2015/07/24

«Favi: quand confiance rime avec performance»




BPI France



«Depuis 30 ans, Favi a supprimé la hiérarchie et applique la philosophie du “management par la confiance”. En plus d’y gagner en performance, ce sous-traitant de l’industrie automobile favorise et facilite l’innovation par ses opérateurs “libérés”.

»Chez Favi (Fonderie et Ateliers du Vimeu), les opérateurs travaillent pour leurs clients et non pour leurs supérieurs.

»Cette PME de 400 salariés, sous-traitante de l’industrie automobile, fonctionne sans chefs depuis 30 ans. “La confiance rapporte plus que le contrôle” explique Jean-François Zobrist, l’ancien directeur général de Favi qui a mis en place ce management novateur dans les années 80(1). “Les éventuels abus résultant de l’absence de contrôle ne coûtent rien en regard du coût des contrôles” poursuit-il dans une note sur la “management par la confiance”.


“Les éventuels abus résultant de l’absence de contrôle ne coûtent rien en regard du coût des contrôles” poursuit-il dans une note sur la “management par la confiance”.

»Des “mini-usines” au service de leurs clients

»En 2013, Favi, c'était un chiffre d’affaires de 73 M€, dont 45 % à l’export.

»Créée en 1957 à Hallencourt, la société, spécialisée dans les fourchettes de boîtes de vitesses pour l'automobile et les rotors en cuivre, applique cette philosophie qui ne nuit pas à la performance de l’entreprise. Dans un secteur concurrentiel où les délocalisations sont courantes, Favi a réalisé en 2013 un chiffre d’affaires de 73 M€, dont 45 % à l’export.

»Concrètement, l’activité est organisée en “mini-usines” de 10 à 40 personnes, dédiées à un client ou à une mission transversale, comme la maintenance. Ces entités cooptent un des leurs pour assumer le statut de “leader”, dont le rôle est d’organiser la production, de définir les besoins et les investissements, de gérer les plannings, etc. L’activité est tournée vers la satisfaction des clients. Les opérateurs leur rendent visite pour observer l’utilisation des pièces, en dégager des pistes d’amélioration et mieux répondre aux besoins.

»La “libération” des équipes participe ainsi à accroître l’innovation et la satisfaction des clients.»





L’exécution de l’innovation

2015/07/23

«Le tour du monde de l’innovation»




La Tribune



«Chaque semaine, La Tribune et #Living Circular vous proposent de partir à la découverte des petites et grandes innovations qui annoncent l'avenir.»





Une innovation

2015/07/22

«Une fondation libérale, progressiste et européenne»




Fondapol.org



«Née en 2004, la Fondation pour l’innovation politique contribue au pluralisme de la pensée et au renouvellement du débat public. Elle s’inscrit dans une perspective libérale, progressiste et européenne.

»Lieu d’expertise, de réflexion et de débat, la Fondation s’attache à décrire et à comprendre la société française et européenne en devenir. Le vieillissement démographique, le poids croissant des enjeux environnementaux ou la globalisation sont quelques-uns des phénomènes qui œuvrent à l’émergence d’un monde nouveau. L’analyse de ces transformations et de leurs conséquences sur notre vie politique constitue le cœur des travaux de la Fondation.

»La Fondation ne saurait limiter son activité à l’observation. Si elle doit prendre une part active au débat intellectuel, elle doit, à la différence d’un centre de recherche universitaire, être capable de formuler des propositions et des recommandations innovantes à l’adresse des acteurs politiques, économiques et sociaux, tant publics que privés, français et européens.

»La Fondation pour l’innovation politique est reconnue d’utilité publique. Elle est indépendante et n’est subventionnée par aucun parti politique. Ses ressources sont publiques et privées. Le soutien des entreprises et des particuliers contribue également au développement de ses activités.»





Un innovateur

2015/07/21

«Le nouveau portail franco-mexicain pour la recherche et l’innovation, au service de la coopération scientifique entre les deux pays»




Forum des Politiques Publiques d'Innovation



«Le forum franco-mexicain pour la recherche et l’innovation, organisé conjointement en Juin 2013 par l’Ambassade de France au Mexique, l’Agence mexicaine pour la coopération internationale (AMEXCID) et le Conseil national pour la science et la technologie (CONACYT), a permis, pour la première fois à grande échelle, aux acteurs de la communauté scientifique et technologiques des deux pays de se rencontrer, de communiquer sur leurs travaux conjoints, et d’exprimer leur satisfaction et leurs attentes concernant la coopération scientifique entre la France et le Mexique.

»Au cours de ce forum, les acteurs français et mexicains avaient regretté le manque d’information facilement accessible sur l’ensemble de la collaboration franco-mexicaine en Science, Technologie et Innovation et le manque de communication entre les communautés scientifiques des deux pays. Le CONACYT et l’Ambassade de France à Mexico ont depuis travaillé conjointement au développement d’un portail internet dédié à la recherche et l’innovation afin de répondre, le mieux possible, aux attentes formulées lors de cet évènement.

»Ce nouveau portail franco-mexicain pour la recherche et l’innovation a été inauguré le 10 Mars 2015 à la résidence de France par l’Ambassadrice de France, Maryse Bossière et le Directeur général du CONACYT, Enrique Cabrero, et de nombreux acteurs de la communauté scientifique et technologique des deux pays.

Les objectifs de ce portail sont multiples. D’une manière générale, il s’agit de créer un véritable réseau virtuel d’information et de communication pour renforcer les liens entre les deux pays en sciences, technologie et innovation et, ainsi, donner une nouvelle impulsion à la coopération franco-mexicaine dans ces domaines.

»Les objectifs de ce portail sont multiples:

»– Présenter l’ensemble des collaborations en cours.

»– Présenter les acteurs de la communauté scientifique et technologique franco-mexicaine, faciliter les contacts et, ainsi promouvoir la création de nouveaux projets de recherche et d’innovation.

»– Fournir des informations sur l’ensemble des outils à disposition des étudiants, chercheurs, institutions et entreprise (programme de financement, bourses, appels d’offre, offres d’emploi...) pour développer de nouvelles collaborations en science, technologie et innovation entre la France et le Mexique.

»– Informer la communauté sur les actualités et évènements importants en France et au Mexique.


»D’une manière générale, il s’agit de créer un véritable réseau virtuel d’information et de communication pour renforcer les liens entre les deux pays en sciences, technologie et innovation et, ainsi, donner une nouvelle impulsion à la coopération franco-mexicaine dans ces domaines. Il sera administré et animé conjointement par le CONACYT et le service de coopération scientifique de l’ambassade de France au Mexique mais fait appel, de manière interactive, à toutes les personnes ou institutions engagées dans la collaboration franco-mexicaine ou souhaitant s’y engager pour l’enrichir et le faire vivre.

»Pour en savoir plus, rendez-vous Ctifranciamexico.com





Administration Publique et innovation

2015/07/20

«Newsletter L&I» (n.º 61, 2015-07-20)





Administração Pública e inovação | Administración Pública e innovación |
Administration Publique et innovation | Public Administration and innovation

Um inovador | Un innovador | Un innovateur | An innovator

Uma inovação | Una innovación | Une innovation | An innovation

A execução da inovaçao | La ejecución de la innovación | L’exécution de l’innovation |
The innovation execution



Liderar Inovando (BR)

«Plano de Inovação do TCE Ceará é lançado com palestra de Roberto Meizi Agune» [web] [intro]
«Cooperativismo no novo cenário tecnológico bancário» [web] [intro]
«A Inovação no Processo de Desenvolvimento de Produtos» [web] [intro]
«Empreender para quê?» [web] [intro]

Liderar Inovando (PT)

«Projecto “A nossa escola cuia”: Angola poderá contar com escolas pré-fabricadas com tecnologia blockhaus» [web] [intro]
«Lições de uma Vida Com Sentido» [web] [intro]
«A PT no centro do mercado televisivo» [web] [intro]
«Departamentos TI das empresas portuguesas só dedicam 9 minutos por dia à inovação» [web] [intro]

Liderar Innovando (ES)

«Innovación pública y capital humano científico» [web] [intro]
«Diez características del innovador» [web] [intro]
«Uruguay destaca “su carácter innovador” durante cumbre entre Comunidad de Estados Latinoamericanos y Caribeños (CELAC) y Unión Europea (UE)» [web] [intro]
«México y Francia firman 23 acuerdos de investigación e innovación» [web] [intro]

Mener avec Innovation (FR)

«La Société Nationale des Chemins de fer Français muscle sa culture de la sécurité» [web] [intro]
«Namwali Serpell, zambienne, lauréate et généreuse» [web] [intro]
«Des chercheurs de Montpellier découvrent une bactérie "intelligente" pour détecter des maladies» [web] [intro]
«Démystifier la tradition» [web] [intro]

Leadership and Innovation (EN)

«Wichita State is getting a $1 million federal grant for roads and water lines to support the first building at the new innovation campus» [web] [intro]
«Companies with boards full of white men are unlikely to be innovative» [web] [intro]
«Global Innovation Exchange: A new kind of investment in higher ed» [web] [intro]
«Nairobi Innovation Week» [web] [intro]

Licencia Creative Commons Licencia Creative Commons
Atribución-NoComercial 4.0 Internacional








2015/07/10

«Démystifier la tradition»




In Koli Jean Bofane: Africultures



«Au milieu des années 1920, le Congo vit sous l’ordre colonial et son peuple vaque sans trop de soubresauts à la grandeur de la Belgique, à qui le roi Léopold II vient de céder ce territoire dépassant de plus de quatre-vingts fois la taille de son propre royaume, niché là-bas, au bord de la mer du Nord. Au centre du Congo se trouve la province du Kasaï-Occidental avec sa capitale, Luluabourg (aujourd’hui Kananga). Le peuple issu des deux Kasaï, les Balubas, a jadis fait partie d’un empire puissant et la fierté de cette gloire passée est encore présente en chacun de ses ressortissants. De ce fait, ils sont réputés tenir fermement à leurs traditions: les règles du mariage coutumier se doivent d’être respectées à la lettre, la nourriture que l’on consomme doit n’obéir qu’à la recette édictée par les anciens, la langue Tshiluba ne doit jamais être oubliée, même lorsque l’on vit des décennies en diaspora. Autrement dit, la parole des ancêtres est sacrée au Kasaï.

»Cela n’empêche pas Djilatendo, en appliquant de l’aquarelle sur du papier, de pratiquer un art des plus contemporains, tout en restant fidèle à son environnement sensoriel et intellectuel. L’artiste, né vers 1895 à Luluabourg, y puise son inspiration. Il décline les motifs des tapis du Kasaï en couleurs transparentes, en opposition à l’opacité du raphia. Par sa touche, Djilatendo évoque plus qu’il n’affirme. Son bestiaire se compose de léopards tracés à gros traits rapides, de canetons en file indienne qui préfigurent les jeunes prostituées du même nom, parcourant les mines artisanales sur d’étroits sentiers. "Tu as l’heure?" demandent-elles. Parce que le Kasaï, ce n’est pas seulement les atmosphères de Djilatendo: c’est aussi un vaste champ de diamants à fleur de terre. Plus inquiétante, la silhouette massive d’un missionnaire en noir sur fond blanc, s’appuyant sur une canne ressemblant à s’y méprendre à un fusil - le discours ne peut jamais être clair en temps d’oppression, il doit s’astreindre à demeurer sous-jacent. Une autre œuvre montre un aéronef construit par un villageois un peu fou mais visionnaire; la houe, la poule qui picore attestent du lieu du prodige. Une autre montre des soldats de la Force publique brandissant la chicotte(1) comme un fait accompli.

»Albert Lubaki, lui, est originaire de Thysville (aujourd’hui Mbanza-Ngungu) dans le Bas-Congo, mais émigre au Kasaï. Il débute comme tailleur d’ivoire. Si son art de l’esquisse lui permet de tailler des formes dans des tronçons de défenses d’éléphant, de la même manière, il lui permettra d’élaborer une peinture d’une simplicité approchant le sublime. Lubaki s’inspire aussi directement du quotidien. Des danseurs portent des masques, rappelant par là que ces ornements n’ont sans doute pas leur véritable place sur nos murs. Des scènes de chasse sont tirées de la vie de tous les jours. Une femme porte la main à son menton en signe d’étonnement devant un mari menaçant. Un combat de fauves se déroule on ne sait où et l’artiste nous rappelle élégamment que les oiseaux du paradis, eux aussi, ont besoin de manger.

»Rencontrer des femmes dans la discipline de la peinture congolaise est trop rare pour ne pas évoquer Antoinette Lubaki, princesse de Kabinda et épouse d’Albert Lubaki. L’artiste, semble-t-il, a délibérément choisi de s’inspirer de son mari: elle prolonge le travail de son conjoint, y ajoutant une dimension légèrement plus aérienne, comme pour dédier son travail à celui qui devrait vraisemblablement figurer dans son panthéon personnel.

»Le Kasaï n’est pas le seul point commun entre ces artistes: il y a surtout Georges Thiry. C’est lui qui a permis qu’on découvre leur talent. Pour Albert Lubaki, ce fut après avoir contemplé une fresque peinte sur un mur de sa case; quant à Djilatendo, Georges Thiry avait été frappé par la modernité éclatante de son œuvre. Il réussit à les exposer en Europe, où Djilatendo sera présenté aux côtés de peintres aussi prestigieux que Magritte ou Delvaux. Dans les années 1930, les idées d’autodétermination commencent à trouver des cadres de réflexion et le kimbanguisme est l’un des plus puissants: la secte sensibilise, entre autres, à la gnose affirmant que le salut de l’âme passe nécessairement par la connaissance de la divinité, de soi, et de l’épistémè. Paul Mampinda s’inscrit totalement dans ce courant. L’artiste est au départ peintre de parois de cases - un imagier, comme on les qualifie sommairement. Alors, Paul Mampinda s’arroge le titre de photographe mais... avec de la peinture. Il fait l’inventaire de la vie et, en ajoutant un cadre autour, témoigne de ce qui l’entoure, parfois avec la précision d’un flic accrédité à la Cour pénale internationale. L’homme peint beaucoup de Blancs. Tous ont l’air gentil, même si ces images pourraient servir à dénoncer ce qui se passe alors au Congo. Paul Mampinda, à travers des scènes stylisées, tente d’établir la nomenclature de toutes sortes de choses: il nous présente des mannequins vêtus de robes de luxe inaccessibles à la population indigène, de petites Européennes placides qui se tiennent par la main, des oiseaux portant le calot, des singes en pleine réflexion, des antilopes appelées mboloko. Apologiste de la chose scientifique, l’artiste devient botaniste, entomologiste, montreur de fauves.

Dans les années 1930, les idées d’autodétermination commencent à trouver des cadres de réflexion et le kimbanguisme est l’un des plus puissants: la secte sensibilise, entre autres, à la gnose affirmant que le salut de l’âme passe nécessairement par la connaissance de la divinité, de soi, et de l’épistémè.

»Avec Ngoma, autre peintre de cette époque, on n’est plus dans le détail. On est dans les bleus roi, les mauves, les taches noires, les espaces sombres. On est dans des silhouettes qui lèvent le poing, qui argumentent - toujours -, qui agissent. Rien n’est jamais figé chez Ngoma, tout peut arriver. Aussi parce qu’on est à Kin et que la ville foisonne déjà d’idées et de sensibilités.

»La ville de Kinshasa (anciennement Léopoldville) était tout naturellement destinée à connaître l’expansion que l’on sait parce qu’elle est située là où s’étend le Pool Malebo, un cirque naturel de plus de 30 km de large séparant les villes de Kinshasa et Brazzaville, les capitales les plus proches au monde. Le fleuve qui nomme les deux Congo est comme un grand serpent de 4 700 km de long, lové dans le sein de la RDC, qui serait sorti d’un trou à l’extrême Est du pays, se serait dirigé vers le nord en passant par Kisangani, aurait glissé ensuite vers l’ouest pour redescendre vers Mbandaka et le sud jusqu’à Boma et, par défi, aurait tenu à démontrer sa suprématie en crachant, tel un dragon, des alluvions rougeâtres à des kilomètres dans les flancs de l’océan Atlantique. De surcroît, pour imposer le fait qu’il est et restera indomptable, le gigantesque python a interdit toute navigation au niveau de sa gorge, la parsemant de roches concassées et générant, du coup, une énergie à nulle autre pareille à hauteur des fameux rapides d’Inga.

»Le mythe de Lyanja est catégorique: Mbombe mettrait au monde tous les peuples du Congo et son fils, le prince Lyanja, les rassemblerait et les mènerait vers le grand fleuve afin de créer une nation. La geste de Lyanja est un mythe de la création. Celle du peuple Mongo, celle du Congo, et accessoirement celle du monde. Ce mythe a la particularité de n’avoir été écrit par personne mais par tous: quiconque a le droit de s’exprimer et d’ajouter un détail au déroulement de l’épopée. Kinshasa et son fleuve symbolisent parfaitement cette prophétie car le cours d’eau, en s’écoulant, a aussi drainé toutes les populations riveraines ainsi que celles résidant plus loin de ses berges. Si bien que 400 peuples ou ethnies se sont déversés dans la capitale, pratiquant autant de langues et de dialectes, mêlant dans un chaudron commun des coutumes qui souvent n’ont rien à voir les unes avec les autres. Ces imaginaires hétéroclites ont concouru à édifier une des villes les plus dynamiques et singulières au monde. Kinshasa commence à se bâtir au début du XXe siècle. Dans les années 1930, avec ses larges avenues de terre ocre, elle a l’allure d’une ville du Far West. Les véhicules y sont rares, c’est la bicyclette qui prend son essor parmi la population. La ville compte alors quelque 25 000 habitants dont 4 000 Blancs environ, venus, sinon pour faire fortune, du moins pour tâter l’aventure. Beaucoup de Belges, mais aussi toutes sortes de nationalités s’y côtoient. Dans la "cité indigène", comme on dit alors, les Congolais venus de tout le pays pour travailler s’organisent en se créant de petits métiers; en suivant une scolarité réduite - excepté pour les séminaristes; en s’autoproclamant "évolués" par la pratique du français et le port de la chemise-cravate; et surtout, en veillant à s’acquitter de leurs impôts régulièrement et à éviter la chicotte, de rigueur en cas d’infraction. Bref, Kinshasa vit sous l’ordre colonial. Mais ordre colonial ou pas, il en faut plus que ça pour museler la création.

»Lubumbashi (anciennement Élisabethville) et le Katanga ont toujours compté un nombre important d’Européens. Le climat y est plus tempéré, prétendent-ils; mais ce sont surtout les mines qui les attirent. Là-bas, on est entre deux mondes: Lubumbashi, en effet, se situe à mi-chemin entre Kinshasa et Johannesburg. On est déjà en Afrique australe. C’est là, à Élisabethville, que Pierre Romain-Desfossés, un militaire ayant rallié de Gaulle dès 1940, choisit d’établir en 1946 son académie d’Art populaire indigène, surnommée "le Hangar". Il surprend un jour son ordonnance Bela, du peuple Sara, en train de peindre. En contemplant la peinture de Bela, on pressent que son histoire se déroule loin des rives du Congo. L’artiste est né au Tchad, à Fort-Archambault (aujourd’hui Sarh), et son imaginaire est le fruit d’une migration, d’un exil. N’empêche, Bela a choisi de représenter la beauté de la nature à l’état pur. Ses huiles rendent fabuleux le moindre poisson du lac Tchad ou du lac Tshangalele, près de Likasi. Souvent, même à travers des photographies ou des films, il est difficile de rendre toute la richesse des couleurs telles qu’elles apparaissent à nos yeux sous les latitudes de l’Afrique centrale. Bela y parvient, et ce avec justesse.

Lubumbashi (anciennement Élisabethville) et le Katanga ont toujours compté un nombre important d’Européens. Le climat y est plus tempéré, prétendent-ils; mais ce sont surtout les mines qui les attirent. Là-bas, on est entre deux mondes: Lubumbashi, en effet, se situe à mi-chemin entre Kinshasa et Johannesburg. On est déjà en Afrique australe.

»Grégory, c’est autre chose. On a l’impression, en observant son travail, qu’il a voulu nier la lumière du Katanga, ou l’escamoter pour pouvoir la distribuer à sa guise. On est en plein délestage, on est dans des beiges, des violets presque noirs. Tout est assourdi. Volontairement. Les peintres Norbert Ilunga, Sylvestre Kaballa, Kabeya, Raphaël Kalela, Kayembe, Oscar Kilima, Lukanga sont tous issus de ce mouvement lushois de l’atelier du Hangar. Au temps de la colonie, les Belges ayant eu besoin de main-d’œuvre pour les mines, des populations entières ont été déportées du Rwanda, du Burundi et du Kasaï; les noms de ces peintres sont ainsi, pour la majorité, issus de l’ethnie Luba. Tous explorent leur propre cosmogonie; la nature et le fabuleux sont omniprésents. Ces artistes sont comme des dépositaires de la tradition: la coutume et le dit des ancêtres, encore une fois, sont pleinement assumés dans leurs œuvres.

»Avec Mwenze Kibwanga, nous sommes dans les années 1950. Après s’être battus pendant la Seconde Guerre mondiale, les Africains sont revenus des différents fronts - des champs de bataille d’Europe occidentale jusqu’aux jungles de Birmanie - avec une meilleure perception d’eux-mêmes et de leur sort. Les idées d’indépendance sont définitivement enracinées et le Congo ne fait pas exception. Cela se ressent dans l’œuvre de Mwenze Kibwanga. Les couleurs y sont sombres, on devine la fin de quelque chose. Les êtres sont dans des tourments. Ils se débattent sous des cordages, semble-t-il. Leur texture est issue tout droit, encore une fois, des tapisseries du Kasaï ou des motifs de l’ancien empire Kuba. C’est de là que les captifs, une fois pour toutes, puiseront la force de se libérer.

»Pilipili Mulongoy, quant à lui, sait affirmer la nature, non en passant par des teintes chatoyantes mais grâce à l’aplomb avec lequel il applique les couleurs et les formes. Chaque représentation est un foisonnement. À l’heure du réchauffement climatique et de la disparition des espèces, les scènes d’abondance de Pilipili Mulongoy apparaissent comme des scandales. On se demande alors si les artistes de demain pourront encore représenter cette générosité de la nature. Pendant ce temps, à l’académie des Beaux-Arts d’Élisabethville, Jean-Bosco Kamba donne l’impression de peindre des animaux fabuleux mais en y regardant de plus près, ce sont souvent des silures ou de vulgaires malangwa (2); quoi qu’il en soit, Jean-Bosco Kamba sait y faire quand il s’agit d’interpréter la forme.

»Jusqu’à l’indépendance, le figuratif était pratiquement la règle en matière de peinture. À partir de 1965, avec l’avènement de Mobutu Sese Seko et du mobutisme, le Zaïre rêve d’un avenir glorieux avec l’authenticité (africaine) comme valeur suprême. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil sur l’œuvre de Mode Muntu: l’artiste représente des univers lumineux, colorés, allégories d’un monde où à chacun sont promis des lendemains qui chantent. Les Zaïrois y croyaient encore. Les couleurs éclatent, les paysages et les personnages sont stylisés à l’extrême. Ils sont comme des embryons appelés à poursuivre leur métamorphose, l’avenir est à eux.

»Papa Mfumu’eto Ier, c’est la bande dessinée populaire par excellence. Sous forme de fanzines, elle sensibilise la population à des thèmes tels que la santé ou le développement, mais pas seulement: elle parle aussi de mœurs, de politique. Ce genre d’œuvres est présent dans pas mal de pays en Afrique, mais Papa Mfumu’eto Ier est un précurseur en la matière. Entre 1990 et 2000, l’artiste produit plus de deux cents fanzines, presque tous en lingala. Il sait comment toucher la population, et surtout, connaît les thèmes porteurs: la sorcellerie, par exemple. Papa Mfumu’eto Ier, c’est Mami Wata, la légendaire sirène qui octroie fortune et pouvoir à qui sait l’honorer; c’est l’histoire de cet homme fortuné - ressemblant furieusement à Mobutu - qui se change en un boa déglutisseur de billets de banque. Papa Mfumu’eto Ier fait ainsi allusion à l’invisible: le dictateur, qui pour maintenir son régime est capable de tout; mais cela ne semble pas impressionner l’artiste car il en a produit beaucoup, des histoires sur le bonhomme.

Le gouvernement souhaite faire venir en France, en octobre prochain, les plus gros fonds de la Silicon Valley pour leur montrer ce qui s’y passe, et, par ailleurs, fera venir à Paris les start-up les plus emblématiques de tout le territoire, afin qu’elles montrent aux investisseurs le niveau et la qualité de ce qu’elles font.

»Forcément, avec une idéologie telle que le mobutisme, dotée d’un parti unique, avec la gouvernance qui laisse à désirer, Chéri Chérin et Cheik Ledy, comme de nombreux artistes congolais, sont obsédés par la politique. Ils sont résolument dans la critique de leur société. Et pour cela, ils nous font observer des scènes de la vie de tous les jours à Kinshasa. On ressent dans leurs peintures une déliquescence des valeurs: celles de la république, celles du couple, celles de la jeunesse.

»Chez Moke, c’est la vie nocturne qui semble revêtir une importance capitale. Comme si l’observation de la faune des boîtes et nganda ("bars clandestins") pouvait constituer une méthodologie en soi. Moke pose l’œil sur les noctambules pour dénicher des repères et des signes. On fait beaucoup la fête dans ses toiles; pourtant les sourires qu’arborent ses sujets, malgré la satisfaction affichée, peuvent facilement virer au rictus. En s’attardant sur une paire de chaussures peinte par Moke, on comprend le caractère essentiel de cet accessoire que les sapeurs appellent d’ailleurs "fondations". C’est par elles que tout arrive, parce que c’est les pieds glissés dedans que l’on part en quête de l’argent pour manger. Sans elles, impossible de se déplacer, de fouler les kilomètres de poussière de la ville. Et en tongs, on perd très vite sa crédibilité pour traiter de choses aussi importantes que le fric. Chez Moke, on est dans le naturalisme le plus total; personne n’essaie de prendre des poses ou d’être beau: on se contente d’exister et voilà tout - tout en continuant à boire sa bière, la cuisse collée à celle d’une rencontre brève et intense, bien sûr. Pierre Bodo, quant à lui, est un pur esthète. Le Congo, dans son œuvre, est sublimé. Ses personnages, habillés avec soin, sont d’une élégance extrême. Ce sont des gens qui aiment vivre. On le voit, ils semblent prendre plaisir à l’air même qu’ils respirent. Ils ont des allures de stars, tous. Et l’Afrique, telle qu’imaginée par l’artiste, est dans la perfection également. Pas celle de l’homme nouveau de Nietzsche, mais celle de l’homme s’assujettissant des gadgets afin d’améliorer ses performances.

»Chéri Samba est le porte-parole essentiel de notre époque. C’est celui qui interpelle, c’est le roi de la satire élégante, mais c’est aussi le maître qui enseigne. La typographie omniprésente sur ses toiles est là pour en témoigner: son discours ne se satisfait pas d’être seulement pictural. Il suffit d’observer ses œuvres pour se convaincre que Chéri Samba est un grand-prêtre(3). L’homme se représente sans arrêt comme en recherche de lumière, mais il ne faut pas s’y méprendre: dans son cas, c’est normal, car l’artiste préfère peindre à l’ombre, dans des pièces ne recevant que parcimonieusement la clarté. Il l’évite lorsqu’il travaille comme si la peur de l’éblouissement le hantait. "Je n’ai pas besoin de lumière, j’ai les couleurs dans ma tête", tente-t-il d’expliquer. Tuyauté par une amie chère, adepte du jeu de Scrabble, il fut surpris d’apprendre que son nom figurait dans le dictionnaire Hachette, parmi les grands d’avant et après Jésus-Christ. Ayant pris connaissance de la notice, il avait tenu à consulter l’ouvrage pour s’assurer du sens exact du mot "truculent", dont le qualifiait Hachette. On voit par là que l’homme est soucieux d’en savoir davantage sur sa personne. En se peignant comme une idole, il espère sans doute se percer à jour. À force d’attirer les commentaires et les qualificatifs de toutes sortes, peut-être à un moment Chéri Samba arrivera-t-il, enfin, à faire le tour de lui-même.

À force d’attirer les commentaires et les qualificatifs de toutes sortes, peut-être à un moment Chéri Samba arrivera-t-il, enfin, à faire le tour de lui-même.

»Si le dicton Chance Eloko Pamba ("La chance, c’est rien" en lingala), proclamé par le musicien congolais Papa Wemba, a été repris par les shegué (4) de Kinshasa, Monsengo Shula aurait pu le faire aussi. Parce que l’artiste se rit carrément du futur. Ses cosmonautes africains sont comme des bébés qui auraient découvert l’apesanteur et en auraient fait leur espace de jeu. Leurs combinaisons n’ont rien de sérieux, et même si ces facétieux hommes de l’espace ont l’air de s’amuser, ils prennent tout de même soin d’emporter lors de leur voyage intersidéral un fétiche ancestral; on ne sait jamais, le cosmos peut s’avérer dangereux, surtout que l’attraction n’y existe plus.

»Steve Bandoma, c’est la peinture à la grenade. Et cela devient tout à coup naturel lorsqu’il peint un personnage de la stature de Muhammad Ali (alias Cassius Clay), réputé, si pas imbattable, du moins indestructible, parce que l’homme a toujours su renaître de ses cendres et se réapproprier son titre. Forcément, dans ce genre de cas, faire appel à plusieurs techniques picturales devient une nécessité primordiale, sans quoi, comment recoller les morceaux? JP Mika peint une faune urbaine qui sous d’autres cieux serait qualifiée de "scène underground". Pas à Kinshasa. Là-bas tout se déroule au grand jour, pas d’exclusivité, et le spectacle ne comporte que des acteurs en action: le spectateur n’existe pas. Si, juste l’artiste, le temps de capter les énergies de son monde et de les retranscrire, de témoigner.

»S’il est à Kinshasa une plateforme culturelle incontournable, il s’agit du collectif Eza Possibles, fondé en 2003, avec des artistes comme Eddy Ekete, Freddy Mutombo, Freddy Tsimba, Kiki Zangunda, Pathy Tshindele, Vitshois Mwilambwe Astro, Kura Shomali, Francis Mampuya, Julie Djikey, Androa Mindre Kolo, Christian Botale, Cédrick Nzolo, Mega Mingiedi Tunga, les collectifs SADI, K50, Yebela, Kongo Nauts. Le collectif produit en 2007 à Kinshasa une œuvre emblématique: un pont. Celui-ci reliera deux quartiers de la commune de Lingwala séparés par un cours d’eau. On l’aura compris, le collectif s’attèle à repenser la ville. Le but n’est pas de pallier des pouvoirs publics défaillants mais plutôt de porter sur la ville un regard neuf, alternatif. Le postulat est qu’il incombe aux artistes de faire des propositions, subjectives, sur la manière dont leur ville peut être pensée et organisée. L’œuvre Katisa ("traverser" en lingala) est en ce sens un geste d’utilité publique mais aussi, peut-être, une utopie. Les œuvres personnelles de Mega Mingiedi Tunga sont des déclinaisons de la ville selon ses plans: une carte n’étant pas chose évidente à interpréter, l’artiste tente d’y rendre visibles nos désirs. Car le XXIe siècle a déjà débuté et, dans cette confusion, nous avons besoin de nouvelles grilles de lecture, de nouveaux schémas de pensée. Chez Kura Shomali, les êtres ont l’air d’avoir perdu toute crédibilité. L’artiste les a explosés pour les mettre à nu. Militaires, politiciens, académiciens, gardes républicains: plus aucun d’eux n’a encore quelque chose à dire. Leurs discours semblent être arrivés à leur terme. Pathy Tshindele, lui, se moque de la forme et du qu’en-dira-t-on. Si ses personnages de monarques omniscients sont maîtrisés, ses silhouettes de citoyens hystériques, elles, partent dans tous les sens. L’artiste a beau les affubler de multiples yeux, les connecter à toutes sortes d’appareils, cela n’enlève rien à la peur qui semble les assaillir.

Car le XXIe siècle a déjà débuté et, dans cette confusion, nous avons besoin de nouvelles grilles de lecture, de nouveaux schémas de pensée.

»Bodys Isek Kingelez vient de nous quitter ce 14 mars 2015 à Kinshasa. L’homme avait définitivement créé un monde à lui. Ses maquettes faites de carton et d’objets recyclés s’apparentent à des villes du futur, des complexes immobiliers issus du cerveau d’un membre d’un comité central quelconque, ou évoquent Las Vegas, aux States. C’est un monde surpeuplé, on le ressent bien, mais on n’y voit jamais d’humains, sauf représentés par des individus robotisés. Néanmoins, c’est un monde parfait que celui de Bodys Isek Kingelez. Et depuis qu’il n’est plus parmi nous, on peut se dire que le décor du paradis risque de changer du tout au tout, maintenant qu’il réside là-bas.

»Les œuvres de Rigobert Nimi, c’est encore la renaissance de l’Afrique mais par la récupération de ce qui dans un premier temps n’a pas servi comme il fallait. Du fer, de l’acier, de l’aluminium, du bois, du verre, des composants électroniques pour faire surgir un monde nouveau, lumineux, un monde qui se serait imposé une fois pour toutes, pacifiquement.

»S’il est un témoin essentiel de la vie quotidienne à Kinshasa dans les années 1950 et 1960, il s’agit bien de Jean Depara. Le photographe a réussi à saisir ce qui fait la nuit kinoise, avec ses dandys, sa frime, ses belles alanguies sur des voitures ne leur appartenant pas, ses musiciens qui chaque soir doivent damer le pion à d’autres tout aussi talentueux. Depara a su aussi immortaliser des monuments tels que le musicien Luambo Makiadi, dit "Franco de mi Amor", dit "Gourba", fondateur du fameux orchestre OK Jazz. Il a pressenti très tôt qu’il n’y en aurait pas d’autre comme lui. L’artiste n’a pas non plus oublié les voyous: les Bills figurent en bonne place dans son œuvre. Les Bills, ce sont ces incarnations des héros de l’Ouest américain; les Buffalo Bill, Pecos Bill, Billy the Kid. Il ne faut pas oublier qu’à Kinshasa on va au bout de ses rêves, et que le cinéma, ce n’est pas seulement sur les écrans. Depara était là pour capter la vraie vie.

»L’année 1974 a été une année faste pour le Zaïre et pour le photographe Oscar Memba Freitas. Cette année-là, à la tribune de l’ONU, le président Mobutu Sese Seko délivre un discours historique d’émancipation et, dans la foulée, le Zaïre se qualifie pour la Coupe du monde de football. Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, Mobutu permet à Muhammad Ali de récupérer à Kinshasa son titre de champion du monde de boxe face à George Foreman. Ce dernier se blesse à l’entraînement, le match doit être reporté. C’est le prétexte pour inviter la crème du show-business américain, afin de faire patienter les Kinois et les invités grâce à des concerts et des ambiances monstres. La fête est mémorable. On a rarement vécu pareil événement, là ou ailleurs à la surface du globe. Oscar Memba Freitas n’est pas qu’un des innombrables badauds: son objectif capte certaines scènes qui resteront dans les annales kinoises, des scènes qui lient l’Afrique à l’Amérique des droits civiques, mettant en lumière la lutte du peuple noir.

»Au Studio 3Z d’Ambroise Ngaimoko, il semble que tout le monde y a mis les pieds. Des aspirants catcheurs, des amoureux sous serment, des jeunes gens dans différentes poses; dans l’euphorie de se retrouver, dans l’exhibition des pantalons pattes d’éléphant, dans l’expression d’une joie pure, dans l’affirmation de soi. Chez Ambroise Ngaimoko, ce sont les états d’âme qui priment. Il ne se contente pas de reporter: il donne également à lire les sentiments.

»Sammy Baloji, photographe d’aujourd’hui, est originaire de Lubumbashi dans la province du Katanga, pays du matériau stratégique aux paysages de terrils de déchets de cuivre, de cobalt, d’uranium. Là-bas, on ne se préoccupe pas des rayonnements nocifs parce qu’en raclant le sol, chacun espère devenir riche. Sammy Baloji, lui, entrevoit ces radiations. Pour figurer ce qui était invisible et poser des fonds, il a fait appel aux aquarelles du peintre belge Léon Dardenne. Les êtres, par contre, il les a extraits de photographies d’une expédition belge au Katanga à la fin du XIXe siècle et les a plaqués sur les paysages de savanes et de monts, pour pouvoir leur octroyer un avenir palpable, tangible, plus sain, quelque chose que l’on peut encore traiter.

»Kiripi Katembo, c’est le photographe de la déstructuration et de la restructuration; un concept en accord total avec notre époque. L’artiste nous offre des spectacles soigneusement mis en scène. L’esthétique y a une grande part; néanmoins, on peut ressentir que les paysages qu’il tente de figer sont loin d’être des espaces paradisiaques. À cause de l’usure et des stigmates présents sur chacune de ses photos, on pressent un monde dont nous devons nous méfier car des minerais de cuivre, de colombo-tantalite ou de germanium qui flottent dans les airs ne peuvent rien augurer de bon. Il suffit d’observer les clichés de l’artiste assez longtemps pour se transformer en devin comme lui et entrevoir des reflets de notre avenir immédiat.

...Un monde dont nous devons nous méfier car des minerais de cuivre, de colombo-tantalite ou de germanium qui flottent dans les airs ne peuvent rien augurer de bon.

»Un exercice assez compliqué pour ces jeunes artistes, car les événements, au Congo, se sont succédé à très grande vitesse. Après la colonisation et l’indépendance, il y a eu un régime politique caractérisé par la mauvaise gouvernance, d’où des turbulences politiques pendant près de trente ans puis cette guerre, dite "injuste", débutée en 1998 et qui contribua à isoler davantage le Congo du concert des nations. À l’intérieur du pays, la classe politique continue son travail de prédation; la société civile est quant à elle complètement déboussolée, le sens n’existe plus. Alors les artistes nés sous le mobutisme comme Steve Bandoma, JP Mika, Mega Mingiedi Tunga, Kura Shomali, Pathy Tshindele, Kiripi Katembo ainsi que d’autres tels le sculpteur Freddy Tsimba, la performeuse Julie Djikey, le musicien Bebson de la Rue, le chorégraphe Faustin Linyekula et l’écrivain Fiston Mwanza Mujila - ceux à qui l’État n’a jamais rien donné - se sont fait violence et ont commencé, toutes disciplines confondues, à créer; des formes innovantes, des gestuelles avant-gardistes, des sons novateurs, une parole projetée vers le futur et qui se doit de fracasser les obstacles. L’artiste congolais une fois pour toutes s’est débarrassé de l’académisme et des préjugés. Suivre les règles ne l’a conduit qu’à vivre na kati ya système ya lifelo.(5) Pour exprimer sa révolte face au monde et à l’ONU, il s’est juré de mettre en place un nouveau sens. Même si celui-ci sera fait de bric et de broc. L’affaire est cruciale et il en va de rien moins que de l’avenir du Congo, de l’Afrique, du monde. Et comme on dit à Kin: Botala bango kaka! (6)


»(1)En lingala fimbo: fouet réglementaire fait de peau d’hippopotame ou de rhinocéros.

»(2)Poissons du fleuve Congo.

»(3)"Grand-prêtre" est un qualificatif réservé aux individus surpassant les autres dans leur domaine de compétence. On peut être grand-prêtre dans le domaine de l’argent, de la musique, de la littérature, de la recherche scientifique, des femmes, etc.

»(4)Enfants des rues de Kinshasa.

»(5)"Dans le système de l’enfer"; on brûle mais on ne se consume pas.

»(6)"Regardez-les seulement!" et attendons la suite qui sera, forcément, de l’ordre du fabuleux.»





L’exécution de l’innovation

2015/07/09

«Des chercheurs de Montpellier découvrent une bactérie "intelligente" pour détecter des maladies»




Armelle Goyon: 3 Languedoc-Roussillon



«Pour savoir ce qu'est une bactérie intelligente, il faut d'abord se rendre dans ce laboratoire de l'Institut National de la Santé et la Recherche Médicale.

»Jérôme Bonnet a introduit l'équivalent d'un programme informatique dans une cellule vivante... On appelle cela de la biologie synthétique.

»La bactérie intelligente est donc programmée comme un ordinateur afin d'effectuer un diagnostic médical!

»C'est dans ce laboratoire mixte CNRS et société privée qu'on recherche et développe le potentiel de cette cellule génétiquement modifiée. L'objectif est d'en faire un mini laboratoire d'analyse médicale introduit dans une petite bille, qui, en changeant de couleur, va alerter sur la présence ou non d'une maladie.

»La première application mise au point par ce jeune chercheur et médecin, c'est de détecter d'analyser et de mesurer la présence anormale de glucose chez des patients diabétiques.

»La bactérie intelligente pourrait détecter le cancer colo-rectal et les infections urinaires d'ici 3 à 5 ans.»





Une innovation

2015/07/08

«Namwali Serpell, zambienne, lauréate et généreuse»




BBC



«L’auteure zambienne Namwali Serpell a promis de partager ses gains remportés dans le cadre du Prix Caine de la littérature africaine avec les autres finalistes. Elle a reçu la somme de 15 600 dollars pour sa nouvelle The Sack. L’écrivaine a déclaré à la BBC qu’elle avait trouvé très difficile d’être en compétition avec d'autres écrivains pour qui elle a énormément de respect.

»Les juges ont choisi de récompenser la jeune femme qui réside aux Etats-Unis, estimant que son récit est à la fois "innovant, stylistiquement superbe, envoûtant et énigmatique".

»Mme Serpell était parmi cinq auteurs présélectionnés pour recevoir cette récompense considérée comme le premier prix littéraire en Afrique.

»Deux Sud-Africains et deux Nigérians ont également été retenus, Masande Ntshanga avec Space, FT Kola avec A Party for the Colonel, Elnathan John pour Flying et Segun Afolabi pour The Folded Leaf.

»The Sack raconte l’histoire de deux hommes qui vivent ensemble toute leur vie et qui aiment la même femme sans savoir lequel d'entre eux elle préfère.»





Un innovateur

2015/07/07

«La Société Nationale des Chemins de fer Français muscle sa culture de la sécurité»




Lionel Steinmann: Les Echos



«La sécurité est plus que jamais la “priorité absolue” de la SNCF (Société Nationale des Chemins de fer Français). Le groupe public a martelé ce message lors d'une rencontre avec la presse lundi, alors que se profile le deuxième anniversaire du déraillement de Brétigny-sur-Orge, qui avait fait sept morts, et des dizaines de blessés le 12 juillet 2013, et suscité de nombreuses interrogations sur la qualité de la maintenance des voies (voir ci-contre).

»Claude Solard, directeur général délégué de SNCF Réseau (ex-RFF), a fait à cette occasion le point sur Vigirail, le programme lancé en octobre 2013, pour tirer les leçons de la catastrophe. Les initiatives testées à l'époque sont maintenant en phase de généralisation, a-t-il indiqué, grâce à un budget dédié de 410 millions d'euros.

»Le nombre d'aiguillages renouvelés (c'est la défaillance de l'un d'entre eux qui a provoqué le déraillement) augmente par exemple d'année en année (372 l'an dernier, 400 cette année et 500 en 2017), grâce à l'utilisation de nouvelles techniques.

»Autre innovation: 3 trains équipés de vidéos à haute fréquence et de capteurs sillonnent cycliquement le réseau pour détecter les anomalies sur la voie, sur le terrain. Ces derniers sont également équipés d'outils digitaux de type smartphone ou phablettes, ce qui doit faciliter la traçabilité des opérations de maintenance.

Autre innovation: 3 trains équipés de vidéos à haute fréquence et de capteurs sillonnent cycliquement le réseau pour détecter les anomalies sur la voie, sur le terrain. Ces derniers sont également équipés d'outils digitaux de type smartphone ou phablettes, ce qui doit faciliter la traçabilité des opérations de maintenance.

»Par ailleurs, un nouveau programme d'action, baptisée “Prisme”, vient d'être lancé pour “renouveler la culture de sécurité”. Avec entre autres mesures, un point fait sur la sécurité avant chaque réunion ou chaque tournée sur le terrain.

»Ces efforts ne sont pas superflus, comme en témoigne un rapport - encore provisoire - de l'Etablissement public de sécurité ferroviaire (EPSF), l'organisme indépendant chargé de veiller à sécurité du rail. Le rapport, révélé fin mai par la lettre d'information spécialisée « Mobilettre”, pointe des “fragilités” et des “dysfonctionnements” sur le terrain.

»Turnover important

»Lacunes dans le retour d'expérience, turnover trop important chez les encadrants de proximité dans certains endroits, faiblesse dans les connaissances techniques de certains personnels... le constat est aussi précis que sévère, même si ce type d'audit n'est fait par essence que pour souligner ce qui ne va pas.

»La SNCF ne conteste pas certains difficultés et indique que ses propres audits ont mis en évidence en 2014 une dégradation des pratiques de maintenance au quotidien. Un résultat paradoxal alors même que l'entreprise publique était censée se mobiliser sur la sécurité, quelques mois après Brétigny. “Nos auditeurs se sont montrés encore plus rigoureux après l'accident”, avance un responsable pour expliquer le phénomène. Les programmes Vigilance, Prisme, et la croissance continue depuis quelques années des budgets consacrés à la régénération des voies font partie des éléments de réponse fournies par le groupe SNCF à l'EPSF.»





Administration Publique et innovation

2015/07/06

«Newsletter L&I» (n.º 60, 2015-07-06)





Administração Pública e inovação | Administración Pública e innovación |
Administration Publique et innovation | Public Administration and innovation

Um inovador | Un innovador | Un innovateur | An innovator

Uma inovação | Una innovación | Une innovation | An innovation

A execução da inovaçao | La ejecución de la innovación | L’exécution de l’innovation |
The innovation execution



Liderar Inovando (BR)

«Unesco e EBC reúnem pesquisadores de comunicação pública em Brasília» [web] [intro]
«Vida de Ada Lovelace, primeira programadora da história, pode virar coleção da Lego» [web] [intro]
Cafeicultura brasileira investe em pesquisa e inovação. IX Simpósio de Pesquisa dos Cafés do Brasil, com o tema central «Consórcio Pesquisa Café – Oportunidades e novos desafios» [web] [intro]
«Como o turismo pode se modificar com um óculos de papelão?» [web] [intro]

Liderar Inovando (PT)

«Teatro D. Maria II fará das "tripas coração" para chegar ao público» [web] [intro]
«Presidente da Frelimo, Filipe Nyusi, quer uma juventude dinâmica e inovadora» [web] [intro]
«Inovação nos serviços móveis não pode estar desligada da sustentabilidade do negócio» [web] [intro]
«Mobile Forum Portugal aconteceu na APDC em parceria com a ACEPI e MMA» [web] [intro]

Liderar Innovando (ES)

«El proyecto piloto Innovation Startup Cádiz Camp reunirá tras el verano a jóvenes emprendedores de todo el país» [web] [intro]
«Daniel Epstein, fundador de Unreasonable Institute: "No puedes ser innovador desde un despacho"» [web] [intro]
«Cuba, primer país del mundo en eliminar la transmisión del VIH de madre a hijo» [web] [intro]
«Ejecutivos que se resisten al cambio entorpecen la innovación» [web] [intro]

Mener avec Innovation (FR)

«Centre Vidéotron: trois architectes s'expriment» [web] [intro]
«Sébastien Deletaille prédit les crises alimentaires avec les données télécoms» [web] [intro]
«Une galerie de l'innovation à ciel ouvert au Bourget» [web] [intro]
«Les villes peuvent-elles sauver le monde?» [web] [intro]

Leadership and Innovation (EN)

«1,000 leaders discuss public service innovation in Colombia» [web] [intro]
«Why we're celebrating innovative women and human robots» [web] [intro]
«EU science chief sets out proposals to boost innovation and research integrity» [web] [intro]
«CIOs: Adopt Social Media For Success, Now» [web] [intro]

Licencia Creative Commons Licencia Creative Commons
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2015/07/03

«Les villes peuvent-elles sauver le monde?»




Extrait du livre de Benjamin R. Barber proposé par GoodPlanet Info



«Face aux grands périls de notre siècle – changement climatique, terrorisme, pauvreté, trafics en tous genres –, les nations semblent paralysées. Les problèmes sont trop grands et trop interdépendants pour un État-nation devenu dysfonctionnel. Benjamin Barber, professeur de sciences politiques à l’université de New York montre dans son nouveau livre “Et si les maires gouvernaient le monde”, publié aux éditions de la rue de l’Echiquier, que les villes, et les maires qui en ont la charge, font un meilleur “job”. Car elles partagent à travers le monde les mêmes caractéristiques: le pragmatisme, la confiance des citoyens, l’indifférence aux frontières et à la souveraineté, ainsi qu’un goût pour le travail en réseau, la créativité, l’innovation et la coopération. S’appuyant sur l’expérience concrète et novatrice d’une douzaine de maires à travers le monde – de Gdansk à Los Angeles, de Mosc ou à Bogota, de Rome à Singapour –, cet ouvrage, dont nous présentons ici des extraits, présente une vision stimulante de ce que pourrait être la gouvernance locale au XXIe siècle.

»Dans ce monde surpeuplé aux différences trop marquées et à la solidarité trop fragile, la démocratie traverse une profonde crise. Les États-nations ont, jadis, résolu les problèmes d’échelle dont souffrait la démocratie. Aujourd’hui,ils freinent sa mondialisation.Le moment est donc venu de se demander sérieusement: “Les villes peuvent-elles sauver le monde?” Je pense que oui.

»[Pour comprendre l’importance du sujet lire aussi Mille maires à Paris en décembre pour la conférence climat]

»Les États résistent à toute collaboration transfrontalière. Notre principal défi politique est donc de découvrir ou de créer des institutions alternatives, capables de s’occuper des problèmes toujours plus nombreux de notre monde interdépendant, sans renoncer à la démocratie garantie par les États-nations. Afin de nous préserver tout à la fois des formes anarchiques que prend la mondialisation, telles que les guerres et le terrorisme, et de ses formes monopolistiques, comme les multinationales, nous avons besoin d’organismes démocratiques et internationaux efficaces, capables de relever les défis planétaires auxquels ce monde, de plus en plus construit en réseau, nous expose. Au cours des siècles, les conflits ont façonné notre univers. Mais, du congrès de Vienne à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme en passant par la défaite des puissances de l’Axe, et du traité de Versailles à la chute du mur de Berlin et à la fin du monde bipolaire, les États- nations sont loin d’avoir mis en place une gouvernance mondiale.Trop enclins par nature à la rivalité et à l’exclusion mutuelle, ils semblent peu disposés à coopérer et incapables d’établir des biens communs mondiaux. La démocratie est prisonnière de leur puissante étreinte: comment espérer une démocratisation de la mondialisation ou une mondialisation de la démocratie tant que ce progrès dépendra de nations souveraines rivales? Que faut-il donc faire?

Notre principal défi politique est donc de découvrir ou de créer des institutions alternatives, capables de s’occuper des problèmes toujours plus nombreux de notre monde interdépendant, sans renoncer à la démocratie garantie par les États-nations.

»La solution est là, sous nos yeux, évidente mais le plus souvent méconnue: les villes sont nos ensembles politiques les plus interconnectés. Organisées en réseaux, elles se définissent avant tout par la collaboration et le pragmatisme, par la créativité et par la pluralité culturelle. Laissons-les faire ce que les États ne peuvent pas faire. Laissons les maires gouverner le monde. Puisque, comme l’écrit Edward Glaeser, “la force qui émane de la collaboration humaine est au centre de la réussite de la civilisation et à l’origine de l’existence des villes”, celles-ci peuvent et doivent à coup sûr gouverner à l’échelle mondiale.

»C’est en fait déjà le cas. Les villes sont de plus en plus impliquées dans des réseaux qui font le tour du globe et qui ont trait à la culture, au commerce et à la communication. On peut aider ces réseaux, ainsi que les dispositifs coopératifs qui les sous-tendent, à réaliser de façon formelle ce qu’ils font d’ores et déjà de manière informelle: gouverner sur la base du consensus, en coopérant quand c’est nécessaire. Si les maires dirigeaient la planète, les 3,5 milliards et quelques d’individus (plus de la moitié de la population mondiale) qui vivent en ville, et tous ceux, plus nombreux encore, qui peuplent les territoires périurbains, pourraient participer localement et coopérer globalement à travers une forme miraculeuse de “glocalité” civique, promesse de pragmatisme et non de politique, d’innovation et non d’idéologie, et de solutions en lieu et place de souveraineté.

»Le défi auquel est confrontée la démocratie dans le monde moderne est le suivant: comment relier la participation, locale, au pouvoir, central? Autrefois, c’était le rôle de l’État-nation. Aujourd’hui, celui-ci est devenu trop grand pour permettre l’existence d’une participation significative et trop petit pour prendre en charge un pouvoir mondial centralisé. En réaction à ce constat, le cosmopolitisme nous invite à imaginer des citoyens – au sens littéral d’individus habitant dans la cité – ancrés dans des environnements urbains, où la participation et la communauté sont possibles et s’étendent au-delà des frontières pour s’opposer au pouvoir central et le circonscrire. Ces deux notions s’allieraient pour superviser et réguler la mondialisation anarchique et les forces illégitimes qu’elle libère. Il y a presque cent ans, John Dewey se lançait en “quête de la communauté suprême”, celle qui, au travers d’activités communes et de symboles puissants, pourrait relier les individus en un large public, organisé autour de la communication4. Ce faisant, John Dewey rompait le lien entre la gouvernance de l’État d’une part, et la démocratie d’autre part. Il insistait pour que cette dernière fût envisagée comme une forme d’association approfondie, incluant la famille, l’école, l’industrie et la religion. Il était convaincu que la démocratie dévoilerait tout son potentiel lorsqu’elle serait perçue “comme une communion libre et enrichissante” et que “l’enquête sociale libre serait devenue indissociable de l’art de la communication pleine et émouvante”.

Le défi auquel est confrontée la démocratie dans le monde moderne est le suivant: comment relier la participation, locale, au pouvoir, central? Autrefois, c’était le rôle de l’État-nation. Aujourd’hui, celui-ci est devenu trop grand pour permettre l’existence d’une participation significative et trop petit pour prendre en charge un pouvoir mondial centralisé.

»Dans un monde régi par les villes, la communauté suprême que John Dewey appelle de ses vœux prendra une forme démocratique. Nul besoin de créer ex nihilo un nouvel organisme dédié à la gouvernance mondiale. Nul besoin non plus, pour ces villes en réseau, de recevoir une certification de la part des États-nations qu’elles supplanteront. Ce nouveau monde mettra l’accent, à l’instar des derniers chapitres de cet ouvrage, sur la citoyenneté ascendante, la société civile, une communauté d’individus bénévoles, volon- taires, par-delà les frontières, et non sur des prescriptions et des mandats exécutifs imposés par quelques dirigeants internationaux. On peut trouver outrecuidant l’ex-maire de NewYork, Michael Bloomberg, mais sa rhétorique– loin de celle de John Dewey, car réaliste – exprime tout le pouvoir du localisme municipal sur fond de monde interdépendant: “Avec la police de NewYork, je dispose de ma propre armée, et j’ai mon propre ministère des Affaires étrangères, n’en déplaise au Département d’État.” NewYork abrite “toutes sortes d’individus venus de tous les coins du monde avec tous types de problèmes”. Cela ne plaît pas à Washington? “De toute façon, concède Michael Bloomberg, je n’écoute pas beaucoup ce qu’ils disent, à Washington.”

»Il n’y a ici aucune vantardise. Les problèmes et les perspectives inhérents à la ville donnent du poids à ses affirmations. Car, comme le maire de New York le souligne, “la différence entre mon niveau de gouvernance et d’autres est qu’ici, l’action prend forme dans la cité”. Tandis qu’à l’heure actuelle, le gouvernement américain est “parfaitement incapable de faire quoi que ce soit[...], les maires de ce pays sont encore et toujours confrontés à la réalité”. Les présidents pontifient à coups de grands principes, les maires ont les mains dans le cambouis. Et ils font campagne pour le contrôle des armes: Michael Bloomberg a, par exemple, créé l’ONG Mayors Against Illegal Guns (“les maires contre les armes illégales”). Et ils luttent contre le réchauffement climatique, via, notamment, le réseau C40, qui regroupe 40 grandes villes. Ce mode de pensée constructif s’exprime à travers des organismes comme le Conseil international pour les initiatives écologiques locales (ICLEI), dont le rapport, diffusé à la suite de l’inutile conférence de l’ONU sur le climat à Durban fin 2011, faisait observer que “les admi- nistrations locales sont ce qu’il existe de plus concret en matière de lutte contre le changement climatique”. Le positionnement des villes à l’égard du changement climatique s’était précisé un an plus tôt, lorsque 207 d’entre elles avaient signé le pacte de Mexico, à l’occasion du Sommet mondial des maires sur le climat, qui s’était tenu dans cette ville. Au même moment, les États s’engageaient vaguement à honorer les “stratégies et actions destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre”.

»En développant et en diversifiant les réseaux grâce auxquels elles coopèrent déjà, les villes montrent qu’elles peuvent, ensemble, accomplir des choses dont les États sont incapables. [...]

»Lorsque des maires comme Michael Bloomberg à NewYork prennent des mesures pour freiner le tabagisme ou lutter contre l’obésité infantile en rédui- sant les ventes de sodas dans des bouteilles et des gobelets géants,Washington ne peut qu’observer avec étonnement et désapprouver ou saluer l’initiative. Et le gouvernement américain ne peut rien contre d’autres maires, ailleurs dans le monde, qui feraient de même – bien sûr, les tribunaux peuvent intervenir, comme ils l’ont fait en rejetant l’interdiction de Michael Bloomberg sur les boissons sucrées. Grâce à leurs lobbys arrogants et à leurs comptes en banque séduisants,les fabricants de sodas ou de cigarettes ont beaucoup d’influence sur les administrations centrales. Mais ils ne peuvent pas faire grand-chose contre ces initiatives municipales, sinon déplorer, dans leurs campagnes publicitaires, la suppression du droit à se tuer (ou à tuer ses enfants). Je ne veux pas dire par là que les États n’ont aucun pouvoir de contrôle, ni même de strangulation, sur les villes qui tentent de leur échapper. Leur souveraineté législative et leur position de force en matière budgétaire leur offrent toutes sortes de moyens de stopper les villes débridées. D’ailleurs, la seule ville mondiale qui coexiste en bonne intelligence au côté de son État est Singapour, l’État et la ville ne faisant qu’un. Un éventail étonnamment large d’activités et de coopérations transfrontalières reste cependant accessible aux villes qui le souhaitent vraiment.

»Cet appel, que je lance pour que les maires gouvernent le monde et permettent à leurs administrés urbains de sortir de leur pays et de devenir des citoyens sans frontières, n’est donc pas utopique. Ce n’est pas un simple souhait en faveur d’un impossible régime fondé sur la justice mondiale. De quoi cet appel a-t-il besoin pour se concrétiser? De la reconnaissance d’un processus déjà en cours, celui d’un monde qui se forme en l’absence de planification systémique et sans la bénédiction d’une quelconque autorité étatique. Et de notre désir d’utiliser le potentiel, unique, de l’urbanité: une coopération et un égalitarisme libérés de la souveraineté et de la nationalité, de l’idéologie et de l’inégalité, bref, de ces forces obstinées qui isolent les États-nations dans des forteresses soi-disant garantes de notre indépendance et de notre autonomie. Les maires, désireux de coopérer les uns avec les autres, n’ont aucune raison de céder aux sirènes de Nations présumées unies... et qui ne le seront, en vérité, jamais, car elles réunissent des pays rivaux, obsédés par leur souveraineté et leur indépendance. [...]

Cet appel, que je lance pour que les maires gouvernent le monde et permettent à leurs administrés urbains de sortir de leur pays et de devenir des citoyens sans frontières, n’est donc pas utopique.

»Revenons au point de départ: les villes peuvent-elles sauver le monde? Le défi est sans doute trop grand. Mais elles peuvent vraisemblablement sauver la démocratie du péril de la souveraineté et trouver des moyens de gouverner la planète de façon démocratique et descendante – du haut vers le bas – ou, à tout le moins, informelle, bref, des moyens efficaces, pragmatiques, libérés de toute idéologie. L’ancien président Bill Clinton a rappelé, lors de la convention démocrate de 2012, que “lorsque les temps sont durs et que les gens sont malheureux, en colère, qu’ils souffrent et qu’ils sont déstabilisés, la politique de l’opposition systématique peut sembler bonne. Mais, en réalité, ce qu’on appelle une bonne politique ne fonctionne pas nécessairement. Ce qui marche, c’est la coopération”. Puis il s’est tourné vers le cœur même de la ville et, au milieu des vivats et des applaudissements, il a exhorté les personnes présentes à “s’adresser aux maires qui sont ici. Los Angeles se met au vert et Chicago se dote d’une banque spécialisée dans les infrastructures, parce que républicains et démocrates y travaillent de concert et mettent leurs neurones à contribution. Leurs désaccords n’ont pas disparu pour autant, mais leur objectif est d’obtenir des résultats concrets”.

»Ce que je veux, moi aussi, avec ce livre, c’est obtenir des résultats concrets. Que l’on change de sujet: que l’on passe des États aux villes, de l’indépendance à l’interdépendance et de l’idéologie à la résolution des problèmes. La ville est aujourd’hui le sujet qui s’impose: l’espoir y a toujours été monnaie courante, et les maires ont toujours fait preuve d’optimisme. “Le contraste est saisissant entre l’optimisme des commentateurs urbains et le pessimisme de ceux qui restent attachés aux pays et aux institutions multinationales”, fait observer le blogueur urbain Matthew Taylor.»





L’exécution de l’innovation