2015/07/01

«Sébastien Deletaille prédit les crises alimentaires avec les données télécoms»




Guillaume Scifo: L’Atelier



«Et si les données des opérateurs télécoms aidaient les humanitaires et les institutions en Afrique? C’est en tout cas le pari de l’entrepreneur belge Sébastien Deletaille récompensé aux derniers MIT35 Belgique.


»Un innovateur?

»Sorti d’une des écoles de commerce les plus réputées de Belgique, la Solvay Business School, Sébastien Deletaille semble d’abord suivre une voie toute tracée: celle de consultant en entreprise. Ce qu’il fait sans hésiter à la fin de ses études en entrant au cabinet McKinsey. “Une boîte passionnante et des gens exceptionnels” avoue-t-il mais ce travail manquait d’une chose au goût du jeune homme: l’aventure entrepreneuriale. Deux ans après être entré chez McKinsey, il quitte donc la multinationale pour commencer son parcours de “startuper”.

»Il fonde trois start-up successives. La troisième fut la bonne. Il s’agissait en 2009 de Real Impact Analytics qui tente de créer de la valeur à partir des données issues des télécoms. “Nous sommes partis de l’adage ennuyeux qui consistait à dire qu’il y avait trop de données inexploitées.” explique-t-il. Très vite la start-up s’exporte dans les pays émergents: de São Paulo au Cap en Afrique du Sud.


»Une innovation?

»C’est là, en travaillant en Afrique, que Sébastien Deletaille et son équipe rencontrent une nouvelle problématique: “Nous avons été confrontés à des organismes comme la Fondation Gates qui nous ont expliqué que ces données issues de opérateurs téléphoniques étaient très riches pour l’aide au développement.” En effet le travail humanitaire ne disposait alors pas ou très peu de données sur lesquelles travailler plus précisément.

»D’où l’idée de Data for Good. Le projet veut faire le pont entre les opérateurs téléphoniques et les organismes humanitaires. Du big data pour faire le bien si l’on veut résumer grossièrement. La start-up essaie en fait d’identifier pour chaque organisme partenaire une problématique et de comprendre comment ces données télécoms anonymisées peuvent aider. Un peu dans l’esprit du programme Data for Development d’Orange.


»Quel impact?

»Data for Good réunit donc plusieurs initiatives. Celle que le MIT a récompensé il y a quelques semaines utilise les informations sur les achats de cartes prépayées en Afrique pour prédire d’éventuelles crises alimentaires. “Cela peut paraître surréel mais la façon dont les individus achètent des cartes prépayées nous renseigne sur leur niveau de richesse.” souligne Sébastien Deletaille. Ainsi un utilisateur aisé achètera très peu de cartes mais pour de gros montants quand un consommateur plus pauvre achètera beaucoup de cartes avec de très faibles montants n’ayant pas assez d’argent d’avance.

un utilisateur aisé achètera très peu de cartes mais pour de gros montants quand un consommateur plus pauvre achètera beaucoup de cartes avec de très faibles montants n’ayant pas assez d’argent d’avance.

»En conséquence ces informations permettent de dresser une carte des niveaux de pauvreté et d’en saisir les évolutions quasiment en temps réel. Pour ensuite anticiper des crises alimentaires, l’équipe de Data for Good exploite les données des fermiers: niveau de pauvreté et mobilité notamment, toujours avec les informations sur les ventes de cartes prépayées. Avec tout cela, le projet permet d’anticiper les crises alimentaires.


»Et à l’avenir?

»Après l’Afrique, l’avenir de Data for Good sera-t-il en Europe? À la question Sébastien Deletaille sourit. Selon lui les pays en voie de développement sont bien plus avancés et réactifs sur la question des données. “En Europe on en est encore à la genèse, dans une sorte de phase de prototypage. Dans les pays émergents en revanche, on réfléchit d’ores et déjà à une mise à l’échelle pour étendre les offres locales.” explique-t-il.

»Mais l’idée d’appliquer les projets de sa start-up et notamment de Data for Good sur le vieux continent lui trotte tout de même dans la tête avec des idées déjà bien précises: “Les problématiques sont d’un ordre différent. On pourrait citer les embouteillages à Paris par exemple. C’est un problème sociétal dans le sens où il y a un gros gaspillage aux niveaux du temps, de l’écologie et de l’humain.” Dans ce cadre l’expertise de Real Impact Analytics peut jouer un rôle selon l’entrepreneur: “Les données télécoms peuvent aider dans ce cas-là à dessiner une carte de la mobilité et à revoir les parcours de la RATP en fonction. Cela peu être quelque fois microscopique: en Allemagne il a suffi, à un endroit, de déplacer une bouche de métro de quelques dizaines de mètres pour améliorer la circulation des personnes.”»





Un innovateur

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