2014/01/24

«Innovation inversée: délocalisation ou changement de point d’impulsion?»



«Avec l’apparition des Fab labs et autres innovations directement conçues dans les pays en voie de développement, l’innovation inversée pourrait dynamiser les marchés mondiaux.

»L’innovation telle qu’elle est vue aujourd’hui naît soit dans les laboratoires de recherches, soit dans l’esprit de jeunes entrepreneurs ayant su cerner un nouveau marché. Si l’image en est fortement corrélée aux sociétés riches des pays du Nord économique, l’innovation n’en est pas pour autant spécifiquement géolocalisée. Au contraire, au sein des pays les moins développées, et ce grâce à la baisse drastique des coûts en termes de matériel nécessaire, notamment les capteurs et circuits électroniques, de nombreuses innovations voient le jour afin de répondre directement, et à prix moindre, aux besoins de la population. Ce qui en théorie s’appelle “l’innovation frugale”, ou le jugaad en hindi représente justement l’inventivité des populations à faible revenu, leur capacité à détourner produit ou service pour l’adapter à leurs besoins. Cette évolution de la structure de l’innovation, vers une innovation poussée par la demande, entre en conflit avec la structure existante de l’innovation d’offre, cependant est-ce un problème ou une opportunité pour les entreprises occidentales? C’est sur ce point que le cabinet BearingPoint a publié une étude, mettant en lumière les avantages cruciaux d’une innovation locale.



»Des exemples forts mais encore peu nombreux

»Le concept n’est en réalité pas vraiment neuf, et il se rapproche clairement du concept de glocalisation, processus de création local, poussé dans les années 80 et 90 par les grandes entreprises pour s’attacher les marchés émergents. La différence, notable, tient cependant aux différences structurelles qui ont vu le jour depuis 30 ans. Ainsi, les populations de ces pays sont relativement plus riches mais ont surtout accès à des structures technologiques importantes, qui permettent à ces produits locaux de déborder leur marché vers les pays les plus développés. On peut prendre notamment en compte l’exemple de la Logan de Dacia, développée en Roumanie expressément pour le marché des pays de l’Est et dont l’attractivité a rapidement dépassé les frontières vers l’Europe de l’Ouest. De même, le Mac 800, électrocardiogramme portable développé par la société GE spécifiquement pour les médecins de campagne devant travailler dans des conditions climatiques rudes et souvent sans avoir accès au courant, est devenu un des outils des services d’urgence américains. En effet, plutôt que d’attendre d’arriver à l’hôpital, les urgentistes peuvent désormais effectuer directement un électrocardiogramme sur les patients, quelles que soient les conditions d’intervention. Cette même entreprise, GE, a aussi mis au point une couveuse pour les hôpitaux indiens dont la technologie permet des performances similaires aux modèles du Nord, pour une fraction du prix.



»Innover depuis la base

»En proposant un produit à bas coût certes, mais de qualité, ces innovations peuvent ainsi élargir leur marché cible. Si les produits existent souvent déjà, ces innovations répondent à un besoin d’en réduire les coûts, comme dans le cas de la couveuse. Or, avec la baisse faible mais constante du pouvoir d’achat des classes moyennes et pauvres des pays développés, des produits comme la Logan de Dacia peuvent rapidement s’implanter. C’est ce qui fait dire aux auteurs de l’étude que l’innovation inversée semble inexorablement prendre une place prépondérante dans l’écosystème existant. De fait, le développement sans cesse plus important des marchés émergents, ne serait-ce qu’en termes démographiques, implique, comme dans le cas de la Chine, un nombre de plus en plus accru de consommateurs potentiels. Dès lors, si les entreprises veulent pouvoir pénétrer ces marchés, les modèles d’innovation inversée ou de glocalisation, donnant naissance rapidement à des produits de masse, semblent être devenus sinon nécessaires, du moins fortement utiles, pour répondre aux demandes d’un consommateur souvent inconnu des pays développés.»



L’Atelier BNP Paribas, Quentin Capelle







Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire