2015/05/29

«Une nouvelle manière de faire de la politique»




Olivier De Schutter, professeur à l'UCL, coordinateur du dossier "Vive la transition?!" dans la revue Politique (n°90, mai-juin 2015): La Libre



«Les unes après les autres, les digues se rompent. Les seuils écologiques sont franchis à un rythme que, il y a seulement dix ans, nous n’anticipions pas. Or malgré ce traitement que nous infligeons aux écosystèmes, les inégalités ne cessent de croître. Ne contribuant plus à combler les écarts de revenus, la croissance aboutit paradoxalement à distendre les liens sociaux, et malgré l’augmentation considérable du PIB par habitant depuis le milieu des années 1980, elle nous laisse plus insatisfaits que jamais : les classes moyennes vivant dans la crainte permanente du déclassement et les classes défavorisées dans le ressentiment. La politique paraît incapable de réagir, notamment en raison de l’écart d’échelle entre une concurrence devenue mondiale et des mécanismes de gouvernance qui peinent à s’esquisser au-delà de l’Etat-nation.

»C’est dans ce contexte qu’une nouvelle manière de faire de la politique voit le jour. Né en 2006 dans la ville anglaise de Totnes, le mouvement de Transition connaît depuis une expansion spectaculaire : un rapport portant sur 13 Etats membres de l’Union européenne répertoriait en 2013 près de 2000 initiatives de Transition dans les pays étudiés, allant de projets d’énergie renouvelable produite de manière décentralisée à des potagers collectifs urbains ou à des nouvelles manières de recycler des déchets. Ce sont des citoyen-ne-s ordinaires qui s’investissent dans ces projets, souvent à l’échelle du quartier ou de la rue, parfois à l’échelle d’une ville entière.

»Ils ne sont pas des désaffiliés de la politique. Mais ils mesurent les limites des changements qu’ils peuvent amener par le bulletin de vote et par leurs achats de "consomm-acteurs" responsables. D’abord, compte tenu du retard avec lequel le système politique et le marché réagissent aux signaux de l’électeur ou du consommateur, il y a un risque qu’à s’en tenir à ces deux instruments de contrôle l’on perde la course de vitesse qui est dorénavant lancée : les écosystèmes se dégradent, et les liens sociaux se distendent, plus vite que le système ne parvient à réagir. Ensuite, ces signaux souffrent toujours d’être ambigus. Les revendications qu’exprime l’électeur ou le consommateur sont toujours susceptibles d’être réinterprétées par les décideurs auxquels elles s’adressent : cette réinterprétation prend souvent la forme d’une déradicalisation, ou parfois d’une récupération pure et simple, comme l’illustrent chacun à sa manière le vote "vert" ou le sort que connaît le commerce équitable.

»En outre, les systèmes dont nous dépendons sont relativement inertes : leurs composantes techniques, économiques et culturelles ont co-évolué, et à présent se renforcent mutuellement, faisant obstacle au changement. A ce désarmement du politique s’ajoutent enfin des facteurs quasi anthropologiques de mieux en mieux cernés. Les individus sont conditionnés par les dispositifs d’une société qui repose sur la mise en concurrence généralisée comme principale source de motivation de l’action individuelle. Et - à la fois cause et conséquence de ce conditionnement psychologique - la "liberté" de chacun demeure étroitement encadrée par l’obligation de performance afin qu’il ne tombe pas dans la dépendance vis-à-vis des mécanismes de la solidarité collective, ce qui conduit à une perte d’autonomie de l’individu.

»Alors ils n’attendent plus. A l’échelle de leur quartier, de leur école ou de leur ville, ils innovent. Ils inventent des nouvelles formes de partage, réhabilitant une certaine idée des "communs" que l’on avait pu croire vouée à l’oubli, après la perte des formes traditionnelles de solidarité et la mise sur pied d’une société hyperindividualiste dans laquelle la place de chacun paraissait devoir se définir par sa consommation. Ils mettent sur pied des outils permettant de relocaliser les rapports économiques, donnant un nouveau souffle aux systèmes d’échanges locaux et encourageant le recours aux monnaies locales afin de maximiser les effets multiplicateurs sur l’économie locale des échanges marchands. Dans les domaines de l’énergie, de la mobilité, ou de l’alimentation, ils encouragent des nouvelles manières de produire et de consommer. Ils font coup double : limitant l’empreinte écologique en même temps que resserrant les liens entre les individus, donc luttant contre l’exclusion sociale. Dans la mise sur pied de ces initiatives citoyennes, le processus compte autant que le résultat. Il s’agit certes d’amorcer la descente énergétique et d’aller vers des communautés plus résilientes aux chocs externes, que ces chocs soient économiques ou naturels, en misant sur les ressources locales. Mais il s’agit aussi d’affirmer, à l’échelle micropolitique des pratiques culturelles et des rapports sociaux, une exigence de démocratie et de participation qui érige chacun et chacune, vraiment, en co-auteur(e) de son environnement.

»Il y a trois motifs de miser plus sur ces initiatives qui émergent. Premièrement, ces initiatives font reposer la transition écologique sur les valeurs auxquels les individus adhèrent et sur la représentation qu’ils ont d’eux-mêmes, plutôt que simplement sur l’imposition de réglementations ou sur les incitants économiques. Ce sont des motivations intrinsèques qui animent les transitionnaires, et non pas des injonctions venues de l’extérieur : cela peut constituer un atout, permettant d’espérer que l’engagement dans des nouvelles manières de produire ou de consommer, de partager et de construire des solutions ensemble, sera plus robuste dans le temps.

»Deuxièmement, la sociodiversité qui résulte du développement d’initiatives de transition permet à la fois d’accélérer notre capacité collective à innover face aux crises qui s’annoncent, et de responsabiliser chacun face aux choix qu’il ou elle a à poser. La sociodiversité - la diversification des modes de vie et l’encouragement aux innovations sociales - place chacun et chacune face à la réalité des choix qu’il ou elle aura à faire : il n’est plus possible de se réfugier dans une sorte d’abstentionnisme passif, dès lors que la gamme des possibles s’élargit.


Il n’est plus possible de se réfugier dans une sorte d’abstentionnisme passif, dès lors que la gamme des possibles s’élargit.

»Troisièmement, ces innovations sociales permettent à chacun de co-construire des solutions qui concernent son environnement immédiat, et donc aussi de se rapporter à l’autre autrement : dans la mise sur pied d’un projet commun à l’échelle locale, dans la construction d’un dispositif placé au service de la communauté, nous quittons nos positions de producteur et de consommateur, et nous nous reconnaissons d’autres qualités, plus authentiquement humaines. L’étalon par lequel nous nous mesurions les uns par rapport aux autres était celui de la consommation ostentatoire, pathologie initialement repérée par Veblen il y a plus d’un siècle : à présent, c’est comme sculpteurs de notre environnement que nous nous reconnaissons.

»Afin que le potentiel de ces innovations se réalise, une nouvelle grammaire du pouvoir doit émerger peu à peu : non pas pour se supplanter à l’ancienne, ce qui serait périlleux, mais pour la dédoubler. Hannah Arendt disait de la Révolution française qu’elle tenait plus du coup d’Etat que de la révolution. Le pouvoir était passé du Roi au peuple : il avait changé de mains. Mais il avait gardé la même forme : le pouvoir révolutionnaire demeurait concentré, "condensé" en un lieu unique, bref, il avait conservé la grammaire de l’Ancien Régime. Ne serait-il pas possible, se demandait Arendt, d’imaginer un pouvoir véritablement décentralisé, entre les mains de la société, reposant sur l’inventivité qui vient d’en bas ? Elle appelait de ses vœux une politique décentrée, qui apprend et qui cultive la sociodiversité comme un atout. Le moment est venu.»





L’exécution de l’innovation

2015/05/28

«C2Montréal : Ici c’est l’Amérique du business numérique qui fait le show»




Christophe Bys: L'usine digitale



«Pendant trois jours, à la conférence C2M de Montréal, tout l’écosystème du business numérique nord américain est réuni. Pour la quatrième édition, les organisateurs mêlent créativité, spectacle et conférences d’experts. Un mélange qui fait la fierté des partenaires et des autorités locales. Reportage.

»Un instant, l’Européen égaré se croira victime du décalage horaire et se demandera s’il n’a pas mal réglé sa montre. En fait, il ne fait que vivre les effets du décalage culturel. Venu à Montréal pour assister à la quatrième conférence C2, il ne s’attendait pas en entrant dans l’espace réservé dès 8 heures le matin ce 26 mai… à se retrouver dans l’ambiance surchauffée des discothèques les plus à en vue. Musique techno à fond, spots clignotants dans tous les sens, décors industriels utilisant l’échafaudage pour créer des espaces… Le choc passé, il faut l’avouer, la réussite est totale!

»Quand commenceront quelques minutes plus tard officiellement les conférences, c’est quasiment un show comme en produisent les plus grandes stars nord américaines, qui est proposé. Tout est réglé au millimètre, mélangeant dans un subtil équilibre conférences sérieuses d’enseignants venus du MIT ou de chercheurs reconnus et numéros de music hall. Comme ces musiciens du groupe Mardi Gras proposant une musique mélangeant country traditionnel façon Louisiane et parties scandées comme dans un rap. Ou encore cette ouverture des conférences "sérieuses" proposées par un quatuor de danseurs (trois hommes et une femme) venus chercher la lumière.


En ouverture des festivités, le curateur de l’événement, Jean-François Bouchard, a rappelé que le projet de départ était de "réinventer la notion même de conférence" et s’enorgueillissait d’avoir accueilli des visiteurs venus de 48 pays en 4 ans.

»Casser les codes de la conférence d'affaires

»Un mélange pas si d’étonnant, finalement. Car parmi les bonnes fées qui ont voulu cet événement de trois jours réunissant le monde du numérique made in Amérique du nord, figure le Cirque du Soleil! Une influence que l’on retrouve un peu partout. Comme dans ce filet suspendu dans l’espace d’accueil, qui invite six conférenciers qui ne se connaissent pas à venir dialoguer dans un environnement qui brouille leurs repères quotidiens. Ou encore quand il s’agit de présenter les partenaires : ce sont deux comiques locaux (très applaudis) qui le font entre deux conférences.

»À proximité d’un canal lointain cousin du parisien Saint Martin et au moins quatre fois plus large, les différents espaces où se déroule la conférence mélangent de même les inspirations. Dans un décor de fête foraine, des containers transformés proposent déjeuners et boissons à proximité d’une grande roue destinée… aux rendez-vous d’affaires. Là encore, les concepteurs proposent aux participants de s’isoler en prenant de la hauteur et découvrir la ville.

»En ouverture des festivités, le curateur de l’événement, Jean-François Bouchard, a rappelé que le projet de départ était de "réinventer la notion même de conférence" et s’enorgueillissait d’avoir accueilli des visiteurs venus de 48 pays en 4 ans. Comme on est en Amérique du Nord, on a peu de pudeur avec l’argent, et l’heureux curateur a annoncé un million de dollars canadiens de retombées économiques avant de lancer à une salle remplie: "j’espère que vous ne serez pas seulement des spectateurs, mais que vous allez participer, faire des choses".


»E-commerce décomplexé

»Pour celui qui en douterait, ici c’est l’Amérique ! Et ce n’est pas le discours suivant, celui du maire (en deuxième position !) qui allait le contredire. Passant de l’anglais au français (la langue de Shakespeare l’emportant largement sur celle de Molière), il a proposé à la salle de "bien s’amuser et de dépenser de l’argent" avant d’ajouter que "toutes les planètes sont alignées pour faire de Montréal une plate-forme essentielle du monde des affaires".

»Un peu plus tard, Ayah Bdeir — la créatrice de littleBits, une sorte de jeu de construction génial et très hipster pour fabriquer des objets connectés — expliquait être née à Montréal, mais que sa première source d’inspiration était New York, avant de citer Léon Trotski, sans en être bien sûre : "les révolutions sont impossibles tant qu’elles ne sont pas inévitables". Trotski applaudi au service de l’innovation capitaliste, le visiteur européen n’est pas au bout de ses surprises!»





Une innovation

2015/05/27

«Marie-Pierre Tuffery, la “patronne” innovante de la CCI (Chambre de Commerce et d’industrie de Lot-et-Garonne) du Lot-et-Garonne»




Valérie Deymes: Sud Ouest



«Directeur général de la Chambre de Commerce et d’industrie de Lot-et-Garonne, cette Parisienne croit en l’avenir économique de sa terre d’adoption, à condition que “nul ne reste seul dans son coin”.

»Sur l’organigramme de la CCI 47, dont elle est l’auteur comme sur l’intitulé coiffant sa signature officielle, Marie-Pierre Tuffery est “le” directeur général de la chambre depuis 2007. “Le directeur, car c’est bel et bien de la fonction dont il s’agit. Je dissocie la personne et sa fonction”, lâche celle qui a une certaine pudeur à parler d’elle.


»Faire travailler ensemble des secteurs différents

»Pourtant dissocier la Parisienne venue poser ses valises en Lot-et-Garonne il y a 30 ans, et celle qui s’est employée à impulser une méthode et une dynamique d’innovation au sein de la CCI 47, serait une erreur. Car, si Marie-Pierre Tuffery se bat à son niveau pour que vive ce département rural, c’est bel et bien parce qu’elle y est attachée sur le plan personnel, mais aussi parce qu’elle y a gravé son empreinte, dans l’ombre, sur le plan professionnel.

»C’est en 1978 que l’étudiante à Agro Paris obtient son diplôme. Deux années de recherche en Côte d’Ivoire et la voilà dans la vie active en charge d’un programme européen de développement intégré... en Lozère. “Ce premier poste était très enrichissant, car innovant. Il fallait envisager une approche globale, faire travailler des secteurs bien différents ensemble, créer des partenariats...” Une méthode et une approche qui lui ouvrent les portes du Lot-et-Garonne, huit ans plus tard.

»A l’époque, Jean François-Poncet, président du Conseil général de Lot-et-Garonne avait l’ambition de créer l’Agropole, axé sur l’agroalimentaire et sur une dynamique collective et ce, en rassemblant les forces du département que ce soit les collectivités, les entreprises toutes filières confondues, les chambres consulaires, autour de projets communs. “Je m’étais installée ici pour rejoindre mon époux..., un gascon. Jean François-Poncet a tablé sur mon expérience en matière de programme basé sur le partenariat et la transversalité”, dévoile-t-elle.


»L’ère François-Poncet

»C’est ainsi que Marie-Pierre Tuffery, avec la double casquette de directeur adjoint du Conseil général et de directeur du comité “objectif 1992”, cher à son président, a travaillé dans l’ombre de nombreuses conquêtes du Lot-et-Garonne: l’implantation du parc Walibi à Roquefort, l’Agropole bien sûr, mais aussi la création des fameux Pays, avant même que ce mot n’ait de résonance nationale via la loi Voynet. “Des Pays qui nous permettaient de démultiplier la méthode partenariale, la méthode du “travailler ensemble”, en milieu rural. De 1990 à 2000, ce sont ainsi 1500 projets qui ont émergé pour 3 milliards d’investissements, dont 40% de subventions notamment européennes”, ajoute-t-elle.

»En 2007, alors que Jean François-Poncet a laissé le rênes du Département à Michel Diefenbacher, Marie-Pierre Tuffery postule à la direction de la Chambre de commerce et d’industrie. “Monter des projets sur les territoires des Pays m’avait permis d’approcher les entreprises et de travailler avec elles. Je souhaitais creuser ce sillon. Et puis ces années aux côtés de Jean François-Poncet m’avait donné la culture du développement local... J’ai pris goût au Département et j’ai envie de faire quelque chose pour lui, pour qu’il ne soit jamais un département dortoir.”


»“Innover ensemble et pour demain”

»Fidèle à sa méthode, le directeur général de la CCI 47 a créé à son arrivée un groupe innovation. “Mais pas question d’initier de l’innovation seulement à l’extérieur, la chambre aussi se devait d’innover. L’idée était de travailler sur la transversalité en invitant les entreprises à partager leur savoir-faire et à coproduire ensemble. Ici, l’innovation ne devait pas se limiter à la technologie, mais également s’immiscer dans la gouvernance, dans l’organisation, dans la commercialisation et même dans les ressources humaines. Et en termes d’innovation, le Lot-et-Garonne n’est ps en reste: il compte beaucoup d’entreprises innovantes. Et ce, sur tout son territoire. Un héritage de l’agriculture et de l’ingéniosité des exploitants agricoles.”

»La CCI 47 a donc rapproché les partenaires et impulser un cluster fruits et légumes, nutrition et santé. Il a vu le jour à son initiative et un Fablab est en cours de création dans ses murs. “Je suis convaincue qu’on ne travaille pas tout seul. Et on travaille pour demain.”»





Un innovateur

2015/05/26

«Big data et action publique algorithmique sont-ils solubles dans les valeurs de services publics»




Romain Mazon: La Gazette des Communes



«Gouverner à l’ère du big data – Promesses et périls de l’action publique algorithmique: le titre de la dernière note de l’Institut de l’entreprise, publiée le 7 mai, fleure bon l’exercice de prospective qu’affectionnent les gros cabinets de conseils, vendeurs d’avenirs radieux qui ne verront jamais le jour.

»Au final, la réflexion menée par Elisabeth Grosdhomme Lulin sur les conséquences, pour l’action publique, de notre société numérisée, s’avère plus équilibrée qu’on pouvait le craindre. A deux écueils près:

»• elle tient pour acquis que l’administration sait produire des données exploitables et réutilisables, ce qui est loin d’être encore le cas, a fortiori si l’on prend en compte les collectivités locales;

»• elle n’évite pas toujours le techno solutionisme dénoncé par Evgueny Morozov, pourtant bien identifié dans la note comme l’un des périls de la gouvernance algorithmique.


»Si l’administration électronique et les services en ligne ont apporté des progrès pour les usagers, la période qui s’annonce promet des bouleversements d’une toute autre ampleur. Au coeur de ces derniers, les capacités de traitement des données, autrement appelé big data.


»Action publique personnalisée, prédictive, préventive, participative

»L’administration reçoit aujourd’hui des données en continu, sur chaque usager, que les outils numériques, les bases de données, permettent de croiser pour produire de nouvelles informations. Ce qui provoque, estime Elisabeth Grosdhomme Lulin “une mutation substantielle du contrat implicite entre le pouvoir et la société”.

»Pourquoi? Parce que les pétaoctets de données que nous fournissons permettent de construire une action publique personnalisée, prédictive, préventive, et participative.

»Chacun de ces “4 P” identifiés par l’auteure entre potentiellement en conflit avec les principes fondateurs du service public. Si chacun porte sa part de rève, le cauchemar n’est jamais bien loin.


»Garantir l’égalité d’accès aux services publics

»Ainsi, une action publique personnalisée, où nous ne sommes plus perçus au sein d’une catégorie préétablie, mais comme les citoyens que nous sommes est une belle avancée. Mais dans le même temps, conséquence immédiate, nous devenons totalement transparents aux autorités publiques: elles savent comment nous vivons, ce que nous consommons, ce que nous pensons, et peuvent agir en conséquence.

»Ce n’est pas une hypothèse: Elisabeth Grosdhomme Lulin cite l’exemple des aides sociales, aux Etats-Unis, versées par carte prépayées, ce qui induit qu’on peut en interdire l’usage dans certains commerces. De fait, bon nombre d’Etats les interdisent dans les casinos, ou les bars.

»On voit ici le risque majeur de contrôle social, aggravé par la séduction présentée par la performance d’une administration qui “empêche que l’argent de nos impôts soit utilisé par des profiteurs”.

»L’autre effet de cette connaissance de l’usager, c’est la faculté, pour l’administration, de proposer des services personnalisés, ou, dit autrement, la possibilité pour les usagers de bénéficier de services personnalisés.

»Là encore, on peut y voir une avancée, puisque chacun fera appel au service public quand il en a besoin, et non pas parce qu’il appartient à une catégorie de population. Mais une telle approche entre en confrontation directe avec les principes d’universalité du service public et d’égalité des citoyens devant le service public.

»Ces principes sont-ils devenus obsolètes, ou conciliables avec un traitement numérique? L’auteure estime que oui: “le numérique change l’équation du choix économique entre standardisation et personnalisation. Il permet une flexibilité organisationnelle et procédurale, une “personnalisation de masse”, à peu de frais”. A tout le moins, il faudra qu’un contrôle démocratique garantisse que l’on ne glisse pas vers une société de privilégiés.

»Philipp K. Dick et Steven Spielberg ont bien montré, dans Minority Report, les risques de déviance d’une police prédictive. Elle est pourtant déjà à l’oeuvre aux Etats-Unis, encore, avec PredPol, décrit par Libération.

»Le versant positif de cette prédictibilité qui émerge d’un algorithme, ce sont les transports, ou la prévention des catastrophes naturelles: des milliers de capteurs qui permettent d’alerter, ou d’orienter les flux de circulation en temps réel.

»Autre mutation en cours: la participation, du citoyen, ou de l’usager, au service public. Et là encore, les potentialités balancent, d’une société ouverte à une société de contrôles. L’ère de la co construction, c’est celle de la coopération, dans laquelle, relève Elisabeth Grosdhomme Lulin, “le service est rendu dans une nouvelle forme de réciprocité des droits et des devoirs: votre traitement médical vous sera remboursé si vous observez la prescription du médecin; vos primes d’assurances maladies seront modulées selon votre hygiène de vie”.

»Sans compter que nous pouvons être directement l’un des maillons de ce nouveau service public, à l’instar du programme “Voisins vigilants” déployé dans 3000 communes en France.


L’ère de la co construction, c’est celle de la coopération, dans laquelle, relève Elisabeth Grosdhomme Lulin, “le service est rendu dans une nouvelle forme de réciprocité des droits et des devoirs: votre traitement médical vous sera remboursé si vous observez la prescription du médecin; vos primes d’assurances maladies seront modulées selon votre hygiène de vie”.

»La performance de l’action publique, à quels prix?

»La note de l’Institut de l’entreprise rapporte ainsi une série d’initiatives, plus ou moins expérimentales, voire déjà installées, qui tendent à montrer qu’une action publique pilotée par les données accroîtrait objectivement la performance des services publics.

»Ces innovation sont propres à séduire les fonctionnaires et les élus (avant même les citoyens). A la condition, avertit l’auteure, de relever 6 défis, pas tous de même ampleur.

»Le premier défi consiste, pour l’administration, à réussir le pilotage de gros projets informatiques. De récents exemples, en France, montre notre déficit de culture informatique: dossier médical personnel, logiciel de paie des militaires Louvois, logiciel de paie unique des fonctionnaires… autant de projets pour lesquels maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’oeuvre ont fait défaut, entraînant les fiascos que l’on sait.

»L’administration doit donc acquérir une nouvelle culture, de pilotage de projets complexes et orientée usagers. La création d’Etalab, la mission open data du gouvernement, et les projets impulsés par le SGMAP (“Dites le nous une fois”, par exemple) sont des signes encourageants de cette évolution, estime Elisabeth Grosdhomme Lulin.

»Autre défi: le modèle économique sous jacent à l’action publique algorithmique. Certains services, à la technicité trop forte, seront moins couteux s’ils sont externalisés, à condition d’avoir défini ce qui est “le coeur de métier” de l’Etat. En aval du service, l’Etat devra sans doute laisser à des acteurs privés la possibilité de créer de “nouvelles couches” de services à valeur ajoutée.

»La fiablilité de l’action publique algorithmique est évidemment l’un des principaux défi à relever. Les vulnérabilité viendront d’actes de malveillance, ou de casses matérielles, ce qui est habituel. Mais elles pourront également venir d’erreurs de conception des algorithmes, ou de mauvaises compréhension de ces mêmes algorithmes. Ce sont donc là de nouvelles compétences à acquérir, capables de plonger “au coeur de la matrice” pour détecter les dysfonctionnements.

»Ce qui conduit à un nouveau défi: la naissance d’une nouvelle “culture décisionnelle”: avec un code informatique, on gagne sans doute en efficacité “mathématiques”, mais on perd en intelligence des situations. Il faudra donc être capable de concevoir des algorithmes qui reflèteront fidèlement les choix politiques, que l’administration saura auditer dans la durée, et dont les citoyens maîtriseront les règles.


»Des algorithmes, et des choix éthiques

»Bref, il faudra que la société, dans son ensemble, apprenne à faire des choix, éthiques: d’un strict point de vue numérique, nous pouvons croiser les données fiscales et les données de consommation des individus, pour contrôler leur conformité, mais faut-il le faire?

»L’auteure prend un autre exemple: en mars 2011, la Cour de justice de l’Union Europénne a jugé non conforme aux principes de l’UE la pratique consistant à proposer aux femmes des tarifs d’assurance autos moins élevé qu’aux hommes au motif qu’elles sont réputées plus prudentes. Cette segmentation tarifaire est discriminatoire, a estimé la Cour.

»Dès janvier 2013, un acteur de l’assurance lançait alors un nouveau contrat “Drive like a girl”, avec tarif préférentiel si l’assuré conduisait comme une femme (et non plus s’il était une femme). Pour le prouver le client devait accepter d’équiper sa voiture d’un boitier enregistrant tous ses comportements de conduite...

»Ainsi, conclu Elisabeth Grosdhomme Lulin, “une segmentation identitaire, fondée sur qui nous sommes est illégale, en revanche, une segmentation comportementale, fondée sur ce que nous faisons, serait légale”. La nuance peut être ténue.

»Dans tous les cas, la question se posera de plus en souvent dans l’avenir, assure l’auteure, entraînant d’ailleurs celle de la protection de la vie privée, dont la définition devrait évoluer. Peut-on encore parler de vie privée quand les usagers eux-mêmes se dévoilent autant sur les réseaux sociaux, ou acceptent de fournir des données à de multiples commerçants en ligne (et services publics)?

»Du coup, elle propose une autre approche, partant du principe que nous avons trop à gagner à fournir nos données personnelles. Il s’agirait d’envisager un tryptique vie publique / vie privée / intimité, ou l’intimité (liberté de penser, liberté de croyance) serait la dernière frontière inviolable.

»Pour Elisabeth Grosdhomme Lulin, “on voit se dessiner l’idée que l’enjeu principal du big data, en termes de libertés publiques, c’est finalement moins la protection des données, de la confidentialité de nos faits et gestes, que la protection de notre libre arbitre”. On peut trouver cette vision insuffisante.»





Administration Publique et innovation

2015/05/25

«Newsletter L&I» (n.º 54, 2015-05-25)





Administração Pública e inovação | Administración Pública e innovación |
Administration Publique et innovation | Public Administration and innovation

Um inovador | Un innovador | Un innovateur | An innovator

Uma inovação | Una innovación | Une innovation | An innovation

A execução da inovaçao | La ejecución de la innovación | L’exécution de l’innovation |
The innovation execution



Liderar Inovando (BR)

«Governo Digital Mobile é destaque em evento regional de tecnologia» [web] [intro]
«Mad Men: o que um publicitário dos anos 1960 ensinou à geração Y?» [web] [intro]
«Modelagem molecular amplia conhecimento sobre a celulose» [web] [intro]
«5 pontos de atenção para suas parcerias de inovação» [web] [intro]

Liderar Inovando (PT)

«Comissão Europeia pretende Mercado Único Digital» [web] [intro]
«Clube de cavalheiros elegantes» [web] [intro]
«Concurso de Ideias Empreendedoras da Associação para o Desenvolvimento de Lagares apresentou nove projetos» [web] [intro]
«Reengenharia governamental» [web] [intro]

Liderar Innovando (ES)

V Congreso Nacional de Interoperabilidad y Seguridad. CNIS 2015 [web] [intro]
«Colombiano crea plantillas que protegen contra las minas antipersona» [web] [intro]
«“Como dijera Violeta”, un innovador espectáculo de arte circense sin precedentes» [web] [intro]
«El Gurugú, Mejor instalación geotérmica 2014, y otros éxitos de Guadarrama» [web] [intro]

Mener avec Innovation (FR)

«Le programme Surveillance du fleuve reçoit un prix KIRA pour l’innovation dans le secteur public» [web] [intro]
«Une main robot propulse un Niortais au rang d'innovateur» [web] [intro]
«Symposium de l'innovation à Marrakech: Les phosphatiers cherchent les idées de demain» [web] [intro]
«Pas d'innovation sans industrie» [web] [intro]

Leadership and Innovation (EN)

«Public-private innovation hub aims to deliver innovation and growth for Scotland's life sciences industry» [web] [intro]
«MIT lecturer explains 5 key skills that separate innovators from imitators» [web] [intro]
«3 Michigan small businesses compete for national Comcast innovation prize» [web] [intro]
«Advice for startups: There’s always a better way» [web] [intro]

Licencia Creative Commons Licencia Creative Commons
Atribución-NoComercial 4.0 Internacional








2015/05/22

«Pas d'innovation sans industrie»




Bernard Guilhon, professeur, Skema Business School: L'Usine Nouvelle



«L'économie de l'innovation est une économie de l'apprentissage favorisant l'accès à de nouvelles connaissances, la créativité et la volonté d'expérimenter. Le problème essentiel est de savoir où se localisent les apprentissages. Dans cette perspective, la contraction de la base industrielle réduit cette opportunité.

»La délocalisation de la production, si elle peut avoir un sens pour l'entreprise, effrite le tissu productif. La coupure entre la R&D et la production implique le recours à des capacités de production développées par les fournisseurs étrangers. Le risque n'est pas seulement la perte de confidentialité avec le développement de la contrefaçon, mais aussi celle de la maîtrise de l'apprentissage. L'apprentissage se réalise pleinement quand les ingénieurs de production sollicitent les ingénieurs de conception pour trouver de meilleures solutions et, éventuellement, reconcevoir le produit. Cette exigence est manifeste dans la "high-tech", elle l'est aussi dans les activités traditionnelles. Les entreprises du textile-habillement ne se contentent pas de piloter les fournisseurs en leur transférant des modèles, des normes de qualité et des standards technologiques. La maîtrise de la production est essentielle pour le développement des marques. La segmentation de la chaîne de valeur doit donc concilier la production locale et la délocalisation.



La maîtrise de la production est essentielle pour le développement des marques.

»DES "TROUS" DANS LE TISSU PRODUCTIF

»Les blocages possibles ne concernent pas uniquement la connaissance existante, mais aussi les capacités d'innovation. Dans l'optoélectronique, les fabricants de composants ont dû faire face au problème suivant: développer de nouvelles technologies d'intégration sur le site ou délocaliser dans les pays émergents la production de la technologie existante non intégrée. La technologie intégrée est moins coûteuse quand elle est produite aux États-Unis, alors que la technologie existante est plus compétitive quand elle est produite à l'étranger. L'incertitude du marché domestique et surtout un ratio salaire/productivité plus favorable dans les pays émergents ont favorisé la délocalisation de la production. D'où des "trous" dans le tissu productif (érosion des connaissances, liens détruits avec les fournisseurs locaux) et un blocage organisationnel de l'innovation.

»Pour éviter ces fractures, les entreprises doivent créer et utiliser des ressources communes ("industrial commons"): infrastructures de recherche, savoir-faire, capacités d'expertise et d'ingénierie, tests et certification, transferts université-industrie. Les pouvoirs publics peuvent favoriser la mise en commun de ces ressources au sein de "clusters" industriels. En particulier, pour les industries concernées par la technologie 3D, pourquoi ne pas créer des quasi-CHU financés par des partenariats public-privé, dans lesquels les ingénieurs et les salariés apprendraient à maîtriser les compétences appliquées à ces activités?



»FABRIQUER OU SOUS-TRAITER?

»L'interrogation pour l'entreprise est: quel est le meilleur arbitrage entre faire et faire-faire à l'étranger? Pour le pays, elle devient: quels industries ou segments d'industrie doivent être localisés pour soutenir l'innovation et l'emploi ? Les réponses empruntent deux voies complémentaires: renforcer les apprentissages sur les lieux de production pour intensifier les échanges d'informations et améliorer les produits, favoriser les activités industrielles "avancées" dont le multiplicateur d'emplois est élevé (évalué à 5 aux États-Unis) en raison des effets d'entraînement sur les emplois de services hautement qualifiés.»





L’exécution de l’innovation

2015/05/21

«Symposium de l'innovation à Marrakech: Les phosphatiers cherchent les idées de demain»




Badra Berrissoule: L'Économiste



«1.200 experts à la 3e édition du Symphos à Marrakech.

»Technologie et agriculture durable au cœur des débats.

»Avez-vous des idées innovantes pour cette enseigne de fast-food ou pour les phosphates? Pouvez-vous nous les donner de suite?

»Comme dans un show à l’américaine, Robert Tucker, l’auteur du best-seller Managing The Future a poussé les participants à se creuser les méninges. L’innovation, dit-il c’est oser tous les jours et à chaque instant. “Ce qui était valable hier ne l’est plus aujourd’hui et encore moins demain”. Tucker intervenait lors de l’inauguration du 3ème symposium international de l’innovation et technologie de l’industrie de phosphate (Symphos) qui poursuit ses travaux à Marrakech jusqu’au 20 mai. Procédés industriels, fertilisants du futur, biotechnologie, engrais spéciaux, la rencontre qui rassemble 1.200 participants procède à une véritable radioscopie de l’innovation autour de l’industrie des phosphates. Le groupe OCP qui l’organise, a choisi pour thème cette année “l’innovation au service d’une agriculture durable”.

»Un choix qui n’est pas fortuit puisque le groupe OCP, conscient que l’innovation constitue un des principaux leviers pour une exploitation raisonnée et pérenne des réserves phosphatières, témoigne de son engagement pour une agriculture durable et prospère à travers le monde. Ainsi, il fait de l’Afrique son défi, d’abord pour assurer la sécurité alimentaire du continent qui contient plus de 60% des terres arables du monde, indique Soufyane El Kassi directeur exécutif axe centre chez l’OCP.

L’innovation au service d’une agriculture durable.

»“Il nous appartient à nous producteurs et industriels d’être innovants pour soutenir cet objectif”. Le continent africain gagnerait doublement à développer la consommation d’engrais pour augmenter le rendement de ses sols. Mais qui dit Afrique dit une diversité de sols et à chaque terre ses spécificités et les producteurs ont désormais la responsabilité de trouver des solutions permettant d’accroître le rendement des surfaces d’une manière plus efficace. Désormais, référence internationale dans le secteur des phosphates, le Symphos à dominante technologique et scientifique met à l’honneur tous les deux ans l’innovation, la technologie, les tendances en matière de procédés de valorisation des phosphates et dérivés, la recherche ainsi que les perspectives de développement du secteur des phosphates.

»En fédérant la communauté mondiale des phosphates pour partager expertises, compétences et expériences, Symphos vise un double objectif: contribuer à faire émerger les idées de demain, à même de relever les grands défis de la préservation des sols et des ressources, pour une agriculture durable et tirer des leçons des stratégies mises en œuvre dans d’autres secteurs. L’intérêt de la démarche est de trouver de nouveaux relais de croissance et améliorer l’avantage compétitif dans une industrie où la compétition est de plus en plus forte. L’idée est d’examiner durant les trois jours les nouvelles techniques et technologies pouvant améliorer les systèmes de production dans l’industrie phosphatière et la préservation des ressources.

»“Car désormais, l’avenir de l’industrie devra être envisagé dans le cadre d’une démarche de développement durable et de technologies propres, d’échanger autour des matières premières, des produits intermédiaires et des produits finis”. Le modèle marocain de management industriel et de développement de l’innovation dans l’industrie phosphatière est mis à l’honneur, en particulier dans les domaines des mines, de la bénéficiation des phosphates, de la valorisation et de la production des engrais. Pour sa troisième édition le Symphos est décliné sous forme de plusieurs cours techniques, des conférences plénières, plus d’une centaine de communications orales et ateliers thématiques animés par des experts de différentes disciplines en rapport avec l’industrie des phosphates. Parallèlement aux conférences, une centaine d’exposants réunissant les principales entreprises du secteur, y présentent leurs produits, services et innovations.»





Une innovation

2015/05/20

«Une main robot propulse un Niortais au rang d'innovateur»




La Nouvelle République



«Amputé suite à un accident du travail, le Deux-Sévrien Nicolas Huchet est au cœur de l’élaboration d’une main robot. Un projet collaboratif fou et exemplaire en matière d’innovation sociale.

»Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, avait obtenu le même prix : Nicolas Huchet vient d'être retenu par la prestigieuse université américaine du MIT — le Massachusetts Institute of Technology — parmi les 10 Français de moins de 35 ans les plus innovants. La Massachussets Institute Review lui décerne aussi son prix 2015 de l'innovation sociale.


»De bric et de broc

»Pas étonnant dès lors que Nicolas Huchet fasse le buzz depuis quelques jours. Il est cité dans tous sortes de médias généralistes et scientifiques.

»Et il pose devant les objectifs en mettant en avant l'objet qui lui vaut tous ces regards: une main robot, fabriquée de bric et de broc en 2013, avec un Fablab (laboratoire de fabrication ouvert au public) de Rennes où il vit aujourd'hui, et qu'il compte développer et commercialiser pour moins de 1.000 €. Trente à quarante fois moins que ce qui se fait d'équivalent sur le marché de la biotechnologie.


Une main robot, fabriquée de bric et de broc en 2013, avec un Fablab (laboratoire de fabrication ouvert au public) de Rennes où il vit aujourd'hui, et qu'il compte développer et commercialiser pour moins de 1.000 €.

»Deux-Sévrien de cœur

»Breton d'adoption, il reste Deux-Sèvrien de cœur : “C'est vrai, j'ai vécu les 15 premières années de ma vie en Deux-Sèvres. Je suis né à Niort, j'ai grandi à Saint-Christophe-sur-Roc puis Saint-Pierre-des-Echaubrognes”, nous a-t-il confié entre deux rendez-vous sur un agenda particulièrement “booké” ces temps-ci. “Mon père vit toujours à Chef-Boutonne et je vais venir le voir en mai. Ma mère est native d'Ardilleux...”

»Pour remplacer la prothèse “Sécu” dont il a été doté en 2002 après avoir été amputé de sa main droite suite à un accident du travail, Nicolas Huchet, qui est ingénieur du son de formation et pas du tout spécialiste de micro-technologies, a cherché à mettre au point une main artificielle plus efficace.


»“Je n'ai rien créé”

»“Je n'ai rien créé, mais j'avais l'expérience d'une personne handicapée pour dire comment fonctionne une prothèse et ce dont j'avais besoin”, témoigne celui qui a ainsi fait le lien entre ingénieurs, prothésistes et personnes atteintes de handicaps.

»“C'est toujours à ce stade un prototype, assure-t-il. Par contre, nous avons développé un réseau mondial autour du handicap et de l'open-source, en vue d'aboutir à une véritable prothèse. Au moins, aujourd'hui, je bénéficie d'une visibilité médiatique...”»





Un innovateur

2015/05/19

«Le programme Surveillance du fleuve reçoit un prix KIRA pour l’innovation dans le secteur public»




Gouvernement du Nouveau-Brunswick



«L’équipe du programme Surveillance du fleuve du Nouveau-Brunswick a reçu un prix d’excellence en innovation dans le secteur public.

»Le prix KIRA (Knowledge Industry, Recognition and Achievement) a été remis à l’équipe lors d’une cérémonie qui s’est déroulée à Fredericton le 7 mai.

»“Voilà un bel exemple de la façon dont notre gouvernement saisit les possibilités d’innovation pour remettre le Nouveau-Brunswick en marche”, a déclaré le ministre de la Sécurité publique et solliciteur général, Stephen Horsman. “La nouvelle technologie utilisée par l’équipe du programme Surveillance du fleuve permet de fournir de l’information importante et essentielle durant les inondations au printemps.”

»Le premier du genre au Canada, le système de compte rendu et d’observation des glaces fluviales a été mis au point par le Centre d’hydrologie du ministère de l’Environnement et des Gouvernements locaux, en collaboration avec l’Organisation des mesures d’urgence du ministère de la Sécurité publique et Énergie NB.

»“C’est ce genre de collaboration qui stimule l’innovation”, a affirmé le ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux, Brian Kenny. “Notre gouvernement reconnaît qu’en raison des changements climatiques, il faut mieux se préparer à faire face à des conditions météorologiques extrêmes et que cette préparation commence par le partage rapide d’information précise.”

Notre gouvernement reconnaît qu’en raison des changements climatiques, il faut mieux se préparer à faire face à des conditions météorologiques extrêmes et que cette préparation commence par le partage rapide d’information précise.

»Dans le cadre du programme Surveillance du fleuve, le système de compte rendu et d’observation permet de consigner électroniquement et d’échanger l’information sur la prise des glaces, la débâcle et les sites d’embâcles en temps réel avec les organismes gouvernementaux.

»“Nous avons travaillé en collaboration avec le ministère de l'Environnement et l’Organisation des mesures d’urgence depuis 2013 sur cette technologie”, a déclaré le vice-président au développement des affaires et à la production chez Énergie NB, Keith Cronkhite. “Énergie NB a partagé les procédures que nous utilisions déjà lors de nos activités d’exploitation de barrage le long du fleuve Saint-Jean. Cette technologie innovatrice a changé la façon dont nous sommes en mesure d’effectuer les comptes rendus des conditions des crues printanières et amélioré notre niveau de préparation, et elle nous permet de mieux informer la population sur les conditions du fleuve lors de la période de dégel.”

»“Je suis fier que cette innovation, mise au point pour assurer la sécurité et la protection des Néo-Brunswickois, ait été reconnue par un prix KIRA, a dit M. Horsman. Le nouveau système a été utilisé par les responsables du programme Surveillance du fleuve pour repérer, surveiller et prédire le mouvement des glaces durant la saison des crues printanières qui arrive maintenant à sa fin.”

»Organisés par le Parc du savoir, les 16es prix KIRA reconnaissent et font valoir les réalisations d’entreprises et de personnes qui sont des chefs de file dans la technologie, l’entrepreneuriat et l’innovation au Nouveau-Brunswick.

»Les catégories de prix pour 2014 comprenaient l’entreprise en démarrage la plus prometteuse, l’innovation dans les secteurs privé et public, le champion de l’industrie et les retombées économiques. Les candidatures viennent des quatre coins de la province, tout comme les récipiendaires de prix.

»La catégorie de l’innovation dans le secteur public reconnaît l’adoption d’une nouvelle solution ou approche innovatrice pour la prestation d’un nouveau service ou d’un service existant au cours des 12 derniers mois.

»L’Organisation des mesures d’urgence coordonne la préparation d’urgence et les opérations provinciales d'intervention en cas d'urgence et administre aussi les programmes d'aide financière en cas de catastrophe.»





Administration Publique et innovation

2015/05/18

«Newsletter L&I» (n.º 53, 2015-05-18)





Administração Pública e inovação | Administración Pública e innovación |
Administration Publique et innovation | Public Administration and innovation

Um inovador | Un innovador | Un innovateur | An innovator

Uma inovação | Una innovación | Une innovation | An innovation

A execução da inovaçao | La ejecución de la innovación | L’exécution de l’innovation |
The innovation execution



Liderar Inovando (BR)

«Minas estuda mecanismos para enfrentar concorrência de outros estados» [web] [intro]
«Dez lições que o ex-evangelista da Apple Guy Kawasaki aprendeu com Steve Jobs» [web] [intro]
«Inovação garante longevidade aos transformadores» [web] [intro]
«Inovação e execução: interdependentes» [web] [intro]

Liderar Inovando (PT)

O financiamento da inovação na Administração Pública [web] [intro]
«Piratas portugueses à conquista do mundo» [web] [intro]
«Será que a impressora 3D de comida vai ser tão popular quanto o micro-ondas?» [web] [intro]
«ADENORMA recebeu donativo de apoio ao programa 'Semear Saúde, Colher Sorrisos'» [web] [intro]

Liderar Innovando (ES)

«La situación de I+D+i en España y su evolución desde el comienzo de la crisis» [web] [intro]
«Tareas pendientes en innovación» [web] [intro]
«Geocuba: Innovación, investigación y desarrollo» [web] [intro]
«Innovación Corporativa: Más relato que acción» [web] [intro]

Mener avec Innovation (FR)

Guide du Crédit Impôt Recherche 2015 [web] [intro]
«Apprendre des grands innovateurs» [web] [intro]
«La science des données: une occasion de réinventer l'économie numérique» [web] [intro]
«L’économie circulaire, une opportunité stratégique» [web] [intro]

Leadership and Innovation (EN)

«New Study Suggests that Rapid Innovation in Semiconductors Provides Hope for Better Economic Times Ahead» [web] [intro]
«China emerges as a global innovator» [web] [intro]
«essDOCS wins Global Finance Innovators Award for CargoDocs BPO+» [web] [intro]
«Bosch CEO Remakes Company Around ‘Internet of Things’» [web] [intro]

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2015/05/15

«L’économie circulaire, une opportunité stratégique»




Yann Drevet (l’agence gbo – Groupe GBO): Clicanoo.re



«La crise écologique actuelle et à venir impose à tous les acteurs économiques, de toute taille et tous secteurs confondus, de donner toute sa place à une réflexion stratégique sur l’économie circulaire. L’économie circulaire trouve son origine dans le concept d’économie fermée de l’économiste Kenneth E. Boulding qui comparait, dans les années 60, la Terre à un vaisseau spatial aux ressources limitées. Aujourd’hui, la Terre pourrait être une île où l’accroissement du prix des matières premières, la raréfaction des ressources naturelles, le renforcement des législations, et la pression grandissante de ses habitants rendraient l’économie circulaire politiquement nécessaire, économiquement profitable et écologiquement durable.

»En remplaçant l’économie linéaire extraire-fabriquer-consommer-jeter par la règle d’or des 3R — Réduire, Réutiliser, Recycler —, l’économie circulaire est porteuse d’opportunités de croissance, d’emplois et de nouveaux business modèles. Les acteurs économiques qui réussiront à se développer dans un contexte de crise écologique profonde seront ceux capables d’éco-concevoir leurs biens et services, c’est-à-dire capables de réduire leurs déchets en amont et limiter les impacts environnementaux durant toutes les phases du processus de production. Demain, les meilleures performances seront probablement celles des acteurs qui auront également investi dans une logistique inverse efficace, permettant de faire remonter les biens, services et informations du point de consommation vers le point d’origine. Un tel système ne se limite pas à éliminer correctement les déchets; il permet de récupérer la valeur maximale des produits après la consommation ou l’usage.


Demain, les meilleures performances seront probablement celles des acteurs qui auront également investi dans une logistique inverse efficace, permettant de faire remonter les biens, services et informations du point de consommation vers le point d’origine.

»Un secteur en pleine évolution à La Réunion

»En outre, de nouveaux business modèles très performants sont apparus dans le domaine de l’économie de fonctionnalité et le réemploi. Le remplacement de la vente de produits par la vente de services ou la location est souvent une option intéressante, même s’il ne faut pas sous-estimer les mutations qu’elle impose. Les réussites sont déjà nombreuses et bien connues dans le secteur des machines-outils, de l’automobile ou encore de l’électroménager. Le prolongement de la durée de vie des produits, la récupération des matériaux, l’économie du partage, sans oublier la révolution des Fab Makers (et leurs imprimantes 3D) sont eux aussi des secteurs en pleine expansion. Les acteurs traditionnels de l’agriculture, de l’industrie et des services ne doivent pas se sentir menacés, mais doivent anticiper, évaluer et saisir ces opportunités.

»À la Réunion, le secteur privé est en pleine ébullition. Le développement de Derichebourg dans le Sud, l’évolution de la Star (filiale réunionnaise de Sita France) vers la valorisation des déchets, l’exemple des Brasseries de Bourbon dans la récupération des chopines, de Solyval au Port dans la valorisation des pneus usagés, ou encore les innovations de STS dans la valorisation des déchets du BTP... prouvent que les stratèges tablent sur de nouveaux leviers de croissance grâce à l’économie circulaire. Certes, faire mieux avec moins n’est pas toujours facile. Pour rendre possible cette “croissance verte” si nécessaire, encore faut-il pouvoir mutualiser les moyens et les outils, trouver des partenaires au-delà des frontières des secteurs public/privé, sectorielles ou géographiques, et, surtout investir massivement dans une stratégie de changement de long terme, cohérente et ambitieuse, au niveau régional. Les actions du Syndicat de l’Importation et du Commerce de la Réunion et les diverses initiatives du monde de l’économie sociale et solidaire jouent un rôle important et les acteurs privés gagneraient à s’engager pleinement à leur côté. Dans ces conditions, La Réunion pourrait tenter de devenir le fer de lance de la révolution circulaire et développer son écosystème économique en faisant rimer, à travers ses acteurs, économie circulaire et économie insulaire.»





L’exécution de l’innovation

2015/05/14

«La science des données: une occasion de réinventer l'économie numérique»




Marc Benioff (Président-Directeur général de Salesforce):
Le Huffington Post. Traduction de Pierre-Étienne Paradis.



«Les 10 prochaines années promettent d’être les plus intéressantes de l’histoire de la technologie. La loi de Moore, formulée il y a 50 ans, n’a rien perdu de sa pertinence. La puissance des microprocesseurs continue de croître de manière exponentielle, la bande passante est toujours plus rapide, et le coût de stockage des données ne cesse de baisser. Les technologies mobiles, sociales et infonuagiques bousculent l’ordre établi, et il semble que chaque objet sera tôt ou tard connecté à Internet. Toutes les conditions sont donc réunies pour inspirer la prochaine vague d’innovations qui déferlera sur la planète. Il faudra toutefois mettre ces innovations au service du bien commun.

»L’impact cumulatif de ces technologies a donné naissance à une véritable révolution. Environ 90 % des données numériques dont nous disposons ont été créées au cours des deux dernières années. Les quelque 50 milliards d’appareils qui seront connectés à Internet en 2020 généreront une quantité astronomique d’informations. Chaque individu deviendra un porteur de données grâce aux progrès du suivi des fonctions corporelles, de la bio-informatique et du séquençage de l’ADN. Ce qu’on surnomme “big data” doublera de taille à tous les deux ans pour atteindre 44 billions de gigaoctets en 2020.

»Encore faut-il trouver un sens à cette vaste quantité de données. À l’heure actuelle, 99 % d’entre elles sont de la “matière sombre” qui n’a pas été traitée ni décortiquée de manière à produire des connaissances utilisables. Heureusement, les avancées en matière d’analyse permettront de remédier à ce problème au cours de la prochaine décennie. Les entreprises, les industries et les laboratoires scientifiques auront l’occasion de renouveler leurs activités et d’entrer de plein pied dans le 21e siècle.

»La science des données repose sur plusieurs branches de l’intelligence artificielle, dont l’apprentissage automatique, l’apprentissage profond et l’analyse prédictive. Elle permet de déceler des tendances à une échelle que les humains seraient incapables de gérer.

»Les algorithmes d’apprentissage automatique, par exemple, permettent d’analyser des milliards de transactions pour déterminer quels consommateurs sont les plus susceptibles d’acheter un produit particulier. Les pétaoctets générés par les moteurs d’avions permettent d’identifier leurs défectuosités et de lancer des alertes précoces. Les voitures sans conducteur, guidées par une panoplie de systèmes informatiques, pourront bientôt optimiser leurs déplacements afin de réduire la fréquence des accidents et la congestion routière. L’analyse de millions de cellules cancéreuses, de radiographies et d’images IRM donnera un jour accès à des outils de diagnostic ultra-précis, en temps réel et aux quatre coins de la planète.

La science des données repose sur plusieurs branches de l’intelligence artificielle, dont l’apprentissage automatique, l’apprentissage profond et l’analyse prédictive

»Or, la technologie à elle seule ne peut résoudre tous les problèmes de l’humanité.

»Nos politiques publiques doivent soutenir la recherche fondamentale et aider les entrepreneurs à créer la prochaine génération de produits et de services. Les codes-barres, le système GPS, Internet et même Google n’auraient pas vu le jour sans qu’il n’y ait eu de recherche financée par des fonds publics. Malheureusement, la part du budget fédéral américain allouée à la recherche et au développement est tombée à 4 %, alors qu’elle s’élevait à 10 % en 1968. Ce désintérêt du Congrès a créé un véritable déficit d’innovation en matière de cybersécurité, d’énergies renouvelables et de traitement des maladies infectieuses.

»Les gouvernements, les gens d’affaires, les chercheurs et les groupes militants doivent absolument unir leurs forces afin de réinventer l’économie numérique. Plusieurs problèmes techniques, éthiques, politiques et de confidentialité devront être résolus dans un avenir proche. Les chefs d’entreprise doivent enfin reconnaître qu’ils font partie d’un écosystème complexe et prendre au sérieux les intérêts de toutes les parties - qu’il s’agisse de leurs actionnaires et associés, de leurs consommateurs et employés, ou des communautés locales touchées par leurs décisions.

»Toutes les entreprises doivent se sentir concernées par les problèmes climatiques, sanitaires, éducatifs et agricoles. La dégradation de l’environnement et la montée des océans de 3,2 millimètres par année n’augurent rien de bon pour leur chiffre d’affaires. Les centaines de millions de chômeurs et de jeunes dépourvus d’accès à l’éducation ne contribueront en rien à relancer l’économie.

»Pour réaliser tout son potentiel et créer un monde meilleur, l’innovation technologique de la prochaine décennie doit donc aller de pair avec un plus grand engagement social et un capitalisme à l’écoute des besoins de la population.»





Une innovation

2015/05/13

«Apprendre des grands innovateurs»




Alain Goetzmann: Successful Entrepreneurs



«Depuis la révolution industrielle du XIXème siècle, jamais le besoin en leadership dans l’art de l’innovation ne s’est, à ce point, fait ressentir. Trouvant toute sa justification dans une économie en constante accélération, le principe de destruction créatrice cher à Joseph Schumpeter s’est aujourd’hui développé à un niveau qu’il n’aurait jamais pu imaginer.

»Les produits, les services, les stratégies et les business model qui marchaient bien ont désormais une durée de vie beaucoup plus courte, démontrant ainsi “qu’innover ou mourir” n’est plus un slogan, mais la réalité brutale de la compétition au XXIème siècle.

»Au fur et à mesure que l’innovation passe d’intéressant à urgent, dans les priorités des entreprises, beaucoup de dirigeants reconnaissent qu’ils sont bien plus à l’aise dans la direction et l’exécution que dans le défi quotidien de la créativité. Générer de nouvelles idées, savoir reconnaître celles qui ont un potentiel de rupture, puis, mobiliser toute une organisation pour les amener au marché, avec les risques et les incertitudes que cela comporte, est un aspect récent de leur fonction qui les inquiète.

»Il y a cent ans et plus, les innovateurs étaient des bâtisseurs d’industrie : Thomas Edison, Henry Ford, Walt Disney. Plus récemment, ce sont des “disrupteurs” : Steve Jobs, Jeff Bezos, Richard Branson. Aujourd’hui, les nouveaux barbares bousculent l’ordre établi : Elon Musk (Paypal, Tesla, SpaceX), Brian Chesky (Airbnb), Travil Kalanick (Uber), Frédéric Mazella (Blablacar).

»Tous ces leaders de l’innovation sont-ils des extra-terrestres, des gens qui disposent d’un don particulier, d’un chromosome unique ? Certainement pas. Chaque chef d’entreprise – c’est la conviction de Rowan Gibson, spécialiste de l’innovation et auteur de nombreux ouvrages – a la possibilité d’infuser de la créativité dans son organisation.

»En étudiant de façon approfondie des centaines d’exemples d’innovation, un modèle émerge. Les nouveautés ne viennent généralement pas d’un individu, aussi brillant soit-il, mais d’une façon radicalement différente de regarder le monde, avec d’autres lunettes, en quelque sorte. C’est ce qui ressort de la plupart des exemples d’innovations transformées en succès et qui caractérise les entrepreneurs qui en sont à l’origine.


Les nouveautés ne viennent généralement pas d’un individu, aussi brillant soit-il, mais d’une façon radicalement différente de regarder le monde, avec d’autres lunettes, en quelque sorte.

»1. Contester l’orthodoxie

»Un leader innovant n’accepte ni l’ordre établi ni les bonnes pratiques immuables. Il les conteste systématiquement et n’hésite pas à remettre en cause les principes les mieux ancrés dans l’ADN d’une entreprise. C’est ainsi que Nicolas Hayek a bouleversé l’industrie horlogère suisse avec la Swatch, d’un côté, le luxe de l’autre ou qu’Ingvar Kamprad d’Ikéa a pressenti les efforts (transport, montage) que le consommateur était prêt à consentir pour payer ses meubles moins cher. D’autres comme James Dyson ou Michael Dell ont, eux-aussi, secoué le cocotier dans leur métier.


»2. Dépister les tendances

»Repérer les modèles qui, en évoluant, peuvent substantiellement changer les règles du jeu fait partie du quotidien des leaders innovants. Ils veillent de très près à détecter les signaux faibles, les tendances naissantes et les amorces de ruptures qui peuvent avoir un impact significatif dans leur métier. Jeff Bezos a compris, dès 1994, l’extraordinaire révolution que serait l’e-commerce sur Internet. Il s’est ensuite demandé quel business-model avait le plus de chance d’en profiter rapidement et s’est orienté sur la librairie en ligne, donnant naissance à Amazon. Reed Hastings de Netflix, a lui compris que le streaming de vidéos remplacerait inéluctablement la location de DVD.


»3. Valoriser ses ressources

»Il vaut mieux considérer son entreprise comme un portefeuille de spécialités et d’actifs que comme un pourvoyeur de produits ou de services sur un marché donné. Cela permet aux leaders innovants de chercher de nouvelles voies en redessinant, en redéployant ou en recombinant les ressources variées de l’entreprise vers des opportunités créatrices. C’est Walt Disney qui évolue du dessin animé vers le film, puis vers l’univers du loisir ou Richard Branson qui, à partir d’un petit éditeur de disques, déploie un groupe de plus de 400 sociétés.


»4. Comprendre les besoins

»Les leaders innovant vivent dans la peau de leurs clients. Ils savent donc, d’abord, comment sont reçus leurs produits et leurs services, ensuite, ce qu’ils désirent à l’avenir. C’est ainsi qu’ils créent leurs nouveautés. Fred Smith avait compris la nécessité d’un service postal rapide. Il en est né Fedex. Personne n’a demandé à Steve Jobs un iPod, un iPhone ou un iPad. Grand amateur de musique il en ressentait le besoin pour lui-même, en tant que consommateur.

»Que peut-on apprendre des grands innovateurs? Qu’il faut, même quand tout va bien, rester en éveil, contester sa propre réussite, toujours rester proche de son public et de la société, en général, pour en détecter les évolutions avant les autres. Un brin de paranoïa ne nuit pas quand on est à la tête d’une entreprise.»





Un innovateur