2015/03/24

Laurence Jaillard (La Tribune - Acteurs de l'économie): «Les voies du design thinking»



«L’étonnante panthère en composite métal plastique imaginée chez Corima, symbole du design-thinking lors de ce petit-déjeuner. (Crédits: Emmanuel Foudrot/ADE).»


«Les voies du design thinking»



La Tribune – Acteurs de l'économie
Laurence Jaillard

FRANCE

«Vous réunissez dans une station de ski des ingénieurs, sociologues, artistes, designers, commerciaux... pour imaginer les nouveaux produits d’une entreprise. Ils phosphorent tous azimuts, posent des questions, s’expriment sans freins par post-it.


»Poser des questions

»Ensuite il faudra passer à l’acte, que toute cette méthode créative débouche sur un projet, un produit “désirable, faisable, viable”, comme le souligne Philippe Silberzahn, professeur en entrepreneuriat et innovation à l’EMLYON. Il diffuse le design thinking, nouveau mode de pensée —“qui va jusqu’à poser des questions sur les questions” — en particulier auprès des personnes engagées dans le programme AMP (Advanced management program, le programme de formation continue de l’EMLYON), cette formation originale de dirigeant par des dirigeants.

»Classiquement, les entreprises s’engagent dans l’innovation par silos: les ingénieurs de la R&D imaginent de nouveaux produits, ils les soumettent aux équipes de production, puis les commerciaux jouent leur partition, ensuite le marketing etc.

»“Il faut mélanger les profils, supprimer les silos, le silo est un casseur d’innovation. Plutôt qu’une vision séquentielle de l’innovation, le design thinking recherche le tourbillon, les allers retours et surtout la transdisciplinarité”, décrit Philippe Silberzahn.


»Une panthère dans la salle

»Vincent Belorgeot, PDG de Corima Technologies dans la Drôme, illustre de manière frappante les opportunités d’une pensée design-thinking. Spécialisée dans la technologie de l’électroformage, cette entreprise réalise 80% de son activité dans la fabrication de moules pour pièces technologiques, avec une forte présence dans le secteur aéronautique. Il lui faut trouver d’autres débouchés mais lesquels? Avec quels produits? Une artiste a mis son nez dans toute cette technologie, elle s’en est emparée imaginant au final une étonnante panthère faite d’un nouveau composite métal-plastique aux nombreuses qualités. La panthère a circulé dans le public, chacun a pu la soupeser, en éprouver la solidité et la beauté.

»Corima, désormais possesseur de ce nouveau matériau composite, pense le proposer à des artistes, des designers, voire lancer sa marque autour de créations futures. Cette innovation apporte par ailleurs de nouveaux champs à ses clients habituels:

»“Nous réfléchissons avec les sous-traitants aéronautiques sur la manière dont ils pourraient utiliser ce matériau. La technologie de Corima est rare, peu utilisée, la rencontre avec des artistes, des designers, nous aide à trouver des possibles.”

»Vincent Belorgeot se dit néanmoins câblé pour l’innovation et livre une recette précieuse: “pratiquer la remise en question, l’étonnement”.


»Protéine de lait

»Marie-Hélène Gramatikoff, a créé sa jeune start-up Lactips autour d’une innovation qu’elle est allée dénicher dans les placards de l’Université de Saint-Étienne. Soit un brevet permettant à partir d’une protéine de lait de fabriquer des granulés de plastique aux étonnantes propriétés: biodégradables en 18 jours, hydrosolubles, conducteurs d’électricité, pouvant être enrichis d’odeurs... Pour ces plastiques parfaitement biosourcés puisque issus de lait de vache, le champ des possibles est vertigineux. Les deux ingénieurs chimistes aux côtés de Marie-Hélène à Lactips l’explorent avec par exemple des films pour emballer les dosettes tournant dans lave-vaisselle ou lave-linge.

»La dirigeante, elle, est allée se former choisissant le programme AMP où elle a découvert le design thinking. “Cela m’a changé, je suis sorti de mon carcan d’ingénieur”. Elle s’est rapprochée par la suite d’un groupe d’étudiants en master de l’innovation, de deux étudiantes designers. Emergent pour Lactips les applications les plus folles. Marie-Hélène Gramatikoff, qui vient de lever deux millons d’euros de fonds, se montre raisonnable et se concentre pour l’heure sur des marchés connus, “il nous faut générer du cash rapidement”. Mais elle cultive, par cette proximité, sa curiosité, une façon d’innover bien plus riche.

»Philippe Silberzahn renchérit: “l’artiste apporte bien cette culture de l’étonnement. Cultiver sa curiosité, sa capacité à s’étonner: pourquoi c’est comme ça? Pourrait-on faire autrement? Cela s’enseigne, on peut éduquer l’étonnement.”»





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