, l’écologiste Éric Piolle arrachait Grenoble, la "capitale des Alpes", au parti socialiste. Dix-huit mois plus tard, il revient pour France 24 sur son bilan et ses objectifs. Entretien exclusif.

»Ancien cadre dirigeant de Hewlett-Packard, Éric Piolle, 42 ans, a été élu contre toute attente à la mairie de Grenoble en mars 2014, devenant le premier Vert à se hisser à la tête d'une ville de plus de 150 000 habitants. Entourée d’une équipe composée de représentants d’Europe Écologie-Les Verts (EELV), du Parti de gauche (PG) et de collectifs citoyens, cet ambitieux écolo tente de mettre en place la "troisième révolution urbaine".


»France 24: Quel est l’acte politique le plus important que vous ayez accompli depuis votre élection? Quel est le défi majeur qu’il vous reste à relever?

»Eric Piolle: Certaines mesures, comme la suppression de la publicité sur l’espace public, ont fait le tour du monde. Mais pour moi, la plus belle réussite est celle de porter un espoir nouveau. Tout le monde a bien compris que nous sommes face à l’émergence d’un nouveau modèle.

»Qu’il s’agisse du plan local d’urbanisme, du développement du bio dans les cantines, des déplacements, de la place de la nature en ville ou de la volonté de pas augmenter les impôts locaux, nous tentons de mettre en œuvre une action cohérente. Nous cherchons à trouver des solutions et à résoudre les causes des dysfonctionnements sociaux, environnementaux et économiques. Les trois vont de paire.

»La cohérence reste donc notre plus grand défi. Car évidement, nous mettons notre action en place à un moment où la politique récessionniste de l’État est énorme. Par ailleurs, en mars 2014, Grenoble était la ville de plus de 100 000 habitants la plus en difficulté financièrement de France. La transformation nécessite du temps mais nous devons faire avec la baisse des dotations de l’État et donc baisser massivement nos budgets, soit 9 % en 3 ans, du jamais vu dans l’action publique!


»Que répondez-vous aux chefs d’entreprises qui estiment que la surenchère de mesures environnementales risque de mettre à mal l’économie?

»Nous nous sommes réconciliés avec les entrepreneurs. Ils sont également citoyens, frappés eux aussi par le dérèglement climatique, inquiets pour leurs enfants, leurs familles. Ils sont également touchés par les inégalités et la violence du monde libéral. Ils n’ont pas deux vies déconnectées: ils sont citoyens et chefs d’entreprises.

»Les entrepreneurs perçoivent qu’il y a des opportunités extrêmement fortes dans ce nouveau modèle, plus en réseaux, moins jacobin et moins centralisé. Ils savent par exemple que la réhabilitation du bâti est plus pourvoyeur d’emplois que la construction du neuf, de même que le recyclage ou les circuits court [alimentaires] qui sont plus à même de créer des emplois localement.


Le monde du commerce a des défis extrêmement durs à relever puisque cela fait maintenant 40 ans que les acteurs politiques ont construit ou laissé construire des supermarchés et hypermarchés en bordure de ville, dans ce monde pensé pour la voiture, la consommation et une expansion foncière terrible.

»Néanmoins, les commerçants ont récemment claqué la porte des Assises citoyennes de Grenoble. Entre autres choses, ils s’opposent à la conversion d’un axe majeur de la ville en piste cyclable d'envergure...

»Le monde du commerce a des défis extrêmement durs à relever puisque cela fait maintenant 40 ans que les acteurs politiques ont construit ou laissé construire des supermarchés et hypermarchés en bordure de ville, dans ce monde pensé pour la voiture, la consommation et une expansion foncière terrible. Leur situation est également issue aussi de la crise économique, des changements de pratique, comme la consommation par Internet.

»Nous travaillons donc - avec et autour d’eux - pour que la ville redevienne un espace de vie. C’est ainsi que les clients reviendront et revivifieront ces endroits là. Il faut de nouveaux aménagements pour une troisième révolution urbaine.

»Grenoble a été construite dans les années 1950-60 sur le "tout voiture" et depuis, il y a eu deux révolutions urbaines. La première correspond au retour de la piétonisation en centre-ville dans les années 1970. Les commerçants étaient vent debout contre ce le projet. Finalement, ils ont ensuite été les premiers à reconnaître que cela avait permis de maintenir une activité économique dans le centre. La deuxième a eu lieu à la fin des années 1980 avec la construction du tramway. Là encore, les commerçants étaient contre.

»Avec cette troisième révolution, nous voulons agrandir le centre-ville et changer les moyens de transports: développer les transports en commun, le vélo et la marche à pied. Nous ne voulons pas chasser les voitures, simplement les remettre à leur place. Je pense que les commerçants ont tout à gagner et qu’ils en feront le constat à terme. Oslo, Bruxelles ou Rio de Janeiro donnent déjà plus de place aux piétons. On sait que la ville de demain sera sur ce modèle et nous souhaitons le développer le plus vite possible à Grenoble.


»Donc la municipalité de Grenoble va étendre les zones piétonnes?

»Il va y avoir de nouvelles rues piétonnes ainsi que des axes qui seront réservés aux transports en commun, aux vélos et aux piétons.


»Vous avez été cadre chez Hewlett-Packard, une multinationale américaine. Pensez-vous que les Français ont plus de mal que les autres à accepter le changement?

»Ça dépend. Il y a une capacité forte au changement en France qui à fait sa révolution en 1789 et qui reste aujourd’hui à la pointe de l’innovation et de la recherche. Mais il y a aussi une culture du débat et du verbe peut-être plus marquée qu’ailleurs. On fonctionne différemment. Dans la société américaine, on passe à l’action puis on s’améliore au fur et à mesure. En France - si l’on caricature - nous cherchons à être parfaits du premier coup donc on discute longtemps avant de passer à l’action. À Grenoble, nous cherchons à avancer en marchant. Nous avons une direction, une boussole et finalement nous nous donnons confiance en faisant, plutôt qu’à attendre la révolution du grand soir.»





Administration Publique et innovation

2015/10/26

Newsletter L&I, n.º 75 (2015-10-26)





Administração Pública e inovação | Administración Pública e innovación |
Administration Publique et innovation | Public Administration and innovation

Um inovador | Un innovador | Un innovateur | An innovator

Uma inovação | Una innovación | Une innovation | An innovation

A execução da inovaçao | La ejecución de la innovación | L’exécution de l’innovation |
The innovation execution



Liderar Inovando (BR)

«A inovação precisa estar presente em todas as dimensões de um negócio» [web] [intro]
«Cultura inovadora: como cultivá-la em seu negócio? Respondido por Ricardo Fasti» [web] [intro]
«Startup cria aplicativo que revoluciona a forma que pessoas encontram residência» [web] [intro]
«Recife é o Vale do Silício brasileiro» [web] [intro]

Liderar Inovando (PT)

«Na ilha de Man, as bitcoins são cada vez mais reais» [web] [intro]
«Entrevista. Mário Centeno: “Nada é mais flexível do que um contrato a prazo”» [web] [intro]
«Ferramenta de Avaliação Versão inovação social 2.0» [web] [intro]
«Krugman volta a recorrer a Portugal para exemplificar efeitos negativos do Euro» [web] [intro]

Liderar Innovando (ES)

«Arrancan este jueves 'Los Jueves al Sol' de la UHU, un foro de emprendimiento social como motor de cambio» [web] [intro]
«Voluntariado Corporativo: una gran oportunidad» [web] [intro]
La estación experimental INIA Las Brujas celebró 50 años exhibiendo todo su potencial en investigación hortifrutícola, vitivinicultura, ganadería familiar, genética y biotecnología [web] [intro]
«Festival Internacional de Innovación Social (fiiS) te invita a comenzar el cambio» [web] [intro]

Mener avec Innovation (FR)

«De la finance autrement à la finance pour les autres» [web] [intro]
«Movember invite les innovateurs sociaux à présenter des idées transformatrices»[web] [intro]
«L’“africapitalisme”, des solutions africaines aux enjeux africains» [web] [intro]
«Sinistré, le nord de la France refuse le souverainisme économique» [web] [intro]

Leadership and Innovation (EN)

«SIGEF 2015, Opening New Horizons in Social Innovation» [web] [intro]
«Australian Innovation: Ideapod For Idea Sharing» [web] [intro]
«We are entering a new era of migration – and not just for people» [web] [intro]
«From the Ashoka Change Leaders: Working Towards Becoming an Ashoka Changemaker Campus» [web] [intro]

Licencia Creative Commons Licencia Creative Commons
Atribución-NoComercial 4.0 Internacional








2015/10/23

«Sinistré, le nord de la France refuse le souverainisme économique»




Richard Werly. Le Temps



«“Nous sommes à la fois une terre de conflit social et d’innovation. Le nord de la France, c’est l’armée qui tire sur les ouvriers du textile à Fourmies, en mai 1891, et l’usine Toyota de Valenciennes, à la pointe de l’industrie automobile mondiale.” En une phrase, l’ancien ministre Philippe Vasseur a brossé le défi de cette région française économiquement sinistrée, dont il préside la Chambre de commerce. Les 6 et 13 décembre, les six millions d’électeurs de la grande Région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, qui s’étend de la frontière belge aux abords de Paris, seront appelés aux urnes pour élire l’exécutif régional qui, chaque année, gère plus de deux milliards d’euros de budget. Favorite? Marine Le Pen, présidente d’un Front national désormais ancré localement depuis qu’il a remporté, en 2014, la mairie d’Hénin-Beaumont, au cœur du pays minier. Un basculement de la région, tout le monde le reconnaît, serait un séisme économique: “De nombreux entrepreneurs nordistes s’interrogent, admet Philippe Vasseur, 71 ans. Ils se demandent s’ils doivent se positionner. En termes d’image, notamment pour les investissements étrangers dont ce bassin sinistré a tant besoin, l’impact d’une victoire du FN serait énorme.”

»L’itinéraire de ce responsable économique atypique est éloquent. Dans une France politique corsetée par les hauts fonctionnaires, Philippe Vasseur détonne. Natif du Touquet, formé à l’Ecole supérieure de journalisme de Lille, jeune rédacteur en chef du quotidien financier “Les Echos”, créateur des pages saumon du “Figaro”, l’intéressé a ensuite vu s’ouvrir les portes du pouvoir. Membre, dans les années 1990, du Parti républicain (droite libérale), il est récompensé par Jacques Chirac qui lui donne le Ministère de l’agriculture pour avoir refusé de soutenir la candidature présidentielle d’Edouard Balladur en 1995. Le premier ministre de l’époque? Alain Juppé, aujourd’hui en lice pour l’Elysée en 2017. Puis rupture. Il tourne la page politique pour rejoindre le Crédit Mutuel du Nord: “J’ai toujours pensé que l’économie n’est pas une fin, mais un moyen. Or cette banque mutualiste m’offrait la possibilité de mettre cela en œuvre”, explique-t-il. Le terrain des entreprises remplace les coupures du ruban des inaugurations et les conseils ministériels à Bruxelles: “La France meurt de cette coupure entre le monde politique et celui du travail. On parle sans cesse de société civile alors que les élus devraient justement représenter la réalité du pays. C’est très vrai dans le Nord, où les entrepreneurs doivent se battre pour casser les corporatismes d’une gauche historiquement forte mais aujourd’hui battue en brèche par le vote Front national.”


Les entreprises sont aussi des moteurs de changement social, écologique, éducatif.

»Bonduelle, Sodexo, Toyota

»Au crédit de Philippe Vasseur, aidé en cela par l’exécutif régional socialiste que tous les sondages donnent perdant en décembre: le Forum mondial pour l’économie responsable, qui s’ouvrira à Lille le 20 octobre. Angle d’attaque? Des exemples internationaux pour démontrer que les entreprises sont aussi des moteurs de changement social, écologique, éducatif. Avec la mise en avant de réussites françaises “globales” comme celle du géant de l’alimentaire Sodexo, ou le parcours étonnant de Didier Leroy, désormais numéro trois de Toyota après avoir installé l’usine phare de Valenciennes pour le constructeur japonais en 2000. Mot d’ordre: l’ouverture sur le monde et l’Europe. Avec la volonté de prouver que l’Etat, incontournable en France, ne doit pas être seulement protecteur, mais aussi innovateur: “Il y a dans l’ADN du Nord l’idée de l’Etat social, poursuit Philippe Vasseur. La tradition sociale-chrétienne, mêlée à l’héritage communiste et au paternalisme du textile, a laissé cette empreinte. Il faut donc partir de cela pour se réinventer.” Marine Le Pen, la présidente du Front national, prend, elle, le contre-pied de ce constat pour défendre la préférence nationale et le rétablissement des frontières: “Nous allons gagner la Région Nord parce que les discours sur les entreprises performantes ne créent pas d’emplois, nous affirmait, lors de l’université d’été de son parti, le maire de Hénin Beaumont Steeve Briois. Ici, la majorité des électeurs n’en peuvent plus de la mondialisation, même soi-disant responsable.”

»Au Forum de Lille du 20 au 22 octobre, aucun responsable politique ne s’exprimera. Y compris la maire socialiste de Lille Martine Aubry, figure tutélaire de la gauche du parti actuellement au pouvoir. Ils pourront venir, mais devront rester dans les travées. Marine Le Pen fera-t-elle le déplacement pour participer, par exemple, aux tables rondes sur le numérique en Afrique, sur les bonnes pratiques de gestion urbaine ou sur la troisième révolution industrielle, celle de l’innovation, que Philippe Vasseur veut promouvoir dans le Nord en pariant sur sa proximité avec la Belgique, le Royaume-Uni et les Pays-Bas? “Elle est naturellement bienvenue pour écouter”, poursuit l’ancien ministre. L’économiste en chef du Front national, le député européen Bernard Monot, pourrait venir. Il dirige le “Cap Eco”, la cellule chargée de conseiller Marine Le Pen en vue de sa candidature présidentielle, dont l’une des propositions phares est le rétablissement des droits de douane, avant la “sortie de la zone euro” revendiquée haut et fort. Silence dans les couloirs de la Chambre de commerce, face à la gare de Lille-Europe: “S’ils gagnent la région, les capitaux vont de nouveau passer de l’autre côté de la frontière, dans la Flandre belge où les entrepreneurs sont choyés et le risque flatté”, peste un patron nordiste.

»N’empêche: d’autres se montrent plus ouverts à l’alternance brutale. Alain est un entrepreneur dans la restauration collective près de Calais, la ville gangrenée par la fameuse “jungle”, le bidonville d’immigrants clandestins installé à la périphérie du port. Dans un bar de Lille, il se moque du Forum sur l’économie responsable et de ses milliers de visiteurs annoncés. Lui défend le concept de “souverainisme économique” porté par le FN. “Cette région a besoin d’un électrochoc politique fort, se défend-il. Voter FN, ce n’est pas dire on se referme, mais stopper l’hémorragie du chômage.” Autour, plusieurs clients du bar acquiescent. Le slogan du forum, “La croissance se réinvente ici”, n’attire ici que des grimaces sceptiques.»





L’exécution de l’innovation

2015/10/22

«L’“africapitalisme”, des solutions africaines aux enjeux africains»




Tony Elumelu. Libération



«J’ai eu l’honneur il y a quelques jours de participer au siège des Nations Unies, à New York, à la ratification des nouveaux objectifs mondiaux qui succèdent aux objectifs du millénaire pour le développement, lancés en 2000. Ces nouveaux objectifs prioritaires sont aussi connus sous le nom d’objectifs pour le développement durable. Le but des Nations Unies, en définissant ceux-ci, est de pallier aux difficultés du continent africain, surtout en ce qui concerne le chômage des jeunes.

»L’un des facteurs clés du changement positif au niveau social et politique est l’émancipation économique. Celleci est différente de la croissance économique. Ainsi, si l’Afrique compte six des dix pays qui connaissent la plus forte croissance au monde, ces pays à forte croissance n’arrivent pas à tirer le reste de l’économie du continent vers le haut. Selon des études menées par le FMI sur 173 pays au cours des 50 dernières années, les pays avec une forte inégalité sociale ont tendance à avoir une croissance économique faible et non durable. Aussi, en tant qu’Africain, si nous voulons faire face aux défis de notre continent et poser les bases d’un développement durable, nous devons être plus solidaires.

»De nos jours, le symptôme le plus visible de l’inégalité économique en Afrique est le problème de l’immigration des réfugiés du continent vers l’Europe. Pourtant, selon une étude réalisée en juillet par le Réseau International des Réfugiés, une ONG internationale, il y a au Maroc 40 000 immigrés clandestins venant du Nigéria, Cameroun, Ghana et des pays francophones du continent. Bien que les médias aient montré les tragédies des migrants syriens, ils manquent de mettre en exergue les problèmes et le manque d’opportunités auxquels ces migrants font face dans leurs pays respectifs. Pour trouver une solution définitive à ce problème, la communauté internationale se doit d’aider les Etats africains à la mise en place de structures qui pourraient empêcher par leur action cette envie d’aller chercher une meilleure vie ailleurs. Je pense que la philosophie d’“africapitalisme” pourrait énormément aider à la réalisation de cet objectif.

La majorité des récents succès économiques du continent a été enclenché par des multinationales étrangères. Nous pouvons remédier à cela en développant la capacité des entreprises à maitriser et assumer les éléments complexes de la chaîne de distribution, ce qui nous permettrait de bénéficier des retombées de l’exploitation de nos propres ressources.

»L’“africapitalisme” repose sur la prémisse selon laquelle le secteur privé africain à un rôle clé à jouer dans la transformation de l’économie du continent. Ainsi seul un investissement à long terme dans les secteurs stratégiques, permettra aux Africains de finalement profiter de leurs ressources naturelles et de leur capital humain. En réalité, la majorité des récents succès économiques du continent a été enclenché par des multinationales étrangères. Nous pouvons remédier à cela en développant la capacité des entreprises à maitriser et assumer les éléments complexes de la chaîne de distribution, ce qui nous permettrait de bénéficier des retombées de l’exploitation de nos propres ressources. Je ne prône pas la nationalisation, mais je propose que le secteur privé africain soit plus audacieux en protégeant et en promouvant ses propres intérêts.

»Le Gabon est l’exemple typique du pays africain avec d’importantes ressources naturelles qui a enregistré des performances économiques avec une croissance de 5,1% ces dernières années, au-dessus de la croissance économique du continent à 4,5% sur la même période. Cependant, comme la majorité des économies africaines, le Gabon est dépendant du pétrole qui représente environ 50% du PIB, 60% des revenus de l’Etat et 80% des exportations. Ce déséquilibre joue un rôle important dans le problème du chômage qui touche le pays, et atteint près de 20% des actifs et 30% des jeunes. Ce problème va au-delà du simple fait de mettre en place de nouvelles politiques d’emplois. Une solution définitive passe par une restructuration de l’économie gabonaise qui permettrait aux entreprises et talents du pays d’exercer de plus en plus de contrôle sur les éléments à valeur ajoutée de la chaine de production de pétrole et favoriser un impact important du secteur pétrolier sur l’économie nationale. Conscient de ce fait, je comprends l’importante démarche innovatrice du Gabon et son effort à actualiser le plan de développement stratégique du pays.

»L’une de mes principales certitudes repose sur l’ingéniosité inhérente et la capacité de mes compagnons africains à trouver des solutions aux enjeux majeurs du continent. C’est avec cette certitude que, plus tôt cette année, j’ai utilisé mes propres fonds pour le lancement du Tony Elumelu Entrepreneurship Programme – une initiative de 100 millions de dollars déclinée sur 10 ans qui compte parrainer, former et mettre à la disposition de 10 000 entrepreneurs africains le capital dont ils ont besoin pour donner vie à leurs idées. Dès la première année du programme, 1000 entrepreneurs venant de 52 pays africains ont été sélectionnés, et 30% des entrepreneurs choisis ont commencé un business dans l’agriculture.

»L’adoption de l’“africapitalisme” par les entreprises et les gouvernements faciliterait l’utilisation de business model plus inclusifs, le développement d’un environnement des affaires plus amical et encouragerait aussi tout un chacun à entreprendre. Par ailleurs, l’“africapitalisme” définit le futur du continent en redonnant les clés de développement à l’Africain tout en mettant fin aux problèmes migratoires.

»L’Europe, qui a su renaître après ses nombreuses guerres et crises, est en soit un modèle pour l’Afrique, dans le sens où il est bénéfique aux pays comme aux régions de se débarrasser des barrières comerciales régionales tout en préservant les droits sociaux. Il relève de la responsabilité de tout un chacun, Européens aussi bien qu’Africains, de travailler ensemble pour atteindre nos objectifs communs.»





Une innovation

2015/10/21

«Movember invite les innovateurs sociaux à présenter des idées transformatrices»




Fondation Movember via Market Wired



«Etes-vous un penseur révolutionnaire? Un innovateur original? Movember a besoin de vous!

»La Fondation Movember annonce aujourd'hui le Défi des innovateurs sociaux et invite les personnes les plus talentueuses et créatives du Canada à mettre à profit leurs talents pour résoudre le problème caché du peu de liens sociaux chez les hommes, un problème qui nuit profondément à leur santé et augmente les risques de suicide, de dépression et d'anxiété. Dans cette seconde initiative du genre au Canada, la Fondation Movember investit plus de 5,2 millions de dollars canadiens afin que toute personne qui veut offrir des solutions qui changeront la donne et aideront à résoudre cette crise grandissante puisse les concrétiser. Pour ce défi, nous demandons aux intéressés de nous présenter une idée de changement qui peut aider à trouver des solutions à quelques-uns des problèmes les plus urgents auxquels se heurtent les hommes.

»Le Défi Movember des innovateurs sociaux sera lancé au Canada, au Royaume-Uni et en Australie et quiconque est passionné par l'innovation est invité à proposer des idées révolutionnaires de moyens à prendre pour rétablir et renforcer les liens sociaux chez les hommes.

La Fondation Movember espère que ce nouveau défi fera naître des idées inédites, les encadrera et donnera à leurs auteurs désireux de susciter le changement, l'autonomie nécessaire pour le faire.

»Phase 1 -- Les idées (résumées dans un texte de 500 mots au maximum) doivent être présentées en ligne au plus tard le 9 décembre 2015. Après évaluation, au maximum 50 idées recevront jusqu'à concurrence de 25 000 $ et leurs auteurs devront concevoir, créer et soumettre d'ici 2016 un plan de projet pilote pour mettre leur idée en pratique.

»Phase 2 -- À la suite d'une évaluation externe des plans de projet pilote, au moins 14 projets les plus susceptibles d'aider à rétablir et à renforcer les liens sociaux chez les hommes recevront en mai 2016 jusqu'à concurrence de 200 000 $ pour mettre à l'essai leurs idées sur une période de deux ans.

»Des recherches de l'Organisation mondiale de la santé ont montré que l'ampleur des réseaux interpersonnels chez les hommes peut grandement influencer la santé, voire réduire le risque de suicide. Près d'un homme sur quatre dans le monde a peu de soutien social et 25 % de ces derniers n'ont personne à l'extérieur des membres de leur famille immédiate sur qui compter. Il n'y a actuellement aucune initiative ni solution réelle qui permet de résoudre le problème des liens sociaux et de l'isolement que peuvent vivre les hommes pendant des périodes marquantes de leur vie. La Fondation Movember espère que ce nouveau défi fera naître des idées inédites, les encadrera et donnera à leurs auteurs désireux de susciter le changement, l'autonomie nécessaire pour le faire.

»"Encourager les hommes à établir davantage de liens sociaux et à y faire appel lorsqu'ils vivent des difficultés et des transitions dans leur vie sont des priorités cruciales de la Fondation Movember parce que nous voulons réduire le nombre d'hommes qui s'enlèvent la vie, a déclaré Paul Villanti, directeur administratif des Programmes de la Fondation Movember. Après avoir déterminé, grâce à la recherche financée par la Fondation Movember, les principaux problèmes à résoudre, nous lançons maintenant ce défi international pour mettre à l'essai les meilleures idées qui aideront les hommes à développer davantage leurs liens sociaux."

»Pour en savoir plus et soumettre une idée, visitez:
https://socialconnection.fluidreview.com»





Un innovateur

2015/10/20

«De la finance autrement à la finance pour les autres»




Next Finance



«Lors de la Table Ronde organisée par AG2R LA MONDIALE et Kedge Business School dans le cadre de la semaine de l’ISR, certains intervenants ont indiqué que “l’ISR best-in-class” était à un tournant, les fonds étant construits à partir de modèles financiers utilisant souvent les capitalisations boursières et n’ayant pas réussi à s’abstraire des problèmes d’asymétrie d’information...

»Le 8 octobre, AG2R LA MONDIALE et Kedge Business School ont organisé dans le cadre de la semaine de l’ISR une conférence sur le thème de la Finance Responsable. En introduction, André Renaudin, Directeur général d’AG2R LA MONDIALE, et François Pierson, Président de Kedge Business School, ont présenté la Chaire “Finance Autrement: Investissement, Solidarités, Responsabilité” de la Kedge Business School soutenue par AG2R LA MONDIALE, ainsi que l’ouvrage “La Finance Autrement ? Réflexions critiques et perspectives sur la finance moderne”, fruit de sept années de recherche sur les thématiques de l’ISR.

»À l’issue de la présentation de l’ouvrage, une table ronde a été organisée sur le thème de “La Finance Autrement”.


»SYNTHÈSE ET ENJEUX DE L’OUVRAGE “LA FINANCE AUTREMENT ? RÉFLEXIONS CRITIQUES ET PERSPECTIVES SUR LA FINANCE MODERNE”

»Dans sa préface, André Renaudin, Directeur général d’AG2R LA MONDIALE, rappelle que l’ouvrage est “le fruit d’une rencontre originale entre les mondes académique et professionnel”, qui “clôture un premier cycle de recherches portées par la Chaire AG2R LA MONDIALE-Kedge Business School, créée fin 2008, dont l’objectif est de construire une approche alternative pionnière d’une finance responsable, incarnant la démarche sociétale des deux partenaires. Le nouvel essor du mouvement coopératif et de l’économie sociale et solidaire, celui de la micro-finance et du financement participatif, l’émergence d’instruments de marchés fléchés vers des projets exclusivement de développement durable, le développement spectaculaire de l’investissement socialement responsable témoignent du dynamisme de ces “nouveaux modèles de financement de l’économie”.

»Au travers de cette réflexion collective, alliant professionnels et académiques, le but est d’“enrichir les fondements de la responsabilité fiduciaire des investisseurs institutionnels”. Il s’agit de réfléchir à “la façon dont la valeur d’un actif “financier” se construit dans le cadre d’un consensus social, sur les modalités de préservation de cette valeur par le développement de nouvelles pratiques et de nouveaux produits de gestion d’actifs répondant aux exigences socio-économiques de l’ensemble des parties prenantes et sur le champ couvert par la notion de protection de l’intérêt exclusif des bénéficiaires”.


»SYNTHÈSE DE LA TABLE RONDE

»Intervenants:

»Vincent Auriac, Président d’Axylia ;

»Patrice Garnier, Président de la Société d’investissement France active (SIFA) ;

»Jacques Ninet, conseiller Recherche du groupe la Française, chercheur sur la finance responsable et le développement durable ;

»Roland Pérez, Président du Conseil Scientifique de la chaire AG2R LA MONDIALE ;

»Christophe Revelli, Enseignant-Chercheur, Kedge Business School.


»En quête d’un nouveau paradigme

»La crise des “subprimes” de 2007 et l’onde de choc qui a suivi, ont bouleversé les codes de la Finance Moderne. Roland Pérez, professeur en économie et Président du Conseil Scientifique de la chaire AG2R LA MONDIALE, l’affirme: “L’ampleur de la crise financière mondiale et ses effets ravageurs ont amené une mise en cause du corpus de la finance elle-même comme objet de connaissance et comme ensemble de pratiques professionnelles”. Citant les affaires Madoff et Kerviel, il pense que “la nature humaine étant ce qu’elle est, si ces acteurs n’ont pas en eux-mêmes une éthique suffisante pour les empêcher d’avoir un comportement inapproprié, il convient de renforcer les dispositifs de contrôle et de surveillance propre au système et, si besoin est, de prévoir des sanctions en cas de manquements caractérisés”.

»Mais la crise a également remis en cause la pertinence des outils d’analyse, de modélisation et de prévision actuels. Ce qui pourrait justifier “d’élargir la gamme actuelle des outils utilisés (actuariat, probabilités) à d’autres outils mathématiques (théorie des jeux, fractales...). Ainsi, “le paradigme dominant, né dans les années 1950, à partir des travaux fondateurs de Markowitz, Tobin, Modigliani & Miller, est actuellement en phase d’épuisement, malgré les immenses développements auxquels il a donné lieu et la dizaine de Prix Nobel d’Économie qui ont jalonné son histoire, car dans l’impossibilité de faire face aux problèmes posés par l’actuelle crise financière. Problèmes dans lesquels il a sa part de responsabilité”.

»Face à ce constat, il évoque trois pistes de réflexions possibles: “réinscrire la finance dans le champ des sciences humaines et sociales (SHS)”, “élargir le cadre d’analyse – notamment du risque - à d’autres éléments que les prix, les taux et les variations aléatoires de ces prix et taux” et “recourir à la formalisation comme une voie, entre autres, de l’analyse”.


»De l’investissement éthique vers l’éthique d’investissement

»Pour Christophe Revelli, Docteur en économie et enseignant à Kedge Business School de Marseille, il convient “avant de se poser la question de la convergence de l’ISR vers l’ensemble des pratiques, de recentrer le débat sur l’éthique”. Car, “les enjeux se situent autour de la capacité de l’ISR à migrer vers plus d’impact investing et plus de prise en compte de la mesure de la performance extra-financière”. Il distingue l’ISR de l’investissement conventionnel en deux points majeurs. D’abord, l’ISR “engage une partie non quantifiable et non tangible, subjective, propre à chaque individu: son engagement éthique”. Ensuite, “l’ISR doit engager par définition la soutenabilité ou la durabilité, ce qui engage l’investissement dans une autre logique (long-termisme au détriment du court-termisme)”.

»Dès lors, “il ne peut être considéré comme un investissement conventionnel et ne peut donc pas bénéficier du même régime de faveur et de la même catégorisation, notamment sur les enjeux de la performance financière.”

»Pour ce faire, il est nécessaire “de basculer dans une prise en compte de la responsabilité et de migrer de l’investissement éthique vers l’éthique de l’investissement, dans une logique de ré-encastrement de la finance au sein de l’éthique”.


»La “finance autrement” promise à un bel avenir

»Toutefois, comme le rappelle Patrice Garnier, Président de la Sifa, “la “finance autrement” existe déjà, elle se développe rapidement même si elle demeure modeste en encours. On peut même dire que c’est le segment de l’épargne et des placements qui se développe le plus rapidement. En France, les chiffres de Finansol qui collecte les données sur l’épargne solidaire montrent un encours de placements porteurs d’une “poche solidaire” de 6,8 Mds € fin 2014 en progression à deux chiffres depuis de nombreuses années”.

»Malgré cette dynamique, l’expert s’étonne “que les concepteurs et distributeurs de produits financiers soient aussi frileux puisque la demande des clients et des épargnants est là”. Et ce même si, selon lui, ces mêmes épargnants “ont perdu un large pan de confiance dans les discours sur les performances et les promesses des financiers qu’ils suspectent d’oublier l’intérêt du client à leur seul profit.” D’autant que les projets à financer ne manquent pas à l’heure où “l’Économie Sociale et Solidaire a toute sa place de pionnier dans l’économie collaborative, dans l’économie de partage ou circulaire qui pointe et se diffuse”.

»Plus globalement, une “finance pour les autres”, repose notamment sur “l’intérêt de l’apport financier qui permet de porter des projets, de soutenir des innovateurs, de tisser du lien social, de proposer des produits respectueux de l’environnement, de rendre de nouveaux services au plus grand nombre, de contribuer à une économie qui apporte de la valeur ajoutée et de la solidarité.”


Plus globalement, une “finance pour les autres”, repose notamment sur “l’intérêt de l’apport financier qui permet de porter des projets, de soutenir des innovateurs, de tisser du lien social, de proposer des produits respectueux de l’environnement, de rendre de nouveaux services au plus grand nombre, de contribuer à une économie qui apporte de la valeur ajoutée et de la solidarité.”

»Vers une remise en question de “l’ISR best-in-class” vDe son côté, Vincent Auriac, Fondateur d’Axylia, se référant à la mise en garde de Mark Carney, le gouverneur de la Banque d’Angleterre “sur les lourds risques à la stabilité financière portés par le changement climatique”, souligne l’impérieuse nécessité de mieux prendre en compte les éléments extra-financiers dans le cadre d’une approche ISR. Il considère que “l’ISR best-in-class est à un tournant” sachant que “les fonds sont construits à partir de modèles financiers en utilisant souvent les capitalisations boursières” et “n’ont pas réussi à s’abstraire des problèmes d’asymétrie d’information en travaillant sur l’information diffusée par les sociétés cotées comme l’a montré l’affaire Volkswagen.”

»D’après lui, “la gestion financière doit sortir de la schizophrénie qui consiste à proposer un fonds ISR et à ne rien changer au reste de sa gamme. Le bon sens collectif reste dubitatif face à de telles pratiques qui freinent la crédibilité et la diffusion de la finance responsable”. Il estime que “le mouvement dit d’intégration ESG doit apporter la preuve (par la mesure) de la réduction des risques qu’elle prétend atteindre”.

»Face à ce constant, “il est probable que la solution réside dans la combinaison de plusieurs forces aux effets positifs: les nouveaux comportements des investisseurs, l’essor de l’“impact investing” auprès des clients fortunés et également, en amont, la mutation des comportements des consommateurs qui obligent les multinationales à modifier leur stratégie”.


»De l’ISR à L’ISR 2.0

»Par ailleurs, dans ce qu’il appelle “la longue marche vers la Responsabilité (avec un grand R)”, Jacques Ninet, membre du Conseil Scientifique de la chaire “Finance Autrement” note que “bien que l’acronyme d’ISR ait finalement prévalu, et que l’on parle aussi beaucoup d’ESG, les deux piliers de la démarche restent bien la durabilité (sustainability) et la responsabilité environnementale, sociale et sociétale”.

»Depuis le début du nouveau millénaire, l’ISR est ainsi, selon lui, “passé en une dizaine/quinzaine d’années d’une forme militante un peu basique, appelée surtout à se défendre du procès en sous-performance financière systématique, à un mouvement irréversible des pratiques, en même temps qu’apparaissent les prémisses d’une nouvelle finance”. A ce sujet, il observe que l’ISR 2.0 a “constitué une étape essentielle sur ce cheminement, en réhabilitant le long terme et en remettant le développement – et sa qualité - au centre de l’investissement financier”. Car “l’objectif était bien de dépasser le double antagonisme supposé (par les néo-classiques) entre développement et durabilité d’une part, et entre responsabilité et rentabilité de l’autre”.

»Nourrissant l’“espoir d’un changement réellement en marche”, il espère que “la responsabilité en finance ne s’entende plus seulement comme une vertu additionnelle mais bien comme un a priori à toute action et comportement, et qu’on la mesure et la sanctionne en tant que telle”.»





Administration Publique et innovation

2015/10/17

Newsletter L&I, n.º 74 (2015-10-19)





Administração Pública e inovação | Administración Pública e innovación |
Administration Publique et innovation | Public Administration and innovation

Um inovador | Un innovador | Un innovateur | An innovator

Uma inovação | Una innovación | Une innovation | An innovation

A execução da inovaçao | La ejecución de la innovación | L’exécution de l’innovation |
The innovation execution



Liderar Inovando (BR)

«Tecnologias Sociais de ensino e pesquisa concorrem ao Prêmio Fundação BB (Banco de Brasil)» [web] [intro]
«Desenvolvimento, indústria e emprego» [web] [intro]
«A financeirização da política social: o caso brasileiro» [web] [intro]
«Como será o CEO do futuro?» [web] [intro]

Liderar Inovando (PT)

«A educadora indiana Kiran Sethi tem uma certeza: toda criança pode, e deve, mudar o mundo ao seu redor» [web] [intro]
«Uma estratégia de crescimento para a Europa» [web] [intro]
«Revolução tecnológica ameaça o futuro do emprego no Mundo» [web] [intro]
«Encontro ESRI 2015: a razão pela qual que a geografia vai dominar o mundo» [web] [intro]

Liderar Innovando (ES)

«Invertir en educación es el motor para el cambio social en América Latina: Microsoft» [web] [intro]
«¿Cómo debería ser la nueva economía del mundo?» [web] [intro]
«Tomando posiciones» [web] [intro]
«José Luis Martínez Guijarro, vicepresidente de Castilla-La Mancha: “No puede haber recuperación económica sin recuperación social”» [web] [intro]

Mener avec Innovation (FR)

«Cheikh Bakhoum, Directeur Général de l’ADIE : “3 fournisseurs d'accès internet sont attendus sur le marché”» [web] [intro]
«Le Salon World Efficiency: des solutions pour les ressources et le climat [web] [intro]
«Chômage, croissance et principe de précaution» [web] [intro]
«Plan de développement 2016-2020: De la nostalgie économique» [web] [intro]

Leadership and Innovation (EN)

«Delhi to host conference on "Competency Building for Excellence, Innovation and Social Change"» [web] [intro]
«The Evolution Of Japanese Startups: Innovation From The Ground Up» [web] [intro]
«Innovation is About People» [web] [intro]
«Social Innovation in Transport & Mobility» [web] [intro]

Licencia Creative Commons Licencia Creative Commons
Atribución-NoComercial 4.0 Internacional