2013/08/29

Edmund Phelps : « L’histoire de l’innovation s’est arrêtée à la fin des années 1960 »




Le prix Nobel d’économie Edmund Phelps en 2011 au Brésil. Photo : AFP/Antonio Scorza.


« Dans un livre d’analyse, érudit et personnel, dressant une vaste fresque historique, le Prix Nobel d’économie 2006, Edmund Phelps, défend l’idée que la crise de l’innovation est à l’origine du déclin économique des pays occidentaux. Soucieux d’ouvrir le débat dans les pays développés, il défend sa thèse avec conviction.


» Question : Quel est le fil conducteur de votre livre ?

» Edmund Phelps : Je raconte l’histoire d’un phénomène extraordinaire : la soudaine apparition et la diffusion à grande échelle, au XIXe siècle, d’innovations propres (indigenous innovation) au Royaume-Uni d’abord, puis aux Etats-Unis et, plus tard, en France et en Allemagne. Mais cette histoire se termine étonnamment tôt, à partir de la fin des années 1960.

» Je pense que les pays occidentaux sont en crise, car ils n’ont pas fait attention à cette perte d’innovation et ils n’ont pas compris où sont les racines de l’innovation, et ce qui l’a causée au cours des siècles précédents.


» Q : Pourtant, ne vivons-nous pas, avec, entre autres, Internet et le numérique, une grande phase d’innovations ?

» EP : Oui, mais elle reste confinée à un petit nombre d’industries. En plaisantant, je dirais qu’il y a de l’innovation le long d’une ligne argentée bordant les côtes de Californie. Si vous rentrez à l’intérieur des Etats-Unis, il y en a moins.

» Des innovations font les gros titres des médias et sont célébrées. Mais, dans une économie très innovante, il y en a dans tous les secteurs, tous les jours, et dont on ne parle pas. Il s’agit d’inventer de nouveaux produits qui augmentent la croissance économique.


» Q : Comment pouvez-vous mesurer le ralentissement de l’innovation ?

» EP : Elle se reflète dans l’évolution de la productivité, quelle que soit la façon dont on la calcule : productivité du travail ou des facteurs de production. Or, cette productivité est liée à la satisfaction au travail, au niveau d’emploi, ou aux politiques gouvernementales qu’il faut mettre en oeuvre pour la dynamiser.


» Q : Comment y parvenir ?

» EP : Grâce, notamment, aux institutions financières qui servent les entreprises innovantes. Cependant, elles ne sont pas suffisantes. Tous les grands pays en ont eu, mais tous n’ont pas développé d’innovations propres. C’est le dynamisme – le désir et la capacité d’innover – qui est à la source de l’innovation. Et, pour obtenir un résultat, il faut y ajouter de la chance. Les tentatives peuvent être vaines.


» Q : Manque-t-on alors de chance ou de dynamisme dans les pays occidentaux ?

» EP : Il me semble difficile de se justifier par un manque de chance... Nous avons réalisé un certain nombre d’évolutions économiques contraires à l’innovation.

» L’expansion considérable de l’Etat-providence a commencé dans les années 1960 quand le ralentissement de la productivité a commencé.

» Alors qu’au XIXe siècle les gens qui s’élevaient avaient une vie très dure, un contexte très difficile pour réussir, ils savaient qu’il fallait affronter une vie et un travail difficiles. Dans les années 1970, une contre-culture est aussi née sur les campus américains et l’éthique du travail a été défiée. Gagner de l’argent a été décrié, le business a été haï, etc.

» Les décennies suivantes ont été pires. Il y a eu la corruption de certaines institutions qui avaient appuyé jusque-là le dynamisme des entreprises. Les grands groupes bien établis ont attribué moins de ressources à leurs projets à long terme, alors qu’autrefois ils se désintéressaient de leurs cours de Bourse à court terme parce qu’ils savaient qu’ils connaîtraient un succès futur.

» Le court-termisme a nui. La responsabilité revient à la mauvaise gouvernance des entreprises, où les dirigeants ont eu trop de pouvoir par rapport aux propriétaires, alors que leur horizon est beaucoup plus court.

» De plus, les fonds d’investissement ont mis la pression sur les entreprises pour qu’elles atteignent des objectifs trimestriels. Une entreprise ne peut pas être dirigée sur trois mois. Elle doit l’être sur trois ou dix ans !

» Enfin, de nombreux jeunes ont voulu devenir riches rapidement. Aux Etats-Unis, ce n’est pas nouveau de vouloir devenir riche, mais cela l’est de vouloir le faire vite. Cela les a menés vers un secteur financier, et en particulier bancaire, qui a l’expertise pour faire le plus d’argent possible, mais pas pour financer l’innovation à long terme. Ainsi, une conjonction de facteurs a conduit au ralentissement de l’innovation.


» Q : Et en Europe ?

» EP : L’histoire y est plus haute en couleur et plus dramatique. Les corporatismes qui ont progressé dans les années 1920 et 1930 n’ont pas été vraiment abandonnés après la seconde guerre mondiale.

» En Allemagne, en France ou en Italie, il existe aussi un vague sentiment que les patrons sont horribles, que la vie des affaires est nécessairement détestable. On n’aime pas les nouveaux riches : l’héritage est mieux considéré que la nouvelle richesse. Les livres scolaires en Allemagne et en France sont presque une caricature antibusiness.

» Ensuite, les innovations en Allemagne et en France ont été moins fortes dans l’après-guerre que dans l’entre-deux-guerres. On a connu moins de grands entrepreneurs aussi. La croissance rapide en France et en Allemagne, jusqu’aux années 1960, est venue de nouveaux produits et d’innovations importées principalement d’Amérique.


» Q : Cela explique-t-il aussi le décollage chinois depuis les années 1980 ?

» EP : Oui. Il y a eu un changement de direction économique en 1979, puis un énorme transfert de technologies étrangères pour un usage domestique. En 2010 déjà, j’ai dit que la Chine arrivait au bout de ce chemin et devrait commencer à produire ses propres innovations. Je ne pense pas qu’elle le fasse encore.


» Q : Présenter le XIXe siècle en exemple – alors que la violence des injustices économiques et sociales y a facilité l’essor d’idéologies extrémistes –, est-ce vraiment choisir le bon modèle ?

» EP : Je ne peux pas répondre par oui ou par non. Dans ce livre, je veux montrer combien le système d’innovation est désirable et comment il serait bon et juste pour la plupart des gens. Ce que les gens veulent et qui les comble est un sujet de discussion philosophique qui n’a pas assez lieu en Occident et en particulier en Europe. La révolution scientifique, l’esprit des Lumières, la soif de connaissance sont nés sur le Vieux Continent.

» La tradition, l’habitude et les lois de la société ont été submergées par les valeurs modernes : mener une "bonne vie" dans l’individualisme, courant qui s’est aussi reflété au XIXe siècle dans les arts, la musique, la peinture, les romans...

» L’Ouest a perdu la clé de cette “ bonne vie ”. C’est une tragédie. C’est aussi la raison qui m’a poussé à écrire ce livre. »



Le Monde. Propos recueillis par Adrien de Tricornot









2013/08/22

Frédéric Dufays et Benjamin Huybrechts: « L’entrepreneur, plus solidaire que solitaire »




« Fini les “ héros solitaires ”, l’entreprenariat revêt une dimension collective.

» Qu’il soit promu pour des raisons politiques liées au paradigme économique néolibéral et à la glorification de la réalisation individuelle, ou pour motiver les potentiels entrepreneurs en mettant en exergue certaines figures héroïques, le modèle de l’entrepreneur solitaire est bien loin des observations menées sur le terrain. Aux Etats-Unis, il est estimé que seuls 14 % des entrepreneurs créent réellement leur entreprise “ en solo ”. En France, l’INSEE recense au moins deux associés dans près d’une création d’entreprise sur deux.

» Entreprendre à plusieurs peut s’entendre en famille, entre amis, ou, plus largement, avec des personnes partageant un même intérêt. Et s’envisage sous diverses modalités, allant d’une simple association pour un partage de certaines ressources mais sans objectif commun (cabinet de médecins) à la création collective d’une organisation dont les modes de gouvernance reflètent cette pluralité de parties prenantes (coopérative).

» Mais pourquoi le choix du collectif ? Pour réduire la perception du risque d’entreprendre; pour mettre en commun des ressources, des réseaux, des compétences et de l’expertise en s’associant avec des profils complémentaires pour la mise sur pied de projets complexes; pour faire se rencontrer des idées et stimuler la créativité et l’innovation; etc. L’entrepreneuriat collectif pose toutefois des défis spécifiques. Des différences de perception des risques et opportunités peuvent émerger, ainsi que des problèmes décisionnels à cause de désaccords sur les objectifs et/ou sur les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre.


» La collectivité à des fins sociales

» Parmi les formes d’entrepreneuriat, l’entrepreneuriat social en est une qui revêt souvent une dimension collective. Mettant en avant les objectifs soci (ét) aux avant le profit, l’entrepreneuriat social se développe généralement à partir de réponses innovantes à des besoins sociaux. Ces innovations sociales incluent, par exemple, la microfinance, le commerce équitable, les circuits courts d’agriculture durable, le recyclage, ou encore l’insertion sur le marché de l’emploi de personnes faiblement qualifiées. Pour transformer ces innovations en “ entreprises sociales ” à la fois viables économiquement et porteuses de plus-value sociétale, la mise en commun de différents types de ressources, d’expertises et de réseaux est indispensable.


» Dépasser les clivages entre les sphères marchande et sociale

» C’est pourquoi on observe l’émergence de dynamiques entrepreneuriales collectives réunissant, typiquement, un ou plusieurs experts en termes de besoins soci (ét) aux, et un ou plusieurs experts en montage et gestion d’entreprise. Ces associations entre “ sens ” et “ efficacité ” sont porteuses en termes d’impact sociétal, mais contribuent également à dépasser le clivage, obsolète mais encore largement véhiculé en Belgique, entre la sphère marchande, constituée des “ vraies ” entreprises porteuses d’efficacité et d’innovation, et la sphère sociale, constituée d’associations subsidiées pour des missions sociales et philanthropiques. Les dynamiques d’entrepreneuriat social, que l’on peut rattacher au champ plus large de l’économie sociale, viennent briser cette dichotomie en montrant diverses formes de combinaison entre l’activité économique marchande et la poursuite prioritaire d’objectifs sociétaux. Ces combinaisons innovantes sont précisément rendues possibles par l’association d’entrepreneurs (au sens large) porteurs d’intérêts différents et complémentaires, et représentant des parties prenantes (financeurs, consommateurs, bénéficiaires, travailleurs, etc.) dont la participation sera souvent bétonnée dans les structures de gouvernance de l’entreprise sociale.

» Il est donc important non seulement de mettre en lumière, mais également de soutenir (notamment en termes de formation) un mode d’entrepreneuriat collectif qui permette notamment de s’attaquer aux défis sociétaux complexes et multidimensionnels. »



Lalibre.be









Marketwired : « Le gouvernement Harper investit dans l'innovation pour accroître la compétitivité du secteur canadien du boeuf »




« Les producteurs de bœuf canadiens profiteront d’investissements clés dans le domaine de la science et de l’innovation avec l’aide du gouvernement Harper. Le ministre de l’Agriculture Gerry Ritz et Blake Richards, député du compté de Wild Rose, ont annoncé aujourd’hui l’octroi de fonds à la Canadian Cattlemen’s Association (CCA) pour diriger une grappe de recherches constituée de spécialistes du secteur, de scientifiques et d’universités afin d’accroître la compétitivité du secteur canadien du bœuf.

» “ Les producteurs de bœuf canadiens produisent depuis longtemps des aliments de qualité supérieure qui font la joie des consommateurs des quatre coins du monde, a affirmé le ministre Ritz. Le gouvernement collabore avec l’industrie et le monde universitaire pour faire des efforts financiers stratégiques qui aideront le secteur à satisfaire la demande croissante de bœuf salubre de grande qualité sur le marché mondial et qui permettront au secteur de l’élevage du Canada de rester concurrentiel et viable à l’avenir. ”

» Cet investissement de 14 millions de dollars permettra de réunir des compétences scientifiques pour procéder à des recherches dans des domaines clés comme l’amélioration de la qualité du bœuf et de la salubrité des aliments; la santé et le bien-être des animaux, notamment la détection et la prévention des maladies animales; la production et l’efficacité des aliments du bétail; ainsi que la protection de l’environnement. La grappe de recherches aidera à réaliser les recherches que l’industrie a désignées parmi les plus prioritaires, à les faire exécuter par les meilleurs experts du pays pour améliorer la salubrité des aliments, la qualité du bœuf, la consommation des aliments du bétail et l’utilisation des fourrages.

» “ La recherche stimule l’amélioration de l’efficacité de la production qui permet aux producteurs d’obtenir plus de bœuf avec moins de ressources, a déclaré le président de la Canadian Cattlemen’s Association (CCA), Martin Unrau. Les objectifs des recherches de la grappe scientifique de l’industrie de l’élevage bovin, aux termes de Cultivons l’avenir 2, feront fond sur les succès de la première grappe et augmenteront davantage l’efficacité qui améliore la viabilité globale de l’industrie bovine du Canada. ”

» Cette grappe fait suite à un investissement antérieur de 8,7 M$ versé aux termes de Cultivons l’avenir à une grappe de recherches sur le bœuf dont le principal but était de réduire les coûts de production, d’augmenter l’efficacité des aliments pour animaux et de diminuer les répercussions des problèmes de santé animale. Les résultats préliminaires des recherches de la première grappe laissent croire que les producteurs de bovins peuvent réduire les coûts totaux des aliments de 27 à 45 p. 100 en recourant aux pâturages en andains de maïs ou de triticale durant les mois d’hiver, ce qui est considérable compte tenu du fait qu’une économie de 1 p. 100 des coûts totaux de l’alimentation en hiver permet au secteur d’économiser 6 millions de dollars par année.

» L’industrie bovine canadienne est un moteur clé de notre économie et constitue la deuxième source de recettes agricoles dans le secteur de l’agriculture. En 2012, les producteurs canadiens ont exporté des bovins vivants et du bœuf d’une valeur marchande de plus de 2 milliards de dollars vers les marchés mondiaux et gagné plus de 6,5 milliards de dollars à la production.

» La grappe est soutenue par le programme Agri-innovation, une initiative de cinq ans, au budget de 698 millions de dollars, dont le rôle est de servir de catalyseur de l’innovation en appuyant les activités de recherche, de développement, de commercialisation et d’adoption relatives aux produits, technologies et services innovateurs. D’après ses modalités, cet investissement est subordonné à la signature d’accords de contribution et de collaboration.

» Le nouveau cadre stratégique Cultivons l’avenir 2, entré en vigueur le 1er avril 2013, continuera à stimuler l’innovation et la croissance à long terme au Canada. En plus d’un généreux ensemble de programmes de gestion des risques de l’entreprise, les gouvernements ont convenu d’investir plus de 3 milliards de dollars sur cinq ans dans les domaines de l’innovation, de la compétitivité et du développement des marchés.

» Pour plus de renseignements sur l’accord Cultivons l’avenir 2 et le programme Agri innovation, consultez le site www.agr.gc.ca/cultivonslavenir2 »



Market Wired. Agriculture et Agroalimentaire Canada

Image de Radio-Canada