2013/11/28

« Gilles Garel : “ Tout est objet d’innovation ! ” »



«Gilles Garel est chercheur, directeur du Lirsa (Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche en Sciences de l’Action) et Professeur titulaire de la chaire de gestion de l’innovation du Conservatoire national des arts et métiers. Depuis le début des années 1990, il réalise des travaux en management de projets et de l’innovation en relation directe avec des entreprises. Dans son dernier livre, co-écrit avec Elmar Mock, La Fabrique de l’innovation, il analyse les processus créatifs de l’innovation de rupture.


»Véronique Anger : Tout le monde parle d’innovation... mais qu’est-ce qu’une innovation réellement ?

»Gilles Garel : L’innovation est une nouvelle façon de créer de la valeur, au sens large de la valeur, c’est-à-dire pas seulement au sens économique ou marchand. Dans La Fabrique de l’innovation, que je signe avec Elmar Mock, le co-inventeur de la Swatch, nous avons choisi de donner un sens fort à l’innovation. Nous parlons d’“ innovation de rupture ”, de remise en cause des règles établies et acceptées. L’innovation n’est pas la rénovation. L’innovation révise l’identité connue des objets. Prenons l’exemple de la Swatch, dont nous détaillons l’histoire cachée de la conception dans notre ouvrage. Avant la Swatch, une montre suisse est un objet qui se répare, fait de métaux, parfois précieux. Avec la Swatch, la qualité suisse se décline en plastique, non réparable et à bas coût ! Ici, l’innovation modifie à fois le positionnement marketing, l’architecture interne de la montre (en la simplifiant radicalement), le mode de fabrication et la distribution. Finalement, cette montre présente des propriétés totalement nouvelles et... continue à donner l’heure comme d’habitude. C’est une montre qui n’est plus un montre, c’est un oxymore ! En pratique, on ne peut pas innover comme on rénove. Pour innover, il faut des organisations (c’est-à-dire en fait les règles qui les gouvernent), des raisonnements, des outils et des ressources humaines spécifiques.


»VA : Vous dites que tout le monde peut être innovant, faire de l’innovation. Encore faut-il savoir créer un état mental particulier, des conditions particulières pour faire émerger l’innovation ?

»GG : Pour innover en rupture, nous mettons en avant la nécessité de raisonner simultanément à la fois du côté des concepts et des connaissances, d’être créatif et ingénierique. Nous consacrons dans le livre un chapitre entier à la théorie C-K (C pour concept et K pour connaissance) afin d’expliquer comment ce rapprochement qui n’a rien d’évident peut se réaliser, se forcer. L’innovation joue sur la complémentarité de profils parfois contradictoires. Ensuite, les chercheurs en créativité ont bien montré qu’en modifiant l’environnement de travail des personnes on pouvait les rendre plus créatives. Au départ, dès l’enfance, nous avons tous un potentiel créatif ! Un autre chapitre du livre est consacré aux “ états mentaux ” de l’innovation. Les états mentaux “ gazeux ” ou créatifs sont plus propices à l’innovation, mais pour que l’innovation parvienne jusqu’au marché ou se diffuse hors marché, il ne suffit pas de concevoir, il faut aussi savoir produire, fabriquer, vendre, relayer, convaincre... En clair, l’état mental gazeux ne suffit pas à innover, il faut aussi des “ liquide ” et des “ solide ”, même si le dialogue entre des états mentaux différents est difficile.


»VA : L’innovation peut être un produit, mais elle peut aussi être organisationnelle, marketing, sociale ou sociétale donc...

»GG : Bien sûr, et c’est bien pour cela que nous utilisons le terme d’“ objet ”. Malheureusement les catégories de classement des innovations utilisées par exemple par l’OCDE sont assez pauvres et cela a un impact direct sur les politiques publiques et les comparaisons internationales en matière d’innovation. En fait, tout est objet d’innovation ! Les entreprises ne sont pas les seules à innover : les associations, les hôpitaux, les artistes, les Chefs de cuisine, les universités... innovent. Au Cnam, par exemple, nous sommes engagés dans un chantier très important lié à l’innovation pédagogique dans l’enseignement... de l’innovation en sciences sociales.

»Si on veut rendre compte du phénomène d’innovation dans sa globalité, il faut aussi être capable d’en définir les critères. Aujourd’hui, un plat révolutionnaire en cuisine ou un nouveau modèle d’affaires échappent à la statistique macro économique. Non seulement les outils de la “ macro mesure ” de l’innovation ne savent pas prendre en compte toutes les innovations, mais ils ne mesurent que les innovations positionnées sur un marché. Evidemment, cela est conforme à la définition traditionnelle de l’innovation, invention commercialisée, mais cela ne rend pas compte de toute l’activité inventive ! Une part de la fabrique de l’innovation échappe à la mesure.


»VA : Quelle est la particularité de cette innovation pédagogique que vous évoquiez ?

»GG : Jusqu’à présent, il n’y a aucune formation diplômante en innovation au Cnam. Il existe bien des cours, dont le mien en “ gestion de l’innovation ” ou ceux, par exemple, de mon collègue Lionel Roure en marketing et innovation, mais pas de diplôme complet en innovation. Avec mes collègues, nous souhaitons créer un Master innovant en innovation pour la rentrée 2014. Notre objectif est d’innover à la fois sur le fond et sur la forme c’est-à-dire dans la manière de pratiquer l’“ enseignement ”. Ce projet va profiter de la dynamique d’un programme beaucoup plus large, le projet Promising, coordonné par l’UPMF de Grenoble et déposé avec le Cnam et l’ENSCI (Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle). Ce chantier, qui démarre en 2013, financé sur la partie “ innovations pédagogiques ” du grand emprunt, consiste à développer une plateforme originale de conception et de diffusion de formations à la conduite de l’innovation pour des étudiants et des professionnels. Nous devons être à la fois innovateurs dans les pratiques pédagogiques et managériales, producteurs de connaissances et transmetteurs de savoirs. Comme enseignants en innovation, nous ne pouvons plus nous contenter de la salle de cours, même virtuelle. Il faut innover dans nos pratiques !


»VA : En dehors des secteurs de l’aéronautique, des SSII, de l’agroalimentaire ou du luxe, la France ne semble pas perçue comme très innovante. Est-ce parce que les innovations des entreprises françaises les plus dynamiques “ échappent aux statistiques ” ?

»GG : Le dernier rapport annuel de l’office européen des brevets montre que l’innovation est en train de migrer vers l’Asie. Si la place de la France est solide, comme deuxième pays européen, notre pays dépose toutefois trois fois moins de brevets que l’Allemagne, tandis que la Chine et la Corée sont désormais devant nous... Ce type de chiffres nous ramène aux innovations industrielles et, on le sait bien dans les comparaisons avec l’Allemagne, l’industrie française représente un tiers de ce qu’est l’industrie allemande. D’autres classements internationaux de l’innovation se fondent sur le degré d’investissement en Recherche & Développement. Mais la R&D produit de la connaissance et ne fabrique pas de l’innovation. Par exemple, Apple, qui pourtant investit peu en R&D, est perçue comme une entreprise très innovante quand on interroge les clients ou les dirigeants des grandes entreprises.

»Revenons à la France. Je ne veux pas ajouter au pessimisme ambiant sur les supposées défaillances de l’innovation dans notre pays. Nous produisons de la connaissance en ingénierie mondialement reconnue, notamment dans nos grandes écoles, nous avons des réseaux culturels et une tradition conceptuelle, des infrastructures, des relais à l’international... Il n’y a donc aucune raison endogène à ce que notre pays n’innove pas davantage. Airbus ou Dassault Système sont des leaders mondiaux, mais il est vrai que la France manque d’entreprises de taille intermédiaire capables de s’imposer à l’international à partir de territoires innovants.


»VA : On a bien compris qu’une entreprise qui n’innove pas se condamne à mort... L’innovation technologique, sociétale, organisationnelle ou marketing permet à l’entreprise de maintenir ou de prendre une avance stratégique. Par temps de crise, ne devraient-elles pas se montrer plus inventives encore, plus audacieuses ? Pourtant, il n’est pas toujours facile de créer les conditions favorables à l’innovation. Et comment lutter contre les principaux freins à l’innovation, notamment en période de crise ?

»GG : En effet, nous savons depuis la théorie des systèmes que tout système fermé sur lui-même meurt d’entropie. Aucune activité économique ne peut fonctionner de manière autonome. A minima, il faut être capable de régénérer sa propre offre. Depuis près de trente ans, on constate que de plus en plus d’entreprises innovent dans tous les secteurs ! Mais ce la ne suffit pas. Pour innover, il est important d’identifier les “ éléments perturbateurs ”. Nous utilisons à ce propos avec Elmar Mock la métaphore de la perle. Une huître ne va créer une perle qu’à partir d’un élément perturbateur. Les huîtres fabriquent naturellement les perles pour se protéger contre un élément perturbateur. Lorsqu’un tel élément se glisse (ou est introduit) en elles, elles sécrètent de la nacre pour l’entourer et le rendre lisse et inoffensif. En filant cette métaphore, l’innovation est là pour résoudre un problème, pour se faciliter la vie, pour résoudre les perturbations. Une tente qui se monte en deux secondes supprime un élément perturbateur ! L’innovation est à la société ce que la perle est à l’huître. Pour innover, il faut d’abord trouver l’élément perturbateur. Or, nous savons organiser la vie sociale en s’accommodant de ce qui gêne. Nous savons nous habituer, nous adapter aux difficultés ; on “ fait avec ” et nous n’avons pas toujours envie de changer nos habitudes.

»La crise est un élément perturbateur parmi d’autres. Il est vrai qu’une entreprise en phase de croissance continue peut se contenter d’innovations très marginales. En période de crise, même les entreprises qui existent depuis très longtemps ou sont en position dominante sur un marché, peuvent être menacées. L’innovation n’est pas une question de choix. Pour lutter contre les freins que vous évoquez, il faut à la fois :

»- Innover dans le cadre de larges systèmes collaboratifs, entre entreprises concurrentes, avec ses fournisseurs, avec ses clients, entre associations, entreprises et territoires...

»- Penser l’innovation dans la durée. Les stratégies d’innovation se construisent en plusieurs coups, sur la durée. Ces stratégies dites “ en lignée ” sont prudentes et économiques, car elles réutilisent des ressources et des composants d’une innovation à l’autre. Par exemple, une entreprise comme Téfal a développé différentes familles de produits évolutives dans le temps. Si on prend l’exemple de la poêle commercialisée dans les années 1950 et une thermospot d’aujourd’hui, vous avez toujours une poêle avec un manche, du téflon et de l’aluminium, mais tout le reste a changé. Mais Tefal a aussi capitalisé sur ses connaissances plasturgiques acquises avec les poêles pour développer une nouvelle lignée de produits autour des “ repas informels ” (appareils à raclettes, à gaufres, pierrades...). A leur tour, les connaissances électroniques développées dans cette lignée ouvrent des innovations dans le domaine de la domotique.

»- Privilégier l’action. Face aux promesses déstabilisantes des innovations radicales, les managers décideurs ne doivent pas trop “ cogiter ” avant d’apporter leur soutien. Il ne sert à rien de se réfugier derrière une analyse de risques ou de perdre du temps à interroger des clients sur des objets qui n’existent pas. Quand on ne sait pas bien où l’on va, on essaye, on apprend, on ajuste. Tous les moyens d’apprentissage sont pertinents : l’expérimentation, l’acquisition, la formation, la recherche, le partage...


»VA : Quelles sont, selon vous, les grandes innovations à venir ?

»GG : Le champ de la mobilité représente un chantier gigantesque lié à l’énergie, aux nouvelles technologies, à l’organisation sociale, aux territoires... Dans le contexte du vieillissement naturel de la population dans les pays développés, l’aide à la dépendance également. Plus encore que les services à la personne, un autre espace d’innovation important concerne les formes d’assistance à la personne, avec de nouveaux outils et technologies mais aussi de nouvelles formes de solidarité. Par delà les anciennes solidarités familiales, on peut imaginer des systèmes d’entraide ou d’autosurveillance (aménagement d’espaces, robots intelligents...). Cela devrait conduire des spécialistes de la domotique à travailler avec des médecins, des architectes, des ingénieurs... Dans les pays les plus pauvres, l’hygiène, l’accès à l’eau potable et aux soins restent des champs d’innovation vastes. Par exemple, la fondation de Bill Gates, qui a bien compris les enjeux de santé publique et de dignité humaine, finance un projet de toilettes du futur pour les 40% de la population mondiale qui n’y ont pas accès. Rappelons que c’est l’amélioration de l’hygiène qui a fait progresser la santé en Occident, bien avant les progrès de la médecine et de la science. Quelque soit le domaine, les innovations de demain ne se développeront que si elles font sens pour ceux à qui elles se destinent.»


Agora Vox, Véronique Anger-de Friberg.







2013/11/19

«Salon Medi-It: Grand-messe de l’innovation IT»



«La 5ème édition du Salon Med-IT arrive à grand pas. Prévu du 19 au 21 novembre, le rendez-vous international des technologies de l’information se concentrera cette année sur l'innovation IT.

»C’est pour bientôt! En effet, le Salon Med-IT sera de retour dans sa version 2013 du 19 au 21 novembre. Ainsi, prévu à Casablanca, l’incontournable rendez-vous international des technologies de l’information aura pour thème cette année l’Innovation IT avec l’organisation d’un concours des meilleures innovations IT.

»Aussi, cet événement, co-organisé avec Maroc Numeric Cluster, a pour objectif de mettre en lumière de jeunes talents ayant lancé une innovation majeure dans le domaine IT, innovation promise à une forte croissance permettant de parier sur un développement rapide. À ce titre, pour Maroc Numeric Cluster, au-delà de fêter l’innovation, l’objectif principal est d’identifier les entreprises à forte valeur ajoutée pour les accompagner dans la valorisation de leurs innovations aux niveaux national et international.

»C’est ainsi que le jury composé de 7 experts sera représentatif de l’écosystème d’innovation marocain, d’où sa composition d’universitaire, d’opérateur IT, de financeur, de gouvernance nationale de l’innovation, d’organisation de soutien à la recherche et développement, en plus d’un éventuel représentant international. Aussi, un trophée et des cadeaux récompenseront 3 lauréats et les gagnants présenteront leur start-up, mercredi 20 novembre, lors de la cérémonie officielle de remise des trophées au Salon Med-IT. À noter que l’inscription gratuite à ce concours a été clôturée le 31 octobre dernier.»


Aujourd’hui le Maroc







Colección de post sobre innovación del 13 al 15 de noviembre




Résumé de la semaine (ES): http://liderar-innovando.blogspot.com/2013/11/coleccion-de-post-sobre-innovacion-del_19.html











2013/11/14

«Fleur Pellerin: “L’innovation, c’est un projet de société”»



«Les mesures du nouveau plan pour l’innovation prolongent les efforts du gouvernement pour soutenir l’entrepreneuriat et la R&D en France. Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée de l’Innovation, des PME et de l’Economie numérique, développe pour La Tribune le contenu et les enjeux de cette “nouvelle donne”.


» Q - Pourquoi une « nouvelle donne pour l’innovation » ?

»Fleur Pellerin : L’innovation est un facteur essentiel de la montée en gamme de notre économie et un antidote au “low-cost”. La compétition uniquement par les coûts entraînerait la France dans une spirale infernale qui n’est pas compatible avec notre modèle social. C’est pourquoi il faut nous différencier et donc innover. Or nous ne maximisons pas ce potentiel de l’innovation.

»Par exemple, le numérique a contribué à 25% de la croissance française contre 37% aux Etats-Unis ces 25 dernières années, ce qui représente un manque à gagner de 0,5 à 0,6 point de PIB par an pendant vingt ans. Le numérique et l’innovation en général ne jouent pas tout leur rôle dans la création de valeur et d’emploi en France.

»Nous avons un problème de logiciel dans notre manière d’appréhender l’innovation, qui est souvent perçue comme un accessoire de la Recherche & Développement. La France est toujours bien classée en R&D, au 6e rang mondial, mais elle fait plutôt partie des pays dits “suiveurs” en matière d’innovation, autour de la 15e place selon les classements. Cela doit nous faire réagir.

»L’innovation n’est pas toujours issue d’une recherche scientifique. Elle vient aussi et peut-être surtout de petites structures agiles, de start-ups, qui osent, ont ce côté disruptif et sont dans une forme de dissidence car il faut “tester” et bousculer pour que l’innovation se réalise


»Q - Quelle est votre définition de l’innovation ?

»FP - L’innovation c’est un nouveau produit, un nouveau service, qui satisfait une demande ou rencontre un marché, et qui est porté par une entreprise, c’est un aspect capital. L’invention du chercheur ou de l’ingénieur est souvent fondatrice : cette dimension reste cruciale et la France a besoin d’une recherche forte, comme le souligne très justement Geneviève Fioraso. Mais une invention n’est pas encore une innovation. La création de valeur vient de la rencontre entre l’invention, le marketing, le design, un modèle économique… et bien sûr une demande.

»L’innovation doit être évaluée en fonction de son impact économique, ou du bien-être social, bref de son “output” : elle ne se mesure pas au nombre de publications scientifiques, au nombre de brevets, même s’ils sont essentiels, mais au nombre d’emplois, de produits et d’entreprises créés. Or à ce jour, il n’y avait pas d’instrument de suivi, alors que les dispositifs publics autour de l’innovation sont très nombreux. Nous allons ainsi créer une commission d’évaluation des politiques d’innovation, au sein du commissariat général à la stratégie et à la prospective.

»Et pour la première fois, il existe un ministère chargé de l’innovation, qui a toute sa cohérence avec les PME, l’entrepreneuriat et le numérique, dont j’ai également la charge. L’innovation est un beau concept, que l’on associe à tort à l’idéologie libérale, mais qui participe en réalité d’une vision progressiste de la société et de l’économie, celle d’une gauche moderne : c’est la lutte contre les rentes, l’idée qu’il faut rebattre les cartes à chaque génération et donner sa chance à tout le monde, indépendamment des origines socio-économiques. L’innovation n’est pas un sujet technique, c’est un projet de société.


»Q - Comment stimule-t-on justement “l’innovation par tous” ?

»FP - Évidemment, on ne peut pas décréter l’innovation. Les nouveaux secteurs de croissance comme le numérique, les biotechnologies ou les technologies vertes ne fonctionnent pas comme cela, mais on peut créer l’environnement, les conditions favorables. On peut accompagner, accentuer des dynamiques de foisonnement et de fertilisations croisées. Il faut surtout faire sauter un verrou essentiellement mental : il faut ancrer la culture de l’innovation dans notre pays, auprès des entreprises, des laboratoires, de l’État et dans toute la société, même si cela n’a pas d’effet immédiat sur l’emploi.

»Une enveloppe de 20 millions d’euros sera consacrée à la diffusion de la culture de l’entrepreneuriat et de l’innovation dès le plus jeune âge, via un appel à projets en lien avec le ministère de l’Éducation nationale. Il faut décrisper les Français sur le thème de l’échec utile, l’idée d’une seconde chance : la suppression de l’indicateur 040 [du fichier de la Banque de France recensant les entrepreneurs ayant fait l’objet d’une liquidation judiciaire NDLR], suite aux Assises de l’entrepreneuriat, participe de cette vision.

» Plus concrètement, nous allons créer une “bourse pour les nouveaux entrepreneurs”, qui sera portée par Bpifrance et dotée d’une dizaine de millions d’euros par an, afin de soutenir la création de plusieurs centaines de projets innovants chaque année, quel que soit le domaine choisi. Cette bourse rendra la création d’entreprise innovante accessible à tous, quelle que soit leur formation, et surtout aux jeunes qui n’ont pas de relations ou d’héritage : elle offrira un soutien autour de 30.000 euros, l’argent initial, le « love money » comme disent les Américains, pour ceux dont la famille ne peut pas les aider financièrement. Cela permettra de vivre pendant le temps que l’entreprise soit mise sur les rails en se concentrant sur leur projet d’innovation.


»Q - La France a-t-elle les moyens d’attirer et de garder les talents ?

»FP - Il le faut, c’est un élément clé de la compétition mondiale ! Nous allons lancer un programme baptisé les “nouveaux Argonautes”, qui est un peu le pendant du programme de relocalisation industrielle d’Arnaud Montebourg : il s’adresse aux Français expatriés, il y en a 50.000 dans la Silicon Valley, pour qu’ils reviennent créer de la valeur, de l’emploi en France. Le nom est un clin d’œil à un ouvrage américain sur l’importance de la circulation des talents dans l’économie mondiale de l’innovation. Nous aurons une action ciblée, très proactive, sur ces publics afin de leur présenter les avantages qu’ils auraient à s’installer dans les écosystèmes innovants de nos territoires.

»Nous assistons à un mouvement mondial autour du soutien à l’innovation, centré sur les start-ups, comme Startup America aux Etats-Unis, mais aussi en Amérique latine, à Berlin, y compris des initiatives très “agressives”, comme la création de zones franches à New York. Nous ne pouvons pas rester en spectateurs et nous préparons un programme de “Quartiers numériques”, avec le Commissariat général à l’investissement et la Caisse des dépôts, qui ambitionne de mettre la France en bonne place sur la carte mondiale de l’innovation.

»Nous aurons par ailleurs une stratégie offensive dans les brevets, en créant un fonds souverain de propriété intellectuelle de 100 millions d’euros, qui a vocation à acheter des portefeuilles de brevets essentiels pour le développement en France des filières émergentes d’hypercroissance. Nous devons aussi renforcer notre capacité d’influence en matière de standardisation, sur le modèle du NIST américain : l’Europe avait su imposer le GSM dans le mobile, mais celui qui maîtrisera les standards de demain dans le paiement sans contact, l’identité numérique, les objets connectés, bénéficiera d’un avantage compétitif majeur.

»L’évolution de l’Institut National de Propriété Industrielle vers l’accompagnement des PME innovantes est une autre facette de cette stratégie offensive. J’en profite pour saluer la nomination d’Agnès Paillard, la présidente du pôle de compétitivité Aerospace Valley, à la tête du conseil d’administration de l’INPI : avec Yves Lapierre, son directeur général, nous avons là un duo de choc !


»Q - Quid du financement, le point faible de l’écosystème de l’innovation en France ?

»FP - Depuis 1990, la seule success story dans l’innovation qui a émergé en France et est arrivée dans le CAC40 est Gemalto, quand plus d’une vingtaine de champions mondiaux naissaient aux Etats-Unis, alors que l’économie américaine ne représente que 6,5 fois la nôtre en taille. Le challenge qui se pose à la France, c’est donc aussi d’accompagner des entreprises innovantes de croissance qui puissent devenir des entreprises de taille intermédiaire (ETI) et des champions mondiaux.

»Pour cela, la France a besoin d’une industrie du financement de l’innovation performante et nous y travaillons avec Pierre Moscovici. Le gouvernement va prendre une série de mesures en faveur du capital-investissement, notamment un allégement des contraintes pesant sur les sociétés d’investissement de business angels (SIBA) en 2014, afin d’augmenter les montants unitaires investis, une simplification des FIP et FCPI, permettant d’augmenter la taille et leur champ d’intervention, ainsi qu’une action ciblée pour attirer de grands fonds d’investissement étrangers en France.

»BPI France va aussi renforcer son rôle de banque publique de l’innovation, avec son ambitieux plan de transformation interne Nova. Elle a lancé un nouveau fonds de 500 millions d’euros, Large Venture, qui a réalisé cet été son premier investissement, de 11 millions, dans la startup française Withings [qui a inventé la balance connectée NDLR], en participant à un tour de table de 23,5 millions d’euros. Ce fonds va lui permettre de répondre, en co-investissement avec le privé, aux difficultés de financements des entreprises françaises qui cherchent à lever plusieurs dizaines de millions d’euros, alors qu’ aujourd’hui nos pépites s’expatrient trop systématiquement pour lever des fonds.»


La Tribune, Delphine Cuny







2013/11/07

«Quand innovation rime avec communication : Plan pour les PME»



«On s’y attendait, dans la foulée de l’annonce du premier ministre sur un nouveau plan pour les PME, Fleur Pellerin a présenté son plan pour l’innovation. 40 mesures qui ne font pas forcément l’unanimité.


»Innovation ou communication?

»“Nouvelle donne”, tels étaient les mots à retenir de l’intervention du premier ministre ce lundi à Saint-Etienne. Dans la foulée, le trio Arnaud Montebourg, Geneviève Fioraso, Fleur Pellerin, par la voix de cette dernière, a présenté à Bercy ce mardi, son plan pour l’innovation. Ceux qui attendaient du pur neuf vont être déçus. Et pour cause, ce fameux plan pour l’innovation, date en réalité du printemps dernier. En effet, le 30 mai la ministre des PME et de l’Innovation publiait une tribune dans Le Monde ou elle détaillait déjà les 4 axes majeurs repris lundi par le premier ministre. A savoir:

»“Stimuler la culture d’entreprendre dans notre système éducatif”. Citation de mai, cette idée est réaffirmée avec le plan pour l’entrepreneuriat féminin, et a été largement évoquée lors des Assises de l’entrepreneuriat.

»“Valoriser la circulation” entre chercheurs et les entreprises. Pourtant, la collaboration entre la recherche et le privée n’est-elle pas l’enjeu et le rôle précis des pôles de compétitivité ?

»“L’innovation c’est aussi le flux des talents”. Attirer les investisseurs et les talents est certes louable, mais ne dépend malheureusement pas d’un décret, même ministériel. Car, pour être attractif, il faut un écosystème ou un environnement favorable aux chefs d’entreprises. Avec l’instabilité fiscale actuelle, on a des doutes...

»Mettre en place des politiques d’évaluation. En gros, une méthode qui ne relève pas, à proprement parler de l’innovation.


»Bis repetita

»On l’aura compris, le gouvernement se répète... dans les mots en tous cas. En ce qui concerne les moyens mis en place, on constate aussi que les budgets alloués semblent relever du “repackaging”.

»Dans les 4 grands axes du plan par exemple, les 240 millions d’euros mis en place sont en fait un fléchage d’une partie des montants consacrés au programme d’investissement mis en place sous le patronage de Louis Gallois. Ainsi, sur 240 millions, 20 iront aux programmes liés à l’éducation, 100 pour “un fonds souverain de propriété intellectuelle” afin de développer “des savoirs faire français nés en France” précise Le Figaro dans son édition du jour. Les 120 restant serviraient à faire des “avances remboursables” pour des innovations non technologiques comme les dépenses en marketing par exemple.

»Un autre mot pour parler de d’un crédit d’impôt, levier favori du gouvernement en cette période de réduction des déficits. On pense bien sûr au CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) mais dans ce cas, plus particulièrement au CII (crédit impôt innovation) et au CIR (crédit impôt recherche) pour lequel ce dernier fait l’objet, dans le projet de Budget 2014, d’un prolongement et d’un élargissement de périmètre... aux financements non technologiques comme le design et le marketing.

»Les mesures de ce plan, viennent s’ajouter à d’autres déjà conséquentes : les investissements d’avenir, les 34 plans pour “la nouvelle France industrielle” et les sept défis thématiques de la commission Lauvergeon. Sur un chemin de l’innovation bien embouteillé, on ne peut s’empêcher d’avoir un sentiment de “réchauffé”.

»Une note positive pour terminer. Les startups peuvent se réjouir, car parmi les dispositifs présentés, figure “une bourse avec une dizaine de millions d’euros par an pour accompagner des projets, avec des tickets de 50 à 70.000 euros”, a annoncé Fleur Pellerin.»


Dynamique Entrepreneuriale