2013/09/26

«Discours du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, à l’ouverture du débat général de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 24 septembre à New York. M. Ban Ki-moon appelle les dirigeants du monde à servir leur peuple et à faire entrer l'humanité dans une ère de développement et de paix durables»



«Chaque année, à cette époque, nous nous retrouvons. Non pas pour préserver le statu quo, mais pour pousser le monde vers l’avant.

»Nous vivons une époque riche de possibilités. Nous sommes la première génération qui a les moyens de faire disparaître la pauvreté de la surface de la terre.

»Pourtant, des pressions de plus en plus fortes s’exercent sur la planète et ses habitants. Le climat se réchauffe. Les jeunes ne trouvent pas d’emploi. Les conflits perdurent.

»Les choses évoluent à la vitesse du siècle nouveau, souvent si vite que les mécanismes et les institutions créés pour un autre âge ne suivent pas.

»Partout dans le monde, des gens descendent dans la rue ou occupent des places pour se faire entendre de ceux qui sont au pouvoir. Ils veulent que vous, leurs dirigeants, vous écoutiez. Ils veulent savoir que nous faisons tout pour garantir à chacun une vie de dignité.

»Depuis plus de 10 ans, la fin de 2015 est pour nous un horizon distant. Ce moment qui semblait lointain approche maintenant à grand pas.

»L’année 2015 est l’échéance que nous nous sommes fixée pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement.

»C’est l’année au cours de laquelle nous adopterons un nouveau programme de développement.

»Et c’est l’année durant laquelle nous sommes convenus d’achever d’élaborer un instrument juridique de portée mondiale sur les changements climatiques.

»L’année 2015 est l’occasion d’écrire l’histoire.

»Les OMD ont marqué les esprits, suscité des progrès remarquables et fait taire les doutes qui s’exprimaient quant au développement lui-même.

»Pourtant, nous sommes loin du compte à certains égards. L’inégalité s’accentue. Trop de gens sont exploités, dans les champs ou à l’usine.

»Le nouveau programme de développement doit être aussi mobilisateur que les OMD, tout en allant plus loin.

»Il doit être universel; l’éradication de la pauvreté doit en être la priorité absolue, le développement durable, l’élément central, et la gouvernance, le ciment. Il doit s’exprimer en une seule et unique série d’objectifs.

»Et il ne doit pas établir de hiérarchie entre les trois dimensions du développement: la protection de l’environnement et la justice sociale ne doivent pas être reportées à plus tard, une fois que la croissance économique sera assurée.

»L’autonomisation des femmes et leurs droits doivent être au cœur de tout ce que nous faisons.

»L’équation est simple: lorsque les filles sont en bonne santé et scolarisées, lorsque les femmes sont protégées par la loi et ont accès aux ressources financières, lorsque les femmes vivent à l’abri de la violence et de la discrimination, les nations prospèrent.

»Je joins ma voix à celle des dirigeants qui se réuniront cet après-midi pour adopter une déclaration énergique sur la violence sexuelle en temps de conflit.

»Le XXIe siècle doit être le siècle des femmes.

»Le succès passe par des efforts accrus du secteur privé.

»Les entreprises doivent avoir les coudées franches pour faire ce qu’elles font le mieux: créer des emplois et innover. Mais elles doivent mener leurs activités selon les règles de l’éthique et de façon responsable, en faisant tout pour protéger l’environnement.

»Au sommet sur le Pacte mondial qui s’est tenu la semaine dernière, des milliers de chefs d’entreprise ont promis de prendre des mesures supplémentaires pour que leurs activités soient mieux alignées sur les objectifs de l’ONU.

»L’ONU doit se doter de plus de moyens encore pour travailler non seulement avec le monde des affaires et de la finance, mais aussi avec la société civile et les organisations philanthropiques.

»Les effets des changements climatiques menacent tous les acquis du développement.

»Les retombées humaines et économiques, de plus en plus importantes, touchent tout le monde. Les plus pauvres et les plus vulnérables, qui sont les premiers à souffrir et paient le prix le plus fort, réclament davantage de justice climatique.

»Le message de la planète et des scientifiques est clair, comme nous le constaterons une nouvelle fois cette semaine quand le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat publiera sa dernière évaluation en date.

»Ces périls s’accompagnent d’occasions à saisir: celle de changer nos modes de fonctionnement et nos plans d’urbanisme, nos moyens de transport et la façon dont nos maisons et nos usines sont alimentées en énergie. La voie d’une économie à faible émission de carbone s’ouvre devant nous – une voie qui peut mener à la création d’emplois et à une amélioration de la santé publique, tout en nous permettant de protéger l’environnement.

»J’invite chacun d’entre vous à un sommet sur les changements climatiques qui se tiendra dans un an ici-même, à New York, et nous aidera à nous engager sur cette voie.

»Je compte que vous viendrez y faire des annonces audacieuses. Innovez, reproduisez à grande échelle les projets qui font leurs preuves, coopérez et prenez des mesures concrètes pour réduire les émissions autant que nécessaire et ouvrir la voie à l’adoption d’un instrument juridique ambitieux dans le cadre du processus relatif à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

»Nous devons relever le “ défi 2015 ”: faire encore un effort pour atteindre les OMD, arrêter de nouvelles orientations concernant l’énergie et le climat, et adopter un nouveau cadre de développement mobilisateur.

»Personne ne doit rester à la traîne.

»J’en viens au plus grand problème que le monde connaisse actuellement en ce qui concerne la paix et la sécurité: la crise syrienne.

»Le nombre de morts dépasse de loin les 100 000. Le nombre de personnes qui ont dû fuir dépasse de loin les 7 millions – un tiers de la population.

»Des familles sont assiégées. Des villes et des villages sont en ruines. L’économie s’est effondrée.

»Des groupes humains forts de la diversité de leurs traditions et de leurs convictions sont maintenant déchirés.

»La région est dangereusement déstabilisée. Des civils ont été victimes d’attaques à l’arme chimique comme il ne s’en était pas vu depuis un quart de siècle.

»Toute une génération perdue de jeunes gens vit dans des camps de réfugiés. Qui de nous pourra dire que ces jeunes ont tort, que leurs mères et leurs pères ont tort, de se sentir abandonnés par la communauté internationale?

»Des comptes vont nous être demandés.

»Le Gouvernement syrien doit s’acquitter intégralement et rapidement des obligations qu’il a acceptées en adhérant à la Convention sur les armes chimiques.

»La communauté internationale doit tenir responsables ceux qui ont employé des armes chimiques en Syrie – emploi indéniablement confirmé par la Mission d’enquête des Nations Unies.

»La communauté internationale doit aussi, avec la même détermination, veiller à ce que les stocks et les installations de production d’armes chimiques de la Syrie soient placés sous bonne garde et détruits.

»Mais nous ne saurions nous contenter de détruire les armes chimiques pendant que la guerre continue de détruire la Syrie.

»Ce sont, pour l’essentiel, des armes classiques qui sont utilisées pour tuer ou commettre des atrocités.

»Je demande à tous les États d’arrêter d’alimenter le conflit sanglant qui déchire la Syrie et de mettre un terme aux livraisons d’armes à toutes les parties.

»Je compte sur l’adoption imminente d’une résolution contraignante du Conseil de sécurité sur les armes chimiques.

»Une intervention humanitaire devrait venir juste après.

»Des observateurs des droits de l’homme des Nations Unies pourraient jouer un rôle utile en communiquant des informations sur les violations commises et en dissuadant les parties d’en commettre de nouvelles.

»Je demande au Gouvernement syrien et à l’opposition de se conformer aux obligations que leur font le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme.

»Ils doivent lever tous les obstacles à l’accès humanitaire et mettre fin aux attaques inadmissibles dirigées contre les installations médicales et leur personnel. Ils doivent libérer les milliers de détenus, dont des femmes et des enfants, dont la détention n’est pas fondée en droit international.

»Les auteurs des crimes graves de portée internationale doivent être amenés à rendre des comptes, soit devant la Cour pénale internationale, soit par d’autres moyens conformes au droit international.

»L’emploi d’armes chimiques, acte odieux, a suscité un mouvement diplomatique, premier signe d’unité depuis bien trop longtemps.

»Nous devons en tirer parti pour amener les parties à la table des négociations.

»Toute victoire militaire est une illusion. La seule solution est un règlement politique.

»Je demande instamment au Gouvernement syrien et à l’opposition –et, Mesdames et Messieurs, je demande instamment à tous ceux, ici présents, qui ont de l’influence et de l’autorité sur eux– de faire en sorte que la deuxième conférence de Genève se tienne.

»Il est temps de mettre fin au massacre et de parvenir à la paix dont le peuple syrien a besoin et qu’il mérite.

»Au-delà de la Syrie, toute la région connaît des tensions et des troubles.

»Des transitions d’importance historique ont achoppé ou ralenti. Les printemps d’espoir qui avaient ému le monde entier cèdent la place à des hivers de déception.

»Les difficultés sont immenses: il faut construire la démocratie et mettre en place un dialogue pluraliste, étouffer les flammes du fanatisme et combler le vide sécuritaire une fois desserré l’étau de la dictature.

»Mais ce chapitre est encore en train d’être écrit. Nous devons tout faire pour contribuer au succès des réformes. Nous devons saisir les occasions et répondre aux déclarations de bonne volonté.

»Chaque nation tracera sa propre route. Nous ne pouvons fermer les yeux lorsqu’une d’entre elles retourne en arrière, et devons insister sur le respect des valeurs universelles: les droits de l’homme, la tolérance et l’ouverture politique. Ce sont là les fondements de la paix et de la prospérité.

»Je me félicite que les Israéliens et les Palestiniens aient repris des négociations directes et salue les interventions diplomatiques audacieuses grâce auxquelles cette reprise a été possible. Si nous voulons vraiment parvenir à la solution des deux États, nous devons admettre que la fenêtre se referme rapidement.

»J’exhorte les parties à faire preuve de leadership et à montrer qu’elles comprennent les intérêts à long terme de leurs peuples et de la région. Le Quatuor se réunira cette semaine, ici à New York, pour apporter son concours.

»Au-delà du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, je vois des pays d’Afrique écrire un nouveau chapitre dans lequel le dynamisme va de pair avec la démocratie et une croissance économique aussi soutenue qu’impressionnante.

»En Somalie, des progrès politiques; au Mali, des élections crédibles; en République démocratique du Congo, un maintien de la paix plus robuste; et, pour la région des Grands Lacs, un nouvel accord-cadre porteur d’espoir: autant d’acquis sur lesquels nous pouvons construire.

»Cela étant, au Sahel, la misère et l’instabilité persistent. En République centrafricaine, l’ordre public s’est effondré. Des millions de personnes sont coupées de toute assistance et risquent d’être victimes d’exactions. Pourtant, de même que l’appel humanitaire pour la Syrie, notre appel à l’aide en faveur de ce pays ne suscite que des contributions désespérément insuffisantes.

»Et rien qu’au cours de cette dernière semaine, des attaques consternantes commises au Kenya, en Iraq et au Pakistan nous ont une nouvelle fois rappelé combien les terroristes peuvent faire de mal et causer de dégâts.

»Partout dans le monde, nous constatons une fois de plus que les droits de l’homme et la primauté du droit sont les fondements de la stabilité et de la coexistence.

»Il est temps de nous engager plus fermement en faveur de la justice internationale et de la Cour pénale internationale.

»Je lance un appel tout particulier au nom des Chambres extraordinaires des tribunaux cambodgiens. Elles ont obtenu des résultats non négligeables, mais se heurtent constamment à de sérieux problèmes de financement, au point que leur existence est à présent compromise.

»La faillite des Chambres serait une tragédie pour les Cambodgiens, qui ont si longtemps attendu la justice. Je demande à la communauté internationale de dégager les ressources nécessaires pour que toutes les affaires puissent être menées à terme.

»Le fait que les États Membres et l’ONU aient été incapables d’empêcher et de faire cesser des violations des droits de l’homme à grande échelle a eu des conséquences désastreuses.

»Un examen interne de l’action menée par les Nations Unies à la fin de la guerre à Sri Lanka a mis en lumière des défaillances systémiques. Les États Membres n’ont pas fourni l’appui dont les organismes des Nations Unies avaient besoin pour s’acquitter des tâches qui leur avaient été confiées; le système des Nations Unies ne s’est pas adapté comme il aurait dû et n’a pas fait tout ce qu’il aurait dû.

»Les violations des droits de l’homme sont les meilleurs signaux annonciateurs de crises. En ce vingtième anniversaire de la Conférence mondiale de Vienne sur les droits de l’homme, nous devons réaffirmer notre attachement aux principes fondateurs de l’Organisation. J’entends faire plus pour aider les États Membres à parvenir rapidement à un consensus propre à prévenir les violations à grande échelle, et je mets en œuvre des recommandations devant permettre à l’ONU de s’acquitter des responsabilités que lui confie la Charte.

»La paix et l’exercice des droits de l’homme resteront des mirages tant que nous ne nous attaquerons pas au problème des armes. L’année dernière a été marquée par l’adoption d’un instrument prometteur, le Traité sur le commerce des armes, qui vient enfin réglementer les transferts internationaux d’armes classiques.

»Mais le désarmement nucléaire n’avance pas. Des armes à l’immense pouvoir destructeur prolifèrent. Le Traité sur l’interdiction complète des essais d’armes nucléaires n’est toujours pas en vigueur. Et les armes légères continuent de blesser et de tuer.

»Alors que les besoins de l’humanité sont immenses, les dépenses d’armement demeurent absurdement élevées. Nous devons reconnaître les vraies priorités et investir dans les gens au lieu de gaspiller des milliards en armes de guerre.

»Vous, dirigeants, êtes là pour servir les peuples.

»Vous pouvez être ceux qui présideront à l’éradication de la pauvreté, concrétiseront la volonté des peuples et feront entrer l’humanité dans une ère de développement et de paix durables.

»Vous pouvez vous attaquer aujourd’hui aux problèmes les plus épineux, sachant que votre prévoyance est un don aux générations futures.

»J’exhorte chacun d’entre vous à faire sienne la logique mondiale de notre époque. Les destins des uns et des autres étant de plus en plus étroitement liés, notre avenir doit être placé sous le signe d’une coopération de plus en plus étroite elle aussi.

»Dans ce paysage mondial transformé, nous devons trouver de nouvelles manières de gouverner, de nous associer et de régler les problèmes.

»Nous devons donner à l’Organisation des Nations Unies les moyens d’être plus que l’équipe des premiers secours ou l’intervenant de dernier ressort.

»Les changements sont inévitables, mais les progrès ne le sont pas. C’est le leadership qui fait la différence.

»Réglons notre conduite sur celle de Nelson Mandela – frêle aujourd’hui mais pour toujours dans nos esprits un modèle d’intégrité hors pair et un homme de principe déterminé à faire triompher la dignité humaine.

»Vous, dans vos pays, et nous, qui sommes réunis ici, occupons une position extrêmement privilégiée.

»Nous devons nous en montrer dignes. Nous devons entendre les exigences légitimes des peuples du monde et répondre à l’appel de l’histoire.

»Nous parlons souvent d’espoir. Notre responsabilité est de traduire l’espoir en action, grâce à notre travail, notre détermination, notre talent et notre intégrité.

»En y mettant toute notre passion, mais aussi et surtout toute notre compassion, nous pouvons construire l’avenir auquel vos peuples aspirent et dont le monde a besoin.»




Nations Unies, Secrétaire général, Département de l’information, Service des informations et des accréditations, SG/SM/15317. GA/11424









2013/09/19

Xavier Pavie, philosophe et enseignant à l’ESSEC: «Notre système éducatif à besoin d’innover au sens étymologique du mot, sinon il disparaîtra au profit d’un autre système, plus agile, plus puissant peut être»



«Quelle école en 2025? Pour le séminaire de rentrée, qui se tenait lundi dernier à l’Elysée, Vincent Peillon a imaginé les évolutions du système éducatif dans 12 ans. Si sa copie n’a pas été rendue publique, nous avons demandé à des experts de se prêter à l’exercice. Xavier Pavie est directeur de l’ISIS (Institute for Strategic Innovation and Services) de l’ESSEC. Chercheur et enseignant en management de l’innovation, il a lancé “Imagination week”, un séminaire dédié à la créativité pour une nouvelle forme d’éducation et qui se tient chaque année à l’Essec. Il a accepté de répondre à nos questions.


»Quelles pourraient être selon vous les évolutions de l’éducation en France en 2025?

»L’évolution de l’éducation doit se poser en termes de rôles des individus concernés (élèves/étudiants et éducateurs), dans leur compréhension et intégration de l’environnement dans lequel ils se trouvent. Lorsque l’on pense à l’éducation en France en 2025, alors qu’elle n’a pas ou si peu évolué depuis les années 70 et 80 dans sa capacité à intégrer son environnement, il y a de quoi prendre peur. Si les conséquences ont cependant été limitées ces dernières décennies, elles sont désormais considérables. Il y a une coupure nette aujourd’hui dans l’assimilation de l’environnement entre ceux qui sont censés éduquer et ceux qui reçoivent l’éducation.

»Certes, cela concerne l’évolution technologique qui est fondamentale, mais l’évolution de l’éducation doit intégrer les autres déterminants de notre société moderne de façon plus large: mondialisation, décryptage du génome humain, Europe à vingt-huit, fin de l’agriculture, début du transhumanisme, l’imprimante 3D, pour ne citer que cela. Internet, par exemple, a remis en question la détention du savoir, son partage et même son élaboration. Il n’y a ni question d’âge, de lieu, de diplôme, de culture, c’est un échange, dans sa création, de pair à pair. Internet rythme notre vie, or la façon d’enseigner reste complètement à l’extérieur de cette réalité.

»Dès lors la question qui se pose est: que doit faire l’éducation face à ce bouleversement? Les éducateurs doivent considérer que ce sont les élèves, les étudiants d’aujourd’hui qui “joueront” avec ces nouvelles données du milieu dans lequel nous sommes. En conséquence que faut-il leur apprendre? Peut-être que le plus important est qu’ils apprennent à prendre soin d’eux: s’ils prennent soin d’eux, alors ils sauront prendre soin des autres et leur environnement. Je crois que cet aspect à totalement été négligé ces trente dernières années au profit de la course à l’écrasement de l’autre, au succès, au détriment de son camarade. Notre système s’est tourné vers la reproduction du meilleur (de celui aussi qui détient le savoir). Cela s’est complètement retranscrit dans la société, dans les organisations. La voie de salut de l’éducation en France en 2025, c’est apprendre à prendre soin de soi, car cela déterminera comment nous prendrons soin des uns des autres pour une société meilleure.


»En quoi les technologies peuvent-elles encore modifier les modes d’apprentissage et la transmission du savoir? Quel avenir pour les MOOC?

»Nous sommes dans une phase de digestion des technologies et dans tous les cas, ce ne sont que des outils. Je peux entrer en cours avec un IPAD, si je m’en sers comme un ordinateur ultra portable, l’intérêt est limité. C’est pareil pour les MOOC: mettre un cours en ligne n’a rien de nouveau. En revanche, considérer que l’outil MOOC va redessiner la hiérarchie, la posture, les dispositifs enseignant/étudiant, ça c’est intéressant. Nous avons donc à nous demander ce que nous devons enseigner, comment nous enseignons, et dans un second temps avec quels outils. En tant qu’outils d’apprentissage stricto-sensus les MOOC finiront par disparaitre, remplacer par un autre outil à la mode si leur va ajoutée n’est pas singulière par rapport aux autres offres actuelles de diffusion de cours.


»Pensez-vous que la loi de refondation de l’école réponde aux défis d’innovation et de performance que la France doit relever en matière éducative?

»L’innovation précède la loi. On ne décrète pas l’innovation, au mieux on met en place les conditions de l’innovation. Donc, la question est : la loi de refondation répond-elle à cet impératif? Il y a dans ce texte des éléments très intéressants: le développement de la créativité et la confrontation à l’art et à la culture notamment. Toutefois rien n’est dit sur les modalités de cet apprentissage: rien ne nous dit si, par exemple, l’institutrice devra suivre une demi journée de formation puis montrer des oeuvres en classe, ou si il y aura une réelle confrontation à l’art avec des artistes avec des comédiens, etc. Nous devons cesser le saupoudrage superficiel de ces options pour inculquer un véritable état d’esprit, une immersion dans des ateliers d’artistes, dans des salles de concert, dans des théâtres, etc.


»Etes-vous pessimiste sur l’évolution de notre système éducatif?

»Si je suis pessimiste ce n’est pas tant à propos de notre système éducatif qu’à propos de l’individu et de sa capacité à mettre en place ce qui est bon pour lui. Le système éducatif n’existe pas, il n’y a que des individus qui le composent. Souvenons-nous que l’innovation, vient de “innovare”, qui signifie changement à l’intérieur de quelque chose. Quelque chose qui survit est quelque chose qui change, se modifie, s’adapte en permanence et évolue au regard de ce qui l’entoure. Dans le cas contraire, c’est la disparition. Notre système éducatif à besoin d’innover au sens étymologique du mot, sinon il disparaîtra au profit d’un autre système, plus agile, plus puissant peut être. Pour être optimiste sur l’évolution de notre système éducatif, il faut tout simplement croire en l’homme.»



Marie Caroline Missir, L’Express


Images: 1ère édition de l’ESSEC Imagination WEEK, photos sur Facebook









2013/09/13

Olivier Schmouker : « Quand des génies innovent ensemble, ça donne ça! »



« Qui sont ces brillants esprits? Je ne peux pas divulguer leur identité, mais je peux par contre vous dire qu’ils ont été choisis pour leur créativité débridée et pour leur succès en affaires. Je peux aussi vous dévoiler pour qui ils travaillent, et la liste est des plus impressionnantes : il y a, entre autres, Zappos, Airbnb, Marriott International, The Parsons School of Design, AOL/Huffington Post, Twitter, Topix, Twilio et Google.

» Le Data Jam / Think Tank est né la semaine dernière, à la suite d’une initiative de la Maison Blanche. Il est composé de 80 furieux innovateurs. Il a pour mission de trouver des idées géniales pour rendre la vie plus belle à leurs concitoyens, en particulier ceux pour qui elle est un cauchemar quotidien.

» Ce groupe de réflexion s’est réuni pour la première fois la semaine dernière, à la Maison Blanche même. Ses membres ont réfléchi toute une journée sur un sujet précis : comment améliorer la façon dont les secours sont portés aux gens victimes d’un désastre (naturel, etc.) et comment mieux les aider à s’en remettre? Les Américains pensent à Sandy, nous à Lac-Mégantic...

» Maintenant, voici la manière dont ces génies s’y sont pris pour remplir la mission qui leur était confiée. Vous allez voir, c’est passionnant!

» Spontanément, ils ont formé de petits groupes de réflexion, chacun ayant pour objectif d’émettre le plus d’idées possible. Sans frein, sans crainte d’être jugé ou critiqué par les autres, sans se soucier une seconde de la faisabilité de l’idée émise. Ces idées venaient sans ordre particulier, à mesure qu’elles traversaient l’esprit des uns et des autres.

» Cela fait, chaque groupe a dû effectuer un tri, pour ne garder que les idées qui lui paraissaient les meilleures. Comment ont-ils effectué ce tri? Sans règle aucune. En fonction de leur originalité, ou encore en fonction de leur aspect “Wow!”. Peu importait.

» Puis, chaque groupe a présenté ses meilleures idées aux autres. Sans les développer. Juste en les formulant le plus simplement possible. A suivi l’heure du vote général pour ne sélectionner qu’une poignée d’idées, la crème de la crème.

» Résultats? Tenez-vous bien, je suis en mesure de vous présenter le fruit de ce travail collectif, dans son intégralité. Le voici :


» Coordination

» Mettre en place une plateforme virtuelle de communication en temps réel permettant de relier les survivants — prioritairement les autorités locales et le personnel médical sur place — aux équipes de secours venant de l’extérieur. L’idée est de pouvoir coordonner en temps réel les besoins immédiats des survivants (ex.: batteries électriques, médicaments, etc.) et les livraisons de ceux-ci (ex.: établir ensemble le lieu de livraison par hélicoptères, etc.).


» Médias sociaux

» Mettre au point un logiciel capable de trier en temps réel les messages diffusés par les survivants sur les réseaux sociaux, afin d’identifier ceux qui sont pertinents pour les secours (ex.: quelqu’un qui signale qu’une famille est bloquée sur le balcon d’un immeuble qui menace de s’effondrer) et ceux qui ne le sont pas vraiment (ex.: quelqu’un qui déplore simplement que sa cave est inondée).


» Anticipation

» Établir une liste d’entreprises préautorisées à fournir leurs biens et services (transport, énergie, etc.) aux secours et aux survivants. L’idée est ici d’éviter que les entreprises voisines de la zone sinistrée ne déboulent toutes en même temps pour venir en aide aux victimes et ne font, dans les faits, qu’accroître la difficulté des secours à intervenir.


» Fonds d’urgence pour les PME

» Mettre au point une plateforme de crowdfunding destinée aux PME, histoire de les aider à vite trouver les fonds pour redémarrer leur activité.


» Prévention

» Organiser régulièrement des événements (débats, spectacles, etc.) dans les endroits propices aux désastres naturels dans le but de diffuser de l’information pratique sur ce qu’il faut faire en cas de catastrophe.


» Énergie

» Installer dans les zones propices aux désastres naturels des sortes de manèges permettant de produire de l’électricité (ex.: en les faisant tourner par des hommes ou par des animaux). Cette énergie permettrait de recharger des cellulaires et d’alimenter des réseaux Wi-Fi.


» Évaluation

» Agréger toutes les images du désastre prises par les survivants pour évaluer très précisément les dégâts, et donc les interventions à effectuer (ex.: à partir d’une simple photo d’arbre à terre, on pourrait identifier grâce à Google Maps la rue dans laquelle il est situé, l’emplacement précis où il est tombé, et donc le fil électrique à réparer qu’il a sectionné dans sa chute).


» Éducation

» Ouvrir dans les zones propices aux désastres naturels des stations de radio locales dont les émissions seraient animées par des enfants et des tinées aux enfants. L’idée est d’informer et de préparer les jeunes aux catastrophes à venir.

» Ce n’est pas tout. Les 80 furieux innovateurs ont été tellement séduits par les deux premières idées de la liste — la plateforme de communication en temps réel et le logiciel capable de trier en temps réel les messages diffusés par les survivants sur les réseaux sociaux — qu’ils se sont aussitôt mis à concocter des prototypes et à rédiger des lignes de code. Et ils ont pris la décision de mener cela à bien, coûte que coûte.

» Voilà. Il a suffi d’une journée de réflexion du Data Jam / Think Tank pour que, peut-être, des vies soient sauvées lors du prochain désastre naturel qui va frapper les États-Unis — la saison des ouragans approche… — et — pourquoi pas? — ailleurs dans le monde, plus tard. Libre à vous de vous inspirer de la manière dont ils s’y sont pris pour innover, comme suit, en sept étapes :


» 1. Former de petits groupes chargés de réfléchir sans frein sur le même sujet.

» 2. Demander à chaque groupe de choisir, disons, ses trois meilleures idées, en fonction de ses propres critères.

» 3. Demander à chaque groupe de présenter aux autres ses meilleures idées.

» 4. Passer au vote général pour ne choisir qu’une poignée d’idées.

» 5. Faire des prototypes pour tester toutes les idées retenues.

» 6. Ne retenir qu’une idée, la meilleure, celle qui est sortie du lot au moment des tests.

» 7. La mener à bien.


» En passant, Wolfgang Amadeus Mozart a dit dans une lettre datée du 11 avril 1787 : “Le vrai génie sans cœur est un non-sens. Car ni l’intelligence élevée, ni l’imagination, ni toutes les deux ensemble ne font le génie. Amour! Amour! Amour! Voilà l’âme du génie”. »



En tête, blogue de lesaffaires.com









2013/09/04

Jérôme Colombain : « La médecine de plus en plus high-tech »





Et si une nouvelle révolution numérique était en train de se produire du côté de la médecine ? De nombreuses innovations sont en train d’arriver dans ce secteur, parfois dérivées de produits plus ou moins grand public.


» Cet été, des médecins ont filmé des opérations avec des Google Glass, les lunettes connectées de Google équipées d’une caméra. Pour quoi faire ? Pour diffuser les images en temps réel à l’intention d’autres professionnels et aussi pour des étudiants en médecine.

» Ce n’est pas tout. On voit arriver de plus en plus de robots pour les interventions chirurgicales. Par exemple, des chercheurs de Jérusalem ont conçu un robot pour pratiquer des intubations. L’intubation est le fait de placer un tube dans la trachée d’un patient pour lui apporter de l’air directement jusqu’aux poumons. C’est un acte pratiqué assez souvent mais qui reste délicat. Le robot, baptisé GuideIN Tube, utilise des capteurs et une caméra infrarouge braquée sur l’extérieur de la gorge du patient pour se guider. Un peu comme certaines scies sauteuses grand public. Cette innovation pourrait décharger les médecins et leur permettre de se concentrer sur d’autres tâches en situation d’urgence.

» Dans le même esprit, si un robot peut pratiquer une intubation il doit pouvoir aussi réaliser des prises de sang. C’est ce qu’a mis au point une start-up californienne : un robot capable de procéder tout seul à des prélèvements sanguins. Le patient glisse son bras dans un brassard électronique. Un émetteur d’ultrasons, une caméra infrarouge et un laser et le tour est joué... Le robot est capable de trouver la veine tout seul et de procéder à la prise de sang. Bon, petit problème pour l’instant : le taux de réussite ne serait que 83% mais les chercheurs ont bien l’intention de perfectionner leur invention.

» Tout cela évidemment soulève des questions. Etes-vous prêt à vous faire piquer ou à vous faire opérer par un robot ? Pensez-vous que ce sera plus inquiétant ou au contraire plus rassurant ?

» La médecine a toujours été très branchée high-tech et depuis quelques mois, on voit que les choses s’accélèrent avec plusieurs innovations qui viennent de l’univers grand public.Par exemple, en avril dernier, un bébé souffrant d’une malformation de la trachée a pu être sauvé grâce à une imprimante 3D. Les médecins ont fabriqué en quelques heures, à l’hôpital, une petite pièce qui a pu être utilisée comme prothèse et a permis de guérir l’enfant. »



France Info