2015/05/22

«Pas d'innovation sans industrie»




Bernard Guilhon, professeur, Skema Business School: L'Usine Nouvelle



«L'économie de l'innovation est une économie de l'apprentissage favorisant l'accès à de nouvelles connaissances, la créativité et la volonté d'expérimenter. Le problème essentiel est de savoir où se localisent les apprentissages. Dans cette perspective, la contraction de la base industrielle réduit cette opportunité.

»La délocalisation de la production, si elle peut avoir un sens pour l'entreprise, effrite le tissu productif. La coupure entre la R&D et la production implique le recours à des capacités de production développées par les fournisseurs étrangers. Le risque n'est pas seulement la perte de confidentialité avec le développement de la contrefaçon, mais aussi celle de la maîtrise de l'apprentissage. L'apprentissage se réalise pleinement quand les ingénieurs de production sollicitent les ingénieurs de conception pour trouver de meilleures solutions et, éventuellement, reconcevoir le produit. Cette exigence est manifeste dans la "high-tech", elle l'est aussi dans les activités traditionnelles. Les entreprises du textile-habillement ne se contentent pas de piloter les fournisseurs en leur transférant des modèles, des normes de qualité et des standards technologiques. La maîtrise de la production est essentielle pour le développement des marques. La segmentation de la chaîne de valeur doit donc concilier la production locale et la délocalisation.



La maîtrise de la production est essentielle pour le développement des marques.

»DES "TROUS" DANS LE TISSU PRODUCTIF

»Les blocages possibles ne concernent pas uniquement la connaissance existante, mais aussi les capacités d'innovation. Dans l'optoélectronique, les fabricants de composants ont dû faire face au problème suivant: développer de nouvelles technologies d'intégration sur le site ou délocaliser dans les pays émergents la production de la technologie existante non intégrée. La technologie intégrée est moins coûteuse quand elle est produite aux États-Unis, alors que la technologie existante est plus compétitive quand elle est produite à l'étranger. L'incertitude du marché domestique et surtout un ratio salaire/productivité plus favorable dans les pays émergents ont favorisé la délocalisation de la production. D'où des "trous" dans le tissu productif (érosion des connaissances, liens détruits avec les fournisseurs locaux) et un blocage organisationnel de l'innovation.

»Pour éviter ces fractures, les entreprises doivent créer et utiliser des ressources communes ("industrial commons"): infrastructures de recherche, savoir-faire, capacités d'expertise et d'ingénierie, tests et certification, transferts université-industrie. Les pouvoirs publics peuvent favoriser la mise en commun de ces ressources au sein de "clusters" industriels. En particulier, pour les industries concernées par la technologie 3D, pourquoi ne pas créer des quasi-CHU financés par des partenariats public-privé, dans lesquels les ingénieurs et les salariés apprendraient à maîtriser les compétences appliquées à ces activités?



»FABRIQUER OU SOUS-TRAITER?

»L'interrogation pour l'entreprise est: quel est le meilleur arbitrage entre faire et faire-faire à l'étranger? Pour le pays, elle devient: quels industries ou segments d'industrie doivent être localisés pour soutenir l'innovation et l'emploi ? Les réponses empruntent deux voies complémentaires: renforcer les apprentissages sur les lieux de production pour intensifier les échanges d'informations et améliorer les produits, favoriser les activités industrielles "avancées" dont le multiplicateur d'emplois est élevé (évalué à 5 aux États-Unis) en raison des effets d'entraînement sur les emplois de services hautement qualifiés.»





L’exécution de l’innovation

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